Nicolas Marie Potain est un architecte français né à Paris en 1723 et mort à Choisy-le-Roi le . Grand prix de Rome en 1738, il fut le proche collaborateur d'Ange-Jacques Gabriel au service des Bâtiments du roi. Il donna divers projets d'édifices civils ou religieux dont peu furent construits, fut chargé du contrôle du château de Fontainebleau, et construisit également pour une clientèle privée des bâtiments pour la plupart disparus. L'un des précurseurs de l'architecture néo-classique, il est l'auteur d'un Traité des ordres d'architecture (, 1767) dans lequel il s'est attaché à réhabiliter l'usage de la colonne. Il fut le beau-père de l'architecte Pierre Rousseau et du sculpteur Philippe-Laurent Roland et le beau-frère de l'architecte Gabriel de Lestrade.

Biographie Nicolas Marie Potain était le fils de François Potain (°1688), maître-menuisier-juré du roiIl demeurait rue Poissonnière et publia en 1717 un Détails des ouvrages de menuiserie pour les bâtimens, où l'on trouve les différens prix de chaque espèce d'ouvrage, avec les tarifs nécessaires pour le calcul de leur toisé. et de Claude Renée Morel (°v. 1693) ; il était apparenté par sa mère aux sculpteurs Nicolas et Guillaume Coustou. Sa sœur Geneviève épousa l'architecte Gabriel de Lestrade puis l'entrepreneur Charles-Pierre Pécoul, beau-père du peintre David.

thumb|right|Élisabeth Vigée Le Brun, Rousseau (née Marie Adrienne Potain) et sa fille, 1789. Paris, Musée du Louvre. Il épousa Marie-Louise Le Saché (v. 1725-1816)Son buste a été sculpté par son gendre Philippe-Laurent Roland (Paris, musée du Louvre, département des Sculptures, inv. RF 4285)., fille du secrétaire d'Ange-Jacques Gabriel et nièce de l'architecte du roi et stéréotomiste Jean-Baptiste Delarue. Elle lui donna cinq enfants, deux filles et trois fils, entre 1754 et 1759 : Marie Adrienne (née en 1754) épousa en premières noces l'entrepreneur Pierre-Philippe Leroux puis, devenue veuve très jeune, elle se remaria en 1777 avec l'architecte Pierre Rousseau ; il existe un portrait de Rousseau et sa fille par Vigée-Lebrunhst 87 × 116 cm, 1789, Paris, Musée du Louvre, inv. R.F. 2681. ; Nicolas (1755-1788) ; Thérèse Françoise (1757-1845) épousa en 1782 le sculpteur Philippe-Laurent Roland ; Marie Gabriel (1758-1793), officier de marine, mort à Saint-Domingue ; Victor Maximilien (1759-1841), dernier des trois fils, Prix de Rome en 1785, peintre d'histoire ; il épousa Thérèse Geneviève Tavernier.

Potain mourut à Choisy-le-Roi en 1790 « dans l'une des belles maisons construites par Peyre l'Aîné ou par Lemoine de Couzon qui existent encore, rue Auguste-Blanqui »Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 416.. Sa veuve a écrit dans ses Souvenirs : « J'eus le malheur de perdre mon mari et Louis XVI me donna un logement à Choisy-sur-Seine que la Révolution m'a enlevé. »Archives de la famille Larget, cité par Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 416.

Un collaborateur de Gabriel Potain fut élève de l'Académie royale d'architecture et remporta en 1738 le Grand prix de Rome avec pour sujet : « l'entrée ou plutôt une porte d'entrée à une grande ville, entourée d'un fossé de vingt toises de largeur, avec un pont pour traverser le fossé et dans la ville une rue qui réponde à la magnificence ».

À Rome, Potain devint l'ami du graveur Charles-Nicolas Cochin et connut les architectes Jean-Laurent Legeay, Maximilien Brébion et Nicolas-Henri Jardin, précurseurs du néoclassicisme. En , il fit une chute en visitant des toits et se brisa la claviculeMichel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 412.. À la fin de 1745, Ange-Jacques Gabriel le chargea de relever les plans des principaux théâtres d'ItalieArch. nat. 0¹ 1939, 0¹ 2245..

En 1748, Gabriel choisit Potain comme premier dessinateur de son bureau, en remplacement de Louis-Adam Loriot. Le Premier architecte du roi soutint son collaborateur contre ses rivaux et plagiaires, allant jusqu'à montrer, dans un différend qui l'opposa à Charles Dupuis, une partialité qui lui fut vivement reprochée par le marquis de Marigny. Quand Louis XV posa la première pierre de l'École militaire, le , Potain lui présenta l'auge de vermeil contenant le mortier tandis que le duc de Choiseul mettait la truelle dans la main du roi. Potain s'était donc imposé comme un très proche collaborateur de Gabriel, et il n'est pas surprenant que plusieurs auteurs lui attribuent un rôle important dans la création de la place Louis-XV (aujourd'hui place de la Concorde) à Paris, entre 1754 et 1770C'est le cas de l'architecte britannique William Chambers dans un album de voyage (cité par Gallet, Op. cit., p. 413) ainsi que du Guide des amateurs et des étrangers voyageurs dans les maisons royales, châteaux, lieux de plaisance, établissements publics, villages et séjours les plus renommés aux environs de Paris de Thiéry (1788) qui indique (p.513) que "les projets et l'exécution de la Place sont de feu M. Gabriel, Ecuyer, premier Architecte du Roi; et les bâtiments sont de M. Potain, Architecte du Roi.". On sait que le marquis de Marigny apprécia les projets qu'il présenta pour la place Louis-XVMichel Gallet, Op. cit., p. 413..

Le Traité des ordres d'architecture En 1747, Potain publia son Traité des ordres d'architecture. La publication en 1752 de l’Essai sur l'architecture du R.P. Laugier l'amena à remanier son propre ouvrage. « Il fut l'un des premiers architectes qui soutinrent la tentative du jésuite pour rendre aux colonnes leur dignité et leur logique dans la structure des édifices. »Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 413. Cette conception fut notamment développée par son gendre Pierre Rousseau à l'hôtel de Salm.

Il dédia son livre au marquis de Marigny et le fit approuver par l'Académie royale d'architecture, où il avait été admis en 1756. Il s'y montre sensible à la philosophie sensualiste :

Vers 1825, les héritiers Potain envisagèrent de publier une nouvelle édition du Traité, comprenant la seconde partie, restée manuscrite. Mais Pierre Rousseau observa que les profils et les ornements n'en étaient plus au goût du jour et le projet fut abandonné.

Principaux projets et réalisations notables thumb|upright=1.5|Projet pour un arc de triomphe surmonté d'une statue de Louis XV, attribué à Nicolas Marie Potain En , à la demande de l'évêque de Rennes, , il se rendit en Bretagne en compagnie de Soufflot pour expertiser l'état de la cathédrale Saint-Pierre de Rennes qui menaçait ruine. Il apparut alors que pour éviter un effondrement total, il était nécessaire de reconstruire l’édifice tout entier, à l’exception de la façade de construction récente et solide. Les deux architectes préconisèrent d'inverser l'orientation de l'édifice et de ne conserver que les tours, qui se trouveraient placées au chevet. L'Avant-Coureur du rend compte de leur mission : Cité par Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, pp. 413-414.. Le projet donné par Potain fut approuvé par Louis XV en Conseil le . Il est conservé aux Archives nationalesArch. nat. 0¹ 1904-5.. « Gêné par l'environnement pour étendre les bras d'une croix latine, Potain a dessiné un vaisseau longitudinal à collatéraux et déambulatoire. L'ordre est un ionique cannelé. Dans l'abside, la chapelle ovale de la Communion prend place entre les clochers gothiques. »Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 414. La démolition eut lieu de 1756 à 1768. Néanmoins, pour dégager les crédits nécessaires à la réalisation du projet de Potain, il aurait fallu mettre plusieurs abbayes « en économats » en privant leurs titulaires de leurs bénéfices. Le roi hésita et le projet fut gelé.

En 1764, Potain donna son projet le plus connu, celui de l'église Saint-Germain de Saint-Germain-en-LayeSelon Michel Gallet : « Les Le Saché et les Delarue avaient d'anciennes attaches dans cette ville ; la descendance des Potain y a été représentée de nos jours par les docteurs Larget. » (Op. cit., p. 414).. « C'est une composition élégante et chaleureuse ; elle appartient à la décennie au cours de laquelle d'anciens pensionnaires de l'Académie de France à Rome, Peyre l'Aîné, Trouard, Chalgrin, Potain, remirent en honneur les principales dispositions des églises paléochrétiennes. »Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 414. L'original et plusieurs expéditions du projet de Potain sont conservés dans des collections publiques : Arch. nat., E 2421, N III Seine-et-Oise 47 0¹ 1436 ; BN Estampes, Topographie de la France. Le musée municipal de Saint-Germain-en-Laye conserve une vue perspective de la nef, à colonnes doriques et plates-bandes. Pierre Patte, dont la mère vivait à Saint-Germain-en-Laye, rue de Pologne, a observé et décrit les fondations de l'édifice de Potain et en a reproduit la coupe dans ses Mémoires sur les objets les plus importants de l'architecture (1767, chap. VI, p. 208).

La première pierre fut posée le par le duc de Noailles. Néanmoins, ce projet n'était pas jugé prioritaire par le contrôleur général des finances, Saint-Germain-en-Laye étant alors largement délaissé par la cour. « Pour couper court aux sollicitations de Potain et l'éloigner de ce chantier sans avenir, M. d'Angiviller [directeur général des Bâtiments du Roi, Arts, Jardins et Manufactures] lui proposa comme une promotion le contrôle de Fontainebleau. Avec une certaine hypocrisie, il fit valoir auprès des époux Potain que leur appartement de fonction y serait plus grand que celui de Versailles et qu'ils y trouveraient assez de chambres pour leurs garçons et leurs filles »Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 415. V. Arch. nat. 0¹ 1072, 0¹ 1714-642. Son gendre, Pierre Rousseau, reprit le chantier de Saint-Germain-en-Laye. Fatigué, Potain se le fit adjoindre au contrôle de Fontainebleau en 1785. Ensemble, en 1785-1786, ils édifièrent un nouveau corps de logis entre la galerie François I et le jardin de Diane pour agrandir les appartements royaux.

En 1765, Potain donna un projet de théâtrePublié par Louis Hautecœur : « Projet d'une salle de spectacles par Nicolas-Marie Potain », L'Architecture, 1924. dans lequel « les péristyles ne sont pas conçus comme une simple décoration urbaine, mais expriment la structure interne de l'édifice ».

Pour le marquis de Marigny, au château de Ménars, il donna un projet de pavillon en rotonde orné d'un ordre dorique destiné au lieu-dit Rond-de-CourCollection du colonel de Saizieu, léguée en 1971 aux archives départementales de Loir-et-Cher. ; pour le même emplacement, il fut au nombre – avec Charles De Wailly et Michel-Barthélemy Hazon – des architectes à qui le marquis demanda confidentiellement en 1768 des dessins pour un belvédère chinoisArchives départementales de Loir-et-Cher. V. ..

À Paris, il bâtit pour le marquis de Castries le petit hôtel de Castries, 76, rue de Varenne, qui fut donné en location en 1772 au prince de Rohan et en 1778 au duc de Guines. Cet hôtel fut détruit lors de la construction du ministère de l'Agriculture au (V. Hôtel de Castries)Arch. nat. T 1609, N III seine 900..

Il partagea ou recueillit certaines des affaires de son beau-frère, Gabriel de Lestrade, dans le Dunois, comme au château de Courtalain à Courtalain (Eure-et-Loir) où il travailla pour la maison de Montmorency avant de s'effacer devant son gendre RousseauMichel Gallet, Les architectes parisiens du XVIII siècle, p. 415..

alt=Le château de Montboissier (Eure-et-Loir).|vignette|redresse=1.5|Le château de Montboissier (Eure-et-Loir).