Pauline Dubuisson, née le à Malo-les-Bains (Nord) et morte le à Essaouira (Maroc), est connue pour avoir été au centre d'un fait divers des années 1950. Jugée en 1953 à Paris pour le meurtre de son ex-amant Félix Bailly, elle a inspiré le personnage principal du film d'Henri-Georges Clouzot, La Vérité (1960). Son histoire fait également l'objet du téléfilm La Petite Femelle, inspiré du récit de Philippe Jaenada, paru en 2015, et du roman Je vous écris dans le noir de Jean-Luc Seigle, paru également la même année.

Biographie Enfance Pauline Dubuisson naît le à Malo-les-Bains., ville qu'a fondée son arrière-arrière-grand oncle Thomas Gaspard Malo selon sa généalogie retracée par Philippe Jaenada. Elle est élevée comme un garçon dans une famille protestante et bourgeoise de Dunkerque. Sa mère, Hélène Hutter, femme réservée, laisse l'éducation des enfants au père, André Dubuisson, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, ancien colonel de réserve et entrepreneur en travaux publics qui n'a de cesse de lui répéter que . Née à la suite de trois frères, elle se révèle une bonne élève, pleine de ressources. Elle est néanmoins exclue à de l'école car elle aurait été aperçue, en pleine Occupation, se promenant avec un marin allemand.

Sous l'Occupation Son père, dont l'entreprise a été détruite par les bombardements, l'encourage, adolescente, à démarcher des officiers allemands afin de faciliter ses affaires..

En 1944, alors qu'elle a obtenu son baccalauréat et souhaite devenir médecin, elle entre comme aide-infirmière à l'hôpital allemand de Dunkerque, le centre hospitalier de Rosendaël. Elle y devient la maîtresse du médecin-chef, le colonel Domnick, homme de 53 ansAppelé et âgé de 55 ans selon .. Elle reste à Dunkerque pendant toute la durée de la guerre alors que la ville s'est vidée, et que les Allemands font face farouchement aux Alliés.

Cette relation lui vaut à la Libération d'être conduite avec d'autres femmes en place publique, où elles sont tondues, déshabillées et couvertes de croix gammées. Elle sera plus tard dans la journée violée par plus de dix hommes, avant de comparaître devant un « tribunal du peuple », qui la condamne au peloton d'exécution. Son père, en tant qu'officier de réserve, parvient à la faire libérer de justesse, mais tous deux doivent quitter Dunkerque immédiatement. Traumatisée, elle fait une tentative de suicide..

Relation avec Bailly Après une année passée à Lyon, elle entame en 1946 des études à la faculté de médecine de Lille. Elle y rencontre Félix Bailly, 25 ans, étudiant modèle issu d'une bonne famille, timide et vierge. Après leur première nuit d'amour, il lui propose le mariage, qu'elle refuse plusieurs fois, , ne voulant pas devenir l'épouse rangée et la secrétaire de Félix. De plus, il apprend par la suite que Pauline continue d'entretenir une liaison avec d'autres hommes dont le colonel Domnick. Au sujet de l'ex-officier, Philippe Jaenada ne parle que d'une correspondance et d'une visite après la rupture. Elle aurait confié à l'un de ses amants, un professeur contacté par Félix qui lui avait expliqué qu'il était amoureux de Pauline : . D'après le journal Le Monde, ..

Lassé des tromperies, Félix signifie à Pauline à la rentrée 1949 que tout est fini entre eux. Il quitte Lille pour Paris afin de poursuivre ses études, sans lui laisser son adresse, et entame une nouvelle liaison avec une jeune étudiante en lettres, Monique Lombard.

Pauline Dubuisson dit avoir changé d'avis avec le temps, et regretté son refus face aux demandes en mariage. À moins qu'il ne s'agisse, selon certains journalistes de l'époque, de la réaction d'une femme dominatrice et possessive blessée dans son orgueil car ne supportant pas qu'un homme ne la désire plus au point de jeter son dévolu sur une autre. Jean Beauchesne dans Paris Match résumait ainsi : .

Assassinat de Bailly Au mois d', Pauline apprend que Félix est fiancé avec Monique, mais penserait toujours à elle. Elle trouve son adresse, et le rejoint quelques semaines plus tard pour avoir une explication et tenter de reconquérir la place qu'elle estime lui être promise. Elle essuie un nouveau refus de la part de Félix. Pauline rentre alors à Lille, décidée à ne pas en rester là. Elle obtient un permis de port d'arme et achète un 6,35 mm à Dunkerque, soit par préméditation, soit pour se suicider, ayant déjà tenté deux fois de mettre fin à ses jours après la guerre. Félix est prévenu par sa logeuse que la jeune femme est armée. Pauline se rend de nouveau à Paris, une semaine après son premier séjour, et l'attend une première nuit au bas de son immeuble, 25 rue de la Croix-Nivert dans le de Paris, en vain. Le lendemain, elle persiste. Félix finit par lui ouvrir la porte, mais il n'est pas seul. Un rendez-vous est convenu dans un café du quartier. Elle se dérobe pour mieux s'engouffrer dans l'entrée de l'immeuble tandis que, las d'attendre, il finit par rentrer chez lui.

C'est alors que les versions divergent. Pauline affirme avoir passé la nuit avec lui ; au matin, Félix lui aurait dit n'avoir couché avec elle que pour se venger des humiliations passées, ce que nie la famille de Bailly. Le , elle le suit dans sa chambre et tire sur lui par trois fois : une balle en plein front, une balle dans le dos et un coup de grâce derrière l'oreille. Elle affirme pour sa part qu'elle avait tenté de se suicider et que la première balle était partie malencontreusement alors que Félix tentait de l’en empêcher. Elle tente de retourner l'arme contre elle mais celle-ci s'enraye. Elle ouvre alors le gaz et s'enfonce le tuyau dans la gorge. Alertés par les odeurs, les voisins préviennent les pompiers et Pauline est secourue à temps.. Ayant appris le meurtre commis par sa fille, le père de Pauline se suicide au gaz..

Procès et prison La presse s'empare de l'affaire et s'acharne sur la jeune femme. Trois semaines avant son procès, elle tente de se suicider à nouveau, en s'ouvrant les veines dans sa cellule. Devant les assises de Paris, l'avocat général Raymond Lindon la traite de « hyène », qualifie sa tentative de suicide de « simulacre ». , avocat de la partie civile, déclare : « C’est la troisième ou quatrième fois que vous ratez vos suicides. Décidément, vous ne réussissez que vos assassinats ». À la barre, Pauline Dubuisson ne pleure pas, n'exprimant ni remords, ni regret. Elle est qualifiée d'arrogante..

Les avocats de la partie civile la présentent comme une femme intéressée par l'argent ou la situation de ses divers amants. livre un plaidoyer très dur contre elle. Il écarte l'hypothèse d'un drame passionnel : . Il propose un scénario où Pauline Dubuisson a pensé à tout, simulé son suicide, tiré la première balle dans le dos de Félix Bailly, puis fait le tour du corps effondré pour tirer au front, et enfin avoir tiré le coup de grâce à bout portant. Face au scénario accablant du « coup de grâce », l'avocat de la défense Paul Baudet répond : .

L'avocat général demande la peine capitale. Il décrit l'accusée comme un monstre, qui . Il refuse toute circonstance atténuante et rejette l'atténuation de responsabilité accordée par les psychiatres. L'avocat de la défense met en avant que l'accusée a reçu dans son enfance une , affirme que ses parents n'avaient . Et il répond à l'avocat général : .

Celle que les journalistes surnomment ou , est condamnée aux travaux forcés à perpétuité à l'issue de son procès le . Alors que la peine de mort était pressentie, il est possible que la voix de l'unique femme du jury, Raymonde Gourdeau, qui a été émue par la jeune meurtrière, l'ait sauvée de la guillotine.. Jacques Vergès assiste à ce procès, qui suscite sa vocation d'avocat..

Finalement incarcérée à Haguenau et à la Petite Roquette, Pauline Dubuisson est libérée pour bonne conduite après sept ans de détention le et s'installe rue du Dragon, à Saint-Germain-des-Près.

Libération et exil Elle reprend ses études de médecine. et se fait désormais appeler Andrée (son deuxième prénom). Mais la sortie du film La Vérité en , adapté de sa vie et de son procès, la replace sous les feux de l'actualité.

Souhaitant fuir un passé qui la poursuit, elle répond à une annonce d'offre d'emploi d'interne à l'hôpital de Mogador au Maroc (aujourd'hui Essaouira). Dans son dossier de candidature, elle ne cache pas son passé de condamnée et indique qu'elle est, en fait, Pauline Dubuisson.. Le directeur de l'hôpital l'assure de sa discrétion. À Essaouira, elle fait la connaissance de Jean Lafourcade, un ingénieur pétrolier de six ans plus jeune qu'elle, qui souhaite l'épouser. Mais une revue, dans un cabinet de dentiste, raconte son histoire et, face à la rumeur qui enfle, Pauline lui révèle son passé, si bien que celui-ci abandonne tout projet de mariage et refuse de la revoir.

Mort Le , Pauline Dubuisson est retrouvée morte dans son lit où elle s'est suicidée en avalant des barbituriques. Selon ses vœux, elle est enterrée sous une pierre tombale anonyme dans le cimetière chrétien d'Essaouira.

Dans la culture Littérature En 1984, Michel Vinaver s'empare du fait divers pour un projet théâtral, Portrait d'une femme. Selon Jean Cholet, « la pièce s’attache à cerner la complexité d’un être cabossé par la vie et incapable de se soumettre aux règles établies par la société qui l’entoure ».

En est publié le roman de Jean-Luc Seigle Je vous écris dans le noir, qui prend le point de vue de Pauline Dubuisson. Fabienne Pascaud, dans le magazine Télérama, écrit : et il ..

En août de la même année, le romancier Philippe Jaenada consacre un roman biographique à Pauline Dubuisson : La Petite Femelle. Il fonde son travail sur des recherches dans les archives de l’époque et s’efforce de rectifier les versions couramment admises de la vie de Pauline Dubuisson ainsi que de relever certaines anomalies de son procès.

Selon lui, la dureté de la peine infligée par le tribunal et la violence de la presse de l’époque contre Pauline Dubuisson s’expliquent par un contexte de misogynie.. Le comportement passé de cette femme en quête d’émancipation et qui refuse par exemple de se marier avec Félix Bailly, de peur de devoir mettre un terme à ses études pour s’occuper du foyer, est perçu négativement ; de même que son attitude de défi lors de l’audience ou encore son refus de demander pardon. Lors du procès, selon Philippe Jaenada, les témoins qui auraient permis de rééquilibrer la version admise d’une femme calculatrice, sans sentiments et dévergondée sont systématiquement écartés, notamment ceux concernant l'éducation particulière que Pauline Dubuisson avait reçue de son père et qui l'a conduite à une maîtrise de ses émotions, préjudiciable alors que le public attend repentir et larmes. Philippe Jaenada soutient qu'il aurait été possible de voir lors du procès la nature accidentelle de la mort de Félix Bailly si l'avocat général ne s'était pas acharné sur l'accusée.. Quant à l’avocat de Pauline Dubuisson, maître Baudet, fervent chrétien, il s’intéresse plus au pardon et à la rédemption de sa cliente qu’aux détails de procédure. De plus, selon le même auteur, l'histoire du viol collectif dont aurait été victime Pauline Dubuisson n'est pas corroborée par les faits.

Dans son livre, Philippe Jaenada appuie sa démonstration d'une justice misogyne par l'évocation d'autres détenues célèbres (Sylvie Paul, Denise Labbé) que Pauline Dubuisson a croisées en prison et qui étaient, selon lui, avant tout victimes des préjugés de la société de leur temps..

Cinéma Le personnage de Pauline Dubuisson a inspiré le film de Henri-Georges Clouzot La Vérité (1960). Le documentaire Pauline Dubuisson — L'impossible oubli du réalisateur Vincent Maillard, sorti en 2021, traite de ce fait divers.

Télévision Son histoire a été adaptée sous forme d'un téléfilm, La Petite Femelle, réalisé par Philippe Faucon en 2021 et inspiré du récit de Philippe Jaenada, paru en 2015. Pauline Dubuisson y est incarnée par Lucie Lucas.

Notes et références Notes

Références