Le NCSM Onondaga (S73) est un sous-marin de la Marine royale canadienne des Forces armées canadiennes transformé en navire musée à Rimouski au Québec (Canada) depuis 2009. Il fait partie de la classe Oberon, une série de sous-marins à propulsion conventionnelle de conception britannique construits dans les années 1960 et 1970.
Histoire
Il a été acquis en 1963 lors d'une commande de trois sous-marins jumeaux effectuée dans le contexte de la guerre froide qui a permis au Canada de se doter d'une flotte permanente de sous-marins. Son nom et ses armoiries rappellent le peuple amérindien des Onondagas vivant en Ontario.
Sa quille est posée en , au Royaume-Uni, après une année de travaux préparatoires. La cérémonie traditionnelle voit la participation d’épouses de membres de l’équipe de construction, dont certaines Canadiennes. Une section circulaire du massif central de la coque pressurisée, pesant plusieurs tonnes, est installée sur le chantier grâce à un grand cabestan actionné par les invitées. Par la suite, dix cadres circulaires de la coque sont assemblés, puis les éléments de proue et de poupe sont ajoutés. Une fois les plaques d’acier fixées et les réservoirs externes installés, le sous-marin prend forme. Le lancement du Onondaga a lieu environ quinze mois plus tard, après l'installation du pont, de la passerelle et du massif.
Il est mis en service en 1967 au sein de la Flotte de l'Atlantique de la Marine royale canadienne à Halifax en Nouvelle-Écosse. La flotte de l'Atlantique est par la suite intégrée aux Forces maritimes de l'Atlantique (FMAR[A]). La carrière militaire du NCSM Onondaga s'est déroulée presque exclusivement dans l'océan Atlantique où il a participé à plusieurs missions sous l'égide de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN).
Pendant sa carrière militaire, il a fait l'objet de plusieurs programmes d'entretien et de modernisation appelés refontes qui visaient non seulement à conserver sa structure et ses composantes mécaniques en bon état, mais aussi à améliorer ses capacités militaires en modernisant son appareillage électronique et son armement. Ces modifications permettaient au sous-marin de demeurer efficace dans sa lutte anti-sous-marine.
En 1998, le Canada prend la décision de conserver une flotte opérationnelle de sous-marins et fait l'acquisition de quatre sous-marins britanniques de la . Cet achat permet à la marine canadienne de retirer du service ses vieux Oberon, le NCSM Onondaga étant le dernier de sa classe à être mis hors service en , à la suite d'une carrière militaire qui a duré 33 ans.
Après l'échec d'un projet de transport du sous-marin jusqu'au site du Musée canadien de la guerre à Ottawa, c'est le Site historique maritime de la Pointe-au-Père (), un musée situé à Rimouski au Québec, qui en fait l'acquisition en 2005 dans le but de le transformer en navire musée. Le NCSM Onondaga a été remorqué d'Halifax à Rimouski en et son installation sur son site d'exposition permanent dans le quartier de Pointe-au-Père à Rimouski, au cours de l'automne de la même année, a été réalisée avec beaucoup de difficultés. L'exposition, inaugurée en , est un succès et permet au musée de remporter un Grand prix du tourisme québécois.
Origine du nom, devise et emblème thumb|left|Emblème du NCSM Onondaga|alt=Emblème du NCSM Onondaga : un wampum (bracelet) bleu avec contour doré. Le centre est constitué d'une tête de massue. Le mot Onondaga, qui signifie , est le nom d'un peuple amérindien, les Onondagas, installés de part et d'autre du fleuve Saint-Laurent sur les territoires actuels de la province de l'Ontario au Canada et de l'État de New York aux États-Unis. Le peuple onondaga ou onontagué fait partie de la nation iroquoise et il est membre de la confédération des Cinq-Nations..
Le sigle « NCSM » signifie « Navire canadien de Sa Majesté » et est l'équivalent français du sigle anglais « HMCS » qui signifie « ».. Le sous-marin est aussi identifié sous le nom de « S73 ». La lettre S précédant le numéro d'identification correspond à la nomenclature de la classe Oberon dans la Royal Navy et le numéro 73 à la suite numérique des navires dans la flotte de la marine canadienne ( en anglais). Son code international de reconnaissance radio est « CGNQ ».
Comme tous les navires de la Marine royale canadienne, le NCSM Onondaga s'est vu attribuer un emblème distinctif lors de sa mise en service. L'emblème du sous-marin est un wampum de la nation onondaga, un bracelet cérémonial de grande valeur dans les cultures amérindiennes.. Au centre du bracelet est présente une tête de massue rappelant celle utilisée en 1792 par John Graves Simcoe lors de l'inauguration du parlement du Haut-Canada à Toronto. Le lieutenant-gouverneur Simcoe avait fait le voyage vers Toronto à bord de la goélette Onondaga. La devise du sous-marin est « », un mot latin signifiant invaincu.
Caractéristiques La classe Oberon
La classe Oberon est une série de sous-marins d'attaque conventionnels construits dans les années 1960 et 1970 dans différents chantiers maritimes britanniques. Les Oberon canadiens ont été construits dans les chantiers de la Chatham Dockyard à Chatham au Royaume-Uni. Il s'agit essentiellement de sous-marins du même type que ceux construits à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les sous-marins de la classe Porpoise, qui ont été modernisés par l'ajout de certaines caractéristiques inspirées des U-Boote allemands. Leur succès à l'époque est lié au fait qu'ils sont considérés comme les sous-marins non nucléaires les plus silencieux et les plus efficaces et qu'ils sont aussi beaucoup moins coûteux que les sous-marins équivalents de fabrication américaine. La popularité des sous-marins de la classe Oberon fait en sorte qu'on les retrouve dans les flottes de guerre de l'Australie, du Brésil, du Canada, du Chili et du Royaume-Uni.
Les dimensions et la configuration interne Les dimensions du NCSM Onondaga sont de (290 pieds) de longueur et de () de diamètre. Le déplacement du navire (poids) en surface est de et de en plongée avec un tirant d'eau de ().
La configuration interne du sous-marin suit un plan standard. On retrouve dans le compartiment arrière les systèmes liés aux hélices et à l'appareil à gouverner hydraulique du submersible ainsi qu'un sas d'évacuation. Puis en se dirigeant vers l'avant, on trouve la salle des moteurs suivie de l'espace des batteries, la salle de commande et du kiosque, les quartiers de l'équipage et, finalement, la salle des torpilles à l'avant où se trouvait également le deuxième sas d'évacuation..
La propulsion thumb|Systèmes de propulsion et de navigation du NCSM Onondaga La propulsion du sous-marin était assurée par deux moteurs électriques de fabriqués par English Electric et couplés directement aux deux hélices. Leur alimentation électrique était assurée par deux batteries fabriquées par la D. P. Battery Company Limited. Les composantes des moteurs des sous-marins de la classe Oberon étaient montées sur des coussinets isolants en caoutchouc et, lors de la construction du NCSM Onondaga, ces moteurs étaient considérés comme les plus fiables et les plus silencieux qui existaient. Ils permettaient aux sous-marins de la classe Oberon de se déplacer sous l'eau sur de longues distances sans être repérés et ont fait en sorte que les Oberon sont demeurés compétitifs pendant très longtemps face aux sous-marins nucléaires.
Les moteurs du NCSM Onondaga lui permettaient de faire des plongées à une profondeur maximale de () à une vitesse de () et de naviguer en surface à (). Lorsque le sous-marin plongeait à la vitesse maximale, l'autonomie de ses batteries n'était que de . En mode de fonctionnement usuel, c'est-à-dire en naviguant à une vitesse de en surface, le rayon d'action du sous-marin était de .
Les deux batteries du sous-marin possédaient une grande capacité ; la première se trouvait sous la salle de commande et la seconde sous les quartiers de l'équipage. Elles mesuraient chacune de large par de long et de hauteur. Chacune d'elles était composée de deux groupes de , contenait et avait un poids de . Pour faire varier la vitesse du sous-marin, l'électricien responsable de l'opération des moteurs devait modifier le mode de couplage des batteries, soit en parallèle pour générer de courant continu (DC), soit en les branchant en série pour obtenir . Elles étaient reliées à des pôles électriques et la connexion du moteur à un seul ou aux deux pôles permettait d'obtenir la demi ou la pleine puissance de fonctionnement.
La recharge complète des batteries durait quatre heures et s'effectuait à l'aide de deux moteurs Diesel de seize cylindres en V à quatre temps construits par les chantiers de la Chatham Dockyard. Ces moteurs répondaient au standard ASR (), leur puissance était de chacun et ils faisaient tourner un générateur English Electric de . Lorsque les moteurs Diesel fonctionnaient, le sous-marin devait se trouver en surface ou tout près de celle-ci, car il était nécessaire de se débarrasser des gaz d'échappement produits par la combustion et de fournir un apport d'air frais pour les faire fonctionner. Lorsque le sous-marin se trouvait sous l'eau près de la surface, les moteurs Diesel utilisaient alors des schnorchels, des tuyaux de métal permettant l'évacuation des gaz de combustion et l'entrée d'air frais. Lorsque le submersible se trouvait en surface, l'ouverture de l'écoutille du kiosque facilitait l'entrée d'air requise par les moteurs Diesel.
L'armement
thumb|upright=.8|La chambre des torpilles située à l'avant du sous-marin
thumb|upright=.8|Emplacement d'une torpille dans la salle. Lors de leur lancement, les trois sous-marins canadiens sont équipés de torpilles Mark 37 d'un diamètre de . Ces torpilles fabriquées par l'entreprise américaine Northrop sont dotées d'un sonar actif-passif qui les guide pour atteindre leur cible. Les Mark 37 étaient considérées comme des armes défensives, car elles ne pouvaient se déplacer à plus de , leurs charges explosives n'étaient que de et leur portée de .
thumb|left|upright=.8|Une torpille Mark 37 mod-0 au Musée maritime allemand de Wilhelmshaven Les Oberon étaient équipés de deux types de torpilles Mark 37 : un premier modèle sans système de guidage lancé par les tubes de contre-mesure situés à l'arrière du sous-marin et un autre modèle plus allongé possédant un système de filoguidage lancé en utilisant les tubes lance-torpilles situés à l'avant. Les deux modèles possédaient leur propre système de propulsion et n'avaient pas besoin d'air comprimé pour être éjectés des tubes lance-torpilles.
En plus de leurs faiblesses quant à la vitesse et la portée, les Mark 37 avaient le défaut de se « noyer » lorsqu'on les utilisait pour atteindre des cibles en eau profonde. Cette dernière faiblesse s'avérait très problématique, car les sous-marins nucléaires de l'époque atteignaient facilement des profondeurs beaucoup plus grandes. Des améliorations furent apportées aux Mark 37, augmentant leur vitesse de six nœuds et leur rayon d'action de douze milles nautiques, mais elles manquèrent toujours de force de frappe.
Les Mark 37 furent remplacées par des torpilles lourdes Mark 48 mod-4 lors de la refonte de 1983 à 1986. Les dimensions des Mark 48 étaient de de long avec un diamètre de et leur poids était de . Ce poids constituait d'ailleurs un problème pour l'équipage des Oberon, car ces derniers n'étaient pas équipés d'un système mécanisé pour soulever les torpilles jusqu'aux tubes de lancement.
L'efficacité des Mark 48 face aux Mark 37 était indéniable : leur vitesse était de à , leur portée de près de , elles pouvaient atteindre leur cible jusqu'à une profondeur de et leur charge explosive était le quadruple de celle des Mark 37. L’Onondaga transportait 14 torpilles Mark 48 à son bord, six dans les tubes lance-torpilles avant et huit en réserve.
La salle de commande et l'appareillage électronique
thumb|upright|Salle de commande de l'Onondaga