Cet article décrit l'histoire du Chiapas, État du sud du Mexique.

Des origines à la fin de la colonie espagnole (jusqu'au ) À l'époque précolombienne, la région faisait partie de l'aire maya de la Mésoamérique. À l'Époque classique, le nord du Chiapas vit s'épanouir certaines des cités mayas les plus prestigieuses : Palenque, Tonina ou encore Bonampak.

À la veille de la conquête espagnole, en 1500, les Aztèques disputèrent le sud-est du Chiapas, le Soconusco, riche en cacao, aux Quiché. En 1510, ils recevaient de forts tributs des populations soumisesLynn V. Foster, Life in the Ancient Maya World, Oxford University press, 2005, .

Les Chiapanèques, dont la langue fait partie du groupe oto-mangue, étaient l'ethnie dominante du Chiapas à la veille de la conquête espagnole. Leur installation dans la région semble remonter à la fin du Classique ou au début du Postclassique. Il s'agissait d'un peuple belliqueux, souvent en guerre avec ses voisins mayas (Tzeltals ou Tzotzils de Zinacantan).

Après avoir soumis le Mexique central, les conquistadores espagnols installés à Coatzacoalcos exigèrent que les habitants du Chiapas leur paient tribut. Devant le refus des indigènes, les Espagnols, aidés de leurs alliés tlaxcaltèques et mexicas envoyèrent une expédition sous le commandement de Luis Marin (1524). Pour soumettre durablement le pays, il fallut cependant une deuxième expédition dirigée par Diego de Mazariegos en 1527. Ce dernier fonda la ville de Ciudad Real, l'actuelle San Cristobal de las Casas.

À l'époque coloniale, le Chiapas faisait partie de la capitainerie générale du Guatemala.

Indépendance, division et partage du Chiapas (1821 - 1842)

Le le Chiapas se déclara indépendant de l'Espagne.

En 1824, le Chiapas avait été déclaré indépendant du Mexique comme de la Fédération centraméricaine et un plébiscite d'une durée de six mois décida de son destin politique, tiraillé entre les prétentions de ses deux voisins. Le , la Junte suprême établie à Ciudad Real (aujourd'hui San Cristobal de las Casas) disposant du pouvoir militaire et politique sur la province et dirigée par Manuel Zebadua, envoya une circulaire aux douze districts chiapanèques afin de les préparer à choisir leur rattachement à l'un ou l'autre pays. Il fut ensuite décidé par un congrès réuni ad-hoc que le rattachement au Mexique ou a la Fédération centraméricaine se ferait sur la base d'un plébiscite sur le modèle de celui effectué au Guatemala en 1822. Cela signifiait que la population voterait par municipe et que la partie qui obtiendrait la majorité des voix dans un municipe remportait d'office la totalité des voix de celui-ci. Des stratégies furent mises en place notamment par l'élite de la Ciudad Real et par le gouvernement mexicain afin de manipuler les populations indigènes de la région de Los Altos et d'envahir le Soconusco de propagande pro-mexicaine. D'un autre côté, au Soconusco, Fray Matias de Cordoba et la puissante famille Escobar tentèrent avec succès de convaincre la population de la nature néfaste des objectifs annexionnistes mexicains.

Les conditions du référendum furent mitigées. En effet, la commission chargée de sa mise en place, arguant ne pas disposer de chiffres récents fit établir officiellement la population de la province à habitants alors que les recensements précédents montraient une population de en 1814 et en 1823. De plus, la population des municipes les plus favorables à l'union avec le Mexique fut celle qui fut le plus surestimée. En effet, entre les chiffres du recensement de 1814 et ceux établis par la commission en 1824, la population de Ciudad Real passa de à habitants, celle de Comitan de à habitants et celle de San Bartholome de los Llanos de à habitants. Ces modifications frauduleuses avait d'autant plus d'importance que la partie qui obtenait la majorité des voix dans un municipe remportait d'office la totalité des voix de celui-ci. 38 municipes se prononcèrent en faveur de l'union avec le Mexique, et 56 en faveur de l'union avec l'Amérique centrale. En additionnant la population totale de chaque municipe à majorité favorable au Mexique on obtenait alors  voix contre pour l'Amérique centrale. personnes se déclarant indifférentes.

La publication des résultats le fut célébrée par la population à la hauteur de son rattachement avec le Mexique. Ce fut une jubilation à la Ciudad Real et à Comitan alors que l'événement fut nié à Tuxtla et encore plus à Tapachula, capitale du Soconusco. Le Soconusco se maintint donc indépendant avec l'appui notamment de son élite qui, constituée de familles créoles puissantes, entretenait des liens étroits avec les propriétaires terriens des hauteurs et de la côte guatémaltèque. La préservation de l'indépendance fut aussi appréciée des indigènes Mams pour qui les frontières administratives de la région n'eurent jamais que très peu de sens. Aussi, avant le plébiscite, l'exécutif centraméricain avait déclaré le Soconusco comme partie intégrante de la fédération.

La réaction centraméricaine ne se fit pas attendre. En effet, en 1825, une commission spéciale conclut à l'illégitimité de l'annexion du Chiapas au Mexique. Le gouvernement centraméricain n'eut alors de cesse de déclarer que le Mexique avait maintenu la population chiapanèque sous la pression des armes et avait truqué les élections. Huit mois après le plébiscite, le Soconusco fut occupé par des troupes guatémaltèques et centraméricaines sous les ordres du colonel Pierson et les prêtres qui refusaient de signer la Constitution centraméricaine furent expulsés de la région. Le Mexique riposta immédiatement en massant des troupes sous les ordres du général Anaya le long de la frontière nouvellement établie par Pierson. Mais voulant éviter le conflit, les deux parties entamèrent des négociations laissant le Soconusco sous le statut d'autonomie provisionnelle, ce qui signifiait que dans les faits il était dirigé par les caciques indigènes et les propriétaires terriens qui en avaient forcé la sécession en 1823.

En 1839, la dissolution de la république fédérale d'Amérique centrale laissa place à la nouvelle république du Guatemala, qui considéra sienne les terres anciennement réclamées par la fédération et notamment la totalité du Chiapas. Ces réclamations issues de l'élite de la capitale du nouveau pays furent transmises à la population à travers une active propagande inculquant aux Guatémaltèques le sentiment d'avoir été privés du territoire chiapanèque. Ce sentiment fut attisé par la récupération du Soconusco par le Mexique en 1842 par un décret du président Antonio Lopez de Santa Anna et par son occupation militaire à la suite de plusieurs appels de la part de la population de la région. Cette annexion faisait en fait suite à plusieurs incidents entre l'oligarchie locale et le gouvernement guatémaltèque ainsi qu'à la rumeur qui courait que les indigènes de la région préparaient la suppression de la population blanche et métisse de la région avec l'aide des troupes guatémaltèques du QuetzaltenangoJan de Vos, Las fronteras de la frontera sur, CIESAS, Universidad Juarez Autonoma de Tabasco, 1993, Villahermosa, Tabasco, Mexique.

La fixation définitive de la frontière Chiapas - Guatemala (1842 - 1895) À la proclamation de l'Indépendance en 1821 le Guatemala faisait alors partie du Mexique. Le Soconusco définitivement rattaché au Mexique, il fallut attendre 1874 pour que Don Justo Rufino pour le Guatemala et Matias Romero pour le Mexique se rencontrent dans une exploitation agricole de la région qu'ils connaissaient pour y être tous deux exploitants. L'accord sur les limites frontalières entre les deux pays ne fut pas difficile à trouver à l'exception du cas de la zone du Soconusco.

Les diplomates se trouvèrent aussi face au défi de tracer une frontière en usant de cartes très anciennes, déficientes et/ou contradictoires datant pour certaines de la colonie espagnole. Après avoir déterminé les points fondamentaux de division établis après les indépendances de l'Espagne, ils décidèrent de tracer des lignes droites entre eux lorsqu'il n'existait pas sur le trajet de frontière naturelle. En ce qui concerne le Chiapas, le Mexique concéda au Guatemala un territoire allant jusqu'au Rio Suchiate, recevant en échange l'enclave de Motozintla. Cependant, beaucoup d'imprécisions cartographiques empêchèrent l'établissement d'un partage notamment en ce qui concernait la partie de la jungle lacandonienne.

Un accord préalable fut finalement signé à New York le pour être officialisé à Mexico le de la même année. Son premier article stipulait le renoncement définitif du Guatemala au territoire de l'État du Chiapas. Afin de continuer à contrôler une partie de cette zone, le gouvernement guatémaltèque prit en 1884 la décision de perturber physiquement le tracé de la ligne de division sur le terrain. Après avoir frôlé le conflit armé, les gouvernements trouvèrent un accord le premier , convenant que le Guatemala indemniserait les entreprises des dommages causés par ses troupes et que le Mexique renoncerait à influer le tracé de la frontière.

La perte de ces territoires par le Guatemala et surtout de ceux du Soconusco donna lieu à un important ressentiment de la part des élites et de la population guatémaltèques encore palpable aujourd'hui

Guerre des Castes (Guerra de Castas) Casta signifie pur et non castepour tout l'article : Rocío Ortiz Herrera - Pueblos indios, Iglesia católica y elites políticos en Chiapas de 1824 a 1901 - Conculta - Chiapas - México - Prudencio Moscoso Pastraña - Rebeliones indígenas en los Altos de Chiapas - UNAM - México 1992 - Enrique Florescano - Etnía estado y nacíon - Ed. Aguilar México 1996. Vers la fin de 1867 commença la guerre des Castes. Un indigène Pedro Díaz Cuscat avait fabriqué une idole de terre cuite qui simulait la parole par un système de caisse de résonance. Il parvint ainsi à attirer un public crédule et nombreux. Il fit passer cette idole pour un dieu descendu du Ciel pour vivre parmi les indigènes. Sa compagne et complice Agustina Gómez Checheb se fit elle passer pour la mère du dieu... Ils furent bientôt rejoints par une foule énorme venue adorer cette idole. Le jour du vendredi Saint de 1868, une assemblée pagano-chrétienne présidée par le couple crucifia un enfant et le laissa mourir sur la croix. Le gouvernement fut averti de cet acte de barbarie et fit incarcérer deux instigateurs à San Cristobal de la Casas.

Là intervint un aventurier mi escroc mi illuminé nommé Ignacio Fernandez de Gabindo qui avec sa compagne une diseuse de bonne aventure nommée Luisa Quévedo proposèrent au couple Pedro-Agustina de l'aider à s'échapper et à se libérer des blancs. Une armée d'indigènes fanatisés par les paroles de l'idole se forma et prit comme centre de commandement le village de Zontehuitz. Cette armée indigène se souleva en 1869 contre les autorités du Chiapas. Elle attaqua des villages, des haciendas, des fermes, des personnes isolées, tuant tous les blancs et les ladinos (les ladinos sont des indigènes qui ont adopté le mode de vie des créoles) ils sont détestés des autres indigènes, n'épargnant ni femmes, ni enfants, ni vieillards. Cette armée arriva près de San Cristóbal de las Casas et menaça de piller et d'incendier la ville si Pedro Diaz Cuscat et ses acolytes n'étaient pas libérés. Le gouverneur céda partiellement en ne libérant que Diaz Cuscat. Il garda Fernandez de Galindo et sa compagne en garantie de la sauvegarde de la ville. Mais Diaz Cuscat, le , à la tête de ses troupes attaqua quand même la ville. La multitude enragée égorgea tous ceux qui tombèrent en son pouvoir. Le gouverneur José Pantaleón Dominguez opposant une résistance opiniâtre réussit à mettre en déroute les assaillants. Le gouverneur fit exécuter publiquement Fernandez de Galindo et sa femme.