Pierre Cauchon, né en 1371 à Reims, et mort le 18 à Rouen, est évêque de Beauvais puis de Lisieux, défenseur des intérêts anglais à la fin de la guerre de Cent Ans. Il passe à la postérité pour avoir été l'ordonnateur du procès de Jeanne d'Arc, qu'il fait condamner à mort sur le bûcher à Rouen le . L’Église catholique annule son verdict en 1456 après un procès en révision.

Biographie

L'Université

Bien que la famille Cauchon soit attestée, aux , comme appartenant à la bourgeoisie de Reims, nous ne savons rien des parents de Pierre IV Cauchon. Certaines sourcesPar exemple le site Généastar : https://www.geneastar.org/celebrite/cauchonp/pierre-cauchon le disent fils de Jacques Cauchon (1325-1376), riche bourgeois et orfèvre de Reims, et de Rose Triquesel (1330-1388). On lui connaît néanmoins un frère : Jean VI, chanoine de Beauvais, et une sœur (Jeanne ?), mariée à un dénommé Bidault..

Adolescent, il s'engage dans de longues études qui le destinent à une carrière ecclésiastique mais qui le contraignent à quitter Reims. Son arrivée à Paris, capitale intellectuelle du Royaume, est incertaine (en 1385, à l’âge de 14 ans ?). À l'université, il suit brillamment les cours de la faculté des arts (grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie) puis étudie le droit canonique et la théologie. Ses pairs l’élisent à 26 ans recteur. Le mandat, de courte durée, confère un pouvoir juridictionnel sur les affaires de l'université et des étudiants, échappant au contrôle du prévôt du roi, depuis une charte signée par Philippe Auguste en 1200. Pierre est réélu au moins deux fois à cette fonction, preuve de la considération dont il bénéficiait au sein de l’Université. Maître des arts, licencié en droit canonique, il intègre en 1398 la faculté de théologie mais n’obtient probablement pas le titre de docteur, grade universitaire le plus élevéIl faut suivre huit ans de théologie pour être reçu docteur mais Pierre Cauchon ne semble pas avoir pu (ou voulu) arriver au terme du cursus. Nous savons qu’en 1403, il était en de théologie. ..

Le choix du parti bourguignon

En 1404, Pierre Cauchon, ayant reçu la tonsure, les ordres mineurs et la prêtrise, cherche une situation stable et rémunératrice. Bien qu'ayant obtenu les revenus de la cure d'Égliselles, il se fait octroyer une prébende de vidame auprès du chapitre de Reims de 1410 à 1420Patrick Demouy, De l'art et des Cauchon, in Le Bibliophile remois, , 1998, . et défend la cause de l'Université de Paris lors d'une querelle qui l'oppose à celle de Toulouse. Mais, à l'exemple d'autres ecclésiastiques, il sait que c'est en s'attirant les faveurs d'un prince ou d'un puissant qu'il pourra mener une carrière prestigieuse.

Il ne peut s'agir du roi, Charles VI de France, fou, ou plutôt atteint de crises maniaco-dépressives, qui gouverne sous la tutelle de ses oncles. D'ailleurs, le train fastueux de la cour, entretenu par la reine Isabeau de Bavière et l'entourage royal, est l'objet de vives critiques, de la part du peuple mais également de l'université. Le cotuteur du roi, le duc de Berry, n'est pas non plus fait pour attirer l’étudiant : très dépensier, attiré surtout par l'art, le commanditaire des Très Riches Heures est un personnage sage mais dont la puissance politique décline. Quant à Louis d'Orléans, frère du roi, sa politique belliqueuse vis-à-vis de l’Angleterre, son train de vie et sa conduite légère (ne serait-il pas l’amant de la reine ?) le rendent impopulaire auprès de l’Université de Paris. Il reste Jean sans Peur, duc de Bourgogne qui, par son opposition à la politique du duc d'Orléans, sait s’attirer le soutien des clercs parisiens..

Du côté de l'Église, la situation n'est pas meilleure qu'au royaume de France. Le grand schisme d'Occident offre à Pierre Cauchon une occasion de service. En 1407, il est missionné par le roi, en compagnie des plus hauts dignitaires ecclésiastiques, pour tenter de réconcilier les deux papes rivaux Benoît XIII et Grégoire XII. Cette expédition est un échec, mais élève Pierre Cauchon au rang d'arbitre, de négociateur au plus haut niveau..

De retour de cette inutile ambassade, il trouve à Paris un climat troublé par l'assassinat du duc d'Orléans, commandité par Jean sans Peur, qui s'exile un temps dans ses terres. Cependant, l'impopularité de la victime, qui avait cristallisé les griefs faits à la cour, incite nombre de personnes, dont les théologiens et Pierre Cauchon, à manœuvrer pour obtenir la réhabilitation du duc de Bourgogne et même la justification de ce meurtre. À cette époque, l'Université est en effet particulièrement remontée contre le roi, son prévôt Tignonville ayant fait pendre deux clercs qui ne dépendaient pas de sa juridiction.

Afin de récupérer des fonds destinés à la guerre contre les Anglais, les États généraux s'ouvrent en 1413. Les Bourguignons, alliés des clercs et des docteurs de l'université, réclament la réforme du Royaume. Une commission est formée, chargée d’enquêter sur les abus de l’administration. Pierre Cauchon en fait naturellement partie. Au printemps de la même année éclate l'insurrection cabochienne, plus ou moins sous l'impulsion démagogique de Jean sans Peur. Après les excès de la fureur populaire, les bouchers cabochiens sont finalement lâchés par la bourgeoisie et les princes, notamment. Les Armagnacs débarquent à Paris pour y remettre de l'ordre. Jean sans Peur quitte la capitale en août, avant que le roi ne rende justice et revienne sur des décisions prises sous la pression des insurgés (voir guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons). Le , Pierre Cauchon est accusé, par ordonnance royale, des pires méfaits, mais il a déjà fui en direction de la Bourgogne.

Il fait partie de l’ambassade que le duc de Bourgogne envoie au concile de Constance en 1415. Avec ses collègues bourguignons, pour mettre fin au schisme, il y appuie l'élection de Martin V ().

Le retour au royaume de France

En 1418, Paris abandonne les Armagnacs pour les Bourguignons. Jean sans Peur peut retrouver sa place auprès du roi de France toujours aussi malade mentalement. En tant que partisan du duc, Pierre Cauchon est par la même occasion réhabilité. La protection ducale lui permet d’être nommé maître des requêtes et conseiller du roi. pendant que l'Université presse le pape de lui octroyer d'autres bénéfices. Compréhensif, le nouveau souverain pontife sait se montrer reconnaissant envers celui qui l'a aidé à accéder à sa charge. Dorénavant, Cauchon se retrouve archidiacre de Chartres et de Châlons-en-Champagne, chanoine de Reims et de Beauvais, chapelain du duc de Bourgogne et référendaire du pape, ce qui en cumul lui assure un revenu annuel d'environ deux mille livres.

Un nouveau drame se joue, dont il sait une nouvelle fois profiter. Les Bourguignons, inquiets de voir la progression des Anglais, qui se sont déjà emparés de la Normandie et notamment de Rouen, décident de traiter avec le dauphin Charles. Lors d'une entrevue sur le pont de Montereau, le , Jean sans Peur est assassiné par Tanguy du Chastel, conseiller de Charles. Les Bourguignons accusent le dauphin d’avoir commandité le meurtre. Cela ressemble en effet à une vengeance de l'assassinat de Louis d'Orléans douze ans plus tôt. Pierre Cauchon perd ainsi son protecteur, et ne voit pas vraiment de remplaçant dans la personne de l'héritier du duché de Bourgogne, Philippe III.

L’assassinat de Jean sans Peur pousse les Bourguignons à se rapprocher des Anglais. Pierre Cauchon participe aux pourparlers. qui aboutissent au traité de Troyes signé le : le dauphin Charles est déshérité au profit du roi d’Angleterre Henri V qui doit devenir roi de France, une fois Charles VI décédé.

Le , le pape Martin V nomme Pierre Cauchon évêque de Beauvais après les vives recommandations de l’Université de Paris, du duc de Bourgogne, des rois Henri et Charles, autant de personnages ou d’institutions auxquels il a rendu de multiples services. À près de 50 ans, c’est le couronnement de sa carrière ecclésiastique.. Mais ce n’est que le qu’il prend physiquement possession de son diocèse. Grand privilège, le duc de Bourgogne Philippe le Bon l’accompagne lors de son entrée dans la ville. De 1421 à 1429, date de son départ forcé, l’évêque réside peu à Beauvais. Les affaires du Royaume l’appellent le plus souvent à Paris et à Rouen. Pendant son épiscopat, il se heurte à la municipalité qui lève une taille pour la réparation des fortifications. En tant que comte-évêque de Beauvais, Pierre Cauchon lui conteste ce droit..

Au service du roi d’Angleterre

En dépit de la signature du traité de Troyes, une partie de la France refuse de se soumettre au roi d’Angleterre. Henri V est contraint de mener campagne dans l’Est du Bassin parisien. C’est à l’occasion de la capitulation de Meaux que les sources nous apprennent que Pierre Cauchon est devenu conseiller du roi d’Angleterre ().. La même année, Henri V et Charles VI meurent. Le trône revient au fils du roi d’Angleterre, Henri VI, qui, à cause de son extrême jeunesse (il a 10 mois), ne peut gouverner. Heureusement pour Pierre Cauchon, il sait trouver auprès du duc de Bedford, régent du royaume de France pour le compte d’Henri VI, un nouveau protecteur. Dès 1422, l’évêque de Beauvais joue officieusement le rôle de « conseiller ecclésiastique. ». On le voit donc participer au concile de Sienne dont le but est de régler la collation des bénéfices majeurs (abbatiat, évêchés). Il est également chargé d’accélérer le prélèvement des décimes (impôt sur le clergé) en Normandie.

Le , il se trouve à Reims, mais quitte la ville la veille du sacre de Charles VII () qui y est mené grâce à la marche menée par Jeanne d'Arc. En août, l’évêque est dans la capitale de son diocèse mais les Beauvaisiens se rallient peu de temps après au dauphin.. Malgré ce ralliement précédé et suivi par tant d’autres, Pierre Cauchon n’abandonne pas le parti anglais. Il quitte Beauvais pour se rendre à Rouen, siège du gouvernement anglais de la France et où le chapitre de chanoines lui a donné le pouvoir de s'installer, le siège de l'archevêché étant alors vacant et une juridiction d'exception pouvant se mettre en placePhilippe Contamine, « Le procès de Jeanne d’Arc », émission La Marche de l'histoire sur France Inter, 13 février 2012..

Du au , il est à Londres, avec juste un petit intermède parisien à la mi-octobre, et conseille les Anglais sur les préparatifs de l'offensive qu'ils vont mener en 1430. Avec le duc de Bedford, soucieux d'opposer à l'image de Jeanne d'Arc celle d'Henri VI âgé maintenant de 8 ans, il incite le jeune roi à traverser la Manche pour que ses sujets puissent le voir.. Ensemble, ils font le voyage jusqu'à Rouen, en compagnie d'autres conseillers ecclésiastiques. Il sera confirmé le dans ses fonctions de conseiller du roi. C'est quelques mois après leur retour qu'ils apprennent la nouvelle : le , Jeanne a été faite prisonnière à proximité de Compiègne. Elle est détenue par les Bourguignons au donjon de Beaulieu, à proximité de Noyon.

Dans les tractations qui s'engagent pour récupérer la Pucelle, Cauchon joue un rôle de premier plan. L’Université et les représentants de l'Inquisition à Paris réclament de la juger mais les Anglais mandatent l’évêque de Beauvais pour négocier la rançon. Du point de vue légal, il possède un argument de poids : Jeanne a été capturée au sortir de Compiègne, sur un territoire dépendant du diocèse de Beauvais, et donc de sa juridiction. En , les Anglais obtiennent des États de Normandie une aide financière sur laquelle est prélevée la rançon. Alors que Charles VII ne réagit pas, les Bourguignons la remettent à ses ennemis contre le versement de livres. Le , par lettre royale, les Anglais abandonnent Jeanne à la justice ecclésiastique et plus précisément à Pierre Cauchon..

Le procès de Jeanne d'Arc