Le henné (Lawsonia inermis), également connu sous les noms de mehndi, mendhi, mehendi (ou mehandi), ḥenna, lḥenni ou anella, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Lythracées. C'est un arbuste épineux pouvant atteindre plusieurs mètres de haut. Ses feuilles sont principalement utilisées comme colorant ou tatouage mais la tradition lui octroie également d'autres vertus, notamment des propriétés médicinales.

Généralités vignette|gauche|Détail d'un buisson de henné (à Hyderabad, en Inde). vignette|gauche|On extrait des feuilles du henné différentes qualités de poudres également dites « henné », ici vendues au Marché d'Istanbul en Turquie.

Le henné pousse à l'état naturel dans les régions tropicales et subtropicales d'Afrique, d'Asie du Sud et d'Australasie, sous des latitudes comprises entre 15 et 25° (N et S) de l'Afrique au Pacifique.

Il était cultivé extensivement en haies vives en Afrique, mais l'est plutôt en champs aujourd’hui pour une culture de rente (récolte plus facile).

Les feuilles du henné réduites en poudre contiennent une molécule particulière (2-hydroxy-1,4-naphthoquinone ; dite lawsone, du nom scientifique de l'arbuste). Elles produisent des teintes rouges, jaunes et orangées, utilisées en teinture textile et corporelle (coloration et entretien des cheveux, tatouages éphémères de la peau).

Le mot henné désigne également ce colorant dont l'usage est très ancien puisqu'on en retrouve la trace sur les momies égyptiennes.

Un henné naturel est toxique pour les enfants et le henné noir synthétique ou partiellement synthétique peut provoquer de graves allergies chez l'enfant comme chez l'adulte. vignette|Sacs de henné naturel séché, marché de Gabès (Tunisie).

Dénominations Le henné est appelé mehndi, mendhi, mehendi (ou mehandi) ou marudhani (en tamoul) en Inde, ḥenna en arabeEncyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, voir page 477, lḥenni ou anella en berbère.

Sa désignation INCI est Lawsonia inermis, du nom du médecin écossais Isaac Lawson.

Description

Le henné est un arbuste ou un petit arbre, d’une hauteur de 1,8 à voir :en:Lawsonia inermis.

Sur les tiges, les feuilles sont opposées, subsessiles, elliptiques, lancéolées (longues et plus larges au milieu, de de largeur et de , , et ont des nervures déprimées sur la face dorsale.

Les fleurs de henné possèdent 4 sépales vert pâle, 4 pétales fins, onguiculés, d’une couleur allant du blanc au rouge violacé, 8 étamines saillantes, disposées par paires entre les pétales, et un style central.

Les fruits enchâssés dans le calice, sont des capsules globuleuses à 4 loges surmontées d’une courte pointe.

La pâte de henné de tatouage est constituée de poudre de henné (feuilles broyées) et de liquide (de l’eau, des huiles ou du jus de citron),qui permet la malléabilité nécessaire à son application. Origine Il serait originaire du sud de l'Iran et de la MésopotamieAubaile-sallenave F-R., “Les voyages du henné”, Journal d’Agriculture traditionnelle et de Botanique appliquée, 2, 1982.Gast, M. (2000). Henné. Encyclopédie berbère, (22), 3437-3440.. Il aurait été introduit en Égypte sous la dynastie.

Histoire Il est cultivé au Maghreb depuis longtemps, en Inde ainsi que dans une grande partie de l'Afrique tropicale (Kawar et Tchad) apporté par les Égyptiens qui l'ont ensuite répandu en Afrique subsaharienne, en Mauritanie jusqu’au Mali et en Espagne andalouse selon l'M. Gast, « Henné », in Encyclopédie berbère, 22 | Hadrumetum – Hidjaba [En ligne], mis en ligne le 01 juin 2011, consulté le 12 décembre 2013. URL : http://encyclopedieberbere.revues.org/1717 où la fleur du henné (l'arbre « qui pousse au paradis »Maurin Garcia M (1992), Le henné, plante du Paradis, Edito Georges Naef SA, Genève.) a aussi une connotation religieuse puisque (Mahomet), notait E.-G. Gobert en 1961Gobert E.-G, Tunis et les parfums, Revue africaine, t. 106, 1961, p. 295-322 ; t. 106, 1962, p. 75-118. et qu'en Mauritanie, on dit que cet arbre aurait Tauzin A (1998), Le henné, art des femmes de Mauritanie, Paris, Ibis Press..

Plusieurs indices laissent penser que le henné a depuis longtemps un usage cosmétique et/ou médicinal : les Égyptiens coloraient de henné les ongles et les cheveux de leurs momies, il y a plus de , ou les pieds et mains (momies de Ramsès II et IIIMaspero, G. (1886). Procès-verbal de l'ouverture des momies de Ramsès II et Ramsès III. Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 30(2), 294-301 Voir pages 296-297.Renaut, L. (2009), Recherches sur le henné antique . Journal of Near Eastern Studies, 68(3), 193-212 (Introduction/extrait page)ADIG (Association pour le Développement Intégré du Guidimakha) (2002) ; Étude sur la production de henné dans les villages de Taghade et de N’Doumely. GTZ/ECO-IRAM. Projet de Développement Rural Intégré du Guidimakha. Sélibaly, janvier 2002, République Islamique de Mauritanie) ; des textes datant de plus de le citent comme cosmétiqueAweke, G. et Tapapul Lekoyiet, S (2005), Lawsonia inermis L. In: Jansen, P.C.M. & Cardon, D. (Éditeurs). PROTA 3: Dyes and tannins/Colorants et tanins. [CD - Rom]. PROTA. Wageningen, Pays - Bas [En ligne]. Adresse http://database.prota.org/PROTAhtml/Lawsonia inermis_Fr.htm ; il est évoqué dans le livre biblique du Cantique des cantiques (Cant. 6, 14) pour ses vertus odoriférantes avec le terme grec : "κύπρος" (kupros) dans la septante et latin "cyprus" dans la Vieille Latine et la Vulgate ; la légende syrienne de Baal et Anath (écrite vers avant Jésus-Christ) évoque le henné sur les mains de la femme lors du rite du mariage ; les Vietnamiennes se laquaient les dents en noir avec un produit noircissant contenant notamment du henné ; dans l'Assyrie antique, les paumes et ongles des futures mariées étaient décorés de dessins faits au henné.

Répartition vignette|Meule à henné à Yazd en Iran. La région d'origine du henné correspond à la savane tropicale et aux régions arides des zones aux latitudes comprises entre 15° et 25° aussi bien Nord que Sud, depuis l'Afrique jusqu'à la zone ouest Pacifique, elle a les meilleures qualités tinctoriales quand elle est cultivée dans les températures comprises entre et . Pendant la saison humide, la plante croît rapidement en émettant de nouvelles pousses, puis croît ensuite plus lentement. Dans les régions du Sahara, elle monte jusqu’à un mètre de hauteur, mais elle est absente du Sahara central en raison de ses besoins en eau.

Les feuilles deviennent jaunes petit à petit, et tombent pendant les périodes sèches ou fraîches. Le henné ne prospère pas lorsque les températures minimales sont inférieures à , la plante meurt si la température est inférieure à .

La plante est produite pour être vendue aux Émirats arabes unis, au Maroc, en Algérie, au Yémen, en Tunisie, en Libye, en Arabie saoudite, en Égypte, en Inde occidentale, en Irak, en Iran, au Pakistan, au Bangladesh, en Afghanistan, en Albanie, en Turquie, en Érythrée, en Éthiopie, à Djibouti, en Somalie et au Soudan. , la région de Pali au Rajasthan est la plus grande zone de production en Inde avec plus de 100 producteurs dans la ville de Sojat.

Utilisation

Le henné est utilisé à de multiples fins :

cosmétique : il est réputé embellir la peau (par coloration) et en l'adoucissant ; au hammam, le henné est encore fréquemment utilisé pour adoucir la peau où on le mélange au savon noir pour le répartir sur l'ensemble de la peau avant le rituel du gommage. Certains produits bronzants en contiennent, au Brésil par exemple ; dermatologique : Il était réputé purifier, nettoyer la peau et faciliter la cicatrisation ; teinture capillaire et soin capillaire : le henné est appliqué sur les cheveux pour les teindre ou leur apporter des nuances ; il est réputé anti pelliculaire et anti séborrhéique. Le résultat de son application dépend de l'origine géographique de la plante utilisée, de la couleur initiale du cheveu et du temps de pose de la pâte.

tatouage : le henné fait partie, dans le MaghrebBadreddine Belhassen (1976), Le tatouage maghrébin ; Communication et langages, Vol31, n° 31pp. 56-67 (PDF), au Maroc, en Algérie, en Tunisie; en Mauritanie mais aussi au Tchad, aux Comores pendant les mariages et en Inde, de l'arsenal de la séduction féminine, sous forme de tatouages définitifs ou éphémères constitués de signes traditionnels réputés protecteurs, magiques ou prophylactiques (agencement d'idéogrammes et signes pictographiques) et plus ou moins symboliques, autrefois notamment appliqués par des femmes sur des femmes sur le dos et/ou la poitrine et aujourd'hui, sur les pieds et les mains (sous forme de tatouage traditionnel ou de tatouage de fantaisie. Le mehndī (mot d'origine indienne - de l’hindi ou de l’ourdou) est l’art de réaliser des tatouages au henné à base de cette pâte; le visage des femmes, berbères notamment, était tatoué depuis la période pré-islamique de manière à éloigner le mauvais sort ou à afficher un statut social, celui d'épouse par exemple. Il servait également à se démarquer culturellement des Arabes ; vignette|Éthiopienne aux cheveux teints au henné.|alt= parfumerie : avec un parfum extrait de ses fleurs en longues grappes, qui serait jugé peu agréable par certains Européens, mais apprécié des Tunisiens et Proche-Orientaux où un buisson fleuri de henné est apprécié dans les jardins urbains ou de cour. L'odeur est puissante et extrêmement diffusible et ; thérapeutique : il est réputé soigner les ongles malades (usage externe uniquement) et tuer les poux Kadiatou, malle (2011) Durabilité de la culture du henné dans la région de Koulikoro, au Mali : cas des communes rurales du Méguétan et de Banamba ; Mémoire de maîtrise en agroforesterie pour l’obtention du grade de maître ès sciences (M. Sc.) ; Faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université Laval - voir page 24 sur 119 (usage externe uniquement). Ses feuilles sont depuis longtemps utilisées pour traiter les cicatrices jaunes, de l’amibiaseKhorrami, J. S. (1979) Dosage du Lawsone dans le Henné par la méthode colorimétrique. Pharmaceutical Biology, 17(3-4), 131-134 (http://informahealthcare.com/doi/abs/10.3109/13880207909065164 résumé]). La feuille réduite en poudre (pilée et tamisée) a des effets antimicrobiens, antifongiques, bactériostatiques et antispasmodiques (Khorrami 1979). Les médecines traditionnelles arabes et d'Inde l'utilisent aussi (feuille et/ou racine) pour déclencher l’accouchement et en décoction (feuille et racine) contre certaines diarrhées. En Côte d’Ivoire et au Nigeria, la feuille sert aussi contre la trypanosomiase. La poudre de ses feuilles humectées d’eau forme une pâte réputée astringente pour la peau, cicatrisante pour les blessures, les contusions et la plaie ombilicale du nouveau-né. Elle est aussi utilisée, sur les cheveux, contre les infestations de poux. Elle serait aussi Bellakhadar J (), La pharmacopée marocaine traditionnelle. Médecine arabe ancienne et savoirs populaires, Paris, Ibis Press, 1997 (voir henné p. 381-382). Le henné est utilisé en infusion contre les ulcères, certaines diarrhées, la lithiase rénale et comme collyre pour certaines ophtalmies. Selon la médecine traditionnelle, il aurait une vertu « froide » combattant les maladies « chaudes », par exemple en cataplasme sur la tête (front et tempes, il calmerait les maux de tête et les migraines). Mélangé à du beurre, il donne une pommade qui calmerait les brûlures et soignerait certains boutons (de varicelle notamment) ; maroquinerie : il teinte les cuirs et peaux et pourrait être une alternative à des colorants toxiques (métaux lourds)Musa, A. E., Madhan, B., Madhulatha, W., RAGHAVA RAO, J., Gasmelseed, G. A., & Sadulla, S. (2009). Coloring of leather using henna-Natural alternative material for dyeing. The Journal of the American Leather Chemists Association, 104(5), 183-190. ;