Eugenio Pacelli (), né le à Rome (Italie) et mort le à Castel Gandolfo (Italie), est un prélat italien, élu pape le sous le nom de (en , en ). En qualité d'évêque de Rome et chef d'État du Vatican, il est le de l'Église catholique jusqu'à sa mort.

Né dans une famille de la noblesse pontificale, il progresse dans la curie, en tant que juriste dans la diplomatie vaticane. Nonce apostolique pendant la Première Guerre mondiale en Bavière puis en Allemagne, où il assiste à une révolte communiste et à la naissance du parti nazi, négociateur de plusieurs concordats, il est créé cardinal en 1929 puis nommé en cardinal secrétaire d'État du pape . Il travaille avec ce dernier au quotidien, en particulier sur les relations avec l'Allemagne où Adolf Hitler arrive au pouvoir en 1933, avec l’appui du catholique Franz von Papen, avec lequel il négocie un concordat.

Il travaille ensuite pour à la lettre de condamnation du nazisme : . Ses capacités de diplomate et la confiance de , qui meurt en 1939, en font le favori du conclave, qui l'élit au troisième tour, fait rare, peu avant le début de la guerre.

Tentant de maintenir la paix (au moins pour l'Italie), exposant sa vision du rôle du pape dans l'encyclique , il maintient le Vatican dans une neutralité, qui condamne les excès de la guerre (en Pologne surtout) sans nommer explicitement le nazisme, de peur d'aggraver la répression. Sous la surveillance de Mussolini d'abord, puis sous celle des Allemands, il maintient des liens diplomatiques avec tous les régimes, y compris ceux qui collaborent à l'antisémitisme et à la déportation des Juifs, tout en se refusant à condamner l'alliance des Alliés et de l'URSS.

Mis au courant de l'existence des camps d'extermination, le pape condamne les actes, sans en préciser explicitement les victimes, ni les coupables (Noël 1942). Lors de l'occupation de Rome par les nazis, agit pour éviter les bombardements de la ville, et pour protéger les Juifs menacés, ce qui n'empêche pas complètement leur déportation, mais lui vaut la reconnaissance de plusieurs personnalités et dignitaires juifs après la guerre.

Après la guerre, il s'oppose aux régimes communistes qui poursuivent la répression des catholiques et accompagne la décolonisation, par la mise en place de clergés locaux. Durant son long pontificat, exerce un magistère d'autorité, utilisant l'infaillibilité pour affirmer le dogme de l'Assomption, publiant quarante-deux encycliques et effectuant trente-trois béatifications et trente-quatre canonisations. Il affirme une vision hiérarchique de l'Église comme un corps mystique du Christ, insistant sur l'apostolat des laïcs et sur le rôle de la famille chrétienne dans l'éducation. Il encadre les innovations liturgiques et la recherche sur les écritures saintes, met fin à l'expérience des prêtres ouvriers, prend position sur les questions scientifiques, la contraception ou sur les évolutions politiques, utilisant les médias modernes (radio, télévision), et les grands rassemblements.

Après sa mort, en particulier à partir de 1963, à la suite de la parution de la pièce de théâtre Le Vicaire, il est l'objet d'une polémique (qui reprend au moment de l'enquête sur sa béatification) entre ceux qui louent son action charitable et déterminée contre Hitler et ceux qui lui reprochent ses « silences » (en particulier sur la Shoah, le génocide des Juifs d'Europe par le régime nazi et ses collaborateurs) et ses ambiguïtés face aux régimes d’extrême droite.

Ascension du diplomate juriste Un modèle de carrière dans la curie Représentant de la jeunesse pontificale 140px|vignette|gauche|Eugenio Pacelli enfant.110px|vignette|Le père d'E. Pacelli, avocat à la rote.vignette|105px|E. Pacelli en 1896. Eugenio Pacelli naît à Rome en 1876, dans une famille de la noblesse noire du Saint-Siège fidèle à la papauté pendant la question romaine (refus de l'annexion de Rome par l'Italie entre 1870 et les accords du Latran de 1929) : son grand-père, Marcantonio Pacelli (1804-1902), avait été ministre des Finances de puis avait accompagné Pie IX en exil à Gaète pour fuir les révolutionnaires en 1849. Au retour du pape à Rome, il était devenu secrétaire à l'Intérieur, pendant la phase autoritaire du pontificat à partir de 1851 jusqu'à la fin des États Pontificaux en 1870. C'était l'un des fondateurs du journal officiel du Vatican, L'Osservatore Romano. son père, Filippo Pacelli (1837-1916), avocat à la Rote romaine puis avocat consistorial s'était également montré défavorable à l'intégration des États pontificaux au royaume d'Italie après 1870. un de ses oncles (Giuseppe Pacelli) a porté le titre de Monsignore (il le baptise à San Celso e Giuliano); un de ses cousins, (Ernesto Pacelli), a été conseiller financier de et son frère (Francesco, docteur en droit canonique et juriste du Saint-Siège) est, en 1929, l'un des négociateurs des accords du Latran.

Sa mère, Virginia Graziosi (1844-1920) vient d'une famille distinguée pour ses services rendus au Saint-Siège.

Avec son frère Francesco et leurs deux sœurs, Giuseppina et Elisabetta, Eugenio grandit à Rome, va à l'école chez les religieuses puis à partir de 7 ans, au Liceo Ennio Quirino Visconti, établissement public marqué par un certain anticléricalisme populaire. Il est le meilleur de ses classes.

Eugenio Pacelli annonce dès 12 ans son intention d'être prêtre et non homme de loi, ce qui n'étonne pas sa famille: il était fasciné par la personnalité de saint Philippe Néri (originaire de Rome) dont le corps était sous l'autel de l'église de la paroisse où il servait comme enfant de chœur.

Étudiant discipliné, sportif (natation, cheval, canot), musicien (violon), s'intéressant à l'archéologie, il commence en 1894 sa théologie à l'université pontificale grégorienne des Jésuites de Rome tout en résidant au Collegio Capranica. De 1895 à 1896, il effectue son année de philosophie à l'université romaine de La Sapienza. Il visite Paris en 1896. rejoint l'institut Apollinare de l'université pontificale du Latran en 1899, y obtient trois licences, l'une de théologie et les autres in utroque jure (« dans les deux droits », c'est-à-dire droit civil et droit canonique) avec, parmi ses professeurs, l'Allemand Karl Julius Beloch. Au séminaire, pour des raisons de santé, il échappe au lot commun et obtient de rentrer chaque soir au domicile parental.

Il est ordonné prêtre à Pâques le par Francesco di Paola Cassetta, un ami de la famille.

Carrière dans la curie d'un juriste diplomate vignette|gauche|redresse=0.8|Le père Pacelli le jour de son ordination (1899).

L'abbé Pacelli est invité à travailler dans les bureaux du Vatican par Pietro Gasparri, qui est un proche de Mariano Rampolla, le secrétaire d'État du pape . En 1901, fait docteur en théologie, repéré pour ses dons en langues et en droit, il entre à la Congrégation des affaires ecclésiastiques extraordinaires, chargée des relations internationales du Vatican, par la recommandation d'un des frères cardinaux Vannutelli, ami de la famille. Il y devient minutante pour le compte du secrétariat d'État, où il rencontre Rafael Merry del Val. Il est choisi par pour porter les condoléances du Saint-Siège après la mort de la reine Victoria.

vignette|redresse=1|Eugenio Pacelli debout au côté de Rafael Merry del Val sous le portrait de . Concordat avec la Serbie en 1914. vignette|gauche|redresse=0.8|Le cardinal Gasparri, dont Pacelli est le collaborateur.

L'abbé Pacelli assiste, en tant que minutante, au conclave d', qui voit l'empereur d'Autriche porter la dernière exclusive contre le cardinal Rampolla et aboutit à l'élection de . Après cette élection, la curie est dominée par les antimodernistes et tout particulièrement le nouveau secrétaire d'État, le cardinal Merry del Val. Pacelli, tout en restant le protégé du cardinal Gasparri, est identifié comme un proche de , qui le nomme camérier secret et aurait appartenu à l'organisation antimoderniste la Sapinière. .

Après avoir été intégré, le , dans la Commission pour la codification du droit canonique (dont il est nommé secrétaire en 1904, par le cardinal Gasparri) il est promu prélat domestique en 1905, et poursuit sa carrière de spécialiste comme juriste, représentant du Saint-Siège et enseignant : il publie une étude sur La Personnalité et la territorialité des lois, spécialement dans le droit canon, puis un livret blanc sur la séparation des Églises et de l'État en France où il s'est rendu l'année précédente. Il est un des principaux préparateurs des textes qui mettent fin au droit d'exclusive qui avait marqué le conclave précédent. Nommé représentant du Vatican au congrès international eucharistique de Londres (1908), il rencontre Winston Churchill et représente le Saint-Siège au couronnement du roi en 1911.

Pacelli, après avoir décliné de nombreuses offres de chaires de droit canonique, aussi bien à l'Apollinaire qu'à l'université catholique de Washington (à la demande du pape), enseigne cependant à l'Académie des nobles ecclésiastiques, vivier de la curie romaine, puis devient professeur de droit canon de l'université pontificale du Latran et de l'université catholique d'Amérique en 1908. De 1909 à 1914 il est professeur de l'Institut Sant’Apollinare. Il est également chapelain des sœurs de l'Assomption.

Sa carrière est une suite de promotions : le , il devient sous-secrétaire aux Affaires ecclésiastiques extraordinaires du cardinal Gasparri, puis en 1912, consultant pour le Saint-Office, secrétaire adjoint, et secrétaire le (il y succède à Gasparri qui vient d'être promu Cardinal secrétaire d'État). Dès lors, il devient un des diplomates en vue du Saint-Siège. Il conclut un concordat avec la Serbie quelques jours avant l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche, qui stipule que les évêques de Serbie seront nommés par le pape, et non plus par l'Empereur. Selon John Cornwell, ce traité aggrava les tensions entre l'Autriche et le royaume des Balkans et .. Après le décès du pape, son successeur conserve Gasparri et Pacelli à leurs postes. Pacelli y promeut la politique pacifiste du pape pendant la Première Guerre mondiale (il est chargé du suivi et des échanges des prisonniers de guerre). Il tente en particulier de dissuader l'Italie d'entrer en guerre contre les puissances centrales (Autriche-Hongrie et Allemagne) : en 1915, lors d'un voyage à Vienne, en collaboration avec le nonce apostolique Scapinelli, il cherche à amener l'empereur François-Joseph à plus de patience à l'égard de l'Italie. Lorsqu'il sert à Rome, considéré comme le bras droit de Gasparri, il participe à la rédaction des projets de documents pontificaux, souvent majeurs, à l'instar des encycliques comme celle, interrompue du fait de la Première Guerre mondiale, prévue en ; il participa au passage sur la condamnation de l'antisémitisme..

Un diplomate du Saint-Siège Le nonce apostolique en terre allemande thumb|right|Eugenio Pacelli en Bavière (1922). thumb|left|Eugenio Pacelli devant le grand quartier général allemand après avoir remis un message de paix à l'empereur (1917). Le , nomme Pacelli nonce apostolique en Bavière : Munich est alors l'unique représentation pontificale dans l'Empire allemand. Trois jours plus tard, il le nomme archevêque in partibus de et le sacre dans la chapelle Sixtine, le (jour des apparitions de Fátima). Il est reçu par le roi le .

Auprès du Kaiser , Pacelli tente en vain de promouvoir la note de du , demandant la paix : le chancelier Bethmann-Hollweg, intéressé, doit démissionner.

Pacelli s'efforce de connaître l'Église allemande, visite les diocèses et assiste aux principales manifestations catholiques, comme le Katholikentag. Il rencontre son conseiller Robert Leiber, qui sera son Éminence grise au Vatican, pendant tout son pontificat et prend à son service, lors de ses vacances d'été, à Rorschach au lac de Constance, l'Allemande sœur Pasqualina, âgée de 23 ans, qui reste sa gouvernante jusqu'à la fin de sa vie.