L'équipe de Tchécoslovaquie de football (), créée en 1920 et dissoute en 1993, est la sélection de joueurs tchécoslovaques représentant le pays dans les compétitions internationales de football masculin, sous l'égide de la Fédération tchécoslovaque de football.

Succédant à l'équipe de Bohême et Moravie, l'équipe tchécoslovaque apparaît en 1919, un an après l'indépendance de la Tchécoslovaquie, et dispute son premier match officiel lors des Jeux olympiques d'Anvers de 1920. En 1934, pour sa première participation à la Coupe du monde, elle ne s'incline qu'en finale face à l'Italie, pays hôte. Occupée par l'Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale, la Tchécoslovaquie est disloquée entre plusieurs États, et plusieurs sélections « remplacent » celle de Tchécoslovaquie. Après sa libération, le pays est en proie à une certaine instabilité politique et la sélection peine à retrouver son niveau d'avant-guerre.

Le début des années 1960 marque le retour au très haut niveau des Tchécoslovaques, qui terminent troisièmes de l'Euro 1960 et sont à nouveau finalistes de la Coupe du monde 1962, où ils s'inclinent face au Brésil. Cette embellie est brève, la Tchécoslovaquie n'arrivant plus ensuite à dépasser le premier tour des compétitions, quand elle parvient à s'y qualifier. Elle crée pourtant la surprise en étant sacrée championne d'Europe en 1976, avant que son homologue olympique ne l'imite en décrochant la médaille d'or à Moscou en 1980. La Tchécoslovaquie réalise une dernière performance notable en atteignant les quarts de finale de la Coupe du monde de 1990.

Après la dissolution du pays en 1993, l'équipe nationale laisse la place à deux nouvelles sélections : celle de Tchéquie, qui sera finaliste de l'Euro trois ans plus tard, et celle de Slovaquie. La Tchéquie hérite du siège de membre de la Tchécoslovaquie auprès de la Fédération internationale (FIFA), de l'UEFA et du Comité international olympique (CIO), dans la continuité de celle-ci.

Histoire

Forte de deux finales de Coupe du monde de football en 1934 et 1962 et d’un titre de champion d’Europe en 1976, la Tchécoslovaquie est une sélection reconnue en Europe et dans le monde. L’apogée du football tchécoslovaque se situe dans les années 1970 et 1980, avec le championnat d’Europe et la médaille d'or olympique.

La Bohême au temps de l'empire austro-hongrois (1892-1918)

Avant la Première Guerre mondiale, le territoire de la Tchécoslovaquie est sous domination de l'Autriche-Hongrie. Le football apparaît en Europe centrale à la fin du , notamment à Prague, qui compte de nombreux étudiants. Le premier match enregistré dans cette ville et dans le pays se déroule en 1892. Les premiers clubs sont alors fondés, comme le SK Slavia Prague et l'AC Sparta Prague, fondés respectivement en 1892 et 1895, tandis qu'un premier championnat de Bohême et Moravie est organisé à partir de 1896.

Le , treize clubs fondent la (ČSF) , l’ancêtre de l'actuelle Fédération de République tchèque. Six ans plus tard, elle devient membre de la FIFA, mais seulement à titre provisoire à la suite de protestations de l'Association autrichienne, qui refuse de voir l'Autriche-Hongrie avoir d'autres fédérations que celles de l'Autriche et de la Hongrie. Une équipe de Bohême et Moravie est mise en place à partir de 1903 pour disputer des matchs amicaux, notamment face aux voisins hongrois. Entre 1903 et 1908, les deux sélections s'affrontent six fois, avant que la Bohême et Moravie ne défie à Prague la sélection anglaise, qui achève sa première tournée continentale par une victoire 4-0. Jan Košek est une des vedettes de cette période.

De 1908 à 1918, malgré le boycott organisé par les Autrichiens, les équipes de Prague sont réputées, et la ville est une étape incontournable des clubs en tournée européenne. Une sélection de Bohême et Moravie, composée essentiellement de joueurs du Slavia, remporte le tournoi européen organisé en 1911 par l’éphémère Union internationale amateur de football association (UIAFA) dans le cadre de l'Exposition internationale du Nord de la France, en battant la France et l'Angleterre Wythe, George; Hanson, Joseph Mills, The inter-allied games, Paris (1919), p. 89.

Les débuts contrastés de l’équipe de Tchécoslovaquie (1918-1933) thumb|upright|L'équipe victorieuse des Jeux Interalliés en 1919. Créée en 1918 à partir de territoires austro-hongrois peuplés de Tchèques, de Slovaques et de Ruthènes, d'une importante population de langue allemande dans les Sudètes ainsi que des minorités hongroises, la Tchécoslovaquie peine d'abord à établir sa légitimité. L'association tchèque n'est rebaptisée qu'en 1922 Československá associace footballová (ČSAF) , et un championnat national n'est organisé qu'à partir de 1925.

thumb|upright|alt=Photographie en noir et blanc, vue d'un but de football : le gardien n'arrive pas à toucher le ballon, tiré par penalty|Finale des Jeux olympiques d'Anvers de 1920 entre la Belgique et la Tchécoslovaquie. thumb|upright|La sélection de 1922. La pratique du football étant cependant bien implantée dans le pays, une sélection nationale est rapidement mise en place. En , une délégation est envoyée aux Jeux interalliés à Paris. Si le tournoi est réservé au personnel militaire ayant participé aux combats de la Première Guerre mondiale du côté des Alliés, la sélection est dans les faits composée essentiellement de joueurs du Sparta Prague. Avec trois victoires en poule puis une quatrième en finale contre la France (3-2), les Tchécoslovaques remportent la médaille d'or. L'attaquant Antonín Janda brille particulièrement. Ce dernier tournoi n'étant pas reconnu par le CIO et la FIFA, les débuts officiels de la sélection datent des Jeux olympiques d'Anvers de 1920, organisés l'été suivant. Elle affronte le la Yougoslavie, qui fait elle aussi ses débuts officiels, et l'emporte largement sur le score de sept buts à zéro. Sur la lancée de cette victoire spectaculaire, les Tchécoslovaques atteignent la finale en écartant la Norvège (4-0) puis la France (4-1). Ils y affrontent la Belgique, pays hôte. Deux ans après la fin de la Première Guerre mondiale et la création de la Tchécoslovaquie, le tournoi dépasse le cadre d'une simple compétition sportive, et le climat ambiant tourne à l'hystérie. Menés deux buts à zéro, les Tchécoslovaques quittent le terrain après l'expulsion d'un des leurs en fin de première mi-temps, en signe de protestation contre l'arbitrage qu'ils jugent biaisé. La sélection est disqualifiée de la compétition et repart sans médaille.

Après le succès de la sélection tchécoslovaque aux Jeux, le football se développe encore plus dans le pays, avec la création du premier club professionnel tchécoslovaque et d'Europe centrale, le SK Zidenice de la ville de Brno, en 1922. Recrutant de nombreux joueurs hongrois, le club ambitionne de se financer uniquement sur des tournées et matchs de gala. Alors que se lance un championnat professionnel à Prague, le club en revient finalement à l'amateurisme marron.

La sélection de Tchécoslovaquie ne reprend du service qu'un an plus tard. Elle enchaîne les matchs amicaux, souvent victorieux, jusqu'aux Jeux olympiques de Paris de 1924. Après avoir battu la Turquie au premier tour, la Tchécoslovaquie, donnée favorite, affronte la Suisse. Le match est heurté : les Tchécoslovaques ouvrent le score mais sont finalement rejoints, après que Josef Čapek ait été expulsé par l'arbitre. Un match d'appui est organisé, que les Suisses (dont le buteur Max Abegglen est promu capitaine) remportent en toute fin de partie. L'étonnante équipe de Suisse, dirigée par les Britanniques Teddy Duckworth et Jimmy Hogan et le Hongrois Izidor Kürschner, ne s'incline qu'en finale face à l'Uruguay, qui a époustouflé les observateurs par son niveau de jeu.

Le professionnalisme est introduit dans le football tchécoslovaque en 1925, avec la création du championnat national, et l'adoption du statut professionnel par le Sparta Prague et le Slavia Prague. Cela représente aussi le premier championnat de football professionnel d'Europe centrale. En 1927, l'Autrichien Hugo Meisl impulse l'organisation d'une compétition des sélections d'Europe centrale, baptisée Coupe internationale européenne, à l'image de la Coupe Mitropa pour les clubs, dont la première édition est remportée par le Sparta Prague. Antonín Švehla, premier ministre tchécoslovaque, offre le trophée, la Coupe Švehla. Les sélections d'Autriche, de Hongrie, d'Italie, de Suisse et de Tchécoslovaquie, soit les meilleures du moment en Europe continentale, s'affrontent dans un mini-championnat, qui se déroule de à . L'Italie l'emporte avec cinq victoires et un nul en huit rencontres, tandis qu'avec quatre victoires et deux nuls, la Tchécoslovaquie termine troisième.

En 1928, la Fédération organise à Prague un tournoi pour le de l'indépendance du pays, que la Tchécoslovaquie remporte en finale face à la Yougoslavie. Elle fait par contre l'impasse sur le tournoi olympique de 1928 - ses meilleurs joueurs disputant le championnat professionnel local, ils ne peuvent pas y participer - et ne répond pas à l'invitation de participer à la première édition de la Coupe du monde de football en 1930 en Uruguay, malgré son ouverture aux professionnels (le pays compte alors 227 joueurs professionnels).

Devant le succès populaire rencontré par la Coupe internationale, une nouvelle édition est organisée de à . Malgré les sept buts en huit matchs de František Svoboda, la Tchécoslovaquie termine cette fois quatrième, loin derrière l'intouchable autrichienne. Une troisième édition se déroule d' à , sans plus de succès pour les Tchécoslovaques.

Éphémère succès de la Coupe du monde de 1934 (1933-1939)

vignette|alt=Juste avant le match, deux joueurs se serrent la main devant l'arbitre. Ils sont de face.|Les capitaines Combi et Plánička avant la finale de la Coupe du monde 1934. Le succès populaire de la Coupe du monde de 1930 en Uruguay conduit la FIFA à planifier une nouvelle édition, en Europe cette fois-ci. L'Italie de Benito Mussolini est choisie pour l'organiser. La Tchécoslovaquie doit passer par un tour de qualification, remporté face à la Pologne en Dans le groupe 5 des tours préliminaires à la Coupe du monde de football 1934, la Pologne et la Tchécoslovaquie se rencontrent en matchs aller-retour. Le match aller voit la victoire de la Tchécoslovaquie en Pologne, à Varsovie (2-1). En raison d'un différend à propos de la frontière entre la Pologne et la Tchécoslovaquie, le gouvernement polonais n'autorise pas son équipe nationale à quitter le territoire, qui doit déclarer forfait pour le match retour en Tchécoslovaquie.. Pour sa première participation à une Coupe du monde, l’équipe de Tchécoslovaquie est composée de joueurs du Slavia et du Sparta essentiellement. Le tournoi, à élimination directe, ne permet pas la défaite. La Tchécoslovaquie bat en huitième de finale la Roumanie (2-1), puis la Suisse (3-2) en quart de finale et enfin l’Allemagne (3-1) en demi-finale, en pratiquant un jeu de qualité. En finale, la sélection tchécoslovaque affronte l’Italie, pays organisateur, dont le pouvoir fasciste met les moyens nécessaires à la victoire. Au stade national du Parti National Fasciste et devant spectateurs acquis à la cause de l'Italie et du fasciste Benito Mussolini, le match est violent et l'arbitre est relativement conciliant avec les brutalités de la . Antonín Puč ouvre le score à vingt minutes de la fin mais les Italiens égalisent in extremis par Raimundo Orsi, un Argentin naturalisé, puis l'emportent finalement en prolongation (2-1), alors que les Tchécoslovaques touchent les montants italiens à trois reprises. La finale du mondiale est le premier match de l'histoire commenté en direct à la radio. Le meilleur buteur de la compétition est le Tchécoslovaque Oldřich Nejedlý avec cinq réalisations. Malgré la défaite, les Tchécoslovaques rentrent en héros dans leur pays.