Boris Boillon, né le à Pontarlier (Doubs), est un ancien diplomate français arabisant spécialiste du Moyen-Orient.

Il exerce notamment la fonction d'ambassadeur de France en Tunisie entre le et le .. Il est en poste auprès de la délégation française à New York jusqu'au , date de son rappel par le quai d'Orsay en vue d’une mesure de suspension.. Un décret présidentiel le radie du Ministère des affaires étrangères en 2019..

Il fait l'objet, en 2017, d'un procès pour « faux et usage de faux », « abus de biens sociaux », « blanchiment de fraude fiscale » et « manquement à l’obligation déclarative de transfert de capitaux » qui lui vaut d'être condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour ces deux derniers chefs d'accusation. Le , il est exclu de l'ordre de la Légion d'honneur..

Biographie Ses parents, père professeur d’anglais et mère professeur de philosophie, sont des « pieds-rouges », le surnom donné aux militants de gauche venus aider l’Algérie après son indépendance, sont établis dans les années 1960-1970 à Béjaïa en Kabylie ; Boris Francis Nicolas Boillon y passe son enfance jusqu'à ses dix ans...

Formation et premiers pas en diplomatie Après un passage en classe préparatoire HEC, puis en hypokhâgne, Boris Boillon est admis à l’Institut d'études politiques de Paris puis à l’Institut national des langues et civilisations orientales, dont il est tour à tour diplômé. À l'issue d'une mission à Mascate, dans le sultanat d'Oman de 1993 à 1994, il est admis au concours donnant accès à l’emploi de conseiller des Affaires étrangères (cadre Orient) en 1998. Il est nommé rédacteur au service Politique étrangère et Sécurité commune à l’Administration centrale (1999-2001) puis conseiller à l’ambassade de France en Algérie (2001-2004). Il est consul général adjoint à Jérusalem, en tant qu’adjoint du représentant spécial de l’Union européenne pour le processus de paix au Proche-Orient, d' à . Il est ensuite chargé de mission au ministère de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire (mission aux Affaires internationales et européennes).

En , Boris Boillon devient conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, alors ministre d’État, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, et conserve cette fonction auprès de François Baroin, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, jusqu’en avril de la même année. À la suite de la victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle, Boris Boillon devient conseiller « Afrique du Nord, Proche et Moyen-Orient » à la présidence de la République.

Avec Claude Guéant, Boris Boillon travaille sur le dossier des infirmières bulgares détenues en Libye. Il organise la visite à Paris en de Mouammar Kadhafi, à qui il a souvent apporté son soutien« Quand l'ambassadeur Boillon soutenait Kadhafi », L'Express, 21 février 2011.. Devenu ambassadeur, il déclare ainsi à la fin 2010 : Lors de son passage dans le Grand Journal de Canal +, en « Boris Boillon, "fils" de Kadhafi », France Soir, 22 février 2010., il reconnaît que le guide suprême libyen, Mouammar Kadhafi, l'appelle « mon fils ».

Ambassadeur en Irak (2009-2011) Boris Boillon est officiellement nommé en conseil des ministres ambassadeur de France en Irak en , publié au JORF du .. L'ambassadeur, qui est entre autres chargé de décrocher des contrats, déclare ainsi au magazine ChallengesSabine Syfuss-Arnaud, « En Irak, la France s’appuie sur un VRP enthousiaste », Challenges, 22 septembre 2010. : Favorable à l’intervention américaine en IrakIsabelle Lasserre (entretien avec Boris Boillon), « L'Irak, laboratoire de la démocratie du monde arabe », lefigaro.fr, 30 août 2010, l'ambassadeur se voit critiqué pour ses propos par le chercheur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, Pascal BonifaceCf. le billet de Pascal Boniface, « La guerre d’Irak légitimée a posteriori par le Quai d’Orsay ? », Affaires Stratégiques (Blog de Pascal Boniface), .. L'ambassadeur défend son bilan :

Dans une interview accordée au Figaro en , Boris Boillon déclarait :

Selon les câbles WikiLeaks, les diplomates américains en poste à Bagdad ont souvent mis en exergue son « ignorance », ses « incohérences » et ses « erreurs historiques » d'appréciation« Boris Boillon, selon les câbles WikiLeaks : vantard et pas toujours compétent », Thomas Cantaloube et Michaël Hajdenberg, Mediapart, 22 février 2011..

Ambassadeur en Tunisie (2011-2012) Le , publié au JORF du ., Boris Boillon est nommé ambassadeur de France en Tunisie en remplacement de Pierre Ménat accusé d'avoir mal apprécié la situation lors de la révolution tunisienne., selon une interview ultérieurement accordée à l'agence Reuters, dans laquelle des diplomates français accuseront la présidence de la République d'avoir « volontairement » tronqué une note de synthèse de Pierre Ménat qui « faisait de la fuite rapide du dictateur une hypothèse crédible »..

Arrivé à Tunis le , Boris Boillon est chargé, selon le porte-parole du Quai d'Orsay, de « prendre un nouvel élan, en s'appuyant sur une nouvelle ambition partagée » afin de renouer les liens entre le peuple tunisien et la France. Sa nomination ne fait pourtant pas l'unanimité. L'ancien ambassadeur Charles Crettien fait paraître une tribune dans Le Monde pour qualifier ce choix de « choquant », voire « dangereux »« La nomination du nouvel ambassadeur de France en Tunisie est choquante », Le Monde, 10 février 2011..

Peu après sa prise de fonction, Boris Boillon invite des journalistes tunisiens à l'ambassade. Il refuse de répondre aux questions portant sur la gestion de la crise tunisienne par Michèle Alliot-Marie, les qualifiant de « débiles », ou de « n'importe quoi », puis interrompt brutalement l'entretien.. Une manifestation rassemblant plusieurs centaines de personnes« Le nouvel ambassadeur de France à Tunis contesté par la rue », L'Express, 19 janvier 2011] est organisée le devant l'ambassade pour demander son départ, dénonçant son « manque de diplomatie » et son « agressivité »« Manifestation à Tunis pour faire partir le nouvel ambassadeur de France », liberation.fr, 19 février 2011.« Manifestation contre… le nouvel ambassadeur de France », letelegramme.com, 19 février 2011.Ava Djamshidi, « Tunis : des manifestants exigent le départ de l'ambassadeur de France », Le Parisien, 19 février 2011.. Le soir même, il présente, à la télévision nationale tunisienne, ses « excuse[s] auprès des journalistes et de tous les Tunisiens »« Tunisie. L'ambassadeur de France présente ses excuses », Le Parisien, 19 février 2011..

Souvent décrit comme un « wonder boy » ambitieux et volontariste., se qualifiant lui-même de « produit Sarko »« En Irak, la France s’appuie sur un VRP enthousiaste » sur ambafrance-iq.org., son style suscite des réactions diverses en France et en Tunisie.. La publication de photos de lui en maillot de bain et bodybuildé crée le buzz sur internet, et n'aident pas la crédibilité du diplomate.

Certaines personnalités économiques et culturelles estiment cependant qu'il a pour retisser la coopération franco-tunisienneDavid Le Bailly et François De Labarre, « Boris Boillon, l'étoile filante de la diplomatie française », Paris Match, semaine du 12 au 18 septembre 2013, pages 58-61..

En , la presse annonce son remplacement« Un nouvel ambassadeur à Tunis », francesoir.fr, 2 avril 2011., mais il est maintenu en place.

Reconversion dans le privé À la suite de l'élection de François Hollande à la présidence de la République, Boris Boillon est remplacé par François Gouyette., le .

En , il crée à Paris sa société en conseil pour les affaires et autres conseils — SpartagoFiche de l'entreprise Spartago sur societe.com, fermée en 2016.. Une seconde société ayant pour objet autres activités spécialisées, scientifiques et techniques, French Group UR, est créée à Paris le Fiche de l'entreprise French Group UR sur societe.com« Affaire Boillon : les drôles de business de “Monsieur l'Ambassadeur” », lepoint.fr, 31 août 2013. et dissoute le .

Retour dans la fonction publique En 2016, à sa demande et après accord du Quai d'Orsay, Boris Boillon réintègre le ministère des Affaires étrangères, officiant jusqu'à la fin de l'année auprès de la délégation française aux Nations unies à New YorkGeorges Malbrunot, « L'ex-ambassadeur Boris Boillon a été réintégré au Quai d'Orsay », lefigaro.fr, 10 novembre 2016., provoquant une vague d'indignation dans la diplomatie française.. Le , le ministère décide « d’interrompre immédiatement sa mission à New York et de procéder à son rappel en vue d’une mesure de suspension ».

Décoration Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le par décret du Président de la République Nicolas Sarkozy. Le , par un autre décret du Président de la République, il en est exclu et privé définitivement du droit de porter les insignes de toute décoration française ou étrangère ressortissant à la grande chancellerie de la Légion d’honneur.

Affaires judiciaires Le à Paris, Boris Boillon est interpellé à la gare du Nord par des douaniers français en possession d'un sac contenant et en liquideLénaïg Bredoux, « L’ex-ambassadeur Boris Boillon interpellé avec en liquide », mediapart.fr, 30 août 2013.. Il s’apprêtait à rejoindre Uccle (commune belge abritant de nombreux exilés fiscaux français, où il a élu domicile) à bord d'un train Thalys. Selon l'article 464 du code des douanes, le transfert dans un autre pays de l'Union européenne de sommes supérieures à doit être déclaré. « En cas d'infraction, le contrevenant peut être puni d'une amende égale au quart de la somme sur laquelle a porté l'infraction ou la tentative d'infraction »« Boris Boillon interpellé avec près de en liquide », lepoint.fr, 30 août 2013.« Boris Boillon, ancien ambassadeur à Tunis, arrêté avec en liquide », Le Monde, 30 août 2013.. Boris Boillon affirme que l'argent saisi provenait de rémunérations en Irak, un "salaire de la peur" mérité, et que son intention avait toujours été de déclarer et de régulariser ces sommes en Belgique où il est fiscalement domicilié. Il affime, bien que haut fonctionnaire, ne pas connaître les lois sur le transport de devises et le blanchiment.

Les déclarations et documents fournis par Boris Boillon n'ayant pas convaincu les enquêteurs, il est renvoyé en devant le tribunal correctionnel de Paris, où il est convoqué le pour .

Jugé le , il est cité à comparaître par le parquet pour « blanchiment de fraude fiscale », « faux et usage de faux », « manquement à l’obligation déclarative de transfert de capitaux » et « abus de biens sociaux ».

Soupçons de liens entre l'argent liquide saisi et l'affaire du financement libyen de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy

Pour le procureur de la République, Boris Boillon a cherché à justifier ces sommes a posteriori, avec des contrats et des attestations dont la sincérité est contestée. Il estime que l'argent représenté par ces « billets neufs, dont les numéros de série se suivent et qui n'ont jamais été mis en circulation » est « forcément proche du pouvoir ou d'une banque centrale ». La défense, qui avait pourtant émis l'hypothèse que la chute de l'ambassadeur avait été programmée pour nuire à Nicolas Sarkozy, n'objecte rien sur ce point.