La justice imputée est un concept de la théologie protestante qui énonce que la justice de Jésus-Christ, Cette doctrine est donc pratiquement synonyme de justification par la foi (Sola fide).

L'enseignement de la doctrine de la justice imputée est caractéristique des traditions luthérienne et réformée. La justice imputée diffère de la position catholique qui remonte à Augustin d'Hippone. Pour ce dernier, Dieu transmet la justice justifiante au pécheur, de telle façon qu'elle devient une partie de sa personne. Ce concept est désigné sous le nom de « justice infusée ».

Différences entre justice imputée et justice infusée Les deux concepts approuvent le principe selon lequel Dieu est la source de notre justice et que celle-ci est un don que, strictement parlant, les hommes ne peuvent pas mériter. Ils se rejoignent également sur le fait que l'activité de Dieu entraîne une transformation chez les hommes, lesquels, au fil du temps, deviennent plus obéissants à Dieu et voient le péché progressivement vaincu dans leur vie. Parfois, cette convergence de vues s'est brouillée : les protestants accusant les catholiques de croire que les hommes peuvent obtenir eux-mêmes leur salut, et les catholiques accusant les protestants de croire qu'il n'est pas nécessaire aux chrétiens d'avoir leur vie transformée pour être sauvés. La distinction entre les concepts de justice imputée et justice infusée concerne au moins deux domainesLe sujet est difficile à traiter en raison des différences de définition de presque tous les termes clés, tels que justification et grâce, qui existent entre les différentes traditions chrétiennes. Pour éviter toute confusion, l'emploi de l'expression « approbation par Dieu » sera préférée au terme « justification ». :

La conservation de la justification et l'effet du péché : Selon le concept d'imputation de la justice, la justice par laquelle les hommes sont approuvés par Dieu, est « étrangère ». Puisque leur approbation est basée sur les actes de Dieu, rien de ce que les hommes font ne peut les conduire à perdre leur statut d'approuvés. Le péché peut mener Dieu à les traiter en tant qu'hommes désobéissants, mais pas à les renier. Protestants et catholiques sont en désaccord sur la question de la possibilité pour les hommes de perdre leur justification. Pour les protestants, si c'est le cas, c'est en cessant d'avoir foi en Dieu et non en raison d'un péché particulier. Les catholiques affirment que la justice arrive à être présente chez les hommes, et qu'elle est la base de l'obtention du statut d'approbation. Les hommes ont selon eux la responsabilité de collaborer avec Dieu en entretenant et renforçant la présence de cette « grâce » dans leur vie. Mais pour eux certains péchés graves, appelés « péchés mortels », peuvent provoquer la perte de cette « grâce »Catéchisme de l'Église catholique, alinéa 1861, site officiel du Vatican. Consulté le 22 septembre 2009.. Les protestants pensent qu'en cas de péchés graves, les chrétiens continuent à être traités comme enfants de Dieu, mais comme enfants de Dieu désobéissants qui requièrent une certaine discipline. En revanche, les catholiques croient que dans cette situation, le lien avec Dieu est en grande partie rompu et que le rétablir requiert « une nouvelle initiative de la miséricorde de Dieu et une conversion du cœur qui s'accomplit normalement dans le cadre du sacrement de la réconciliation »Catéchisme de l'Église catholique, alinéa 1856, site officiel du Vatican. Consulté le 22 septembre 2009..

Le mérite : Les protestants évitent de dire, à propos des hommes, qu'ils ont des mérites devant Dieu, en raison du fait que, pour eux, toute justice justifiante est étrangère, les hommes ne méritent rien venant de Dieu. En revanche, les catholiques, qui soutiennent que la justice arrive à être présente chez les hommes, pensent que ces derniers peuvent, dans un certain sens, mériter récompense. Bien sûr, tout mérite est, en fin de compte, dû à l'activité de Dieu. Il faut cependant noter que les protestants approuvent le fait que même des non-chrétiens peuvent agir de façon louable. Ils ne méritent pas le salut mais certains théologiens protestants ont parlé d'eux comme « reflétant la justice civile » Philip Melanchthon, Apology of the Augsburg Confession, translated by F. Bente, and W.H.T. Dau, in Triglot Concordia: The Symbolical Books of the Ev. Lutheran Church. St. Louis, Concordia Publishing House, 1921. Part 23, Article 18, Of Free Will..

Alors qu'il existe des différences significatives entre l'imputation et l'infusion de la justice, elles peuvent être considérées, dans une certaine mesure, comme des différences d'accentuation potentiellement complémentaires. L'imputation met en exergue l'idée que le salut est un don de Dieu et qu'il est dépendant de lui. La justice infusée insiste sur la responsabilité des hommes dans la collaboration avec les actes de Dieu qui transforment leur vie. Cette position est soutenue par une déclaration conjointe de la Fédération luthérienne mondiale et de l'Église catholiqueDéclaration conjointe sur la doctrine de la justification de la Fédération luthérienne mondiale et de l'Église catholique, site officiel du Vatican. Consulté le 22 septembre 2009.. Cependant, assez de différences subsistent, à la fois dans les conséquences doctrinales et pratiques induites par ces concepts, pour que cette déclaration ne fasse pas l'unanimité Joint Lutheran/Roman Catholic Declaration on Justification: A Response, Department of Systematic Theology, Concordia, Theology Seminary, Fort Wayne, Indiana, in Concordia Theology Quarterly, 62 (1998), n° 2:83-106 .

La justice Les concepts développés ici proviennent nominalement des lettres de Paul, qui constituent une grande partie du Nouveau Testament, et notamment de l’épître aux Romains Alister McGrath, Iustitia Dei: A History of the Christian Doctrine of Justification, Cambridge University Press, , Cambridge, 2005.. Cependant, ces concepts ont évolué sous l’influence des théologiens chrétiens ultérieurs à Paul.

Depuis au moins l’époque de saint Augustin, la « justice » est considérée comme une qualité morale et religieuse. Dans la conception catholique, les chrétiens sont transformés par l’action de Dieu et développent leur propre justice. Au , les réformateurs protestants en sont venus à concevoir l’approbation de Dieu selon une conception « légale » dans laquelle Dieu proclame l’humanité non coupable, même si dans un sens moral, elle est encore coupable de péché. Néanmoins, les réformateurs continuèrent à accepter le concept traditionnel de justice. Ce qui changea, c’est que cette justice était dorénavant vue comme étant celle du Christ, qui fut attribuée (« imputée ») aux chrétiens par Dieu. À partir du milieu du , la connaissance accrue du judaïsme du conduisit à une révision d’un certain nombre de concepts développés par Paul N. T. Wright, Justification: God's Plan and Paul's Vision, Intervarsity Press Academic, 2009.. Ainsi, beaucoup d’universitaires conçoivent aujourd’hui la « justice » comme un concept hébreu faisant référence à la fidélité à l’alliance entre Dieu et l’humanité (pour Dieu) ou au statut de véritable membre de cette alliance (pour l’homme). Vue sous cet angle, la justice est alors un statut légal et non une qualité de perfection religieuse ou morale.

Nicholas Thomas Wright, qui est l’un des partisans les plus connus de cette nouvelle perspective sur Paul, remarque que cette autre lecture de la justice remet à la fois en cause les concepts de justice imputée et justice infusée. Cependant, Wright considère toujours que la justice vient de Dieu et ne dépend pas de la qualité morale d’une personne. La différence pour lui, est qu’au lieu d’être basée sur la perfection morale du Christ attribuée aux chrétiens, la justice selon Paul est un statut, celui d’être un véritable membre de la communauté de l’alliance. Un individu est membre de cette alliance à travers sa foi dans le Christ. Il participe à la mort du Christ et à sa résurrection. Pour Wright, Paul voit cela comme le déplacement de l’individu du royaume du péché au royaume du Christ, même s’il péchera encore de temps en temps dans sa vie.

Cette différence de conception du terme « justice » a de nombreuses implications. Néanmoins, la nouvelle conception se rapproche de la conception traditionnelle quant à la doctrine de la justice imputée : bien que le mécanisme soit différent, dans les deux cas, le statut du chrétien découle de quelque chose du Christ qui dans un certain sens est attribuée au croyant. Les conséquences de l'imputation de la justice continuent donc à s'appliquer dans le cas de la nouvelle conception de la justice. .

Doctrine L'imputation de la justice du Christ est la doctrine protestante selon laquelle un pécheur est déclaré juste par Dieu au seul moyen de la grâce de Dieu, à travers sa foi dans le Christ. Cette doctrine prend donc seulement en compte le mérite et la valeur du Christ plutôt que le mérite et la valeur du croyant. D’un côté Dieu est infiniment miséricordieux, « ne voulant pas qu’un seul périsse (…) au contraire, que tous parviennent à se convertir » (2 Pierre 3:9)même si ce passage est souvent interprété par beaucoup de protestants comme faisant allusion aux seuls chrétiens. Ceci en raison du contexte de l’épître qui indique que le public de Pierre était constitué des seuls croyants et de la première partie du verset qui annonce que Dieu n'est pas en retard dans l'accomplissement de ses promesses faites aux croyant mais fait simplement preuve de patience à leur égard.. De l’autre, Dieu est infiniment saint et juste, ce qui signifie qu’il ne peut pas approuver ou même regarder le mal (Habaquq 1:13) ni non plus acquitter les coupables (Proverbes 17:15). Puisque la Bible décrit tous les hommes comme des pécheurs et déclare qu’il n’y en a aucun qui ne soit juste (Romains 3:10 et 3:23 et ), il y a là une difficulté théologique classique à résoudre. Pour reprendre les mots de Paul, comment Dieu peut-il « être juste tout en déclarant juste celui qui croit » (Romains 3:26) ?