Le bassa ou basaá est une langue bantoue parlée autour de la ville d'Édéa, entre Douala et Yaoundé et aussi, majoritairement dans la ville de Douala, capitale économique et minoritairement dans la capitale politique (Yaounde). C’est la langue traditionnelle du peuple Bassa.

Elle connaît des caractéristiques phonétiques et grammaticales communes à beaucoup de langues bantoues, comme les classes nominales, le b implosif et un système à tons : ton haut, ton bas, ton bas-haut, ton haut-bas, ton moyenDominique Nyacka, Joseph Mben Mben, Basogol ba nkal le. Textes basaá pour l'enseignement, p. 14Pierre Lemb, François de Gastines, Dictionnaire basaá-français, p. 28. La langue est transcrite au moyen d'un alphabet latin adapté, comprenant les consonnes, voyelles et accents spécifiques aux langues bantouesPierre Lemb, François de Gastines, Dictionnaire basaá-français, p. 23-28..

Classification Le bassa appartient au groupe A de la sous-famille de langues bantoues stricte, du groupe de langue bantoïde sud de la famille des langues nigéro-congolaises. Classification Guthrie : A.43a et A.43bM. Guthrie, , p. 28-40.. Classification Bastin/Coupé/Mann : A.43a et A.43bMaho 2002..

Le bassa mbende est considéré comme standard (Guthrie A.43a).

Répartition géographique Le bassa est parlé principalement dans la région du Littoral (départements de Nkam, Sanaga-Maritime et Wouri), la région du Centre (département du Nyong-et-Kéllé), la région du Sud (département de l'Océan).

La classification Guthrie (1967–1971) divise le bassa en deux groupes : mbene (Mbɛ́nɛ̂) (A.43a) dans les départements de Nkam, Wouri, Sanaga-Maritime, Nyong-et-Kéllé et Kribi ; bakoko (Bakókó) (A.43b) dans le Nkam et Sanaga-MaritimeHyman 2003..

Écriture Le bassa s’écrit avec l’alphabet latin.

L’alphabet bassa est fondé sur l’Alphabet général des langues camerounaises (AGLC) qui utilise 24 lettres (7 voyelles et 17 consonnes)Atindogbe 2003.. Le dictionnaire Webonary en bassa utilise 4 consonnes additionnelles (f, r, v, z).

+ Alphabet bassa (AGLC) Lettres de l’alphabet A B Ɓ C D E Ɛ F G H I J K L M N Ŋ O Ɔ P R S T U V W Y Z a b ɓ c d e ɛ f g h i j k l m n ŋ o ɔ p r s t u v w y z Valeurs phonétiques

Les lettres sont utilisées pour certains mots d’empruntHartell 1993, par exemple : àviɔ́ŋ, « avion » ; ràdìó, « radio » ; fârm, « ferme ».

Les digrammes et le trigramme représentent chacun un phonème.

Les tons sont représentés à l’aide d’accent suscrits aux voyelles : ton haut, á ton bas, a (sans accent) ton descendant, â ton montant, ǎ.

La nasalisation est représentée en utilisant la cédille sous la voyelle.

Prononciation Voyelle Antérieur Postérieur Fermé , iː , uː Mi-fermé , eː , oː Mi-ouvert , ɛː , ɔː Ouvert , aː

Consonnes Bilabial Alvéolaire Palatal Vélaire Lab.-vél. Occlusif Implosif Fricatif           Nasal Prénasal Spirant       Spirant latérale        

Les consonnes /p, t, k/ deviennent voisées et sont réalisées [b, d, ɡ] lorsqu’elles ne sont pas dans la syllabe initiale ou lorsqu’elles ne sont pas après une pause. Elles s’écrivent alors . Ces formes voisées peuvent aussi être réalisées comme des spirantes [β, r, ɣ].

Expressions courantes

= monsieur = madame = mademoiselle = jeune homme = merci (on utilise couramment cette expression pour dire aussi bonjour à n'importe quel moment de la journée) = bonjour (employé le plus souvent pour prendre congé : "bonne journée") = bonsoir = bonne nuit = comment vas-tu? = je vais bien = Dieu = je t'aime = (le) grand-père / le père de l'époux pour une femme = la belle-mère = la personne (homme ou femme) = l'homme = la femme = ton mari = ma femme

Les pronoms personnels Comme dans la plupart des langues bantoues, le genre n'existe pas en Bassa, ni le nombre en ce qui concerne les verbes : on dit "a nke" et "di nke" pour il(elle) est parti(e) et nous sommes parti(e)s respectivement. Personne Sujet Complément d'objet Autre forme (moi, toi...) Forme pronominale pers. sing. Me /mε/ Me Me verbe + suffixe "ba" pers. sing. U/u/ We /wε/ We verbe + suffixe "ba" pers. sing. A nye /njε/ nye verbe + suffixe "ba" pers. plur. Di bés /bes/ bés verbe + suffixe "ba" pers. plur. Ni Béé /be:/ Béé verbe + suffixe "ba" pers. plur. / "on" Ba Bo /bɔ/ Bo verbe + suffixe "ba"

La conjugaison Obéissant à une règle commune aux langues bantoues, les verbes à un temps de conjugaison donné gardent la même forme à toutes les personnes. L'infinitif peut se former en ajoutant le préfixe "li" au radical du verbe. À l'indicatif, on compte le présent, les futurs (simple et antérieur), les passés (le composé en deux formes, le simple, l'imparfait, l'antérieur, le plus-que-parfait). Le subjonctif se compose de deux formes : une simple et une composée. L'impératif est essentiellement constitué d'un temps simple, mais peut se composer à l'aide d'un auxiliaire. Le conditionnel se compose de la particule "ki", qui peut être traduite par "alors", précédant la forme indicative correspondant au temps de conjugaison. Le participe, enfin, au présent s'obtient en suffixant "k" au radical du verbe et, au passé, garde la forme d'origine du radical du verbe.

La conjugaison en détail

Infinitif Présent Construction : le préfixe « li » se rattache au radical du verbe. Emploi : S'emploie avec "liba", être, pour le présent progressif (voir plus bas). Passé Construction : on fait précéder le radical du verbe de "liba" Emploi : indique une action terminée, de même et en les mêmes termes que le statut de celui qui l'a effectuée. Liba mmalak = avoir fini pour celui qui fait l'action de limal, finir, terminer / être terminé pour l'objet qui subit l'action.

Participe Présent Construction : on ajoute un suffixe relatif au radical du verbe : "k" pour certains verbes, dépendant de la voyelle principale du radical pour d'autres. A ndjôb a kwayak (likway, crier) = il(elle) est entré(e) en criant. Ba mpot ba djek (lidje, manger) = Ils(elles) parlent en mangeant. Emploi : Exprime une action simultanée à celle exprimée par le verbe précédent. Passé Construction : la particule "bi" précède le radical du verbe. Emploi : le "bi" servant d'auxiliaire, on construit ainsi la deuxième forme de passé composé. Di bi sak ngwa i len = Nous avons dansé il y a 5 jours.

Verbe Participe présent Infinitif passé like : aller partir, marcher kenek nkenek lipot : partir podok mpodok lisak (?) sagak nsagak liap (?) abak ŋabak lidjo (?) djok ndjook linol (?) nolok nnolok likôs (?) kôhôk nkôhôk ligwel (?) gwelek ngwelek lituk (?) tuguk ntuguk limil (?) milik mmilik

Indicatif Le présent Construction : Le préfixe "li" est remplacé par "n" On fait précéder l'infinitif du verbe de l'auxiliaire être : forme progressive. Emploi : Exprime les faits qui se répètent tous les jours ou qui sont indépendants du temps Me ntôde hiki kel i ngen i yada = je me lève tous les jours à une heure. Litode = se lever, se réveiller Ndap i yem i yé puba = Ma maison est blanche. Liba = être (verbe irrégulier) Remarque d'usage : il s'emploie aussi pour exprimer un futur relativement proche. Me nke ha i nano / i sôŋ i nlo. = Je pars dans un instant / le mois prochain. Exprime ce qui se passe à l'instant où l'on parle. A yé litila kaat = Il écrit (est en train d'écrire) une lettre/un livre. Dans le langage courant, le "l" est supprimé et on dit "A yé i tila.", par exemple. Le futur simple Construction : il se construit en préfixant le radical du verbe de la particule "aga" et la voyelle finale du pronom personnel est élidée. Remarque d'usage : Dans le langage parlé s'emploie une forme contractée dans laquelle on retranche le "ga" pour ne conserver que le "a" du préfixe. Emploi : Il exprime les faits à venir d'une manière générale. M'aga gués we/ Ma'a gués we = Je t'aimerai. À noter qu'il arrive qu'on substitue le « w » au « u » dans l'écriture. Le futur antérieur Construction : Subjonctif Construction : Conditionnel Construction : Impératif Construction :

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Gratien Gualbert Atindogbe, Standardization and harmonization of Cameroonian languages, Cape Town, Centre for Advanced Studies of African Society (CASAS), 2003, Malcolm Guthrie, The Bantu Languages of Western Equatorial Africa, Londres, 1953. Malcolm Guthrie Comparative Bantu: an introduction to the comparative linguistics and prehistory of the Bantu languages, 4 volumes, Gregg Press, Farnborough, 1967–1971. June Hobley, Bassa Verbal Formations, The Journal of West African Languages, Vol. II. No. 2, 1965, 39-50. Larry M. Hyman, Basaá (A.43), dans Derek Nurse et Gérard Philippson (ed.), The Bantu Languages, Routledge, 2003, 257–282. Pierre Lemb, François de Gastines, Dictionnaire basaá-français, Collège Libermann, Douala, 1973 Jouni Maho, Bantu line-up: comparative overview of three Bantu classifications, Department of Oriental and African Languages, Göteborg University, 2002, http://www.african.gu.se/research/bantu.html Michel Malherbe, Les Langages de l'humanité, Bouquins, Robert Laffont, 2002, Bellnoun Momha, Meinrad Pierre Hebga (préface), Dictionnaire bassa-français, L'Harmattan, 2008, Bellnoun Momha, Meinrad Pierre Hebga (préface), Dictionnaire français-bassa, L'Harmattan, 2008,

Dominique Nyacka, Joseph Mben Mben, Basogol ba nkal le. Textes basaá pour l'enseignement, Langues et littératures nationales, Collège Libermann, Douala, 1977, 288 p. Deborah Schmidt, Phantom consonants in Basaa, Phonology 11, 1994, 149-178. Georg Schürle, Die Sprache der Basa in Kamerun. Grammatik und Wörterbuch, L. Friederichsen, Hambourg, 1912, 320 p., . Rhonda L. Hartell (éd.), The Alphabets of Africa, Dakar, UNESCO et Summer Institute of Linguistics, 1993, https://archive.org/details/rosettaproject_bas_ortho-1

Articles connexes

langues au Cameroun alphabet général des langues camerounaises Contes Bassa Proverbe Bassa Littérature camerounaise

Liens externes

Basaa, Systèmes alphabétiques des langues africaines d'après Alphabets des langues africaines Unesco-SIL 1993. Dictionnaire Français Basaá, projet DAGBO par Jolome BENIN.

Basaa, Metathesis.

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