Edward Bibbens Aveling (né le Dans plusieurs de ses autobiographies, Edward Aveling a affirmé être né en 1851. . à Stoke Newington et mort le à Londres) est un biologiste, évolutionniste, athée et socialiste britannique.

Fils d'un pasteur congrégationaliste, il devint un fervent darwinien au cours de ses études de sciences. Il perdit la foi dans les années 1870 et s'engagea d'abord dans la lutte séculariste avant de s'intéresser au socialisme.

Après un premier mariage avec Isabel Campbell Frank, il est le compagnon d'Eleanor Marx, la plus jeune fille de Karl Marx, il participa à la fondation de la Socialist League puis de l'Independent Labour Party. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et pamphlets.

Cependant, Edward Aveling avait une très mauvaise réputation. Il était alcoolique. Dans ses relations avec les femmes, il était considéré plus comme un suborneur que comme un séducteur. Il faisait aussi de nombreuses dettes qu'il n'honorait jamais. Sa tournée de conférences aux États-Unis à l'automne 1886 fut sur ce plan un désastre. Ses hôtes socialistes américains furent choqués par les sommes énormes qu'il dépensa et le firent savoir publiquement. Jugé responsable du suicide d'Eleanor Marx, il fut abandonné par ses connaissances et ses funérailles ne furent suivies que par six personnes, de sa famille.

Famille et formation Edward Aveling est né à Stoke Newington. Il était le cinquième (et quatrième garçon) des huit enfants du révérend congrégationaliste Thomas William Baxter Aveling (1815–1884) et de son épouse Mary Ann Goodall. Ses frères aînés se prénommaient Thomas Goodall, Charles Taylor et William Arthur. Ses cadets s'appelaient Frederick Wilkins et Ernest Henry. Ses sœurs étaient Mary Elizabeth et Alice Amelia. Edward Aveling affirmait pouvoir faire remonter ses racines jusqu'aux croisades et avoir un bon nombre d'ancêtres « tout juste bons à pendre ». Il est certain que sa famille avait des origines irlandaises et françaises. Son grand-père maternel était agriculteur et aubergiste à Wisbech (Cambridgeshire). Edward Aveling aurait hérité de son père son brillant art oratoire et de sa mère son sens de l'humour et sa propension à l'alcoolisme..

Edward Aveling fut un enfant délicat et régulièrement souffrant. Une de ses maladies lui déforma la colonne vertébrale et il en resta légèrement bossu. Son état de santé fit qu'il passa une bonne partie de son enfance chez lui, à lire, principalement Shakespeare, Bunyan, Defoe et Fielding. L'éducation très stricte de son père lui interdisait le théâtre, où il se rendait en cachette. Enfin, il avait la réputation d'avoir été un enfant très exigeant et capricieux.

vignette|La où Edward Aveling fit une partie de ses études.

Il passa quelque temps à Harrow avant d'être envoyé dans une école pour dissenters à Taunton. Là, il se serait préparé avec un tuteur à ses futures études de médecine. En 1867, il entra effectivement à l'University College de Londres pour y étudier la médecine. Son excellent niveau lui valut dès son entrée un premier prix (Entrance Exhibition) d'un montant de Le site universitaire Measuringworth permet de calculer des équivalents des sommes. Ainsi, de 1867 correspondraient en 2011 à £, soit autour de € en tenant compte de la hausse des prix, mais £, soit autour de € en tenant compte de l'évolution des salaires.. Il collectionna ensuite les prix, médailles et récompenses (médaille d'or en chimie, médaille d'argent en botanique, First Certificate en physiologie et histologie, Exhibition de Le site universitaire Measuringworth permet de calculer des équivalents des sommes. Ainsi, de 1869 correspondraient en 2011 à £, soit autour de € en tenant compte de la hausse des prix, mais £, soit autour de € en tenant compte de l'évolution des salaires. en zoologie). De 1872 à 1876, Edward Aveling est professeur de physique et de botanie à la North London Collegiate School for Girls, à Camden Road. Il obtint en 1870 un BSc en zoologie accompagné d'une bourse de Le site universitaire Measuringworth permet de calculer des équivalents des sommes. Ainsi, de 1870 correspondraient en 2011 à £, soit autour de € en tenant compte de la hausse des prix, mais £, soit autour de € en tenant compte de l'évolution des salaires. par an pendant trois ans. Il alla aussi à Cambridge où il fut un temps assistant du professeur de physiologie Michael Foster..

De retour à Londres, il devint d'abord enseignant à la North London Collegiate School for Girls, un des premiers établissements secondaires pour jeunes femmes. En 1876, il obtint son D.Sc et devint Fellow de la Linnean Society of London. Il obtint alors une chaire d'anatomie comparée au London Hospital et un poste d'enseignant au King's College. Enfin, il fut élu Fellow de l'université qui l'avait formé..

Dès ses premières années à l'université, Edward Aveling avait donné des cours pour payer ses études : cours particuliers ou dans le cadre du Hall of Science de South Kensington (un établissement d'éducation populaire créé par la National Secular Society). Il écrivit même des manuels de botanique et de physiologie pour ses élèves. Ce fut dans ce cadre qu'il rencontra l'héritière d'un riche volailler, Isabel Campbell Frank, qu'il épousa en . Les époux se séparèrent assez rapidement (la date précise n'est pas connue). Selon Engels (en 1887), l'épouse d'Aveling, très religieuse, n'aurait pas accepté l'athéisme de son mari. Elle l'aurait quitté pour un ecclésiastique et aurait alors ouvertement critiqué celui qui restait son époux. Cependant, elle n'était pas seule dans ce cas. En effet, dès la fin des années 1870, les premières rumeurs, non dénuées de fondement, sur les relations qu'Aveling pouvait entretenir avec les femmes, ses jeunes étudiantes principalement, commencèrent à circuler. Peut-être même son attitude avait-elle été à l'origine de la séparation d'avec son épouse.

Perte de la foi et engagement séculariste vignette|gauche|Annie Besant en 1869 Sa carrière universitaire fut cependant limitée en raison de son athéisme et de ses idées de gauche. En effet, Edward Aveling fit ses études en pleine révolution darwinienne. Il fut un lecteur avide de On the Origin of Species et devint un darwinien convaincu. Son propre père, qui l'avait encouragé dans ses études scientifiques, ne rejetait pas les théories darwiniennes, qui, selon lui, n'allaient pas à l'encontre du Salut. Ce ne fut que vers 1877 qu'Aveling perdit la foi, à la suite de la mort de sa mère et au remariage de son père l'année suivante. Quand il annonça officiellement son athéisme en dans un article du National Reformer (l'hebdomadaire de la National Secular Society) intitulé « Credo Ergo Laborabo » (« Je crois, donc je travaillerai »), il déclara que cela faisait « deux ou trois ans » qu'il avait pris sa décision. Il annonçait aussi sa volonté de travailler pour que chaque homme et femme accède à la liberté de penser.. Parmi les raisons qu'Aveling évoquait pour expliquer sa perte de foi, le plaisir était la principale. Pour lui, le Christ était un être triste qui ne souriait jamais. Il se montrait en fait utilitariste hédoniste : selon lui, le sécularisme permettait de mesurer les actions à la seule aune du plaisir créé ou retiré.. Il est difficile de savoir si cette annonce amena une rupture franche avec sa famille. Les sources de l'époque divergent : Charles Bradlaugh dans le National Reformer du dit que cette démarche lui fit perdre de nombreux liens très anciens ; mais, sa biographie dans la revue The Republican en dit que ce ne fut pas le cas.

Les sources diffèrent à nouveau quant à son adhésion à la National Secular Society (NSS) et à sa rencontre avec Annie BesantL'hypothèse d'une liaison entre Edward Aveling et Annie Besant a été avancée par divers auteurs reprenant des rumeurs de l'époque basées sur la réputation d'Aveling et l'idée que des libres penseurs ne pourraient être qu'immoraux (ouvertement ou de façon indirecte ). La recherche récente montre que le mari d'Annie Besant, qui espérait pouvoir divorcer de celle-ci, la faisait suivre par des détectives privés en permanence afin de la prendre en faute. Il ne put jamais divorcer. (W. T. Stead, in ) (voir aussi Muriel Pécastaing-Boissière, Annie Besant, 2015). et Charles Bradlaugh ; la chronologie est confuse dans la plupart des cas. Pour le biographe d'Eleanor Marx, Chushichi Tsuzuki, il semblerait qu'un (ou une) de ses élèves ou étudiants lui ait présenté Annie Besant qui venait se remettre à niveau pour entrer au University College. Il aurait ensuite commencé à contribuer au National Reformer.. Pour Ann Taylor, biographe d'Annie Besant, la chronologie est inversée : Aveling contribuait au National Reformer et Besant lui demanda de devenir son tuteur pour la préparer à l'entrée à l'université.. Yvonne Knapp, biographe d'Eleanor Marx, ne donne aucun détail précis, écrivant qu'en 1879 quand Aveling annonça son athéisme, il écrivait dans le National Reformer..

Il est certain qu'à partir de , Edward Aveling écrivait pour le National Reformer : d'abord avec une série d'articles sur Darwin, mais de façon anonyme, ne les signant que des initiales « E. D. ». L'influence d'Annie Besant fut forte : Aveling insista toute sa vie sur la profonde admiration respectueuse qu'il avait pour elle. Ainsi, elle réussit à le convaincre de signer de son propre nom ses articles à partir de et de se déclarer ouvertement séculariste. Il devint bientôt un des principaux orateurs lors des conférences du mouvement. Sa première apparition publique pour la NSS se déroula le au Hall of Science de South Kensington : il fit une conférence sur Shelley.. Il partit ensuite faire une tournée de conférences à travers la Grande-Bretagne. Un de ses traits de caractère se révéla à cette occasion. Il ne cessait de protester contre ses notes d'hôtel et la nécessité de donner des pourboires au personnel. Il finit par ne plus payer ses notes d'hôtel plutôt que perdre son temps à en discuter le montant..

Edward Aveling s'impliqua de plus en plus au sein de la National Secular Society. Les dix premiers mois suivant son engagement public à la NSS, il fit 116 conférences, principalement sur religion et science. En , quand cette société organisa une réunion publique pour demander une réforme agraire en Irlande, il faisait partie des orateurs. Son discours alla jusqu'à demander une réforme électorale pour étendre le droit de vote. En , Edward Aveling fut élu vice-président de la National Secular Society ; il prononça à cette occasion un discours dans lequel il prouvait que tous les scientifiques, qu'ils le veulent ou non, étaient athées.. En mars de la même année, Charles Bradlaugh avait été élu Membre du Parlement pour Northampton (il s'y présentait depuis 1868). Il se posa alors un grave problème institutionnel. Tous les nouveaux Membres du Parlement devaient prêter serment d'allégeance à la Couronne et ce serment comprenait les mots : « So help me God » (« avec l'aide de Dieu »). Le Speaker, Henry Brand déclara qu'un tel serment par un athée déclaré ne pouvait avoir de valeur. Lorsque le Speaker annonça à Bradlaugh qu'il ne serait pas autorisé à siéger, celui-ci refusa de quitter la Chambre des Communes, arguant qu'on ne pouvait empêcher un élu de siéger. Il fut même arrêté et enfermé quelques heures dans la tour de Big Ben. La crise institutionnelle se poursuivit jusqu'en 1886. Manifestations et pamphlets en faveur de Bradlaugh (réélu cinq fois durant la période) se multiplièrent. Aveling fut très actif dans son soutien au président de la NSS, insistant fermement que ce représentant du peuple avait été élu démocratiquement...

vignette|Ernst Haeckel en 1896.