Jean Calvin, né Jehan Cauvin le à Noyon et mort le à Genève, est un théologien français, un important réformateur, et un pasteur emblématique de la Réforme protestante du , notamment pour son apport à la doctrine dite du calvinisme.
Après des études de droit, Calvin rompt avec l'Église catholique romaine vers 1530. Du fait des persécutions contre ceux qu'on appellera plus tard les « protestants » en France, Calvin se réfugie à Bâle, en Suisse, où il publie la première édition de son œuvre maîtresse, lInstitution de la religion chrétienne en 1536. La même année, il est recruté par Guillaume Farel pour aider à la réforme de l'Église à Genève. À la suite d'un différend entre les pasteurs et le Conseil municipal, Calvin et Farel sont expulsés de Genève. À l'invitation de Martin Bucer, Calvin se rend à Strasbourg, où il séjourne entre 1538 et 1541, devenant pasteur d'une église de réfugiés français et wallons. De Strasbourg, il continue à soutenir le mouvement réformateur à Genève. En particulier lorsque les catholiques tentent d'y reprendre pied grâce à l’évêque Sadolet, Calvin rédige une réponse définitive. Il est finalement invité à revenir dans la cité genevoise en 1541.
Après son retour, Calvin introduit une nouvelle liturgie et des idées politiques novatrices malgré l'opposition de plusieurs puissantes familles de la ville qui tentent de s'opposer à son autorité, notamment lors du procès de Michel Servet, brûlé vif sur un bûcher. De nouvelles élections et l'arrivée de réfugiés favorables à Calvin lui permettent d'évincer ses opposants au Conseil municipal. Calvin passe les dernières années de sa vie à promouvoir la Réforme à Genève et dans toute l'Europe.
Calvin est un apologète et un polémiste engagé dans de nombreuses controverses. Il échange également une riche correspondance avec de nombreux réformés, comme Philippe Melanchthon et Heinrich Bullinger. Outre l’Institution, il rédige des commentaires sur la plupart des livres de la Bible, de même que des traités de théologie et des confessions de foi. Il prêche régulièrement à Genève et écrit pour soutenir les martyrs protestants qui attendent leur exécution. Calvin est influencé par la tradition augustinienne qui le pousse à adopter les concepts de prédestination et de la souveraineté absolue de Dieu en ce qui concerne la rédemption et donc aussi la damnation. Les écrits et les prédications de Calvin fondent la théologie réformée. Les Églises réformées, presbytériennes et congrégationnalistes ont adopté la pensée calvinienne et l'ont largement diffusée.
Biographie Jeunesse (1509-1535) Jehan CauvinFrank M. Chambers, Prosateurs français du , D. C. Heath, 1976, 111 — qui, suivant la mode des intellectuels de l'époque, latinise son nom en Calvinus, refrancisé ensuite en « Calvin » — est né le à Noyon en Picardie, province du royaume de France. Il est l'aîné de quatre fils parvenus à l'âge adulte. Le père, Gérard Cauvin, exerce la fonction de notaire de la cathédrale et de responsable du tribunal ecclésiastique. La mère, Jeanne le Franc, est fille d'un aubergiste de Cambrai. Gérard destine ses fils à la prêtrise.
Jean Calvin se révèle précoce. À l'âge de douze ans, il est employé comme greffier par l'évêque et adopte la tonsure, devenant le chapelain de l'autel Notre-Dame-de-la-Gésine de la cathédrale de Noyon. Il bénéficie également de la protection d'une famille influente, les Montmors. Grâce à leur aide, Calvin entre au collège de la Marche à Paris où il perfectionne son latin avec Mathurin Cordier. Puis il intègre le collège de Montaigu en tant qu'élève en philosophie, ayant pour condisciple Ignace de Loyola.
En 1525 ou 1526, le père, Gérard, retire son fils du collège de Montaigu et l'inscrit à l'université d'Orléans afin qu'il y étudie le droit. Selon Théodore de Bèze et Nicolas Colladon, ses biographes contemporains, Gérard aurait estimé que son fils gagnerait mieux sa vie comme avocat que comme prêtre. Selon , peut-être y a-t-il eu un conflit familial avec le clergé à Noyon.. Après quelques années d'études, Calvin entre à l'université de Bourges en 1529 pour y suivre les enseignements de l'avocat humaniste André Alciat (un correspondant d'Érasme) et apprend le grec, indispensable à l'étude du Nouveau Testament.
À l'automne 1533, Calvin adopte les nouvelles idées de la Réforme protestante. Il rapporte cette conversion à deux reprises, de façon différente. Dans son premier récit, qui figure dans ses Commentaires sur le livre des Psaumes, il décrit sa conversion comme un changement soudain, provoqué par Dieu :
Dans un second rapport, il évoque un long et difficile processus intérieur, accompagné par une anxiété spirituelle et psychologique :
Il est admis que cette conversion correspond à une rupture avec l'Église catholique romaine. Le biographe de Calvin, Bruce Gordon, estime que
En 1532, Calvin obtient sa licence en droit et publie son premier livre, un commentaire de l'ouvrage De Clementia de Sénèque. Après des visites à Orléans et dans sa ville natale de Noyon, Calvin retourne à Paris en . Les tensions sont alors fortes au Collège Royal (futur collège de France) entre les humanistes réformés et la direction conservatrice de la faculté. L'un des réformés, Nicolas Cop, est élu recteur de l'université. Le , il consacre son discours d'investiture à la nécessité d'une réforme religieuse et appelle à un renouveau au sein de l'Église catholique.
Ce discours provoque un grand émoi, et la faculté dénonce Nicolas Cop comme hérétique, obligeant celui-ci à prendre la fuite et à se réfugier à Bâle, en Suisse. Calvin, proche ami de Cop, est impliqué lui aussi dans le scandale et doit se cacher durant un an. Il trouve refuge chez son ami Louis du Tillet à Angoulême. On le retrouve à Noyon où, le , il résilie les bénéfices ecclésiastiques qu'il perçoit depuis sa tonsure, cet acte suggérant qu'il est alors converti, ou encore à Orléans. Il est obligé de quitter la France, au mois d', après l'affaire des Placards, déclenchée par des affiches posées dans diverses villes. Ces attaques contre la messe catholique entraînent une violente réaction politique à l'encontre des protestants. En , Calvin rejoint Cop à Bâle, ville ouverte aux idées de l'influent réformateur Œcolampade.
Premiers essais de réforme (1536-1538) En , Calvin publie la première édition de son Institutio Christianae Religionis ou Institution de la religion chrétienne. L'ouvrage est une apologie, soit défense de la foi, et un exposé de la position doctrinale des réformés. Il cherche également à offrir une instruction de base pour toute personne intéressée par la religion chrétienne. L'ouvrage est la première expression de la théologie de Calvin. Par la suite, ce dernier amende son écrit et en propose plusieurs nouvelles éditions. Peu après la première publication de l'ouvrage, il quitte Bâle pour Ferrare en Italie, où il devient brièvement secrétaire de Renée de France sous le pseudonyme de Charles d'Espeville. Signalé à l’Inquisition par le duc de Ferrare, il parvient à s'enfuir et se serait arrêté à Aoste. La Réforme ayant été imposée entretemps au pays de Vaud, à Genève, au pays de Gex et au Chablais, Berne menace de soustraire la Vallée d'Aoste à la maison de Savoie. L'évêque d'Aoste Pierre Gazin, soutenu par le comte René de Challant et par le bailli Matthieu de Lostan, aurait organisé la chassée de Calvin. Celui-ci, aidé par des partisans locaux, serait parvenu à regagner la Suisse par la fenêtre de Durand, en remontant le Valpelline. Le séjour de Calvin à Aoste est rappelé par la présence de l'église évangélique vaudoise de la rue Croix-de-Ville et par la Croix de Calvin, érigée en face de cette église, en 1541Annales valaisannes - Une énigme historique. Calvin au col de Fenêtre en 1536.Ainsi que mentionné dans les Annales valaisannes (p. 98), l'hypothèse du séjour de Calvin à Aoste, quoique non officiellement confirmée, a été soutenue notamment par les historiographes valdôtains Félix Orsières, Amé Gorret, Joseph-Auguste Duc et Justin Boson.. Calvin retourne à Paris en juin avec son frère Antoine pour régler les affaires de leur père. À la suite de l'édit de Coucy, qui donne six mois aux hérétiques pour se réconcilier avec la foi catholique, Calvin quitte définitivement la France. En août, il part pour Strasbourg, une ville libre du Saint-Empire romain germanique, qui devient donc une ville-refuge pour les protestants. Mais les affrontements entre troupes françaises et impériales l'obligeant à se détourner de son chemin, il arrive à Genève.
Calvin n'envisage pas de rester à Genève, mais Guillaume Farel, un réformé français qui y réside, lui demande avec insistance de l'aider dans son travail de réforme. Calvin se souvient de cette rencontre particulièrement intense, telle que la narre William Ramsay en 2006 :
Calvin accepte sa tâche sans conditions préalables. Ses premières fonctions sont mal connues : il reçoit finalement le titre de « lecteur », signifiant probablement qu'il peut procéder à des lectures explicatives de la Bible. En 1537, il est choisi pour devenir « pasteur ». Pour la première fois de sa vie, l'avocat-théologien assume des fonctions pastorales comme les baptêmes, les mariages et les services religieux.
vignette|left|Guillaume Farel, réformateur qui convainquit Calvin de rester à Genève. Portrait tiré des Icônes de Théodore de Bèze, 1580.
Tout au long de l'automne 1536, Farel rédige une confession de foi tandis que Calvin écrit des articles séparés sur la réorganisation de l'église à Genève. Le , Farel et Calvin présentent leurs Articles concernant l'organisation de l'église et du culte à Genève devant le Conseil municipal. Le document décrit la manière et la fréquence des célébrations de l'eucharistie, la raison et la méthode de l'excommunication, l'importance de souscrire à la confession de foi, la pratique du chant dans la liturgie et la révision des lois sur le mariage. Le Conseil adopte le document dans la même journée. Calvin rédige aussi un catéchisme, largement basé sur le Grand Catéchisme de Martin Luther.
Auprès du Conseil, l'influence des deux hommes diminue cependant durant l'année, cette autorité étant réticente à faire appliquer les dispositions des articles de cette confession de foi, à laquelle peu de citoyens ont encore souscrit. Le , Calvin et Farel débattent avec passion devant le Conseil à ce sujet. En outre, la France cherche alors à former une alliance avec Genève et, comme les deux pasteurs sont français, les membres du Conseil se mettent à douter de leur loyauté. Enfin une importante querelle politico-religieuse éclate lorsque Berne, l'alliée de Genève dans la réforme des églises suisses, propose d'uniformiser les cérémonies religieuses. Sa proposition impose l'emploi de pain azyme dans l'eucharistie. Calvin et Farel refusent de suivre cette recommandation et retardent l'emploi d'un tel pain jusqu'à ce qu'un synode soit organisé à Zurich pour trancher la question. Le Conseil ordonne cependant aux deux hommes d'utiliser du pain azyme pour le culte de Pâques. En protestation, ils refusent de présider la cène, provoquant une émeute durant le service. Le lendemain, le Conseil expulse les deux pasteurs.