Le cheval navarrin, navarin, navarrois, bigourdin ou tarbais, est une ancienne race chevaline française, désormais disparue, qui était surtout élevée dans les plaines des Pyrénées près de Tarbes, ainsi qu'en Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, et plus largement dans tout le Sud-Ouest de la France. Probable monture de prestige durant le Moyen Âge et la Renaissance, elle a très bonne réputation durant tout le . Ce petit cheval résistant, fin et vif est abondamment utilisé comme monture de remonte pour la cavalerie légère, mais aussi sous la selle pour les manèges et la pratique du dressage classique, grâce à sa grande élégance.

Abondamment réquisitionnée par les armées napoléoniennes au début du , la race navarrine est croisée avec l'Arabe pour reconstituer le cheptel, puis avec le Pur-sang à partir de 1833, dans le but d' sa taille, exclusivement pour les services de cavalerie. Ce cheval change alors de morphologie et de caractère. Les croisements réalisés sous l'impulsion du haras national de Tarbes ont des résultats mitigés. Des chevaux arabes sont réintroduits en plus des Pur-sangs, suivant un programme de zootechnie qui s’achève en 1852. La race navarrine disparait donc lentement au cours du , absorbée dans les croisements, et n'existe plus depuis les années 1850, époque où son élevage est remplacé par celui de l'Anglo-arabe.

Terminologie Le nom de cette race selon une Académie du était et , mais l'usage dans le monde hippique a fait adopter l'expression de et de . Selon l'hippologue Alexandre-Bernard Vallon, , bien qu'il ait été suggéré au début du que la race aurait dû être nommée .. Sous la dénomination de , on peut comprendre . On rencontre aussi le nom de , bien qu'il soit moins fréquentIl n'existe pas d'étude étymologique de ce nom, mais apparait plus rarement que « cheval navarrin » dans les documents écrits. Alexandre-Bernard Vallon affirme que le nom d'usage est ..

Il semble que la dénomination de la race ait évolué au fil du temps et des croisements ; le cheval navarrin est le plus ancien, il est nommé après les croisements effectués avec le cheval arabe dans la plaine de Tarbes au , puis après les croisements avec le Pur-sang.. Vers 1850, le directeur du haras de Tarbes nomme ses chevaux .

Histoire de la race jusqu'en 1833 L'histoire du cheval navarrin peut être mise en parallèle avec celle de nombreuses autres races chevalines locales durant le , époque où des programmes de zootechnie transformèrent les chevaux autochtones de chaque province en introduisant des étalons étrangers afin de créer de nouvelles races destinées à l'armée. La quasi-totalité des documents qui mentionnent le cheval navarrin datent de la seconde moitié du Et sont à replacer dans le contexte d'une époque où la production de chevaux de guerre était un enjeu extrêmement important, tandis que le cheval arabe et le Pur-sang étaient considérés comme des races amélioratrices..

vignette|gauche|Cheval de bataille andalou en 1603, proche physiquement de ce que devait être l'ancêtre de la race navarrine.|alt=Tableau représentant un jeune homme en costume d'époque tenant en main un cheval gris qui semble piaffer.

Origines Le cheval navarrin, décrit comme ., est certainement originaire de Navarre. Il a puisé ses qualités aussi bien que ses défauts dans la nature du climat et du sol qui l'ont vu naître, les races dont il descend ont fréquemment modifié son caractère primitif..

Le voisinage de l'Espagne a fait naître des rapports fréquents entre ce pays et les contrées où se trouve le cheval navarrin, à toutes les époques. Si le cheval navarrin dut se rapprocher plus ou moins du cheval arabe ou barbe, il semblait plus proche des chevaux espagnols., qui lui ont légué en partie sa morphologie. Les encyclopédies du considéraient souvent cette race comme une variété du cheval espagnol croisée avec du sang oriental. Le cheval navarrin peuplait la plupart des provinces du sud-ouest de la France, mais son berceau d'origine était le Béarn, la Navarre française et la Bigorre, c'est-à-dire les départements des Hautes et des Basses-Pyrénées.

Antiquité, Moyen Âge et Renaissance Éphrem Houël estime, en 1848, que dès l'époque de César, le cheval navarrin passait pour l'un des meilleurs de la Gaule..

Il fut réputé durant le Moyen Âge comme un genêt, vigoureux et agile, quoique moins robuste que les palefrois. Les genêts français du Moyen Âge semblent ainsi avoir été des chevaux navarrins plutôt que des andalous, et les deux races rivalisaient à l'exercice du dressage classique. Durant la Renaissance, il pourrait avoir été tout autant apprécié du fait de la mode pour les chevaux baroques. Sous Louis XIV, on ne cherchait encore que le cheval ayant ..

vignette|Des chevaux arabes, comme cette jument, ont fréquemment été croisés avec le navarrin.|alt=Dans un paysage boisé, un cheval bai, la queue redressée, regarde au loin. Les chevaux navarrins, réputés être , se trouvaient au dans les dépôts de remonte de Tarbes et au domaine de Visens, à Lourdes. Des croisements avec des étalons espagnols semblent avoir longtemps eu lieu. Dans la région pyrénéenne, la politique suivie de 1763 à 1779 fut de maintenir la production du cheval navarrin coûte que coûte, en sacrifiant quelque peu celle du mulet..

On ignore à quelle époque cette race était prospère et répandue (bien que son élevage date de bien avant la Révolution française) car vers la fin du , les hippologues se plaignaient déjà de sa . Les guerres et les réquisitions de la République et de l'Empire réduisirent drastiquement ses effectifs, comme pour toutes les races françaises de selle. De tout temps, les armées espagnoles, que ce soient les carlistes ou les christinos, achetaient de jeunes chevaux pour la remonte à des prix très élevés. Les guerres de parti qui ont déchiré l'Espagne ont ainsi enrichi les éleveurs de la région tarbéenne.

Dès 1779, des étalons arabes importés d’Asie, croisés avec les chevaux locaux, modifient le type de la race navarrine., la tête typique du cheval espagnol disparait.. Les chevaux navarrins deviennent moins amples et moins étoffés que les andalous, plus élégants et plus près du sang arabe, plus sveltes, petits et légers, alors que la race andalouse est plutôt forte et corpulente.

1800 - 1833 Réquisitions

vignette|Cheval navarrin avant 1830, gravure publiée dans une encyclopédie zootechnique en 1861.|alt=Gravure représentant un paysan tenant un cheval fougueux en licol et le présentant à un homme en manteau et chapeau haut de forme avec un certain embompoint. En 1807, recréa l'administration des haras qui avait été supprimée à la Révolution française, et chercha à cette race locale pour les besoins militaires. En effet, la guerre contre l'Espagne coûtait la vie à de nombreux chevaux chaque année.. On pensait alors que le cheval navarrin descendait en ligne droite de chevaux espagnols. Des étalons de ce pays furent introduits dans les Pyrénées, en redonnant aux chevaux pyrénéens, mais aussi des caractéristiques considérées à l'époque comme des défauts : la grosse tête du cheval espagnol, ses oreilles longues et écartées, et ses mouvements élevés et raccourcis, propres aux chevaux baroques mais peu adaptés aux exigences de la cavalerie légère. Le cheval espagnol est décrit comme donnant .

Reconstitution du cheptel Au début du , avec la fin des guerres napoléoniennes, les éleveurs et les zootechniciens cherchent à reconstituer les effectifs de la race navarrine à la suite des nombreuses réquisitions effectuées par les armées. De nouveaux croisements avec des pur-sang arabes ont lieu sous l'impulsion du haras de Tarbes. Ils sélectionnent pour cela des étalons arabes (mais aussi turcs et persans) qu'ils importent dans le Béarn et la Navarre, et croisent avec ce qui restait de l'ancienne jumenterie navarrine. Le a alors la taille requise pour la cavalerie légère, mais dépasse rarement .

Mode d'élevage

Les éleveurs des Pyrénées étaient pour la plupart des fermiers propriétaires d'une petite surface de terre, qui . Le type du cheval navarrin se reconnaissait particulièrement dans les chevaux de Tarbes. Certains étalons arabes ont profondément marqué l'élevage de l'époque. Il s'agit de Mahomet, Camasch, Schamitz et Schaklarvic, décrits à l'époque comme . Cette race était alors unique en France et même à l'étranger car, bien qu'il s'agît de chevaux élevés et entretenus économiquement par des paysans, ils présentaient toutefois un type très uniforme et un caractère oriental prononcé, en particulier chez les poulinières des nombreux villages de la vallée de Tarbes, d’Ossau, d’Aspe, et des deux rives des gaves de Pau et d’Oloron.

Description vignette|Gravure d'un cheval navarrin dans le second volume du Dictionnaire d'hippiatrique et d'équitation, en 1848.|alt=Un cheval à la robe foncée se déplace au pas dans un paysage de campagne, des cavaliers à cheval étant en arrière-plan.

Il est difficile de tracer un portrait du cheval navarrin tel qu'il existait avant que l'administration des haras eût pratiqué ses croisements.. Il était considéré comme un cheval noble et prestigieux car .

Morphologie vignette|Gravure d'un parue en 1863.|alt=Gravure représentant un cheval nu à la robe sombre, de profil, à l'arrêt.

La conformation extérieure de l'ancien cheval navarrin, avant le , pouvait ressembler à celle du Barbe ou à l'andalou dont il descend. Des caractères bien marqués distinguaient cette race de la race andalouse. Ainsi, . Le cheval navarrin était alors doué d'une grande souplesse et d'allures plus relevées et cadencées. qu'allongées.

Les chevaux issus de croisements avec des étalons arabes se reconnaissent par un , race dont elle s'est imprégnée par croisement d'autant plus profondément que le cheval arabe répond à la nature du sol et au climat des Pyrénées. Le navarrin a pris , celles d'un , petit et fin. Les formes des juments rappelaient le type primitif arabe. La race était renommée pour son élégance car elle possédait . Ces qualités recherchées à une époque d'arabomanie faisaient du cheval de Tarbes l'une des montures .

Taille La taille idéale du cheval navarrin est de à . Quand il la dépasse, il est supposé ., mais aussi perdre en élégance. Les plus petits chevaux, ceux qui naissent , sont réputés les meilleurs.

Tête Relativement forte et souvent busquée et lourde, mais expressive chez l'ancien type espagnol. Avec les croisements, elle devient plus petite et légère, avec le front bombé, le bout du nez souvent coupé en biseau, mais les oreilles pas toujours très bien plantées.

Avant-main et dos L'encolure était forte chez les chevaux typés espagnol, mais longue et légère, bien sortie, bien musclée, légère sans être trop forte, quelquefois renversée ou chez les chevaux arabisés. Le garrot était élevé, le poitrail peu ouvert (mais large chez le tarbéen), l'épaule forte, droite et chargée, le dos bas et la ligne du dos bien suivie, le corps épais s'est affiné sous l'influence des croisements avec le cheval arabe.

Arrière-main La ligne du rein est bien suivie, avec des reins longs (courts chez le cheval tarbéen), une croupe courte et anguleuse, tranchante et parfois avalée, mais bien musclée, et une queue bien attachée.

Membres Ils étaient forts et solides mais aussi minces, fins et secs, bien musclés, beaux dans la partie supérieure ; inférieurement en revanche, avec le tendon et le canon un peu grêles et des paturons longs terminés par un petit pied solide et sûr. La cuisse était souvent plate. Les membres antérieurs, aux avant-bras courts tendaient à être serrés à cause de l'étroitesse du poitrail, les membres postérieurs plus forts, avec les jarrets souvent clos. On voyait autrefois des chevaux panards qui tendirent à disparaître au cours du ..

Tempérament