Dur-Sharrukin (Dūr-Šarrukīn ou Dūr-Šarrukēn, la « Forteresse de Sargon » en assyrien), située près de l'actuel village de Khorsabad dans le Nord de l'Irak, à environ de Mossoul, est une des capitales de l'ancienne Assyrie. Inaugurée en par le roi (-), la ville est délaissée, en partie inachevée, à sa mort en au profit de la nouvelle capitale, Ninive.

Sa construction, sur un site quasiment inoccupé, est une énorme entreprise qui mobilise les considérables ressources de l'empire assyrien pendant une dizaine d'années. Cette grande ville de forme quadrangulaire est défendue par une muraille épaisse. Son principal ensemble monumental comprend un vaste palais royal, érigé sur une terrasse artificielle, qui comprend plusieurs grandes cours et des dizaines de salles, ornées de sculptures monumentales et de nombreux bas-reliefs illustrant la puissance que l'empire a atteint à la fin du À proximité, isolés dans la même enceinte intérieure que le palais, se trouvent plusieurs autres vastes bâtiments résidentiels et administratifs ainsi que des temples, qui devaient constituer le cœur de l'empire. D'autres bâtiments ont été érigés sur le site avant son abandon, dont un palais servant d'arsenal sur une autre terrasse située de l'autre côté du site.

Construit puis laissé dépeuplé dans la foulée, jamais occupé par une agglomération importante, le site de Khorsabad est remarquablement préservé quand les premières fouilles y ont lieu dans les et 1850. Il s'agit du premier site de la Mésopotamie antique qui fait l'objet de plusieurs campagnes ambitieuses, conduites par des consuls français établis à Mossoul, contribuant significativement à la redécouverte de l'empire assyrien, même si la ville n'en a jamais vraiment été à la différence des deux autres sites majeurs mis au jour à la même époque, Nimrud (l'antique Kalkhu) et Quyunjik (Ninive). De nombreuses sculptures exhumées à cette époque se trouvent actuellement au musée du Louvre à Paris où elles ont été transportées dans la foulée de leur redécouverte. Des campagnes de fouilles postérieures, menées par des équipes américaines de à , ont permis d'améliorer la connaissance de ce site avec des méthodes archéologiques plus abouties que celles des pionniers qui l'avaient redécouvert. De nouvelles campagnes ont lieu sur le site au début des .

Découverte et fouilles

thumb|Le monticule de Khorsabad au moment des fouilles françaises, dessiné par Eugène Flandin.

Khorsabad fut le premier des sites de la Mésopotamie antique à faire l'objet de campagnes de fouilles de grande ampleur. Le souvenir de la localisation d'une grande ville antique ne s'était pas perdu chez les habitants de son voisinage, puisqu'au , le géographe Yaqout al-Rumi localisait près du village de Khorsabad les « ruines de Ṣarʿon », ce qui semblerait indiquer que le nom antique du site avait été préservé sous une forme altérée.. Dans les années 1840, quand le site fit l'objet de l'attention du consul français de Mossoul, Paul-Émile Botta, les Européens actifs dans la région qu'ils savaient être l'ancienne Assyrie recherchaient la ville sur laquelle la Bible et les auteurs grecs ont été les plus diserts, Ninive, aucune source antique connue d'eux n'évoquant Dur-Sharrukin dont le souvenir s'était perdu.

Les fouilles des consuls français

En , trois ans après la création du consulat de France à Mossoul par Louis-Philippe, Paul-Émile Botta partit prendre son poste de consul. En 1842, alors qu'il était consul à Tripoli, il avait déjà effectué à ses frais les fouilles du tell de Kuyundik, croyant avoir trouvé la Ninive biblique. N'ayant pas effectué ses fouilles au bon endroit, il était reparti bredouille. Informé par des locaux de la présence à au nord-est de Mossoul de vestiges près du village de Khorsabad, il entreprit d'y déplacer ses recherches, croyant avoir trouvé la cité qu'il cherchait. Il obtint de la France des subventions et un dessinateur, Eugène Flandin. Il racheta le site, dédommageant les villageois qui y résidaient et qui furent réinstallés un peu plus loin, puis commença à fouiller la terrasse du palais en 1843, dégageant des orthostates sculptés, ce qui l'engagea à poursuivre son entreprise avec plus d'ambition à partir d'. Toutes les découvertes faites sur ce site permirent une meilleure connaissance de l'art assyrien, grâce aux dessins de Flandin et à l'expédition des premières pièces vers la métropole française, qui furent exposées au Louvre dans la collection assyrienne inaugurée par le roi en 1847.X. Faivre, « Histoire d'une fouille », dans . Voir aussi N. Chevalier, « L'activité des consuls de France au en Assyrie », dans ..

Botta partit de Mossoul en pour aller présenter ses découvertes en France, les fouilles ne continuèrent que de façon sporadique dans les années suivantes (notamment à l'instigation de l'Anglais Austen Henry Layard entre 1846 et 1849.) avant l'arrivée en d'un nouveau consul français à Mossoul : Victor Place, assisté de Félix Thomas, architecte et dessinateur, et Gabriel Tranchand qui se charge de photographier l'évolution des fouilles (ce qui était alors très novateur car cette technique en était encore à ses débutsN. Chevalier, « Les fouilles en Assyrie évoquées par la photographie », dans . .), constituant ainsi une documentation précieuse pour cette époque de balbutiements de l'archéologie orientale. Place continua les fouilles de son prédécesseur dans le secteur palatial mais aussi en d'autres points de la ville (porte , bâtiment G) jusqu'à son départ en 1855. Sa mission fut également de trouver et d'expédier plus d'objets pour les collections du Louvre. Un convoi est alors constitué, comprenant les trouvailles de Khorsabad et celles d'autres sites fouillés par les Français et les Anglais (Kuyunjik, Nimroud, Babylone, Birs Nimroud). Mais seules 28 caisses sur 235 devaient arriver à destination : le , alors que les antiquités envoyées en France naviguaient sur le Tigre (près de la ville de Al Qurnah), le convoi fut attaqué par des tribus de la région et la grande majorité des antiquités sombrèrent au fond du fleuve.. La plupart d'entre elles n'ont pas été retrouvées à ce jour, et ne sont connues que par les dessins qui avaient été réalisés précédemment.. Les efforts ultérieurs pour les récupérer, y compris une expédition japonaise en 1971-2, ont été en grande partie infructueux..

thumb|La Cour Khorsabad au musée du Louvre ().

Les principales œuvres dégagées lors des fouilles françaises qui sont parvenues en France sont exposées au musée du Louvre de Paris, actuellement dans la « Cour Khorsabad » au rez-de-chaussée de l'Aile Richelieu où les sculptures ont été placées dans leur position d'origine..

Les fouilles de l'université de Chicago thumb|left|La Khorsabad Court dans le musée de l'Oriental Institute de Chicago ()..

Les fouilles de Khorsabad s'arrêtèrent après l'époque de Place, alors que les découvertes effectuées à Kuyunjik révélaient que c'était cette dernière qui renfermait les ruines de Ninive. Elles ne reprirent pas avant la fin des années 1920, quand les archéologues américains de l'Oriental Institute of Chicago investirent à leur tour le site, sous la direction d'Edward Chiera en 1929, puis sous celle de Gordon Loud jusqu'en 1935. Forts de l'expérience des chantiers qui s'étaient multipliés en Mésopotamie entretemps, en particulier dans les trois autres capitales assyriennes (Assur, Nimroud et Ninive), ainsi que des progrès plus généraux de la discipline archéologiques, ils purent reprendre et prolonger les travaux des consuls français, remettant à plusieurs reprises en cause leurs conclusions. Ils dégagèrent dans la zone palatiale de nouvelles sculptures, identifièrent la salle du trône et étudièrent l'organisation architecturale générale de la cité et du palais. Ils mirent ainsi en évidence le fait que ce dernier présentait un plan moins régulier que celui qui avait été relevé précédemment, puisque ses murs n'étaient pas parallèles comme le pensaient les fouilleurs français. La zone présentée comme un harem par ces derniers fut plus justement identifiée comme des temples à l'aune des connaissances acquises sur l'architecture religieuse mésopotamienne. De nouveaux bâtiments furent dégagés : le temple et les petits palais situés aux pieds du palais royal, le bâtiment Z de la ville basse, la zone du palais F (l'arsenal), ainsi que la porte . Ces campagnes permirent de préciser l'image de la ville de Dur-Sharrukin, en livrant une étude plus scientifique de son architecture et de son urbanisme ; X. Faivre, « Histoire d'une fouille », dans ; K. L. Wilson, « Oriental Institute discoveries at Khorsabad », dans ..

Les fouilles irakiennes

Les dernières campagnes de fouilles entreprises à Khorsabad furent le fait d'une équipe de la Direction générale des antiquités de l'Irak dirigée par Behnat Abu al-Soof, en 1957. Elles concernèrent un temple isolé près de l'acropole, dédié aux divinités Sibitti..

Les destructions récentes

Après l'expansion de l'État islamique dans le nord de l'Irak en 2014, celui-ci entreprend la destruction de plusieurs sites pré-islamiques de la région, dont les statues et monuments sont considérés comme « idolâtres ».. Comme Nimroud et Ninive, Khorsabad est victime de leur entreprise destructrice début , suivant ce qui est rapporté par le ministre irakien du Tourisme et des Antiquités. .. En 2016 le site est le théâtre d'affrontements entre l’État islamique et les Peshmergas, les seconds y construisant des ouvrages défensifs (bunkers, fossé antichar), qui sont dynamités par les premiers lorsqu'ils reprennent le site en 2018.

Les nouvelles fouilles françaises

En 2019 une nouvelle équipe est formée afin de reprendre les fouilles de Khorsabad, sous la direction de P. Butterlin. Elles sont marquées par la mise au jour en octobre 2023 d'un taureau ailé et divers prospections magnétiques et sondages en 2022 et 2023 qui révèlent le fait que l'intérieur de la cité comprenait bien plus de constructions que ce qui était supposé.

La construction de Dur-Sharrukin

Le site de Dur-Sharrukin s'intègre dans une tradition de construction des nouvelles capitales assyriennes, marquée par les précédents que furent Kar-Tukulti-Ninurta et surtout Kalkhu (Nimrud) auparavant, puis juste après celui de Ninive M. Novák, « From Ashur to Nineveh: The Assyrian Town-Planning Programme », dans Iraq 66, Nineveh, Papers of the 49th Rencontre Assriologique Internationale, Part One, 2004, 178-183. La particularité de Dur-Sharrukin est d'avoir été créée sur un site quasiment vierge, occupé seulement par un village, et sur lequel put être développée en une dizaine d'années, de 717 à 706 av. J.-C., une capitale assyrienne avec tous ses attributs habituels (murailles, palais royal, temples, résidences des élites, arsenal). L'histoire de la ville s'arrêta pour ainsi dire là, puisqu'à peine le chantier fini en 705, son fondateur mourut, et son successeur Sennachérib décida de transporter la capitale à Ninive. Dur-Sharrukin ne fut donc jamais capitale de l'Assyrie, et fut peu occupée dans les années suivantes, avant d'être abandonnée et de tomber en ruines après la chute de l'empire en 612 av. J.-C.