Pierre Roussel, né le à Paris où il meurt le , est un maître-ébéniste, marqueteur renommé et marchand.

Biographie

Pierre Roussel est né à Paris le Archives de Paris : puis voir photo N°12 , fils de Michel Roussel (compagnon ébéniste) et de Barbe Dulin. Issus d’une famille pauvre, ses trois frères (Jacques, Michel et Louis) deviennent menuisiers et l'une de ses sœurs, Françoise, épouse un boucher (Pierre Bérard) en 1743 à environ 20 ans.

La même année, il épouse Marie-Antoinette Fontaine sans contrat de mariageInventaire de succession de Pierre Roussel : A.N., Minute Notaire 12 mars 1783 LXIX 768 .

De cette union, naissent deux fils : Pierre-Michel l’ainé et Pierre dit « le jeune » et quatre filles : Marie-Françoise, Françoise, Catherine et Marie.

Il est reçu maître ébéniste le et s’installe dans le faubourg Saint-Antoine, rue de Charenton en face de la rue Saint-Nicolas à l’enseigne « L’Image de Saint Pierre ».

Rapidement, sa carrière d'ébéniste prospère Il est associé avec l’ébéniste Delorme vers 1750-1760 Réf : Petit Palais : Commode bâtie en hêtre, et sapin pour les tiroirs, placages de bois de rose, amarante, poirier, charme; bronzes dorés Estampilles : Delorme, Roussel et JME (marque de jurande) entrée au musée en 1930 - Inv. OTUCK00060, mais surtout comme marqueteur talentueux, à tel point qu’il devient juré de sa communauté dès 1762Alain Thillay, Le Faubourg Saint-Antoine et ses "faux ouvriers", page 318 , puis juré comptable en 1763-1764. Il établit alors une liste des pauvres maîtres ébénistes devant être assistés par la Jurande. (Le fait d’être maître ne garantissant pas forcément un revenu suffisant pour vivre !) Archives nationales, Réf : Y-11085, 07/02/1767

Sa notoriété atteint des sommets dès 1767, comme le confirme Salverte Les Ébénistes du , leurs œuvres et leurs marques 1934 - Édition Revue et Augmentés de 500 Reproductions et Estampilles", Comte François De Salverte qui mentionne que Pierre Roussel, qui avait été choisi comme expert pour arbitrer un différend entre deux collègues, était considéré comme l’un des tout meilleurs ébénistes de sa période. Affirmation reprise dans l’Almanach d’indication générale ou du vray mérite de 1769 qui le cite comme l’un des tout premiers ébénistes de Paris.

Ses deux fils, devenus ses élèves et assistants, sont reçus « maîtres », le pour Pierre-Michel et le pour Pierre dit « le jeune ».

Sa notoriété et sa fortune lui permettent de marier au moins trois de ses filles à des personnages relativement importants pour l’époque : Marie Françoise à Nicolas Balthazar Coulon (commis de greffe), Françoise à Pierre Préaux (notaire royal) et Catherine à Jean Jacques Retou (maître carteur). Son fils ainé, Pierre-Michel épousa Marie Anne Josèphe LemarchandSœur de l’ébéniste Charles Joseph Lemarchand à Dieppe le . La même année, Pierre Roussel s’achète une maison de 25 000 livres et loue deux autres maisons : la première location pour exposer ses œuvres, rue du Faubourg-St-Antoine à l’enseigne « Coupe d’or » et la seconde comme entrepôtArchives nationales, O/3070, 0/3072, 0/3076B.

Reconnu et apprécié par ses pairs, il devient député du corps des ébénistes en 1777, puis syndic adjoint en 1779 et enfin syndic l'année suivante.

À sa mort, en 1782, sa veuve prend la gérance de l'établissement aidée du cadet de ses fils, Pierre le jeune. Sa succession comprenait 244 pièces représentant un total de 18 000 livres.

Pierre le jeune figure en 1785 et 1786 comme fournisseurs aux Menus Plaisirs de Versailles, mais semble n’avoir survécu que peu de temps et mourut avant 1789 Les Artistes décorateurs du bois par Henri Vial, Adrien Marcel et André Girodie de 1922 « mentionne sa veuve en 1789 »

Pierre-Michel s’installe au 310, rue Saint-Honoré et vend son fonds de commerce au mois de Fructidor de l’an II. (Soit en août - ) et se retire rue de GramontDenise Ledoux-Lebard, Le mobilier français du XIXe siècle : Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers 1795 1889, Paris, Édition de l’Amateur, 1984 . Veuf en 1810, il meurt le à la tête d’une importante fortune Archives nationales, MC XXVIII, rep 19; Proc. 4 avril 1826 .

Son estampille thumb|332px|Estampille de Pierre Roussel

Il signa ses œuvres de l’estampille « P.ROUSSEL ». Si Pierre « le Jeune » continue d’utiliser la même estampille que son père après sa mort, Pierre-Michel déposera un poinçon légèrement différent : lettres plus hautes, plus rondes et sans léger empattement. S’il n’y a pas de doute pour l’attribution des meubles au père pour la période Louis XV, pour les périodes postérieures, seul un expert est capable de faire la différence entre les réalisations attribuables au père ou à ses filsGuillaume Janneau, Les ateliers parisiens d’ébénistes et de menuisiers aux XVII et , SERG, 1975 .

Son art thumb|332px|Coiffeuse de Pierre Roussel

Pierre Roussel développa une grande renommée comme ébéniste d'excellente qualité et marqueteur hors pair. Il fut reconnu de son vivant comme l’un des premiers ébénistes de la capitale. Ses productions sont aussi nombreuses que variées. Son œuvre s'adapte à tous les styles du , du rocaille au néoclassicisme en passant par le Transition. Ses œuvres, les plus caractéristiques, sont des meubles Louis XV et Transition avec des marqueteries de paysages, de fleurs ou d’instruments de musique. Il pratique les marqueteries géométriques à encadrement de grecques ou à fleurs de bois clair et nœuds de rubansLe XVIIIème siècle sur le site Paris..

Il travailla pour ses confrères ébénistes et marchands comme Pierre Migeon IV, Adrien Delorme, Joseph Baumhauer, Jean Pierre Latz et Mathieu Guillaume Cramer Alexandre Pradère, « French Furniture Makers », Sotheby’s publication, 1989 …

Il a fourni Honet et Thurin en 1769, puis Bétault et Ravary en 1771 (et semble même avoir eu avec ces derniers une exclusivité !). Il fit travailler les bronziers Joseph Noël Turpin, André Ravrio, Dubost et le doreur Trufot.

Nombre de ses œuvres se trouvent dans tous les grands musées de France et du monde (voir ci-dessous Chapitre « Les œuvres de la famille Roussel dans les Musées »).

Ses clients

Entre 1775 et 1780, il reçut des commandes du Prince de Condé pour le Palais Bourbon et le château de Chantilly pour une valeur de plus de 10 000 livres Catalogue of the Taft Musuem par le Taft Musuem. 1939 Curieusement, il n’a pas fait de livraison à la Garde Meubles (du Roi)Jean Meuvret, Claude Frégnac, Les Ébénistes du XVIIIe siècle français, page 129, 1963L'ancienne France au quotidien : la vie et les choses de la vie sous l'Ancien Régime, page 307 Michel Figeac, 2007, 590 pages .

Grâce à son brutal décès, l’inventaire de sa succession Inventaire de succession de Pierre Roussel : A.N., Minute Notaire 12 mars 1783 LXIX 768 : L’inventaire de succession datée de mars 1783 a été expertisé par les ébénistes Jean François Leleu et Jean Baptiste Cochois. Il s’agit d’une entreprise en pleine expansion qui comprenait 3 ateliers avec 7 établis, un lieu de stockage et une boutique. Le stock était constitué de 244 articles, 50 commodes (rectangulaires ou circulaires) estimées entre 50 et 560 livres. Il y avait aussi des consoles, des encoignures, tables à diner, tables à l’anglaise et “à la dauphine”, tables ovales, coiffeuses, tables de nuit, chiffonnières, tables de jeu… La pièce ayant l’estimation la plus élevée était un bureau avec son cartonnier d’une valeur de 720 livres. La mention de nombreux dessus en marbre accrédite la thèse que ces meubles étaient destinés à la vente dans la boutique de Roussel et non à un autre marchand-ébéniste. nous fournit un instantané sur ses créditeurs et débiteurs.

Il était en relation avec des marchands de province et d’Europe Madame veuve Padelenety à Tours Sieur Devin à Angers Sieur Vincent à Rouen Sieur Charité à Rouen Mme Padeloup à Amsterdam Le marchand tapissier : Grandon et les merciers : Tesnière et Pupart « Pierre Roussel ébéniste et marchand de LEMONNIER P. », L'Estampille - L'Objet d'art, 1989, 230, p. 40-45

Parmi ses clients (outre ceux déjà mentionnés), on peut citer le Comte Cromot de Fongy, le Marquis de Timbrune, la Princesse d’Arenbourg, M. Boulogne de PréninvilleIbid.p 44 …

Ses œuvres dans les musées

Musée du Louvre, Paris Pierre Kjellberg, Le Mobilier Français du , Paris, 1998, p. 733, fig. A, p. 215. Thibaut Wolversperges, Le Meuble français en laque au , Paris, 2000, p. 304, fig. 168 .

Une grande table (Louis XV)Ebeniste : Roussel Pierre Grand bureauLes Meubles français du XVIIIe siècle, volume 2, page 50, Pierre Verlet, 1956 Grand régulateur ayant appartenu au Duc de Penthièvre

Musée des arts décoratifs de Paris

Commode et encoignures (Louis XV) Encoignures (Louis XV) Coiffeuse à caissons (Louis XV)

Musée Carnavalet, Paris Petite commode (Transition)

Musée Jacquemart-André, Paris Commode Transition

Petit Palais, Paris Petite table rognon Commode Louis XV portant à la fois les marques de Delorme et Roussel Numéro d'inventaire : OTUCK00060 Cf. : http://petitpalais.paris.fr/fr/collections/commode

Waddesdon Manor, Londres Table à écrire dont on admirera particulièrement ses fidèles répliques de planches gravéesThe James A. de Rothschild collection at Waddesdon Manor, volume 5, partie 2, page 880, 1967

Musée des beaux-arts de Boston, MA Commode (Transition)

Cleveland Museum of Art, OH Commode (Louis XV) Petit meuble à Bijoux (Transition) Encoignures (Louis XVI)

Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.) Secrétaire (Louis XVI)Decorative art from the Samuel H. Kress Collection at the Metropolitan Museum of Art - Page 86 Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.), James Parker, Edith Appleton Standen, Carl Christian Dauterman, Samuel H. Kress Foundation - 1964 - 303 pages

Musée hongrois des arts décoratifs à Budapest Commode (Transition) avec une décoration d’instruments de musique

Musée des Tissus et des Arts décoratifs, Lyon Commode en demi-tombeau (style rocaille) Commode en demi-tombeau (époque Louis XV) Bureau plat (époque Louis XV)

Notes et références

Bibliographie Gordon Campbell, The Grove Encyclopedia of Decorative Arts, , (lire en ligne )

Liens externes

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