La théorie des signatures ou principe de signature est un mode de compréhension du monde dans lequel l'apparence des créatures, principalement des végétaux, est censée révéler leur usage et leur fonction. Elle s'applique surtout aux plantes médicinales, en vertu de leurs pouvoirs thérapeutiques.

Une théorie des signes indicateurs, développée depuis l'Antiquité puis dans l'Occident médiéval et pendant la Renaissance, a été reprise par de nombreux médecins, botanistes et alchimistes. Elle devient au une théorie des signatures systématisée avec les figures marquantes que sont le Suisse Paracelse, qui formule le principe similia similibus curantur « les semblables soignent les semblables », et l'Italien della Porta, qui pousse la théorie à l'extrême.

Elle est largement contestée dès le et totalement abandonnée par le monde savant du Siècle des Lumières.

Historique thumb|Représentation de la pulmonaire dans le Phytognomonica de Jean-Baptiste de Porta, évoquant la disposition du cœur et des poumons.|alt= Antiquité Dès l'Antiquité se forme la conception d'une relation triangulaire entre les hommes, les plantes et les dieux (ou les forces cosmiques, selon les civilisations). L'utilisation de plantes médicinales s'inscrit dans des « croyances phytoreligieuses », où le cosmos lui-même apparaît comme un être vivant, dont toutes les parties (astrales, minérales, végétales, animales...) sont reliées par un phénomène de sympathie universelle. Ces conceptions se développent en Égypte, au Moyen-Orient, en Inde et en Chine.

Le monde grec reprend ces conceptions et ce savoir accumulé, les passant au crible de la réflexion théorique (Aristote, Platon) et de la pratique médicale (Hippocrate, Galien). Ainsi, le terme grec de pharmakon ou pharmaka (remède(s)) a pu être associé à l'égyptien ancien phrt nt hk, de même que le terme égyptien Kmt (noir) aurait donné le grec khêmia (magie noire) et, par l'intermédiaire du grec, l'arabe al-kimiya (alchimie).

Pour les médecins et botanistes grecs, les pharmaka sont les substances végétales à l'action ambivalente (remède ou poison) dont il faut maîtriser la dynamis ou potentialité d'action et de transformation. La première synthèse d'envergure sur la théorie de la dynamis est celle de Dioscoride dans son Traité de matière médicale.

En sus de la richesse des informations pratiques, du classement et de l'organisation du savoir, Dioscoride propose une théorie globale, où le pharmakon s'inscrit dans l'histoire de la création du kosmos ou cosmogonie. Par exemple, les parfums appartiennent à l'âge des dieux, et les minéraux à l'âge du fer. Les parfums, étant chauds, sont utilisés pour traiter les troubles gynécologiques, dus à un excès d'humidité. Les minéraux, froids, traitent les affections cutanées dues à un excès de chaleur. Le principe appliqué ici est le principe des contraires : le médicament doit agir à l'inverse du processus de la maladie.

Durant l'Antiquité tardive, à partir du ap. J.-C., une tradition alchimique se développe dans le contexte philosophique du néoplatonisme et de l'hermétisme, des traditions orientales, et des religions révélées (Kabbale, mystique chrétienne, alchimie en Islam...). Dans ce contexte, « la providence divine a voulu que l'homme soit accablé de maladies, mais en même temps, elle a pris soin de faire pousser des plantes appropriées à la guérison de chacun de ses maux ».

Moyen Âge À partir de cette conviction, la phytothérapie médiévale s'oriente dans deux directions : l'une, astrologique, cherchant à mettre en rapport les plantes avec les astres, l'autre à définir les vertus des plantes d'après leur forme (feuilles), leur couleur, leurs appendices, leurs sucs, etc..

La cosmogonie médiévale est représentée par la Genèse, où la création est le résultat du Verbe de Dieu. Tous les êtres de l'univers ont été créés pour servir l'homme, matérialisation de la parole divine, ils portent leur signification par eux-mêmes. Leur seule existence indique ce qu'ils sont et ce à quoi ils servent. C'est la théorie des signes ou des signatures, comme le tailleur de pierre qui imprime sa marque, Dieu a placé les siennes sur ses créatures. Il suffit de savoir les reconnaître.

Un exemple est celui de l’Hermodacte, ou « Doigt de Mercure », une mystérieuse racineIl s'agit peut-être d’Hermodactylus, ou d'une espèce non identifiée de colchique, dont l'aspect évoque les déformations des doigts provoquée par la goutte. Cette racine est utilisée pour traiter les articulations, ainsi que le décrit Henri de Mondeville () : .

La théorie des signatures ne se limite pas aux plantes médicinales, elle peut s'étendre à tous les objets de façon encyclopédique. Les bestiaires et les lapidaires sont des traités décrivant les vertus des animaux et des minéraux. Tout est signe et tout peut avoir du sens, que la donnée soit réelle ou imaginaire, en particulier pour exprimer la doctrine chrétienne. Ainsi les lionceaux naîtraient mort-nés pour ressusciter au troisième jour, à l'image de la résurrection du Christ. Cette signature fait du lion un symbole christique.

De la Renaissance aux Lumières L'idée de signature est reprise par auteurs comme Otto Brunfels (1488-1534), Leonhart Fuchs (1501-1566), Nicholas Culpeper (1616-1654) et surtout Oswald Crollius (1560-1609) avec son Tractatus de signaturis.

La figure dominante reste celle de Paracelse (1493-1541), profondément chrétien, mais aussi érudit des traditions alchimiques, de la pensée grecque, et du folklore germanique. Il interprète la création divine comme un processus alchimique. En s'opposant à la logique d'Aristote et à la médecine de Galien, il veut fonder une médecine nouvelle sur une chimie (iatrochimie ou chimiatrie).

Selon Paracelse, les formes sèches des plantes ne représentent que de la matière. Le pouvoir des plantes réside dans une essence qu'il appelle « archée », force divine (souffle de dieu), ou quintessence (littéralement ce qui est obtenu après une quintuple distillation ou sublimation). thumb|Les trois lobes des feuilles d'Hepatica nobilis, ainsi que la teinte rougeâtre de la face inférieure, évoquent le foie, et ont longtemps fait croire que cette plante était efficace dans le traitement des affections de cet organe, d'où son nom.|alt= La maladie est le résultat d'une force extérieure mauvaise qui s'attaque à l'archée d'un organe. Le traitement vise à restaurer l'archée malade par une archée médicamenteuse. Contrairement au principe de traitement par les contraires, le traitement se fait par action semblable. Une maladie provoquée par un poison doit être traitée par un poison semblable, la différence entre remède et poison résidant dans la préparation et le dosage.

Pour ces plantes-médicaments, Paracelse se fait le défenseur de la théorie des signatures qu'il définit ainsi « tout ce que la nature enfante, elle le forme selon l'essence de la vertu qui lui est inhérente ». La forme est l'expression parfaite et indissociable d'une fonction. Ainsi les plantes à latex augmentent le lait chez la femme ou la puissance séminale chez l'homme ; les plantes charnues ou crassulantes (poussant en milieu aride, rocailles, entre les pierres des murs...) développent la chair chez les amaigris ; les plantes aux feuilles en forme de cœur, de poumon, ou de foie soignent les maladies correspondantes, etc..

À la fin du , la théorie des signatures atteint un point extrême avec la Phytognomonica de Jean-Baptiste de Porta (). Ce dernier met en parallèle l'homme et les plantes, décrivant longuement toutes les analogies de forme et similitudes d'aspect comme autant d'indices d'utilisations. C'est un point d'orgue, après quoi la théorie décline peu à peu. Jugée catalogue caricatural, elle disparaît, du moins en tant que telle, à la fin du , entre autres par l'ironie de VoltaireIl s'agit d'un passage des Facéties : diatribe du Docteur Akakia (1752-1753) « Hippocrate, Boerhaave, Chirac et Senac n’auraient jamais certainement deviné, en voyant l’arbre du quinquina, qu’il doit guérir la fièvre, ni en voyant la rhubarbe, qu’elle doit purger, ni en voyant des pavots, qu’ils doivent assoupir ». et la nomenclature de Linné..

Exemples vignette|Le latex jaune de la chélidoine lui valait sa renommée dans le traitement des ictères.

Les exemples sont extrêmement nombreux, et de valeur très diverse, plus ou moins justifiée. La théorie des signatures associe ainsi l'intérieur comestible d'une noix, avec le cerveau humain. De même, pour l'aspect de leurs feuilles, fleurs ou graines : Pulmonaire officinale (Pulmonaria officinalis) utilisée pour le traitement des affections respiratoires. Hepatica nobilis, l'hépatique à trois lobes : utilisée pour le traitement des affections du foie, en raison des feuilles au-dessous rougeâtre, à trois lobes, comme cet organe. Sagittaria sagittifolia, la sagittaire, était utilisée pour guérir les plaies occasionnées par les flèches. Echium vulgare, la vipérine commune, était réputée guérir les morsures de serpent, ses graines ayant quelque ressemblance avec la tête d'une vipère. Pour la couleur : Sanguisorba officinalis, la pimprenelle. On pensait que sa couleur rouge était due à sa capacité d'absorber le sang, d'où son nom. Elle aurait des propriétés hémostatiques. Chelidonium majus, la chélidoine : utilisée dans le traitement des ictères, à cause de la couleur de son latex. La plante présente bien des propriétés thérapeutiques, mais est également toxique. Centaurea cyanus, le bleuet, par le bleu céleste de ses fleurs, pour traiter les affections oculaires. Toute racine rouge est susceptible d'être utilisée contre les « maladies du sang », les hémorroïdes, etc. comme celle de la ficaire qui évoque des veines hypertrophiées, ou celle de la ratanhia.. Il existerait un mythe universel des plantes à latex, réputées pour favoriser le lait, le sperme, la fertilité... et lutter contre tous les écoulements purulents. Il en est de même pour les plantes à résine censées favoriser la cicatrisation. Les plantes pubescentes (à feuille ou tige garnie de poils) étaient recommandées pour traiter la calvitie. Les lamiaceæ sont proposées contre la fièvre quarte (une forme de paludisme), car leur tige est à section carrée.

Les Orchis, et tout particulièrement l'Orchis bouc (Himantoglossum hircinum) étaient évoqués lors d'épisodes d'orchites, en raison de l'aspect des deux tubercules, rappelant des testicules. De nombreuses plantes « phalliques » ont pu avoir une réputation aphrodisiaque, comme le saucissonnier en Afrique ou l'asperge en Europe.

Au le pasteur Edward Stone fait le raisonnement suivant : le saule blanc, qui pousse dans les prairies inondées et les marécages doit guérir les fièvres et les rhumatismes provoqués par l'humidité. Il extrait de l’écorce du saule (déjà connue depuis l'antiquité) une poudre blanche, d'où sera isolée plus tard l'acide salicylique, précurseur de l’aspirine.

D'autres plantes sont censées traiter tous les maux, notamment les racines vaguement anthropomorphes, comme celles de la mandragore en Europe et du ginseng en Extrême-Orient.

Un missionnaire jésuite en Amérique du Sud, Nicolas Monardes (1569-1574), découvre la Passiflore (fleur de la passion). Il s'en sert pour représenter la Passion du Christ auprès des indigènes : les filaments représentent la couronne d’épines, l'ovaire évoque l'éponge trempée dans du vinaigre au bout d'une tige, les sépales et pétales honorent les restés fidèles, le pistil représente les qui ont servi à crucifier Jésus, les étamines représentent les du Christ, les stigmates évoquent la croix. Ainsi la passiflore a eu une valeur de panacée durant plus d'un siècle. Au , on lui accorde une valeur sédative et analgésique.

Critiques thumb|Les feuilles tachetées de la pulmonaire évoquaient la forme des alvéoles pulmonaires pour les anciens, qui l'utilisaient comme traitement des pathologies respiratoires.|alt=