La musique baroque française est un genre musical qui s'est développé en France pendant la période baroque, qui s'étend conventionnellement de 1600 à 1750 environ. La production musicale française au cours de cette période contribue au rayonnement culturel de la France, au même titre que d'autres disciplines artistiques (architecture, peinture, sculpture, littérature, théâtre).

Largement oubliée après la Révolution, comme l'ensemble de la musique baroque, la musique baroque française a été progressivement redécouverte depuis la fin du , et surtout après la Seconde Guerre mondiale.

L'apport du chef d'orchestre français Jean-François Paillard, qui préfère la définir comme « musique classique française », est décisif : au cours des années 1950-1960, il fouille toutes les bibliothèques nationales et européennes, retrouve les différents traités existants et met en pratique avec son orchestre le résultat de ses recherches. On lui doit la redécouverte d'une partie de ce répertoire. La firme de disques Erato qui assurait l'exclusivité de ses enregistrements a pu ainsi, dès avant 1960, mettre à disposition des mélomanes les compositions les plus importantes, tant instrumentales que vocales.

Plus tard, vers la fin des années 1970, et surtout à partir des années 1980, plusieurs ensembles spécialisés dans la musique dite « baroque » se sont attachés à en compléter l'approche, notamment Les Arts florissants, dirigés par le chef d'orchestre William Christie.

Contexte politique et artistique

Les guerres de religion, succession de guerres civiles qui ont marqué durement la France dans la seconde partie du , ont affaibli l'autorité royale et éprouvé la population et l'économie. L'avènement de Henri IV (1589) et, avec lui, des Bourbons, inaugure une période de paix : l'édit de Nantes (1598) pose une paix religieuse dans le pays qui met fin à la crise intérieure.

vignette|gauche|upright|Le roi Louis XIV.

L'autorité royale s'affermit progressivement durant tout le siècle, selon le modèle absolutiste promu par le cardinal de Richelieu sous Louis XIII et pleinement réalisé sous Louis XIV. C'est précisément sous Louis XIV que l'expansion des frontières se poursuit : la France gagne sur l'Espagne et l'Empire la partie méridionale des Flandres dont Lille, l'Alsace et la Franche-Comté tandis que la Lorraine, bien que formellement indépendante, entre dans l'orbite du royaume de France. À la suite du traité des Pyrénées (1659) conclu avec la couronne d'Espagne, et grâce à son expansion coloniale (Nouvelle-France, Sénégal, Indes…), la France devient la principale puissance européenne, et la restera jusqu'à la guerre de Sept Ans (1756-1763).

Les souverains pratiquent une politique somptuaire destinée à transmettre l'image de la dynastie et de la France. C'est ainsi que la France connaît une période de floraison dans tous les domaines : dans les arts (architecture, sculpture, peinture, musique…), la littérature et la philosophie. Paris devient la capitale artistique, attirant les artistes venus de tout le pays, tandis que plusieurs foyers provinciaux se démarquent par leur vivacité (Toulouse, Lyon, la Lorraine…). Versailles devient le symbole du rayonnement culturel de la France.

La musique en particulier connaît un grand essor, grâce à la faveur des rois Louis XIII et surtout Louis XIV, qui danse, joue de la guitare et s'entoure de nombreux musiciens, parmi lesquels émerge particulièrement la figure de Jean-Baptiste Lully (1632-1687). Tous les genres de la musique sont représentés : musique de théâtre ; musique religieuse ; musique pour luth, guitare et clavier ; musique pour ensemble instrumental et pour soliste ; musique de chambre vocale.

Outre Lully, cette période est particulièrement marquée par Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Marin Marais (1656-1728), Michel-Richard de Lalande (1657-1726), André Campra (1660-1744), Élisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729), François Couperin (1668-1733), Jean-Philippe Rameau (1683-1764), ainsi que par de nombreux autres compositeurs et interprètes.

Institutions et organisations Les institutions musicales de la période baroque en France sont nombreuses. Elles sont nées en partie sous l'impulsion de Louis XIV, qui avait reçu une assez bonne éducation musicale. Le roi s'était entouré pour gouverner et établir sa politique d'hommes brillants et ambitieux, comme Jean-Baptiste Colbert, qui autorisa la fondation d'académies royales sur le modèle de l'Académie française (1635) et de l'Académie royale de peinture et de sculpture (1648) : Académie royale de danse (1661), Académie des inscriptions et belles-Lettres (1663), Académie des sciences (1666), Académie royale d'architecture (1671) et Académie royale de musique (1672). Ces académies allaient régir la vie artistique et intellectuelle du régime..

Dans le domaine purement musical, les institutions et organisations étaient les suivantes :

La musique du roi Du point de vue administratif, la musique à la cour de Louis XIV était répartie entre trois grands groupes : Musique de la Chambre Musique de la Grande Écurie Musique de la Chapelle royale

.

A partir d', deux des trois organisations représentant 400 musiciens au total sont réunies en un seul corps par promulgation de lÉdit concernant les deux différents Corps de Musique de la Chapelle et de la Chambre du Roy..

L'institution de la musique du roi disparaît définitivement le avec l'Ancien régime.

Musique de la Chambre vignette|Le flûtiste Michel de La Barre entouré de deux des frères Hotteterre et du violiste Antoine Forqueray, vers 1710, par André Bouys (1656-1740).

La musique de la Chambre est le département de la musique royale réunissant les chanteurs et les instrumentistes employés aux manifestations musicales données à la cour (opéra, ballet, sonate, etc.). Il réunit les bas-instruments, peu sonores (violes, violons, flûtes, etc.), et emploie la Grande Bande (les Vingt-Quatre Violons du Roi)Musique de la Chambre, sur le site du Centre de musique baroque de Versailles.. Les origines de la musique de la Chambre remontent à François .

Musique de la Grande Écurie

La musique de la Grande Écurie est le département de la musique du roi destiné principalement aux manifestations de plein air et d'apparat (carrousel, défilé, entrée dans les sanctuaires, chasse, feux d'artifice, etc.), et composé principalement de hauts-instruments, c'est-à-dire d'instruments les plus puissants et les moins « nobles » comme la majorité des instruments à vent et les percussions (trompettes, trombones, hautbois, bombardes, tambours, tambourins, timbales, etc.)Musique de l'Écurie, sur le site du Centre de musique baroque de Versailles.. Comme la musique de la Chambre, les origines de la musique de l'Écurie remontent à François ..

Les instruments sélectionnés au départ étaient les hautbois, les sacqueboutes et les violons.

Le corps des musiciens de la Grande Écurie participait aux parades et défilés militaires et était dirigé par le grand écuyer. Il accompagnait le Roi dans toutes les pompes et cérémonies de la vie de la cour. Ses musiciens se joignaient souvent à ceux de la Chambre ou à ceux de la Chapelle royale pour jouer les ballets, les divertissements et les Grands Motets.

La quarantaine d’instruments à vent, sans compter les percussions, produisait un bel et fort effet lors de l’entrée des carrosses du roi et de la reine dans les villes, lors des transports de drapeaux ou bien encore lors du départ du roi à la chasse.

Vers 1689, la musique de la Grande Écurie comptait cinq corps d'instrumentistes (aussi appelés bandes par groupe d'instruments) définis depuis François : 12 trompettes ; 8 fifres et tambours ; 12 violons, sacqueboutes, hautbois et cornets ; 6 hautbois et musettes de Poitou ; 6 cromornes et trompettes marines.

Au , si les appellations sont conservées, certains instruments ne sont plus guère utilisés; le violon et les flûtes n'y apparaissent plus que rarement.

En 1751, il n'y avait plus de violons dans la Grande Écurie, mais seulement des trompettes, des timbales, des hautbois et des bassons.

Après avoir contribué aux fêtes spectaculaires, aux carrousels et aux cérémonies de la première moitié du règne de Louis XIV, la musique de la Grande Écurie entra dans une longue période de déclin à partir de 1690. Elle avait contribué à l'amélioration des instruments et des techniques de jeu. Au début du , les flûtes et les hautbois français étaient les plus prisés d'Europe.

La famille Hotteterre, parmi d'autres, est reconnue pour avoir fourni de nombreux musiciens (comme « dessus de hautbois et musette du Poitou » ou « grand hautbois du roi ») notamment à la Grande Écurie et à sa bande des Grands Hautbois. Les membres se transmettaient leur charge payante entre générations..

Un enregistrement de la reconstitution de la bande de Grands Hautbois du début du dans sa formation complète à douze instruments a été réalisé en par les ensembles Syntagma Amici et Giourdina ; il permet une immersion dans les musiques de la Grande Écurie du Roy avec des œuvres qui ponctuaient toutes les cérémonies de la cour depuis Henri IV jusqu’à Louis XIV en suivant aussi l’évolution de la facture instrumentale.

Musique de la Chapelle royale thumb|upright=0.8|Chapelle royale actuelle du Château de Versailles, inaugurée en 1710 sous le règne de Louis XIV.

La Chapelle royale est une institution très ancienne, qui remonte aux premiers rois de France. Après Louis XII et François , elle ne changea guère pendant la fin du et le début du , se contentant de refléter la situation de la musique religieuse en France. Le poste très important de sous-maître, auquel pouvait aussi s'attacher le titre de compositeur de la Chapelle, conférait à son détenteur une autorité comparable à celle du surintendant de la musique de la Chambre. C'était lui qui était chargé de faire travailler le chœur et de choisir et composer la musique pour la messe du roi et les autres cérémonies importantes..

Après la paix de Nimègue (1678), Louis XIV institua des réformes. C'est à cette époque que le roi s'attela sérieusement à la transformation du château de Versailles, commencée dès 1661, ainsi qu'à la réforme de la Chapelle royale. Il fit construire successivement quatre chapelles à Versailles, avant d'inaugurer en 1710 la chapelle que nous connaissons actuellement, commencée par Jules Hardouin-Mansart et terminée par Robert de Cotte..

Le grand motet, forme la plus accomplie de la musique religieuse française de l'âge baroque, doit son existence à l'idée qu'avait le roi de la musique qui convenait à la Chapelle royale. Les interprètes, furent tant des chanteurs (sopranos et mezzo-sopranos, hautes-contre, ténors, barytons et basses) que des instrumentistes, nommés « symphonistes » ou « concertants », qui commencèrent à infiltrer la Chapelle royale vers la fin des années 1660. Jusqu'à 1678, il n'y eut qu'un seul organiste, jusqu'à ce que Louis XIV lance un concours en 1678 pour en recruter quatre : Guillaume-Gabriel Nivers, Nicolas-Antoine Lebègue, Jacques Thomelin et Jean-Baptiste Buterne. Succédant à son maître Thomelin en 1693, François Couperin exerça cette fonction jusqu'en 1730..

La musique de la ville

Une grande partie de la vie musicale de la ville de Paris était concentrée dans une zone bordée, au nord, par les Halles, à l'est, par l'église Saint-Gervais à l'entrée du Marais, à l'ouest par les Tuileries, et au sud, de l'autre côté de la Seine, par l'église Saint-Séverin et le quartier Latin. C'était là, près de l'hôpital Saint-Julien des Ménétriers, que vivaient la plupart des musiciens de la confrérie de Saint-Julien..

thumb|alt=Un homme et une femme dansent devant une auberge, au milieu d'une joyeuse assistance, tandis qu'un homme debout joue du violon.|Le Ménétrier, tableau de Jan Steen, 1670.