La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale. Le mot « psychiatre » a été forgé à partir des noms grecs , « souffle de vie, âme », et , « médecin » (littéralement « médecin de l'âme »).

Le terme «psychiatrie» a été introduit pour la première fois en Allemagne par Johann Christian Reil en 1808, qui, d'emblée, a situé cette spécialité sous le signe de traitements qui comprenaient le traitement psychologique et chimique. En France, cette spécialité médicale s'est séparée de la neurologie à la fin du (1968) avec l'école de Charcot à la Pitié-Salpêtrière.

Pratiquée ordinairement par un médecin psychiatre, la discipline regroupe des spécialités telles que la pédopsychiatrie, qui concerne les enfants, la psychogériatrie destinée aux personnes âgées.

Le champ de la psychiatrie s'étend du diagnostic, au traitement, en passant par la prévention des troubles mentaux, incluant les divers troubles cognitifs, comportementaux et affectifs.

La psychiatrie repose essentiellement sur le postulat qu'un trouble observé chez un individu trouve son origine dans la personne de ce dernier, et plus précisément dans son cerveau.

Histoire

Origines vignette|Emil Kraepelin a étudié et proposé des idées de classification des maladies mentales.

L'histoire de la psychiatrie est relativement récente. Le mot est inventé en 1808 par Johann Christian Reil (1759-1813), qui fut le premier à affirmer que les méthodes de traitement psychique relevaient des méthodes médicales et chirurgicales les mieux étudiées. Il est enregistré en 1842, mais reste cependant peu usité jusqu'au .

Place des femmes en psychiatrie Madeleine Pelletier (1874-1939) est la première femme à devenir psychiatre en France en 1906.

De l'aliénisme à la psychiatrie vignette|Certains considèrent Philippe Pinel comme le précurseur de la psychiatrie moderne.

En France c'est après la Révolution française que la psychiatrie s'est érigée en discipline médicale, et a modifié le statut social des aliénés (au sens de personnes atteintes de pathologie mentale) l'ouvrage de référence du Jacques Postel et de Claude Quétel, Histoire de la psychiatrie, Privat, 1983, , 774 pages. Le lien ici indiqué pointant sur l'introduction de la nouvelle édition de cet ouvrage, Dunod, 2012.. Dans l'esprit de rupture de la Révolution, un changement de conception s'amorce qui sera concrétisé sous avec l'article 64 du Code pénal sur l'irresponsabilité psychiatriqueTexte de l'ancien article 64 du code pénal sur Legifrance, puis en 1838, sous Louis-Philippe. Ce n'est plus le Prince, à travers les lettres de cachet, qui décide de l'internement, mais le préfet (qui garantit l'ordre public), ainsi que le médecin (dans l'intérêt du malade). La folie ne pouvant être un crime, un statut médical distinct est créé, ainsi que des établissements correspondants, lesquels sont bien souvent des établissements privés gérés par des congrégations religieuses. Cette nouvelle conception de la folie et de la législation qui en découle, est issue des thèses des , tels Philippe Pinel, ou son élève Jean-Étienne Esquirol. La loi du 30 juin 1838 sur les aliénés consacre ainsi ces thèses. C'est une loi de police et d'assistance, qui a comme propos de protéger la société des aliénés, mais également de veiller à ce que les maux des aliénés soient adoucis, et leur guérison si possible obtenue.

L'évolution de la discipline s'est particulièrement faite en Europe avec Joseph Daquin considéré comme le créateur de la médecine aliéniste, ainsi qu'avec l'École française, animée par des figures comme Philippe Pinel, Jean-Étienne Esquirol, ou, durant le , Jean-Martin Charcot, Gaëtan Gatian de Clérambault, Henri Ey ou encore Charles Lasègue, ainsi qu'avec l'École allemande : Wilhelm Griesinger ou Emil Kraepelin. De ces auteurs, on retiendra surtout les premiers grands systèmes de classification des maladies mentales, mais aussi leur prise en compte du traitement psychique des troubles, également appelé « traitement moral ». Aux États-Unis, les pionniers dans le traitement des patients sont Eli Todd et Dorothea Dix. En particulier, Todd fonde en 1823 un hôpital d'aliénés dans le Connecticut, avec une forte participation financière de la part du gouvernement américain.

Les résultats thérapeutiques ont été relativement isolés. Jusqu'au milieu du , les médicaments psychotropes n'existaient pas et les cures morales nécessitaient un investissement important souvent réservé aux privilégiés. En paraphrasant Michel Foucault, on peut dire que le rôle des aliénistes, puis des psychiatres, des asiles, qui sont devenus lors du Front populaire des hôpitaux psychiatriques, était de surveiller, garder, isoler, classifier et ramener à la raison les malades. Leurs conditions de vie étaient souvent déplorables. Les grands ensembles hospitaliers (les « asiles d'aliénés » selon le concept du ), éloignés des villes, vivant en autarcie, étaient la règle.

Gladys Swain, psychiatre et historienne de la psychiatrie française, a toutefois en partie critiqué les théories de Michel Foucault sur la vision occidentale de la folie, arguant que la construction d'asiles n'avait pas pour objectif direct l'oppression des aliénés.

Ce n'est que dans la deuxième partie du que certains hôpitaux sont construits en ville dans le but affirmé de désenclaver . En Italie, les hôpitaux psychiatriques ont été fermés en application de la loi 180 de 1978, dite « loi Franco Basaglia », alors qu'en France la psychiatrie hospitalière joue toujours actuellement un rôle central. On retiendra notamment qu'en France, durant la Seconde Guerre mondiale, des hôpitaux psychiatriques sont morts de famine, du fait des restrictions alimentaires frappant ces établissements.

Avènement de la pharmacopée L'apparition des premiers traitements psychotropes, et en l'espèce des neuroleptiques, date des années 1950. L'introduction des premiers neuroleptiques, le largactil (1952), puis l'haldol (1957), fut une véritable révolution dans les services de psychiatrie et dans la prise en charge des malades atteints de troubles psychotiquesJean-Noël Missa le décrit dans son ouvrage : Naissance de la psychiatrie biologique. Paris, PUF, 2006, . Il note en particulier l'étonnement de voisins d'ensembles hospitaliers belges qui en étaient arrivés, vu le silence ambiant, à se demander s'il y avait encore des malades à l'intérieur des sites . Ces nouveaux médicaments ont permis de calmer les malades agités, délirants, ou hallucinés, de généraliser des traitements psychiques à bas coût grâce au progrès des industries pharmaceutiques dans ce domaine, et par là même de rendre possibles des retours au domicile, ou des placements des patients dans des structures intermédiaires en dehors des hôpitaux psychiatriques. Des traitements en ambulatoire deviennent possibles.

L'usage massif de ces traitements fut considéré par l'antipsychiatrie comme une mise sous « camisole chimique » des populations concernées.

Évolutions et situation actuelle Dans certains pays, on observe des stagnations ou même des régressions dans l'accès aux soins psychiatriques, en fonction du désengagement des États, des restrictions budgétaires, du manque de lits et de places, de spécialistes, de psychiatres, de psychologues cliniciens ou d'infirmiers.

En France la situation est contrastée. La psychiatrie y est dissociée de la neurologie depuis 1968. Outre les maladies mentales en tant que telles, le spectre des affections concernant la population prise en charge en psychiatrie, a considérablement évolué depuis les années 1970.

La demande de soins augmente, en parallèle d'une baisse de la démographie médicale dans les établissements psychiatriques du secteur public. Cela quoiqu'en France le nombre de psychiatres soit un des plus importants des pays développés. Les grandes villes de France, de Suisse et de Belgique sont actuellement parmi les villes les plus psychiatrisées d'Europe. La France par exemple compte, en 2010, , soit 1 pour Ministère des Affaires sociales et de la Santé un compte-rendu d'une audition de représentants d'organisations de psychiatres, en 2010, par l'Observatoire national de la démographie médicale, sur le site du ministère de la Santé., soit bien plus que pour nombre de ses voisins européens.

Dans différents pays et en fonction du praticien (qu'il soit neurologue, psychiatre, psychologue ou psychanalyste), certaines pathologies ne sont pas décrites de la même façon. Ainsi un même patient n'est pas traité de manière identique en Chine, aux États-Unis ou en Arabie Saoudite, et selon le même diagnostic. Les durées d'hospitalisation tiennent aujourd'hui compte de l'évolution de l'état du patient, déterminée dans les nouvelles nomenclatures psychiatriques.

En effet, douze millions de Français seraient, d'après certaines études, eux-mêmes concernés par les troubles mentaux.. Pour beaucoup de ces patients, les structures de soins adaptées sont insuffisantes, voire inexistantes.

Au Royaume-Uni l'organisation de la prise en charge des troubles mentaux est différente de celle en place dans le système français qui est resté « hospitalo-centré », avec un développement important des soins à domicile. En Italie également, où les prises en charge ambulatoires ont été privilégiées, les hôpitaux psychiatriques ayant été fermés en application de la loi 180 prise sous l'impulsion de Franco Basaglia.

Christian Müller écrivait en 1982Christian Müller, Les Institutions psychiatriques, Springer Verlag, Heidelberg, 1982. : .

Disciplines psychiatriques Classiquement, la pédopsychiatrie, la psychiatrie de l'adulte et la psychogériatrie étaient différenciées. Différentes nouvelles spécialités se sont peu à peu dégagées, dans la mesure où une spécificité émergeait de leur pratique. Ainsi de la psychiatrie du bébé et de la psychiatrie mère-enfant, de la psychiatrie de l'adolescent, de la psychiatrie transculturelle, de l'addictologie, de la psychiatrie médico-légale, de la psychiatrie d'urgence en ce qui concerne les États-Unis, ou de la psychiatrie en situation humanitaire, ou de la psychotraumatologie…

Classification des troubles mentaux

vignette|Espérance de vie corrigée de l'incapacité concernant les conditions neuropsychiatriques sur en 2002.

La question de la classification des maladies mentales est aussi ancienne que la discipline. Depuis Esquirol jusqu'à aujourd'hui les maladies mentales n'ont eu de cesse de se trouver classifiées sous des angles différents, complémentaires ou contradictoires. Cela jusqu'aux tentatives de proposer une classification unifiée et scientifique à travers la grille diagnostique américaine des maladies mentales (le DSM), ou sur le plan international, à travers la classification internationale des maladies (la CIM). Ces dernières tentatives sont un demi échec car elles n'ont pas été adoptées dans tous les pays. L'unanimité n'est pas acquise en la matière, et le projet d'unifier ces classifications, malgré les groupes de pression contradictoires en présence reste encore largement contesté, également en France, parmi les psychiatres et les psychologues cliniciens soucieux d'une psychopathologie rigoureuse et non-réductrice l'exemple du diagnostic des TOC (troubles obsessionnels compulsifs) particulièrement sujet à controverses entre les freudiens, les tenants du DSM, ou ceux du comportementalisme.

Le normal et le pathologique