vignette|Le Yedisan dans l'Ukraine actuelle.

Le Yedisan ( ou Edisan ; ou Iédisan ; Edisan) est une région historique et naturelle d'Ukraine correspondant à l'extrémité occidentale de la steppe pontique.

Antique territoire des Scythes AxiacéesPline l'Ancien, Histoire naturelle, XXIX., le futur Yédisan compte, à partir du , trois cités grecques (dont l'Olbia pontique) qui durant un millénaire exportent du blé vers Athènes. À compter du siècle et pour les quinze suivants se succèdent ici les germains Goths et Skires, puis une longue série de cavaliers des steppes en quête de terres : Huns, Avars, Antes, Koutrigoures, Proto-Bulgares, Magyars, Alains, Pétchénègues, Coumans (Polovtses, dans la culture russe), Mongols et Tatars dont est issue la horde Nogaï qui s'y installe au avant d'adopter l'islam et de devenir au vassale de l'Empire ottoman. En 1792, ce dernier cède le Yédisan à la Russie qui en chasse les musulmans et entreprend d'y implanter des slaves chrétiens orthodoxes, principalement russes et ukrainiens. Odessa, ville nouvelle bâtie sur les plans d'Armand de Richelieu, remplace alors l'ancienne capitale du Yédisan, établie en 1224 sous le nom d'« Oçak Karakerman » (« odjak de la citadelle noire »), renommée Otchakiv en 1413 quand l'Union de Pologne-Lituanie atteint la mer Noire, puis Özikale (« détroit d'Özi ») en 1492 lorsque la région devint une province ottomane.

Durant la Seconde Guerre mondiale, le territoire du Yedisan formait la moitié méridionale de la zone d'occupation roumaine en Ukraine alors dite « Gouvernement de Transnistrie », dénomination aujourd'hui donnée à la république auto-proclamée sécessionniste du Dniestr, à l'est de la Moldavie extérieure majoritairement roumanophone.

Frontières Le Yedisan correspond à l'actuel oblast d'Odessa (partie à l'est du Dniestr), au tiers occidental de l'oblast de Mykolaïv et à la grande moitié méridionale de l'actuelle Transnistrie. Limité au sud par la mer Noire, à l'ouest par le Dniestr et à l'est par le Boug méridional, il touchait au nord à la Podolie, dont le séparait un affluent gauche de ce fleuve, la rivière Kodyma, jusqu'au poste frontalier de Balta. De là, la frontière nord, reconnue officiellement depuis 1699 F. Sulimierskiego, B. Chlebowskiego & W. Walewskiego, Słownik geograficzny Królestwa Polskiego i innych krajów słowiańskich, t. III, , Wieku impr., Varsovie, 1882., suivait le cours du Iahorlyk, qui prend sa source sur les hauteurs sud ouest de Balta, se dirige vers le sud et se jette dans le Dniestr en amont de Dubăsari, à hauteur de l'.

Étymologie La région tire son nom du nogaï yedi et san, qui signifient respectivement sept et cent mille, trad. H. B. Paksoy, Memoirs: National Existence and Cultural Struggles of Turkistan and Other Muslim Eastern Turks, , Create Space, North Charleston, 2012 .. L'expression fait référence aux sept fractions constitutives d'un groupe de Tatars Nogaïs qui ont conquis la région en 1224. Ces sept fractions se nommaient Kineges, Mangit, Acigen, Alcin, Yaltir, Dersengi et Masgar, avec chacune son bey. Leur tradition orale, riche de ces renseignements, survivait encore avant-guerre, identique à celle de leurs lointains cousins installés dans l'ancien khanat de Khiva, quelques familles de la Dobrogée.

Au , la région est connue comme une partie de la marche méridionale et désertique du grand-duché de Lituanie vaguement située au-delà du Ros et appelée Désert (), équivalent lituanien du . C'est au que l'administration ottomane restaure et fixe le terme Yedisan jusqu'alors inconnu des chancelleries étrangères.

Histoire Yedisan avant le Yedisan Préhistoire 6300 av. J.-C. - 5500 av. J.-C. : adoption de l'élevage bovin par la . 4500 av. J.-C. - 3200 av. J.-C. : civilisation préurbaine de Cucuteni-Trypillia née trois siècles plus tôt en Thrace.

Antiquité gréco-scythique (-647-237) Habitée à partir du par les mythiques Cimmériens (nom que les Grecs interprètent comme signifiant « ceux des marges », κυμή), que les archéologues relient à partir de -900 à la civilisation de Novotcherkassk, la région, steppique, est peuplée vers le par les Scythes. Comme les Scythes Borysthènes, qui sont leurs voisins orientaux, les habitants se nomment par le nom du fleuve dont ils peuplent les deux rives, l'Axiaces. Les Axiaces ( Axiacae) ont pour autres voisins les Crobyzes ( Crobyzi), eux-mêmes voisins de la rivière Rhodes, peut-être l'actuel Ros, qui est au nord la frontière naturelle de la steppe pontique.

Quelques décennies après l'apparition de la civilisation scythique, à partir de -647, la côte accueille des marins milésiens venus d'Histria, elle-même fondée en -657. Ils fonderont trois colonies. vignette|Monnaie d'Olbia du Pont en forme de dauphin, témoignage de l'attachement de la colonie grecque au mythe fondateur de l'héraclide Scythès, fils de la mélusine Delphine et héros éponyme des Scythes installés par le légendaire Targitaus} sur les deux rives du bas Borysthène. Nikonion fait face à Tyras, construite à l'embouchure du fleuve du même nom en pays gète, en aval des Tyragètes. Olbia du Pont, plus à l'est, est le port maritime où est entreposé le fret des bateliers de l'Hypanis, aboutissement de la route de l'ambre de Sambie et départ de caravanes pour la terra incognita des Issedones puis la Sérique. Transitaires et armateurs feront du terminal une grande foire aux esclaves, un important centre d'exportation du cuir, produit de transformation de l'élevage scythique, et un des principaux marchés du blé importé en Hellade. Borysthènes, située à l'embouchure du fleuve du même nom près du promontoire Hippolaüs en forme d'éperon qui le sépare de l'HypanisHérodote, Histoires, IV, 53., c'est-à-dire en face d'Olbia sur le golfe Borysthénique, avait déjà disparu au en se confondant avec la précédenteDion Chrysostome, Orationes, XXXVI, 3. et n'a pas laissé de traces archéologiques, peut-être à cause d'une transgression marine à moins qu'il ne faille l'identifier avec la nécropole de l'île d'AchilleP. Mela, De chorographia, II, 7., dont le nom contemporain, Berezan, signifie rives en ruthène (Бережие). Ces deux derniers ports commandent deux relais à l'entrée du golfe, Ordessos, tourné vers la haute mer, et Alector, qui est une forteresse dominant des salines.

En -588, Anacharsis, prince scythe, visite Athènes et Sardes.

En -512, la Scythie au-delà des bouches de l'Istre est explorée en profondeur par Darius en personne à la tête de sept cent mille hommesHérodote, Histoires, IV, 87.. Partie de l'Hellespont, l'expédition s'enfonce de plus de huit cents kilomètres jusqu'à Gélonos, comptoir hellénisé des Budins situé près de l'actuel Bilsk V. Mourzin, R. Pollé & O. Souprounenko, Більське городище, Poltava, 1999., mais la steppe pontique, dépourvue de villes, se révèle incapable d'entretenir une armée stationnée et, face à une guérilla insaisissable, impossible à tenir.

vignette|gauche|Monnaie frappée du nom de trouvée à Nikonion (près de l'actuelle Ovidiopol), où a été également retrouvé le tombeau du roi trahi par son demi-frère N. V. Metelkyn, Сокровища и ненайденые клады Украины, , Olma Media Group, Krasnogorsk, 2006, .. Monté sur le trône vers -465 à la suite du meurtre de son père Ariapeithes par le roi des Agathyrses , le roi métis construit un palais à Borysthènes et s'y initie aux mystères dionysiaquesHérodote, Histoires, IV, 78-80.. Il en est chassé par une faction qui rejette l'hellénisation et la sédentarisation. Il se réfugie auprès du roi des Odryses, Sitalcès, oncle maternel de son demi-frère . Trahi par cet oncle de la main gauche, il est échangé avec le frère aîné de Sitalcès, prince légitime des Odryses lui-même réfugié chez les Scythes. le fait exécuter aussitôt avant de monter à son tour sur le trône.

Au milieu du , la région est annexée par AteasStrabon, VII, 3-18., tyran scythe de ce qui est aujourd'hui Kamianka-Dniprovska, jusqu'à la défaite fatale que lui inflige en -339 sur les rives méridionales de l'Istre . En -331, le général macédonien Zopyrion incendie Nikonion avant de trouver la mort durant le siège d'Olbia, ravitaillée par les Scythes et secourue par les Gètes.

À la suite de ces troubles, les Sarmates soumettent l'arrière-pays. Dès la fin du , la prospère Olbia est régulièrement assaillie par des coalitions de mercenaires conduits par quelques clans Germains, Celtes, Iraniens, cherchant à lui imposer tribut, Saïs, Thisamates, Saudarates... Les Scyres finissent, dans les brisées des Bastarnes, par s'emparer durablement de l'arrière-pays. Au tout début du , des Galates échouent dans leurs assauts grâce au secours de l'archonte Protogènes.

vignette|Amphore panathénaïque en verre, exploit technique qui témoigne de la prospérité de l'Olbia du temps de Scilouros, soit un siècle avant son déclin. Vers -130, Scilouros, héritier du roi des Tauriens et de la reine des Criméens Camasarye, règne sur Olbia à partir de sa capitale orientale de Neapolis mais il doit faire appel aux forces armées des Sarmates Roxolans quand il tente d'étendre son hégémonie sur la colonie pontique de Chersonèse. Après sa mort en -113, son fils Palacos, dernier roi scythe, étend son domaine vers l'ouest au-delà de Nikonion et du Tyras jusque sur la Scythie mineure. Quand en -111 Palacos est défait par Diophante, général du roi du Pont Mithridate, le roi des Roxolans Tasius transforme son alliance avec les Scythes en domination. Les ports de Nikonion et d'Olbia entrent alors dans la mouvance du Royaume du Bosphore de l'archonte spartocide Pairisadès V, petits-fils ou arrière-petit-fils de Camasarye. Quand en -107, Mithridate hérite le Royaume du Bosphore du défunt Pairisadès, c'est avec ces deux cités, mais sans l'arrière-pays, abandonné aux Roxolans.

En -55, cinq ans après la défaite infligée devant Histria au proconsul de Macédoine Caius Antoine par les Bastarnes qui fit renoncer Rome aux colonies grecques du rivage occidental du Pont Euxin, l'« empereur » dace Burebista, à la tête de l'armée gète, entreprend, avec succès, de soumettre l'ensemble de celles-ci mais en -48 échoue devant Olbia, qu'il doit se contenter de mettre à sac. Les échanges commerciaux avec l'arrière-pays scyre interrompus, la cité, port désormais excentré à l'occident du Royaume du Bosphore, ne se remettra jamais tout à fait de cette catastrophe.

Le déplacement en 56 de la frontière du tout jeune Empire romain des bouches de l'Istre à celles du fleuve Tyras et le rattachement de la cité de Tyras à la province proprétoriale de Mésie marquent la velléité de la préfecture du prétoire de Claude puis de Néron d'établir une jonction terrestre avec un Royaume du Bosphore gouverné par le roi Cotys comme un protectorat romain mais le projet militaire, sans perspectives commerciales, laisse Olbia et sa région à l'écart. Comme à l'autre bout de l'Empire romain au pied du mur d'Hadrien, la légion accapare les moyens pour échafauder murailles et palissades stériles, le puis le mur des Greuthonges qui prolongent le et le . L'ensemble, surnommé mur de Trajan, abandonne le futur Yédisan frontalier aux « Barbares », dont les razzias en justifient l'entretien.

« Invasions barbares » : Goths, Huns, Avars, Antes (238-633). vignette|La Scythie axiacique s'étend à la frontière nord orientale du Bas Empire. Les populations Sarmates, tels les Antes occidentaux vaincus en 376 par WithimerJordanès, Getica, CXIX., sont assujetties dès le par les Goths. Les contingents de ceux-ci commettent une première incursion dans l'Empire romain en 238 sur le bas Danube, en pillant Histria avec l'appui des Carpes et en obtenant un tribut annuel. À partir de 255, ils imposent à l'est leur gouvernement au roi du Bosphore Rhescuporis IV, préfigurant la principauté des Goths de Crimée. La légende place sur le Dniepr , capitale de conquis par le héros Filimer sur les fées catabatiques Aliorumnas. Olbia du Pont, incendiée au moins deux fois, disparaît et avec elle, la présence grecque pour neuf siècles.