La classe Derfflinger fut la dernière classe de croiseurs de bataille, mise en service par la Marine Impériale allemande au début du . Leur artillerie principale au calibre de 305 mm fut disposée en quatre tourelles doubles réparties deux à deux à l'avant et à l'arrière pour la première fois en Europe. Ils avaient une vitesse un peu inférieure, mais leurs machines moins lourdes et une artillerie un peu moins puissante que celles des croiseurs de bataille britanniques de l'époque leur permettaient d'avoir un blindage équivalent à celui de cuirassés. Mais à la bataille du Jutland, ils ont énormément souffert contre les cuirassés portant des canons de 381 mm, et le que son équipage dut abandonner fut le seul croiseur de bataille de la Marine Impériale allemande, perdu au combat. Les autres bâtiments de la classe furent sabordés à Scapa Flow en 1919.

Conception

thumb|left|le SMS Derfflinger, d'après le Jane's Fighting Ships de 1919 Les quatre premiers « grands croiseurs » allemands construits en réponse aux croiseurs de bataille britanniques ont été dotés de canons de 280 mm, plus ou moins puissants (SK L/45 , disposés en quatre tourelles doubles, avec deux tourelles centrales en abord et en échelon, sur le SMS Von der Tann, ou SK L/50, sur la ou le , avec une cinquième tourelle axiale arrière), alors que les plus récents croiseurs de bataille britanniques, la , allaient porter quatre tourelles axiales au calibre de . Il fut donc décidé, à l'été 1911, d'installer sur le « croiseur K » (qui devait devenir le ), et sur lErsatz Kaiserin Augusta (qui devint le ) puis, en 1912, sur lErsatz Hertha (le futur ), les canons de , déjà utilisés sur les cuirassés allemands, depuis la . Il fut choisi de les disposer en quatre tourelles doubles, superposées deux à deux à l'avant et à l'arrière, comme ce qui avait été fait sur les premiers cuirassés dreadnoughts américains, la classe South Carolina.

Cette disposition n'avait jusqu'alors pas été reprise dans les marines européennes, la Royal Navy, la Marine Nationale française, et la Marine Impériale allemande ayant préféré avoir des bordées de huit, dix ou douze canons, avec des tourelles en abord, ou des tourelles centrales axiales, la Regia Marina et la Marine de l'Empire de Russie préférant installer quatre tourelles triples axiales sans superposition (voire une tourelle double superposée à une tourelle triple à l'avant et à l'arrière et une tourelles triple axiale entre les cheminées, sur la ). Quant à la Marine Impériale et Royale d'Autriche et de Hongrie, elle avait certes retenu la disposition de la classe South Carolina, mais en tourelle triples.

Mais le Japon fit construire, chez Vickers, un croiseur de bataille, dessiné par Sir , le , avec quatre tourelles doubles de 356 mm disposées comme sur l'USS South Carolina. Mis sur cale en , il sera mis en service en , et influencera le choix de la Royal Navy, qui adoptera la même disposition d'artillerie sur le qui entrera en service début , c'est-à-dire un mois après le . La Royal Navy retiendra ensuite cette disposition pour la , puis pour la et le , le Japon pour la classe Nagato et les États-Unis pour la , et pour les cuirassés projetés de la ou de la . Sur la classe Derfflinger, les deux tourelles arrière, "Cæsar" et "Dora", étaient assez éloignées l'une de l'autre, leurs barbettes se situant de part et d'autre de la salle des turbines, ce qui était le cas sur le Kongō et le .

Le dessin de la coque fut modifié, le gaillard d'avant, dont étaient dotés le , la et le , étant abandonné pour un pont principal flush deck, sur lequel était installée la batterie secondaire de , toujours sous casemates, mais qui restait « humide » à grande vitesse par mer forte. Le blindage était en épaisseur identique à celui du SMS Seydlitz, 300 mm en ceinture, mais atteignait 270 mm sur les tourelles et 260 mm sur les barbettes de l'artillerie principale. La longueur des bâtiments était portée à 210 m, et le rapport longueur/largeur était de 7,24, au lieu de 7,06 pour le . La vitesse maximale au déplacement de combat était équivalente à celle du SMS Seydlitz. Les machines, comportant quatorze chaudières à charbon, et huit chaudières à mazout, développaient (, sur le ), pour un poids du système propulsif de soit un rapport poids/puissance de 46,3 kg/cv, contre 54,4 kg/cv sur le , ce qui n'est pas surprenant, lorsque l'on sait que Sir Eustace Tennyson d'Eyncourt, le Directeur de la Construction Navale, qui avait dessiné le HMS Tiger, regrettait que l'Amirauté eût refusé de le doter de chaudières à petits tubes qui eussent permis selon lui, d'atteindre une vitesse de 32 nœuds au lieu de 29 nœuds, aux essais.

Les unités de la classe NomLancementService effectifChantier navalFin de carrièrePhotoBlohm & Voss Hambourgsabordage le à Scapa Flow150pxSchichau-WerkeDantzigcoulé le à la bataille du Jutland150pxKaiserliche Werft Wilhelmshavensabordage le à Scapa Flow150px

Histoire SMS Derfflinger

Le SMS Derfflinger a dû son nom à Georg von Derfflinger, chef de guerre allemand du au service de la Saxe, de la Suède, puis à partir de 1654, de Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg, le Grand Électeur.

Cinquième croiseur de bataille construit par Blohm & Voss à Hambourg, le SMS Derfflinger fut mis en service en , et il a rejoint, fin , le groupe de reconnaissance de la Hochseeflotte, aux ordres du contre amiral puis vice amiral Hipper. Aussi bien lors des bombardements des villes de la côte est de l'Angleterre du et du qu'au Dogger Bank (le ), il ne reçut que des dégâts légers, deux impacts, sans conséquences, au début de cette dernière bataille.

Au Jutland (), le a bénéficié d'une erreur dans la désignation des objectifs du côté britannique, de sorte qu'il n'a été pris pour cible par aucun des croiseurs de bataille adverses pendant ce qu'on a appelé « la Course au Sud ». Peu avant , il a pris sous son feu, conjointement avec le , le croiseur de bataille britannique , qui a explosé, après avoir reçu, presque simultanément, cinq obus de gros calibre. Vers , le SMS Derfflinger, conjointement cette fois avec le , a engagé le qui emmenait la Escadre de Croiseurs de Bataille, couvrant l'approche de la Grand Fleet sur son flanc est. Et peu après le a explosé à son tour. Vers , lorsque le vice amiral Scheer a lancé ses croiseurs de bataille, vers la ligne de bataille des cuirassés britanniques, pour permettre à la Hochseeflotte de se retirer vers l'ouest, le , navire amiral du vice amiral Hipper était si avarié qu'il avait déjà dû quitter la tête du Groupe d'Éclairage. C'est alors le SMS Derfflinger, commandé par le capitaine de vaisseau (Kapitän zur See) Hartog, qui a mené la charge. En une demi-heure, il aura reçu quatorze obus de gros calibre, dont sept de des deux cuirassés et intégrés dans la Grand Fleet. Ses deux tourelles arrière recevant deux impacts séparés, en ont été détruites, entraînant dans la mort la presque totalité de leurs 150 servants . Il a réussi cependant à regagner péniblement sa base, le , dans des conditions difficiles, mais, certes, moins extraordinaires que celles du retour du . Mais la réparation des dégâts provoqués par dix-sept impacts de gros calibre aura duré jusqu'en . Il a été doté à cette occasion d'un mat tripode à l'avant.

Le n'aura plus connu le feu du combat, mais il a été frappé par la vague de désertions, au moment de la préparation de la dernière sortie de la Hochseeflotte fin , qui aboutit aux mutineries de Kiel. Il a été, après l'armistice du , interné à Scapa Flow, où il a été sabordé le .

SMS Lützow

Le porte le nom d'Adolf von Lützow, qui leva un corps franc de volontaires contre Napoléon . Accessoirement, les couleurs de l'uniforme du Corps Franc de Lützow, noir, à liseré rouge et boutons or, seront récupérées par les partisans de l'unité allemande, et sont à l'origine du drapeau de l'Allemagne républicaine et du pavillon de la Reichsflotte de 1848 à 1851 et de la Marine allemande depuis 1949.

Construit aux chantiers Schichau de Danzig, le est mis en service en , mais il souffre d'ennuis de turbines qui retardent son affectation aux forces de reconnaissance de la Hochseeflotte jusqu'au mois d'. Il participe au raid contre Yarmouth et Lowestoft, le 24-, au cours duquel le est endommagé par une mine, et le contre amiral , qui remplace momentanément le vice amiral Hipper, malade, met sa marque de commandement du Groupe d'Éclairage sur le .

Au Jutland, le porte la marque du vice amiral Hipper et conduit l'escadre des croiseurs de bataille. Dès le début de la rencontre avec les bâtiments du vice amiral Beatty, il est engagé dans un duel à coups d'obus de gros calibre avec le , avec des impacts réciproques qui, d'abord, n'ont rien de décisif, mais vers , le endommage très gravement le croiseur de bataille britannique, dont la destruction de la tourelle centrale, Q, eût été bien près d'entraîner la perte totale, si la soute à munitions n'avait pas été noyée in extremis. À partir de , le combat cesse avec les croiseurs de bataille du vice amiral Beatty, qui s'éloignent vers le nord, mais se poursuit avec la Escadre de Bataille, dont les quatre cuirassés de la portent des canons de 381 mm, qui surclassent nettement en portée et en puissance les canons de 305 mm allemands. Mais vers , surgissent de l'est les croiseurs cuirassés de la Escadre de Croiseurs du contre amiral Arbuthnot, suivis de la Escadre de Croiseurs de Bataille du contre amiral Hood, qui malmènent les croiseurs légers du Groupe d'Éclairage allemand. Pris sous le feu du et des cuirassés de la Escadre de Bataille allemande, les plus puissants de la Hochseeflotte, le croiseur cuirassé explose, et les et sont désemparés. Dans un duel avec le , le reçoit deux impacts sous la ligne de flottaison à hauteur de ses tubes lance-torpilles, derrière lequel la cloison anti-torpilles n'a pas été installée, faute de place. En résulte un envahissement immédiat des compartiments avant, qui ne pourra finalement pas être maîtrisé. Mais vers , sous le feu conjoint du et du , le explose. À , le vice amiral Hipper doit quitter son navire amiral, très avarié, qui sort de la ligne, pour essayer de regagner sa base. Au cours de cette retraite, le croiseur de bataille va encore recevoir plusieurs obus de gros calibre sur les tourelles "Bruno" et "Dora". Mais l'avant s'enfonce tellement que les hélices finissent par battre l'air, et dans la nuit, le bâtiment doit être abandonné et ses torpilleurs d'escorte l'achèvent.

Le qui a reçu vingt-quatre obus de gros calibre et a perdu une centaine d'hommes d'équipage est le seul cuirassé du type Dreadnought perdu au combat par la Marine Impériale allemande.

SMS Hindenburg

La troisième unité de la a reçu le nom de Hindenburg, le , pour honorer Paul von Hindenburg, victorieux contre les Russes à Tannenberg et aux Lacs de Mazurie, et nommé Generalfeldmarschall à la fin . Elle a été construite en quarante-sept mois, alors que le SMS Derfflinger l'avait été en trente-et-un mois, et le SMS Lützow en trente-sept, car après la bataille du Jutland, la priorité n'est plus à la construction de grands bâtiments de surface. À sa mise en service, le vice amiral Hipper y met sa marque, mais au cours de ses rares sorties, le SMS Hindenburg ne participera à aucun combat.

Interné à Scapa Flow, après l'armistice du , il y sera sabordé, le .

Voir aussi

Liens internes Croiseur de bataille Liste des croiseurs allemands

Liens externes

Bibliographie

Notes et références

Catégorie:Classe de croiseur de bataille de la Kaiserliche Marine Catégorie:Bateau des années 1910