vignette|Aiguilles mises en place sur les points d'acupuncture de la nuque.

Les médecines non conventionnelles (également appelées pseudo-médecines, médecines alternatives, médecines parallèles, médecines naturelles, médecines douces) regroupent plusieurs centaines de pratiques thérapeutiques très différentes. Leur efficacité (considérée au-delà du seul effet placebo) n'est pas démontrée d'où le qualificatif de « pseudo-médecines » qui leur est parfois appliqué. Elles se distinguent en cela de la médecine fondée sur les faits, parfois dite « conventionnelle » par opposition, dont l'efficacité est établie.

Origines Origine de l'appellation Dès l'Antiquité, Pline l'Ancien recommandait déjà de séparer soigneusement la médecine fondée sur les faits des : Pline l'Ancien, Histoire Naturelle, XXX, 1..

Le terme « médecine non conventionnelle » est celui retenu par la Commission européenne.. Ce terme désigne selon le rapport du Parlement européen : . L'appellation « médecine non conventionnelle » se bâtit aussi par opposition à la définition de la « médecine conventionnelle », une médecine à l'efficacité prouvée, telle que définie par le Ministère des Solidarités et de la Santé : Ce terme qualifie donc des méthodes de soin parfois également appelées « médecine douce », « médecine complémentaire », « médecine naturelle », « médecine alternative », « médecine parallèle » ou encore « médecine holistique ». La médecine conventionnelle est généralement désignée par les tenants de certaines médecines non conventionnelles sous le terme de médecine « allopathique » (terme provenant de l'homéopathie). La médecine « holistique » est un autre rebranding de la médecine alternative. Dans ce cas, les mots équilibre et holistique sont souvent utilisés aux côtés de « complémentaires » ou d'« intégratifs », prétendant prendre en compte une personne « entière », contrairement à un prétendu réductionnisme de la médecine.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) inclut les médecines complémentaires et alternatives dans les médecines traditionnelles. Elle précise : ..

Cependant, le choix des termes induit souvent des partis-pris. En effet, parler de « médecine parallèle » semble signifier qu’il y aurait deux conceptions équivalentes de la médecine impliquant deux systèmes de soins fonctionnant indépendamment l’un de l’autre, avec le même degré d’efficience et de scientificité : les patients auraient donc le choix entre deux thérapeutiques qu’ils peuvent envisager comme alternatives et concurrentes ou comme complémentaires l’une de l’autre. D'autre part, l’appellation « médecine douce » semble considérer comme agressives les pratiques de la médecine conventionnelle : selon Jean Brissonet .. L'idée de s'appuie sur un présupposé rousseauiste selon lequel la nature est bonne et les œuvres de l'Homme mauvaises, et que certaines méthodes thérapeutiques seraient plus proches de cette supposée harmonie naturelle. En disant « médecine alternative », on envisage ces pratiques de soins comme substitutives, donc susceptibles de remplacer une démarche thérapeutique classique et conventionnelle. D'autres préféreront parler de pseudo-médecines ou pseudo-sciences afin d'éviter cet effet de rhétorique : .

Le terme « médecine complémentaire » privilégie l’idée d’associer des traitements impliquant des « philosophies thérapeutiques » différentes mais capables de coopérer dans l’intérêt du malade...

L'Académie nationale de médecine française recommande dans un rapport de 2013 l'appellation « thérapies complémentaires » (« ThC ») : .. Le Conseil de l'Ordre des médecins utilise l'expression médecines alternatives et complémentaires (MAC) tout en indiquant que Conseil national de l'Ordre des médecins, « Médecines alternatives et complémentaires ».

Dans tous les cas, ces appellations regroupent un grand nombre de pratiques aux fondements scientifiques très variables, et rarement contrôlées par des instances officielles. La liste du MeSH comporte ainsi de thérapies complémentaires et la MIVILUDES dénombre 400 pratiques « à visée thérapeutique ». Certaines d'entre elles sont étroitement surveillées par les pouvoirs publics en raison des éventuels dangers qu'elles présentent pour la santé ou du risque de dérive sectaire.

Le concept de « médecine intégrative » a été inventé pour désigner le recours simultané à la médecine dont l'efficacité est avérée et aux thérapies alternatives dans la prise en charge d'un patient.

Origines et histoire des médecines regroupées sous cette appellation Influences antiques et orientalistes

L'Occident a été marqué pendant plusieurs siècles par la théorie des humeurs d'Hippocrate, qui reste considéré, avec Galien et Paracelse, comme l'un des aujourd'hui : . Un parallèle notable peut être fait entre la médecine européenne de l'époque médiévale et les systèmes de la médecine traditionnelle chinoise et d'ayurveda en Inde : des parties du corps et organes sont de façon similaire associés à des saisons, des signes astrologiques, ou des éléments : . Ces théories ont fait leur réapparition dans un certain nombre de pratiques paramédicales depuis le , et font l'objet d'un effet de mode dans certains milieux.

Un certain nombre de pratiques non conventionnelles disponibles en Europe déclarent aujourd'hui s'inspirer plus ou moins directement de traditions asiatiques antiques (chinoises, indiennes, tibétaines) ou parfois africaines ou amérindiennes, et se réclament des philosophies et cultures de ces pays. Leur promotion peut alors reposer sur l'argument fallacieux de l'« appel à la tradition » ou « argument d'historicité » qui prétend que comme ces pratiques existent depuis longtemps, elles ont fait leur preuve et sont toujours valables aujourd'hui.

Certains utilisent le terme « médecine occidentale » pour qualifier la médecine moderne, même si celle-ci a en réalité puisé à des sources extrêmement diverses pendant sa longue histoire, et pas uniquement occidentale (notamment égyptiennes et arabes). Par ailleurs, la plupart des asiatiques qui y ont accès ont largement recours à la médecine moderne, et des chercheurs de tous les pays contribuent aujourd'hui au progrès de la médecine mondiale : les notions de médecine ou comme leur fixité dans le temps (les évoluent) ne reflètent donc pas, pour certains auteurs, l'importante diversité interne des différentes traditions historiques des pays invoqués..

Fin du - début du À la fin du , la moxibustion fait son apparition en Europe, ses vertus étant vantées par des auteurs tels que et Willem ten Rhijne pour lutter contre la goutte. L'acupuncture est également expliquée aux Européens par Willem ten Rhijne à la suite de ses observations au Japon sur des praticiens et des documents. Le naturaliste Engelbert Kaempfer étudiera de même ces deux thérapies, en constatant lui aussi leurs effets apparents, mais avec un regard beaucoup plus critique concernant la théorie des méridiens sur laquelle elles reposent. L'historienne Roberta Bivins remarque que cette intégration de thérapies traditionnelles chinoises en dehors de leur cadre culturel d'origine aurait pu sembler improbable, pourtant elles sont encore utilisées aujourd'hui en Occident : . Dans le Londres des années 1780-1790, James Graham promeut l'électromagnétisme, la musicothérapie et le bain de terre Peter Otto, « The Regeneration of the body: Sex, Religion and the Sublime in James Graham's Temple of Health and Hymen », in: Romanticism and Sexuality, 23, août 2001 — sur Érudit..

Deux pseudo-médecines datant de la fin du , l'homéopathie et le mesmérisme, particulièrement populaires au , sont des exemples de thérapies qui reposent sur la seule expérience subjective comme preuve d'efficacité : .

Malgré des appels récurrents à des héritages millénaires, la plupart des pratiques non conventionnelles qui subsistent de nos jours trouvent en fait leur origine dans des théories occidentales relativement récentes. Par exemple, la naturopathie naît en Allemagne en 1885, et se développe avec la mode de la lebensreform germanique du , qui sert de tribune à de nombreuses théories alternatives auparavant plus ou moins confidentielles ou expérimentales, qui voient le jour en Occident entre la fin du et le début du : ostéopathie (USA, 1874), chiropratique (USA, 1895), aromathérapie (France, 1910), médecine anthroposophique (Allemagne, années 1920), élixirs floraux de Bach (Angleterre, 1936)... Certaines para-médecines asiatiques populaires en Occident datent de la même époque, notamment au Japon avec le shiatsu (élaboré en 1919 par Tenpeki Tamai) ou le reiki (développé par l'homme d'affaires japonais Mikao Usui à partir de 1922).

La plupart des systèmes médicaux qui étaient encore utilisés au ne survivent pas à l'essor de la médecine scientifique moderne qui débute à la fin du pour s'industrialiser au : . Cependant, un certain nombre ont eu le temps de pénétrer les États-Unis, pays encore très arriéré sur le plan médical, et où médecines archaïques et charlatans prospèrent : c'est là que naissent la chiropratique et l'ostéopathie, et que la naturopathie connait un second essor (et devient rapidement une marque déposée, par l'homme d'affaires d'origine allemande Benedict Lust). En 1910, la Fondation Carnegie pour la promotion de l'enseignement mandate un vaste audit des pratiques de santé aux États-Unis, condensé dans le Rapport Abraham Flexner. : celui-ci est accablant, et met en évidence l'énorme écart de santé entre les Américains encore essentiellement sous l'emprise d'une médecine pré-scientifique et les Européens qui commençaient à bénéficier à cette époque de nombreux médicaments modernes (comme la pénicilline), permettant de réduire drastiquement la plupart des maladies et la mortalité. Les progrès fulgurants de la médecine moderne importée d'Europe conduisent donc progressivement les Américains de l'Est à délaisser une partie de leurs pratiques hasardeuses, même si celles-ci perdurent dans l'ouest et sur la côte pacifique.

En Allemagne, un certain nombre de pratiques alternatives reconquièrent pendant les années 1920-30 une partie du public germanique à la faveur de la vogue post-romantique et anti-scientifique, préparée par l'idéologie de la lebensreform et l'ésotérisme théosophique, culminant dans les divers courants mystiques en vogue à cette époque comme l'anthroposophie de Rudolf Steiner qui développe une médecine anthroposophique. Mettant fin à la « liberté de soigner » () alors en vigueur depuis 1871 et permettant à toute personne de prodiguer des soins médicaux sans formation particulière, l'Allemagne nazie est le premier État européen à institutionnaliser la pratique de médecines non scientifiques à travers une loi de 1939 () qui institue la profession de Gesetz über die berufsmäßige Ausübung der Heilkunde ohne Bestallung (Heilpraktikergesetz), 17.02.1939.. Après-guerre, naturopathie et homéopathie demeurent populaires en Suisse et en Bavière, et s'installent progressivement en Angleterre et en France, avec tout un cortège de théories associées.

Du New Age à l'époque contemporaine ( - début du )