à ne pas confondre avec Jean-Philippe Lemoine de Couzon

Paul Guillaume le Romain est un architecte français actif dans le dernier quart du . Lauréat du Prix de Rome en 1775, collaborateur de Charles De Wailly, il est connu essentiellement pour avoir construit entre 1788-1790 à proximité de la Bastille l'hôtel de Beaumarchais, qui fut célèbre pour sa cour circulaire, sa façade en exèdre et son jardin à l'anglaise.

Biographie Inscrit à l'Académie royale d'architecture comme élève de l'ingénieur Perronet et du mathématicien Mauduit, qui enseignaient l'un et l'autre à l'École royale des Ponts et Chaussées, Guillaume s'y distingua dans les concours mensuels à partir de 1772 et obtint le Grand prix de Rome en 1775 pour « des écoles de médecine »Son projet est conservé à l'École nationale supérieure des beaux-arts. Il a été gravé dans la Collection des prix que la ci-devant Académie d'architecture proposoit et couronnoit tous les ans de Prieur et Van Cléemputte., avec un projet évidemment inspiré de l'École de chirurgie dont on achevait la construction sur les plans de Jacques Gondouin. Il renonça toutefois au premier péristyle, dit Jean Adhémar, cité par Michel Gallet, Les architectes parisiens du , .

Guillaume fut pensionnaire du Roi à l'Académie de France à Rome de à . Après son retour en France, il fut en concurrence avec Poyet, Lequeu et Chalgrin pour la reconstruction de l'église Saint-Sauveur, démolie en 1787, mais le projet ne fut pas poursuivi en raison de la Révolution.

Il semble avoir travaillé auprès de Charles De Wailly sur le chantier du Théâtre-FrançaisUn architecte du nom de Lemoine était inspecteur de l'édifice en 1790 (Michel Gallet, Op. cit., ). C'est sans doute Charles De Wailly qui le présenta à Beaumarchais qui l'évoque ainsi dans une lettre : cité par Michel Gallet, Les architectes parisiens du ,

Cet hôtel, qui fut extrêmement célèbre, fut élevé en 1788-1790 à proximité de la Bastille et, dit-on, avec des pierres provenant de la démolition de cette forteresse. L'architecte avait tiré profit d'une parcelle irrégulière d'environ m², à l'angle du boulevard Saint-Antoine et de la rue Amelotadjugée à Beaumarchais par sentence du bureau de la Ville du , en combinant savamment des formes circulaires et en jouant d'effets de transparence similaires à ceux que Charles De Wailly avait mis en œuvre dans les années 1760 au château de Montmusard, et qu'il développa dans son projet pour Catherine II de Russie. La cour circulaire, entourée d'arcades, était ornée en son centre d'une copie en plomb du Gladiateur Borghèse, que n'avait pas encore ramené en France, et l'hôtel y donnait par une façade en exèdre qui lui faisait comme une niche, semblable à celle du Belvédère.

thumb|upright=1.2|La porte du jardin Beaumarchais sur le boulevard Saint-Antoine.Aquarelle de François-Joseph Bélanger. Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds Destailleur. thumb|upright=1.2|Le jardin de l'hôtel Beaumarchais. Aquarelle de François-Joseph Bélanger. Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds Destailleur. La combinaison de pièces régulières à l'intérieur d'un périmètre irrégulier ménageait une multitude de réduits où Beaumarchais put se cacher lorsque son domicile fut perquisitionné par les sans-culottes. La maison comprenait, selon l'annonce publiée lors de sa mise en vente après décèspubliée in : Eugène Lintilhac, Beaumarchais et ses œuvres. Précis de sa vie et histoire de son esprit d'après des documents inédits, Genève, Slatkine reprints, 1970, . C'est de cet ouvrage que sont extraites les citations qui suivent.,

Le jardin était séparé de la cour par une grille. On pouvait également y accéder de plain-pied par les appartements du premier étage. Beaumarchais y avait prévu qu'un certain bosquet serait pour son tombeau. Il contenait

À côté de cette résidence de prestige, Beaumarchais s'était fait aménager un important atelier de fonte de caractères, un immeuble de rapport , et .

Le célèbre dramaturge put s'installer dans son nouvel hôtel en 1791. Il y vécut jusqu'à sa mort en 1799L'édifice a été démoli pour construire le canal Saint-Martin.. Il en était si fier qu'il s'en attribuait volontiers une part du mérite, voire la paternité pure et simple : cité par Michel Gallet, Les architectes parisiens du , Pour autant, l'édifice valut également la célébrité à l'architecte, qui se fit appeler un moment Lemoine-Beaumarchais pour se distinguer de ses homonymes.

Après la Terreur, Lemoine se fit entrepreneur et spéculateur. Il acheta comme biens nationaux le château de Mauperthuis et une partie du domaine de Louveciennes, deux chefs-d'œuvre de Claude Nicolas Ledoux. L'annonce de la vente après décès de l'hôtel Beaumarchais mentionne un « Lemoine, architecte, rue de Colbert, 283 ».

Sous le Premier Empire, il travailla comme entrepreneur à la construction de l'église de la Madeleine, sur les plans de Pierre-Alexandre Vignon.

Iconographie Son portrait par Joseph Benoît Suvée a été offert, par Françoise de Lastic en 1992 en souvenir de son époux, au musée Carnavalet.

Notes et références

Voir aussi Sources Michel Gallet, Les architectes parisiens du , Paris, Éditions Mengès, 1995

Bibliographie Inventaire après décès de Beaumarchais, texte établi, annoté et préfacé par Donald C. Spinelli, Paris : Honoré Champion, 1997, in-, 264 pp.

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