La faculté de médecine, maïeutique et sciences de la santé de Lille, autrefois faculté libre de médecine de Lille, est un établissement de l'université catholique de Lille, fondé en 1876.

Elle compte plus de en 2024.

Elle est l'une des deux facultés de médecine de la métropole lilloise avec l'université de Lille.

Histoire Fondation de l'université catholique de Lille

L'enseignement supérieur à Lille à la fin du second Empire

Décapitée par la Révolution en 1790 puis partiellement reconstruite par Napoléon, l'université française connut au des heures sombres. Au début du , les facultés sont peu nombreuses, moribondes et soumises au monopole de l'État. En chiffres, le corps universitaire se résume en 1871 à : 3 de médecine à Paris, Montpellier et Nancy), 9 de droit, 10 de sciences et 22 de lettres. Sur ces , 12 seulement distillent un enseignement suivi et complet : celles de médecine et de droit conduisant à des professions établies, les autres, désertées par les étudiants, ne gardent comme raison d'être que la collation des grades. Elles ne donnent d'ailleurs plus d'enseignement régulier. L'indifférence des pouvoirs publics aidant, l'enseignement y est totalement négligé. Il faudra les désastres nationaux que seront la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et la Commune pour que tout à coup les catholiques mesurent l'étendue du désarroi moral de la France. La bonne santé des universités des pays voisins, parallèlement au désert de l'enseignement supérieur en France, facilite aussi cette prise de conscience. Même le clergé commence à s'inquiéter de la formation théologique et scientifique de ses prêtres.Dans le Nord de la France, la situation est tout aussi médiocre. La faculté des lettres de Douai fondée en 1808 avait dû être supprimée en à la mort de son seul et unique enseignant.

À Lille, la faculté des sciences, fondée en 1854, et illustrée par Louis Pasteur comme doyen connaît elle aussi les mêmes problèmes : pénurie d’étudiants, l’inadaptation des installations et indifférence des pouvoirs publics. La médecine et la pharmacie connaissent le même sort. La région ne pouvait s'enorgueillir d'aucune faculté conduisant au doctorat. Elle ne comprenait que trois écoles préparatoires de médecine : Amiens, Arras et Lille. Un recensement de 1866 chiffre la population médicale pour les cinq départements du Nord de Paris à en médecine et de santé, soit un médecin pour . Il fallait donc trouver une solution au malaise. Néanmoins quelques années seront nécessaires, avec en filigrane l'affrontement d'une France monarchiste et cléricale et d'une France républicaine et laïque, pour qu'une loi favorable à l'enseignement supérieur libre soit votée.

Rapports entre l'Église et l'université

Jusqu'à mi-siècle, l'attitude du clergé vis-à-vis de l'enseignement supérieur est pour le moins réservée. Les lois Guizot () et Falloux () établissant la liberté des enseignements primaire puis secondaire ont ankylosé tout le clergé figé sur ses positions et qui ne mesure pas l'importance de l'enseignement supérieur. L'épiscopat français est avant tout préoccupé de rassembler un nombre suffisant de prêtres pour le ministère paroissial. De plus elle manifeste une certaine défiance par rapport à l'université, refuge des « libres penseurs » et « berceau de l'athéisme ».

On peut donc affirmer qu'avant la chute du Second Empire (1870) et l'élection d'une Assemblée nationale à majorité clérico-monarchique (1871), les catholiques du Nord et du Pas-de-Calais ne semblent guère sensibles à la nécessité d'une réforme de l'enseignement. Mais devant les désastres de la guerre et de la commune, leurs yeux s'ouvrent. Les monarchistes vont prendre la tête du mouvement en faveur des universités catholiques. Ils considèrent « qu'en face d'un enseignement officiel envahi, dit-on, par le positivisme et le scientisme, il est nécessaire d'opposer un enseignement de haut niveau respectant les préceptes de l'église de Rome ». L'obstination des catholiques aura raison des difficultés rencontrées. Le , l'Assemblée nationale, à majorité encore monarchiste, adoptait le projet de loi relatif à l'établissement en France de la liberté de l'enseignement supérieur.

Les premiers pas vers une université catholique

Ainsi, les 25 et , la première Assemblée des Comités catholiques du Nord et du Pas-de-Calais dont l'un des premiers acteurs est Philibert Vrau, a comme principal objet le problème de l'enseignement libre. Elle décide de précéder l'action du législateur en créant une École des Hautes Études qui servira à préparer une université catholique.

Le de cette même année, les évêques de Cambrai et d'Arras président une séance provinciale d'organisation. Celle-ci met au point une structure comprenant un bureau central coordonnant deux commissions: l'une des études, confiée à l'abbé Hautecoeur, l'autre de la propagande et des fonds "la souscription", formée des personnalités de la bourgeoisie et de l'aristocratie.

Le siège de cette université est décidé : Lille est préférée à Douai du fait de son nombre d'habitants plus important permettant un enseignement clinique de la médecine large et varié. Dès , un immeuble est loué, rue Royale, et des cours libres de droit sont ouverts. Quelques mois plus tard, le , le consensus établi, la loi sur la liberté d'enseignement supérieur est votée, son article premier affirme que « l'enseignement supérieur est libre » et son attribue la collation des gardes à des jurys mixtes constitués à parts égales de membres des universités libres et d'État. Ce principe sera remis en cause par le projet de la loi Waddington adopté le par la Chambre des députés, puis rejeté le par le Sénat.

Naissance de la faculté libre de médecine de Lille

État des lieux de l'enseignement de la médecine à Lille en 1875

En 1805, une école secondaire de médecine est créée à Lille par arrêté préfectoral. Elle occupe les locaux de l'hôpital militaire Scrive. En 1852, cette école secondaire de médecine prend le nom d'école préparatoire recevant une centaine d’élèves dont la moitié ne vise que le simple officiat de santé. En 1872, le conseil municipal lillois demande la transformation de son école secondaire en faculté. Après l'inspection de l'instruction publique, cette demande est écartée, considérée comme trop coûteuse. Il faudra attendre 1875 pour que cette transformation soit enfin acceptée.

La faculté verra le jour dès le deuxième semestre de l’année 1876. Le docteur Camille Féron-Vrau en est le principal artisan. Son objectif est la formation du médecin chrétien en réaction à l’enseignement officiel rationaliste et agnostique. Avant même que les premières difficultés ne soient aplanies, Féron-Vrau proclame son but : « Et tout d’abord, nous voulons tous une faculté de médecine digne de notre université catholique, une faculté de premier rang par les aptitudes scientifiques non moins que par la valeur morale des maîtres, par la distinction et l’élévation scientifique de ses élèves, par son fonctionnement, par la richesse de son matériel et de ses collections, par l’ensemble des services qu’elle est appelée à rendre à un degré éminent à notre région, à la France et à la religion catholique ».

Les cliniques : l'hôpital Sainte-Eugénie

La voie rendue libre, l'Institut catholique de Lille ouvrait officiellement les portes de la faculté de droit en .

Pour mériter le titre d'université, l'Institut devait ajouter deux autres facultés. Ce furent celles des lettres et des sciences qui naquirent les premières, car de graves difficultés surgirent lorsqu'on voulut créer la faculté de médecine. En effet, l'installation d'une faculté dont le but avoué était la préparation au doctorat en médecine n'était pas une mince affaire.

Elle devait respecter trois impératifs : posséder des bâtiments universitaires adaptés, rassembler un corps professoral qualifié et enfin posséder un minimum de de médecine, de chirurgie et d'obstétrique pour l'enseignement de la clinique.

La faculté ne possède encore aucun de ces éléments et la tache immense de les réunir est confiée à Camille Féron-Vrau.

Parmi les exigences, celle de disposer « de cent vingt lits au moins », c’est-à-dire « la question de l’hôpital est [...] la plus importante à coup sûr et la plus difficile à résoudre », mais elle se trouve immédiatement satisfaite par « un coup de maître » de la commission d’organisation.

En 1866, l’administration des Hospices a entrepris la construction d’un vaste hôpital de , placé sous le vocable de Sainte Eugénie, en hommage à l’épouse de . Mais, le gros œuvre terminé après une dépense de plusieurs millions, elle ne dispose plus des ressources suffisantes pour aménager le nouvel édifice et le mettre en état de recevoir les malades.

C'est alors que le conseil d'administration de l'Institut catholique de Lille fait à la Commission des Hospices l'offre suivante : il s'engage à verser une somme de destinée à compléter l'équipement de deux des quatre pavillons, soit 120, puis , à la condition que les médecins, chirurgiens, pharmaciens et étudiants en médecine de l'université catholique assurent le fonctionnement des services de médecine et de chirurgie de deux pavillons. La proposition est discutée par la commission des hospices et les bases de la convention sont arrêtées le . Le maire de Lille accepte les termes de la convention. Selon les termes de l'accord, les services cliniques doivent donc être prêts à fonctionner dès le au plus tard.

Le premier corps professoral

C’est encore Camille Feron-Vrau qui s'attèle à la tâche difficile de recruter les enseignants. À plusieurs reprises, il fait le tour des facultés françaises de Paris à Montpellier et à Nancy. La ville de Lille offre assez peu de ressources. Seul, le docteur Louis Wintrebert, licencié en sciences physiques, accepte de quitter l’école secondaire de médecine, où il était professeur adjoint, pour la nouvelle faculté.

Un jeune médecin, François Guermonprez, ancien chef de clinique à la même école secondaire de médecine Lille, est recruté avec le titre de répétiteur en pathologie.

L’une de ces notes, parmi une dizaine de noms, propose celui du docteur Henri Desplats. Celui-ci, ancien interne des Hôpitaux de Paris, se préparant au concours de médecin des Hôpitaux et admissible à l’agrégation, manifeste de grandes qualités de clinicien. Il accepte d’emblée les propositions de Camille Feron-Vrau.

Le professeur Henri Desplats désigne le docteur Jean-Baptiste Bouchaud, ex-interne des hôpitaux de Paris, récemment installé à La Souterraine, qui vient à Lille dès ; il est nommé médecin de l’asile de Lommelet situé dans la commune de Marquette, il assurera initialement l’enseignement de la pathologie externe. De Paris également, sont issus le Gonzague Augier chargé de l’enseignement de l’anatomie pathologique et de la clinique médicale infantile, le docteur Adrien César, chef des travaux anatomiques, et les docteurs Challe et Bricart, respectivement chefs de clinique médicale et chirurgicale.

À Nancy est recruté pour l’enseignement de la chimie minérale et la pharmacologie M. Schmit, pharmacien et docteur ès sciences.

À plusieurs reprises, Camille Feron-Vrau se rend à Montpellier, la plus illustre des facultés de médecine de province où, non sans difficultés, il s’attache une recrue de premier plan : Antoine Béchamp, docteur ès sciences et en médecine. Ses travaux, menés depuis vingt ans à Strasbourg, puis à Montpellier, lui donnent un renom scientifique indiscuté dans le domaine de la chimie et de la biologie : il enseignera donc la chimie organique et biologique. Son adhésion à la cause de la Faculté catholique de médecine semble acquise dès , mais il se fait quelque peu prier et il met deux conditions qui sont acceptées: occuper le poste de doyen de la faculté et emmener avec lui son fils Joseph, chimiste et docteur en médecine vignette|250x250px|Dominique Domec (1845-1884) professeur d'anatomie