vignette|Les régiolecte du roumain : en rouge – septentrionaux (banatéen, crișanien, transylvain, marmatien et moldave), en bleu – méridionaux (olténien et munténien dont le dicien). vignette|Atlas Weigand de 1908 des régiolectes du roumain.
Les variétés régionales du roumain, ou régiolectes selon le vocabulaire des linguistes roumains du , sont traditionnellement traitées de deux points de vue : Les linguistes qui ont initié la dialectologie du roumain, comme , Ovid Densușianu, Sextil Pușcariu, Alexandru Rosetti, , etc., et la plupart des linguistes roumains des considèrent que les quatre idiomes romans orientaux (roumain de Roumanie et de Moldavie, aroumain, mégléno-roumain et istro-roumain des Balkans) sont des dialectes d'une seule langue : le roumain. Ils dénomment « daco-roumain » le roumain de Roumanie et de Moldavie quand ils le pensent nécessaire. Pour eux, le daco-roumain se subdivise en ce qu'ils appellent des subdialecte (« sous-dialectes ») ou graiuri (« parlers »)Cf. .. On utilisait encore le terme grai (au singulier) dans ce sens vers la fin du Par exemple ., mais les auteurs du l'ont abandonné pour subdialect, et utilisent grai pour ses subdivisionsPar exemple , ou .. Une minorité de linguistes roumains, comme , , Ion Coteanu etc. considèrent les quatre idiomes romans orientaux comme des langues à part entière. Ils dénomment « roumain » la langue parlée en Roumanie et de Moldavie, dont ils considèrent les variétés régionales comme des dialecte (« dialectes »), subdivisés en graiuri (approximativement « parlers »).
Les idiomes romans de l'Est (roumain, istro-roumain, aroumain et mégléno-roumain) ne sont que très partiellement intercompréhensibles ; en revanche, les « régiolectes du roumain » présentent une intelligibilité mutuelle d'un degré beaucoup plus grand que les dialectes allemands, par exemple.
Cet article utilise les termes des linguistes du premier groupe ci-dessus, à savoir « régiolectes du roumain », subdivisés en « groupes de parlers » et « parlers ».
Configuration dialectale du roumain
La configuration dialectale du roumain, c'est-à-dire le nombre de régiolectes, leur classification et leur hiérarchisation, a toujours fait l'objet de débatsSection d'après , sauf les informations des sources indiquées à part.. Selon certains linguistesPar exemple , Iorgu Iordan et Emanuel Vasiliu., il n'y a que deux régiolectes : celui du Nord ou « moldave » (moldovenesc en roumain) et celui du Sud ou « munténien » (muntenesc en roumain). D'après d'autres auteursPar exemple et Sextil Pușcariu. il existe trois régiolectes : moldave, munténien et « banatéen » (bănățean en roumain). D'autres chercheursPar exemple et Ion Coteanu. en comptent quatre : moldave, munténien, banatéen, et de Crișana » (crișean en roumain). Pour d'autres encore, il y en a cinq : moldave, munténien, banatéen, de Crișana et du Maramureș. Ce sont les régiolectes retenus par la plupart des linguistes aux Par exemple Sever Pop ou Romulus Todoran. et Par exemple (), () ou (). siècles. À ces régiolectes, certains linguistes ajoutent d'autres variétés, parfois appelées « de transition », mais dont ils soutiennent l'autonomie. Certains considèrent comme un régiolecte l'olténien (oltean)Par exemple et Valeriu Rusu., d'autres celui du pays d'Oaș (oșean)Par exemple Dorin Urițescu.. L'existence de vingt régiolectes roumains fut soutenue par le linguiste Gheorghe Ivănescu.
Ces divergences sont dues au fait que les différences enregistrées dépendent des régiolectes concrets que l'on compare entre eux. La distinction est assez nette entre le moldave et le munténien, mais le banatéen est peu différent du parler de Crișana, d'un côté, et du munténien, de l'autre. Les différences sont encore moindres entre l'olténien et le munténien.
De vives controverses existent autour des variétés transylvaines au sens strict, c'est-à-dire sans le Banat, la Crișana, le pays d'Oaș et le Maramureș. La plupart des linguistes les considèrent comme appartenant aux régiolectes voisins, bien qu'on leur reconnaisse un certain nombre de traits communs distincts. Par contre, certains linguistesPar exemple Vasile Frățilă et Vasile Ursan. soutiennent l'existence d'un régiolecte transylvain couvrant aussi la Crișana et le Maramureș, avec des traits qui le distinguent nettement du moldave, du munténien et du banatéen, mais qui est plus morcelé en variétés plus petites que ceux-ci. Ils y distinguent quatre groupes de parlers : transylvain du Nord-Est, transylvain du Centre-Sud, de Crișana et du Maramureș ; mais en l'état actuel du débat, l'adjectif « transylvain » est surtout géographique.
Ci-après sont succinctement traités cinq régiolectes : le munténien, le banatéen, celui de Crișana, celui du Maramureș et le moldave.
Groupe des régiolectes méridionaux
Régiolecte munténien
Ce régiolecte est celui des Roumains vivant en Munténie et en Dobroudja du NordEn Dobroudja a existé un parler munténien que George Vâlsan appelle « dicien » dans ses Opere alese (« Œuvres choisies », dir.: Tiberiu Morariu, Ed. științifică, Bucarest 1971, p. 123) et qui comportait des tournures et un lexique influencés par le grec et le turc : voir Mariana Iancu, « De ce eşti baistruc ? Cuvinte ciudate ale dobrogenilor », dans Adevărul du 26 mars 2015., mais aussi dans les judeţe transylvains de Sibiu et de Brașov et dans le nord de la Bulgarie. Il est divisé en quatre groupes de parlers : central (la majeure partie de la Munténie), du nord-est de la Munténie, de la Dobroudja du Nord et de la Transylvanie du SudSection d'après , sauf les informations de la source indiquée à part..
Caractéristiques
+ Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction palatalisation de devant , qui devient ușeloje ușălojă porteloge purement dental suivi de , dășteptdân deșteptdin intelligentde dissimilation de en , surtout sous l'influence d'un frappé de l'accent tonique fetilicaprili fetelecaprele les fillesles chèvres au passé composé, la forme de la personne du pluriel du verbe auxiliaire identique à la forme de la personne du singulier ei/ele a venitără ei/ele au venit ils/elles sont venu(e)s au passé composé, participe avec le suffixe -ără ei/ele a venitără ei/ele au venit ils/elles sont venu(e)s à l'indicatif présent, la forme de la personne du pluriel identique à celle du singulier ei/ele bea ei/ele beau ils/elles boivent au futur avec l'auxiliaire a vrea « vouloir », la forme de la personne du pluriel identique à celle du singulier ei/ele va bea ei/ele vor bea ils/elles boiront le verbe a vrea utilisé au passé composé en tant que verbe modal am vrut să cad era să cad j'ai failli tomber a veni « venir » utilisé en tant qu'auxiliaire d'aspect vine și/de crește începe să crească commence à croître a veni auxiliaire de la diathèse passive grinda vine așezată aici grinda este așezată aici la poutre est placée ici confusion des prépositions după « après » et de pe « qui est sur » floarea după/dupe masă floarea de pe masă la fleur qui est sur la table de utilisé en tant que pronom relatif omul de vine omul care vine l'homme qui vient complément d'objet direct avec la préposition la (valeur d'article partitif) mănâncă la pâine mănâncă pâine il/elle mange du pain l'adverbe mai « plus » devant le pronom réfléchi nu mai mă duc nu mă mai duc je n'y vais plus l'adverbe decât en construction restrictive utilisé sans la négation n(u) am decât două mere n-am decât două mere je n'ai que deux pommes
Lexique :
+ Phénomène Exemple dialectal Sens dans la langue standard Correspondant dans la langue standard Traduction mots à sens spécifiques ginere gendre mire marié (au moment du mariage) mots d'origine turque peșchirperdea rideau prosopadăpost pentru vite serviette (pour s'essuyer)abri pour le bétail mots d'origine grecque dârmon ciur tamis
Le lexique du régiolecte munténien parlé en Dobroudja présente la particularité de contenir des vocables d'origines très diverses, à cause des spécificités de l'histoire de cette région. Celle-ci a fait partie de l'Empire ottoman jusqu'en 1878, à la différence des principautés de Valachie et de Moldavie, qui étaient tributaires de l'Empire mais autonomes. À côté des Roumains autochtones appelés dicieni par l'ethnographe Graiul românesc, I, , 1927, et Opere postume (Œuvres postumes), Bucarest, 1936, ., y vivaient depuis des siècles des Grecs pontiques, des Tatars, des Turcs, des Gagaouzes, des Bulgares, des Russes vieux-croyants, des Arméniens, des Roms et autres. Dès avant 1878, des Roumains de Munténie, de Moldavie et même de la Transylvanie du Sud y séjournaient temporairement en tant qu'ouvriers agricoles saisonniers ou bergers transhumants. D'autres s'y réfugiaient pour échapper aux obligations fiscales ou militaires. Certains y sont restés. Lorsque, en 1878, la Roumanie indépendante a intégré la Dobroudja du Nord, d'autres Roumains de Munténie, d'Olténie, de Moldavie et du Banat s'y sont installés, ainsi que, dans les années 1920, des Aroumains venus de Macédoine. En conséquence, le lexique des Roumains dobrogéens contient des mots de tous leurs régiolectes d'origine, ainsi que des emprunts aux langues des autres ethnies. Certains auteurs considèrent la Dobroudja comme une zone de « mosaïque dialectale »Par exemple ..
Sources écrites
Les premières attestations écrites du roumain (la lettre de Neacşu de 1521 et environ manuscrits ultérieurs), ainsi que la première dizaine de textes imprimés en roumain, reflètent les caractéristiques du régiolecte munténien. C'est la base du roumain standard, qui n'a pas repris toutes leurs spécificités mais, au contraire, en a beaucoup rejeté, surtout pour ce qui est de la morphologie du verbe.
Groupe des parlers olténiens
Ce groupe de parlers est répandu en Olténie (sauf la partie orientale du județ d'Olt), dans le Nord-Ouest de la Bulgarie et en Serbie (chez les Timochènes des Portes de Fer)Section d'après ..
Caractéristiques
+ Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction diphtongues , , , devant et [k] et [g] palatalisés. straichinărăichităureicheoichipăduiche strachinărăchităurecheochipăduche écuellesauleoreilleœilpou introduction d'un entre deux consonnes initiales de mot hirean hrean raifort devant deux consonnes initiales de mot ișcoală școală école > , > , Diphtongue formée d'un semi-vocalique et d'un . > , après , , , zâcețălinămăsa zicețelinămăsea il/elle ditcélerident (molaire) pronom démonstratif féminin pluriel spécifique ăștea astea celles-ci utilisation du passé simple (pour des actions très récentes) cântaiLe passé simple subsiste dans la langue littéraire aussi, uniquement dans les textes narratifs. am cântat je chantai adverbes pour trois degrés de proximité/éloignement (a)ici – aci(a) – acolo aici – acolo ici – là – là-bas forme archaïque de l'impératif négatif au pluriel nu cântareți! nu cântați! ne chantez pas !
Lexique :
+ Phénomène Exemple dialectal Sens dans la langue standard Correspondant dans la langue standard Traduction mots archaïques arm șold hanche mots spécifiques a străfiga a strănuta éternuer mots à sens spécifiques cotoi matou picior de pasăre pilon (cuisse) de volaille
Groupe des régiolectes septentrionaux
Régiolecte banatéen
Ce régiolecte est caractéristique du Banat roumain, du sud du județ d'Arad, du sud du Hunedoara et des Roumains de Serbie vivant en Voïvodine. On distingue trois groupes de parlers : du Sud (y compris la Voïvodine), du Nord-Nord-Ouest et du Nord-Est (y compris la région de Hațeg).
Caractéristiques
Ce régiolecte comporte beaucoup d'archaïsmes phonologiques, morphologiques et lexicaux. Son trait phonologique principal, par rapport au roumain standard, est un système vocalique riche et équilibré.