Erik Marchand, né le à Neuilly-sur-Seine et mort le à Caransebeș en Roumanie, est un chanteur et musicien français de culture bretonne.

Formé au chant dans les années 1970 par Manuel Kerjean, Marcel Guilloux, Yann-Fañch Kemener, il joue également de la clarinette bretonne (treujenn gaol). Fondateur et directeur de la Kreiz Breizh Akademi, il œuvre pour le collectage, la transmission musicale et l'ouverture sur le monde, multipliant les expériences pour une musique populaire à la fois enracinée et favorable aux mélanges (musique roumaine du Taraf de Caransebeș, électrique avec Rodolphe Burger, ex-leader du groupe rock Kat Onoma, jazz avec Jacques Pellen).

Biographie thumb|Kan ha diskan avec Yann-Fañch Kemener (à gauche) à Villarceaux (Val-d'Oise) en 2011.

Révélations Erik Marchand naît à Neuilly-sur-SeineÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, d'une mère périgourdo-alsacienne et d'un père gallo-lorrain. D'une famille originaire de Quelneuc (les sœurs Réminiac du pays de Redon), il vit son enfance entre un grand-père qui chante et un père guitariste. Amateur de musiques du monde, le jeune Parisien aux racines aussi bien alsaciennes et périgourdaines que bretonnes, découvre adolescent un enregistrement de fest-noz que son père possède (En passant par la Bretagne, du kan ha diskan par Eugène Grenel et Albert Bolloré)Yann Rivallain, 111 Bretons des temps modernes, ArMen, 2007, . C'est le déclic. Il commence par enregistrer les chanteurs de sa famille, autour de Quelneuc. Collecteur de paroles de chants bretons, il travaille dans ce cadre à partir de 1976 pour Dastum. Fasciné par les gwerzioù qu'il entend, il décide de les interpréter à son tour.

En pays de Redon, un an après ses cousines Réminiac, victorieuses en 1975, il remporte la prestigieuse Bogue d'or en 1976, avec l'air intitulé Rossignolet du vert bocageRonan Gorgiard, « Erik Marchand, Le tzigane des Monts-d'Arrée », Cultures bretonnes, édition 2013, hors-série Ouest-France, . Il chante aussi en gallo dans des festoù-noz parisiens et joue du biniou dans un cercle celtique. Il commence le kan ha diskan avec Erik Salaün et Yves Castel.

Kreiz Breizh En 1975, au lendemain du bac, il s'installe définitivement en Bretagne pour devenir l'un des premiers chanteurs traditionnels professionnels. Il chante en pays gallo avec le duo réputé Gilbert Bourdin et Christian Dautel, puis met le cap sur le mythique Kreiz Breizh et la région de Rostrenen. Manuel Kerjean, qu'il découvre dans un fest-noz à Paris, lui enseigne le chant, la culture et la langue bretonne. Ce grand chanteur du pays Fisel, qu'Erik Marchand appelle « ma mestr » (mon maître), le loge dans sa ferme pour une immersion totale, participant, avec son ami sonneur Patrick Molard, aux travaux des champsChristian Dautel, « Gwerz : un nouveau souffle pour la musique bretonne », ArMen, , oût 1986, . Il rencontre Yann-Fañch Kemener dans le milieu des années soixante-dixErik Marchand sur le site de Yann-Fañch Kemener. Avec lui, il va écumer les festoù-noz et les représentations. Il enregistre des chants de marin qui l’amèneront à enregistrer avec Cabestan.

vignette|Erik Marchand en formule concert Un peu touche-à-tout, il pratique la treujenn gaol (clarinette en breton) et passe du chant de marin au disque de chants du Pays gallo. Il participe à la création du groupe Gwerz en 1981. En apportant au chant traditionnel des arrangements inspirés par les formules musicales locales, le groupe élargit l'horizon de la musique bretonne. En quelques années, la formation de ses six musiciens devient quasiment mythique et marque le début du « traditionnel contemporain ». Victime des activités multiples de ses membres, le groupe fait une pause après l'album de 1988 et ne joue que ponctuellement depuis l'album live de 1992. En 1988, il rencontre l'Angevin Titi Robin qui l'aide au collectage musical de Centre-Bretagne. Leur travail est publié sur l'album An Henchoù Treuz (prix de l'Académie Charles-Cros) dans lequel il pose son chant sur l'oud oriental et autres instruments à cordes de Thierry Robin. Ils se produisent également en trio avec le percussionniste rajasthanais Hameed Khan au tabla indien, association qui donne naissance à l'album An Tri BreurTrio Erik Marchand. Les percussions du Trio sont ensuite effectuées par Keyvan Chemirani pour le travail rythmique improvisé pour partie. Par la suite, il commence son analyse des modes bretons, afin d'élaborer une sorte de théorie autour de la musique dite « modale » (enchaînement de tons ou demi-tons), des petites notes utilisées en musique orientale mais ignorées en Occident.

Musique modale Passionné de voyage, Erik Marchand parcourt l'Amérique du Nord avant de se lancer à la découverte des Balkans. À travers la musique, il trouve toujours un moyen de communiquer lorsqu'il s'agit de sauter les barrières culturelles, se jouer des frontières et des divisions. Plusieurs fois par an, il sillonne l'Europe du Sud-Est, du Banat roumain à l'Albanie ou à la Serbie. Il étudie la musique traditionnelle de la Roumanie et de ses tarafs (orchestres), en passant des mois dans le Banat. Lors des Rencontres internationales de clarinettes populaires à Glomel, dont il est l'initiateur, il approfondit ses échanges et invite plusieurs fois le taraf de CaransebeșTaraf de Caransebeș, avec qui il fait le disque Sag An Tan Ell (Vers l'autre flamme, du titre de l'écrivain roumain Panaït Istrati) mêlant sons bretons et sons roumains, aux influences serbes. Avec eux, il tourne un peu partout dans l'Europe de l'Est et du Sud.

Leur collaboration donne lieu à un nouvel enregistrement en 1998, Dor, qui assemble les deux cultures populaires ; la relation similaire qu'ils ont au chant, gwerz et exprimant des sentiments mêlés et variant, la danse qui peut mêler une suite de ronde, une danse vannetaise, une polka à une hora, une ritournelle roumaine, , les couleurs roms mariées aux phrasés roumains et bretons... Dans les années 1990, avec Sag An Tan, puis Dor et enfin Pruna où il explore les possibilités de dialogue offertes par les musiques traditionnelles bretonnes et roumaines, Erik Marchand provoque une deuxième révolution musicale : il montre à une génération de Bretons en quête d'ailleurs enracinés, globalisation oblige, que leur musique peut voyager très loin et inspirer des créateurs d'horizons culturels a priori éloignés de la Bretagne.

vignette|Erik Marchand avec la Celtic Procession de Jacques Pellen en 2007. Il évolue également au sein du Quintet de clarinettes (13 et 24 clés)Quintet de clarinette ou en compagnie du guitariste rock Rodolphe Burger (album Before Bach), du guitariste jazz Jacques Pellen (TrioPaolo FRESU-Jacques PELLEN-Erik MARCHAND, Celtic Procession)... La première personne des Balkaniks avec qui il travaille est le clarinettiste turc Hasan Yarim-Dünia, en compagnie duquel il réalise une création pour le centre culturel Les Arcs de Queven, à laquelle participent Okay Temiz, Thierry Robin, Hameed Khan, le chanteur kurde Temo, des sonneurs bretonsErik Marchand : Découvreur d’affinités, RFI Musique, 3 mai 2004. Il s'associe aussi aux percussions du Rajasthanais Ahmed Khan.

Il cofonde en 1993 avec Jacky Molard et dirige le label Gwerz Pladenn (dist. Coop Breizh). La particularité de ce label repose sur la volonté . Par la suite, il produit des disques de musiques roms et roumaines, pour le label Silex chez Auvidis notamment et devient conseiller artistique. En 1997, il enregistre sur l'album de Christian Duro.

En 1997, Erik Marchand fonde un trio en compagnie du guitariste Jacques Pellen (avec qui il avait mené la Celtic Procession) et du trompettiste sarde Paolo Fresu, aux connotations plus jazz pour la recherche d'un swing breton, polyphonie à trois. Il multiplie les expériences musicales, comme l'enregistrement en Corse d'un album consacré au chant a cappella et à la polyphonie par exemple. Ainsi, à la suite du spectacle Kan créé à Brest en 2000, il sort l'album du même nom en 2001 chez BMG avec deux ensembles polyphoniques (sarde et albanais) et deux jeunes femmes représentant les traditions monodiques du Mali et de Galice.

Années 2000 Kreiz Breizh Akademi vignette|Kreiz Breizh Akademi #3 En 2003, Erik Marchand fonde la Kreiz Breizh Akademi, programme de formation visant à transmettre les règles de la musique modale mais aussi en laissant une liberté d'expérimentation.. Ce programme a formé et accompagné cinq collectifs de jeunes musiciens. Utilisant la musique traditionnelle bretonne comme support, il fait intervenir des artistes. issus de cultures très variées dont Titi Robin, Ross Daly, Danyel Waro, Mehdi Haddab, Ibrahim Maalouf, Rodolphe Burger ou encore Hélène Labarrière. En 2016, la rassemble 12 musiciens. autour de la musique électronique. Après 18 ans à sa tête, il est remplacé par Krismenn en .

Norkst Premier collectif issu de la formation, ce groupe de 16 musiciens, dont les chanteurs Eric Menneteau et Christophe Le MennLa gwerz de Krismenn croisée au beatbox d'Alem, au festival Eurofonik, Le Monde, 9 avril 2014, a fait paraître l'album Norkst où le kan-ha-diskan se mêle aux improvisations orientales.. Le mot « norkst » transcrit la prononciation centre-bretonne de an orchestr, « l'orchestre »Chronique de Norkst, Kreiz Breizh Akademi.

Izhpenn12 Izhpenn12 (en breton populaire « au-delà de 12 ») rassemble des instruments « délicats » (cordes pincées, frottées, flûtes, percussions) et mêle ouvertement la musique de Basse-Bretagne à celle du Moyen-Orient. Il s'agissait de construire un . Cette formation comprenait notamment la guitariste Hélène Brunet et le violoniste Gabriel Faure.

Elektridal En 2010, Erik Marchand dirige le collectif Kreiz Breizh Akademi rassemblant quinze musiciens, en mettant à l’honneur instruments électriques, percussions, cuivres et langue bretonne. Ils se produisent au festival des Vieilles Charrues, festival de Cornouaille.

Innacor et série d'albums vignette|Before Bach avec Rodolphe Burger en 2019. En 2002, Erik Marchand rencontre Rodolphe Burger avec qui il enregistre l'album Before Bach. Après avoir enregistré et tourné avec sa « tribu » baptisée Les Balkaniks, il retourne en studio en . avec Jacky Molard, Costica Olan et Viorel Tajkuna pour enregistrer l'album Una, daou, tri, chtar, où il reprend notamment la chanson de Jacques Brel Pourquoi ont-ils tué Jaurès. À la même période, toujours avec Jacky Molard, il fonde le label Innacor. qui se revendique "haut parleur des cultures de Bretagne et du monde". Il collabore pour la première fois avec Yuna Le Braz (alias DJ Wonderbraz, fille de Dan Ar Braz) en 2006 pour la du Festival de cinéma de Douarnenez qui invitait "Les Balkans". Cette rencontre se concrétise en 2012 avec Turbo sans visa, leur création communeTurbo sans visa sur le site d'Innacor. Cette même année, il se produit au sein du sextet AkanA où interviennent ses acolytes de toujours mais également Hélène Labarrière. En 2013, il enregistre l'album Ukronia, dans lequel il revient sur la musique populaire orale du « pays gallo » avant le passage vers la musique savante, jouant sur l'harmonie ancienne et un instrumentarium en partie emprunté aux musiques de la Renaissance (cornet à bouquin, lyra, viole, violone)Ukronia d'Erik Marchand sur Mondomix, 15/07/2013. Il se produit aussi à la Fête de l'HumanitéHélaine Lefrançois, « Erik Marchand. La musique bretonne sur la scène Zebrock », L'Humanité, 29 août 2013.

Discographie Albums 1982 : Chants à danser de Haute-Bretagne avec Gilbert Bourdin et Christian Dautel, Dastum, cassette 1985 : Chants à répondre de Haute-Bretagne avec Gilbert Bourdin et Christian Dautel, Le Chasse-Marée, SCM 011, 33 tours 1989 : Gwerz Penmarc'h avec Cabestan, Chasse-marée, SCM 016, CD Grand Prix de l’Académie Charles-Cros 1990 : An Henchoù Treuz, chants du Centre-Bretagne avec Thierry Robin, AMTA/Ocora, CD, C 559 084, Grand prix de l’Académie Charles-Cros 1990