André Alfred Lasserre, né le à Veyrier (canton de Genève) et mort le à Lausanne, est un sculpteur suisseVoir sikart).

Jeunesse et formation Il est le fils de Frank-Albert Lasserre (1874-1927), ingénieur et agent d'assurances suisse, et de Louise-Eugénie Lannois (1875-1952), une FrançaiseD'après la Société genevoise de généalogie, en ligne.. Il arrive à Paris avec sa famille en 1912. En 1917, la famille demeure près du cimetière du Montparnasse au 30, rue Gassendi. Peu intéressé par les études, André Lasserre ne passe que quelques mois à l’École spéciale d'architecture de Paris, auprès de Robert Mallet-Stevens et Auguste Perret (1917-1918), entre et . Pour accéder à l’ESA, il lui suffisait d’emprunter l’une des vastes allées du cimetière. En , Lasserre entre à l'École des beaux-artsArchives nationales, AJ/52/470, AJ/52/473, fonds École nationale supérieure des beaux-arts. en tant qu'élève étranger, appuyé par Charles Waltner. Il s'installe 5 rue Honoré Chevalier, dans le quartier de l'Odéon, près du Jardin du Luxembourg. André Lasserre suit les cours de Charles Waltner pendant une partie de l’année scolaire 1918-1919 dans les galeries des Antiques et de la Renaissance, section des Architectes. Mais il n'assiste plus aux cours dès . À la même époque, sa future épouse Suzanne Wahart suit les cours du chef d’Atelier Auguste Leroux, section des peintres et sculpteurs.

Puis Lasserre entre en apprentissage dans un cabinet d'architecte. Il « fait la place », vraisemblablement chez Gabriel Héraud, architecte diplômé de l'École des beaux-arts. Il travaille comme dessinateur apprenti et remplit cette tâche répétitive pendant un an sur les plans de reconstruction de Bar-le-Duc. Il quitte cette place en 1920 pour l’imprimerie de Vaugirard, impasse Ronsin, un atelier moderne, l’un des premiers au monde à pratiquer la photogravure. L'imprimerie côtoie les ateliers de nombreux artistes, dont celui de Constantin Brâncuși.

André Lasserre fréquente l'Académie de la Grande Chaumière (1921-1925) où il est l'élève d'Antoine Bourdelle. Dans les cours de dessin de l'Académie de la Grande Chaumière, il rencontre Suzanne Wahart, qu'il épouse le et dont il a un fils, Bernard.

Il se tourne vers la sculpture animalière. Le matin au Jardin des plantes, dessin d'après nature, l'après-midi exécution des sculptures dans une matière choisie : bois, pierre, parfois céramique ou bronze.

Dans le Montparnasse des années 1920

André Lasserre participe à des expositions collectives à Montparnasse. Intéressé par ces travaux, le marchand d'art Léopold Zborowski l'encourage et lui propose d'ouvrir sa nouvelle galerie avec une première exposition en 1926. Une deuxième exposition en 1928 : Huit sculptures et quarante dessins de André Lasserre au même endroit établissait sa renommée de sculpteur animalier. Louis Vauxcelles, critique d'art, rédige la préface du catalogue (voir ed. du Verseau).

thumb|Chat (1926)

André Lasserre est immergé dans le Montparnasse brillant des artistes qui s'entrecroisent, souvent exilés et qui oublient ce déracinement dans la fête. Il se lie avec les surréalistes. Il existe une célèbre photo de Lasserre prise par Man Ray en 1930, en compagnie de Georges et Yvette Malkine, André de La Rivière, qui entourent Robert DesnosVoir sur le site Birikforever, en ligne.. Il se lie d'amitié en particulier avec André Derain, Elie Faure et, selon sa correspondance et son journal, avec Georges Malkine, Moïse Kisling, Pablo Picasso et Henri Matisse.

Au début de l'hiver 1928-1929, il s'éprend de la danseuse et actrice Lena Amsel, alors maîtresse de Louis Aragon. Le dépit amoureux d'Aragon pousse ce dernier dans les bras d'Elsa TrioletAndré Thirion, Révolutionnaires sans révolution, 1972.. La relation passionnée avec Lena Amsel dure pendant un an, jusqu'au terme d'une course automobile improvisée entre la Bugatti de Lena Amsel et celle d'André Derain, qui conduit à l'accident sur le trajet d'Auvers-sur-Oise et à la mort tragique de l'actriceWalter Fähnders: Über zwei Romane, die 1933 nicht erscheinen durften. Mela Hartwigs „Bin ich ein überflüssiger Mensch?“ und Ruth Landshoff-Yorcks „Roman einer Tänzerin“. In: Axel E. Walter (Hrsg.): Regionaler Kulturraum und intellektuelle Kommunikation vom Humanismus bis ins Zeitalter des Internet. Verlag Rodopi, Amsterdam und New York 2004, , S. 161–190 (Digitalisat)..

L'ascension de l'artiste est ébranlée par la crise financière de 1929 et par la mort de Zborowski en 1932. Édité par Barbedienne, exposé en 1929 à la galerie Hébrard, située au 8 rue Royale, il est soutenu par ses amis, dont Philippe Van Tieghem (1871-1948), historien du théâtre, ancien ami de son épouse. Lasserre fait également la connaissance du couple belge Maurice et Lulu Magis, deux libraires passionnés, installés à Paris. Ils lui présentent Reynold Thiel (1905-1963), musicien et couturier, communiste suisse exilé Dans certains cantons, le Parti communiste suisse est interdit dès 1936 .

Depuis 1927, son atelier est situé 147 rue Broca, une longue impasse où se côtoyaient plusieurs studios d'artistes.

En 1931, André Lasserre divorce et se remarie le à Paris avec la photographe allemande Juliette Ziegert (qui acquiert la nationalité suisse par ce mariage), assistante de Germaine Krull et l'une des principales collaboratrices du studio Alliance-Photo de Maria Eisner. Après quelques années passées rue Broca, ils s'installent dans un studio de photographie, 18 rue de Seine et Lasserre conserve un studio loué au 11 impasse Ronsin.

« L'art est un acte politique » thumb|Marseillaise réalisée par Lasserre, déployée au stade Buffalo lors de la création du Front populaire (1935) alt=|vignette|upright|Lasserre travaille sur le monument dédié à Paul Lafargue (1936) Le couple Lasserre est alors animé de fortes convictions politiques. Lors d'un voyage à Brême, dans sa belle-famille, en , Lasserre découvre le nazisme dans ses aspects les plus quotidiens.

En 1935, il rejoint l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires, organisation regroupant des artistes proches du Parti communiste à l'initiative de Louis Aragon. Dans le cadre de ce collectif, on lui confie la réalisation de nombreux travaux réalisés pour les meetings et les manifestations du Parti communiste et plus généralement du Front populaire : « Assises de la Paix et de la liberté » au stade Buffalo à Montrouge le puis, sous l'égide de la Maison de la culture et dans le cadre de l'« Association des Artistes peintres et sculpteurs », il participe à la grande manifestation au Père Lachaise du .

Il dessine les portraits géants de la fête du Front populaire place de la Bastille le , décore la grande scène de la Fête de l'Humanité à Garches du . Ces œuvres sont souvent réalisées collectivement, parfois dans l'atelier de l'impasse Ronsin, notamment avec Boris Taslitzky et Francis Gruber. Fin 1936, Lasserre remporte le concours du comité pour la réalisation d'un monument à Paul Lafargue à Draveil, placé sous la responsabilité de Marcel Cachin. Une œuvre en pierre détruite en 1940. En 1939, il participe au concours pour un monument à Paul Vaillant-Couturier à Villejuif, ajourné pour cause de guerre.

Le couple est surveillé par le service de la Sûreté depuis leur séjour à Brème, notamment à cause des fréquentations du studio Alliance-photo. En dépit de l'interdiction du Parti communiste, en , ils poursuivent leurs activités politiques. Face aux menaces, André et Juliette demandent la nationalité française et l'obtiennent par un décret du .

Seconde Guerre mondiale

Après une perquisition effectuée à leur domicile où des documents ont été saisis, ils sont tous deux arrêtés le . L'arrestation semble reposer sur la découverte d'un plan jugé par l'autorité militaire comme relevant du secret Défense. Les Lasserre sont incarcérés à la prison maritime de Toulon sur un mandat de dépôt du . Ils sont également soupçonnés de trafic de passeports suisses. André Lasserre, dans le cadre de son engagement internationaliste, a en effet fourni de faux passeports à des communistes yougoslaves pourchassés par les Oustachis. Maurice Chervet, vice-consul de Suisse à Marseille, lui avait fourni trois passeports ; ainsi que dix autres, qui n'ont pas pu être remis en circulation. Cette nouvelle irrite vivement la Légation suisse, qui décidera de ne pas soutenir ses ressortissants. À l'issue de l'instruction, Maurice Chervet, ainsi que sa femme, Ena, sont arrêtés et conduits à la prison maritime de Toulon.

La « Résistance avant la lettre »

Le procès au Tribunal maritime de Toulon a lieu à huis clos pour raison de Défense nationale, du 3 au Jugement 40/80 /1, Archives du Dépôt central de la justice militaire.. Il est conduit par le juge Gaulène.

La tonalité du procès a pris une dimension qui lui donne une valeur d'exemplarité tandis que s'installe le régime de Vichy. Partant sur une accusation d'« espionnage, de trahison et d'atteinte à la sûreté extérieure de l'État », l'enquête s'appuie d'abord sur une idéologie faisant de l'Allemagne et de l'URSS un seul bloc depuis les Accords Molotov-Ribbentrop dits « Pacte germano-soviétique » du . C'est ce qui justifia en septembre l'interdiction du Parti communiste en France puis la répression contre la propagande communiste. Ainsi, cette affaire révèlerait, selon l'instruction, « aussi extraordinaire que cela puisse paraître », « une collusion entre les agents communistes à la solde de Moscou et les agents secrets allemands », « tous les inculpés, sauf [Charlotte] Courbi, appartenant aux milieux intellectuels de Paris groupés autour de la Maison de la culture »Rapport de Olivier, 14 mars 1941. Affaire Lasserre. Service Historique de la Défense. Ces agissements remonteraient à 1937.

Néanmoins, d'après le dossier d'instruction, les enquêteurs semblent ne pas parvenir pas à établir un lien entre ce réseau communiste informel et des agents allemands. Comme en 1914, la suspicion des services se porte facilement sur des ressortissants étrangers, suisses en particulier. En revanche, l'enquête met au jour un important réseau franquiste agissant à Marseille, une liste d'agents espagnols antirépublicains et de leur activité en lien avec l'espionne française Jeanne Georgel. Mais les enquêteurs ne sont guère nuancés : un agent du réseau franquiste est simplement qualifié d'« ardent partisan des régimes totalitaires »Pièce secrète sur Mas Juynet, novembre 1939. Affaire Lasserre. Service Historique de la Défense.

Compte tenu de ces éléments, les circonstances de l'affaire semblent reposer sur la mise à jour par Jeanne Georgel, à un moment où elle était particulièrement active sur Marseille, d'un réseau communiste opérant dans la clandestinité peut-être entre Alger, Marseille et la Suisse. Ce n'est pas au moment du procès, peu équitable, que se joue le sort d'André Lasserre, mais finalement dans les accusations de Jeanne Georgel, espionne de haut vol, incarcérée à la Prison maritime de Toulon en même temps que les accusés. Selon l'enquête, Georgel serait « violemment anti-marxiste »S.E.A., Alger, 23/10/1939. Affaire Lasserre. Service Historique de la Défense. Connue pour user de ses charmes, possédant plusieurs identités, elle a espionné pour le compte de l'Italie fasciste en 1935. Lors de la révolution espagnole, elle est envoyée à Barcelone par l'entremise du Parti populaire français (PPF), le seul parti français s'inspirant ouvertement du fascisme. Elle est arrêtée à Barcelone en sous le nom de « comtesse Vera Danichevski » et condamnée à la peine de mort pour espionnage au profit de Franco. Elle purge en réalité à peine deux années de prison : libérée en par l'entrée de Franco en Catalogne, elle regagne la France où elle est pressentie fin 1939 pour travailler au service du Renseignement français. C'est donc sur les bases des accusations d'une espionne fasciste que semble être articulé le procès contre André Lasserre et son épouse.