vignette|Une télévision datant de 1947. Musée de la civilisation, fonds Jourdain-Fiset - Gabriel Miller.La télévision québécoise est une partie essentielle de la culture québécoise. Elle se développe à partir des années 1950, lorsque le gouvernement fédéral du Canada se donne comme objectif d'offrir une alternative aux émissions de télévision américaines. Elle dispose d'un diffuseur public québécois relevant du gouvernement du Québec, Télé-Québec (anciennement Radio-Québec), depuis les années 1970.

Historique Développement de la télévision (1932-1960) John Baird, un physicien écossais, met au point l'un des premiers appareils et parvient à transmettre des images à partir de celui-ci dans les années 1920Sophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 18.. Au Québec, la première expérimentation avec la télévision date de 1931 avec VE9EC, basé à Montréal. Cette station est la copropriété de CKAC et de La PresseMusée canadien de l'histoire, « Historique du développement de la télévision », https://www.museedelhistoire.ca/cmc/exhibitions/hist/tv/tv02fra.html.. En 1932, Alphonse Ouimet développe un prototype d'appareil mais ne le commercialise pas. Avec la fermeture de VE9EC en 1935, mais également, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les expériences télévisuelles sont arrêtées. Les débuts à Radio-Canada vignette|Le radioroman Un homme et son péché est diffusé à Radio-Canada. Créée en 1936, Radio-Canada ne compte d'abord qu’un volet radiophonique. Pendant plus d'une décennie, la société développe entre autres de populaires radioromans tels qu'Un homme et son péché« À la découverte de l'époque des radioromans », Radio-Canada, 19 octobre 2011, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/535396/documentaire-belle-epoque-radioromans.. En 1949, le gouvernement fédéral, dirigé par Louis St-Laurent, lui permet d’emprunter de l'argent pour qu'elle puisse établir un service de télévision à Montréal et à Toronto. Le gouvernement souhaite par-là se démarquer des États-Unis, qui concurrence déjà la culture cinématographique et télévisuelle canadienne. À la fin des années 1940 et au début des années 1950, certains foyers canadiens captent en effet les signaux des stations de télévision provenant des États-UnisSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 21..

En 1950, le Comité spécial sur la radiodiffusion est mis sur pied afin d'organiser la télévision. La même année, Aurèle Séguin est nommé directeur de la télévision de Radio-Canada. La société est divisée en deux services : celui des programmes, dirigé par Florent Forget, et celui de la technique. Les premiers réalisateurs, Pierre Pétel, Jean-Paul Ladouceur, Georges Groulx, Andrée Audet (première femme) et Pierre Mercure sont embauchés à cette époque. Ils proviennent surtout de la radio, du cinéma et de l’Office national du film (ONF) et sont pour la plupart déjà à l’emploi de Radio-CanadaSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 25-27..

Ils ignorent alors totalement en quoi consiste une émission de télévision. Des spécialistes étrangers sont d’abord invités à Montréal et à Toronto pour les renseigner sur les techniques et les modes de production. Puis, les nouveaux directeurs radio-canadiens sont envoyés aux États-Unis, en Angleterre et en France pour visiter des centres de télévision. Ils sont particulièrement intéressés par ce qu’ils voient à la BBC, lancée en 1922, à Londres. Cela va les orienter sur « les principes sur lesquels doit se fonder une bonne télévision » et les influencer dans ce qu’ils choisiront d'implanter comme type d’émissions à MontréalSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 21; Florent Forget, « L'avènement de la télévision au Canada », Revue trimestrielle canadienne, printemps 1952, vol. 38, no 149, p. 56.. vignette|Le logo de Radio-Canada jusqu'en 1958.Les bureaux et les trois studios, aménagés pour la télévision, les ateliers de menuiserie, de peinture, de couture et la régie sont situés dans l’hôtel Ford qui se trouve sur la rue Dorchester à Montréal. Radio-Canada y demeure de 1951 à 1970. Toutefois, la télévision demande beaucoup d’espaces et les équipes se retrouvent rapidement dispersées à travers la ville. La station possède également un car de reportage comptant trois caméras pour couvrir les événements enregistrés à l’extérieur des studios, comme les matchs de hockey ou les défilésSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 41-42.. vignette|Le premier édifice de Radio-Canada est situé sur la rue Dorchester à Montréal. Il s’agit de l’ancien hôtel Ford.

En 1951, Radio-Canada présente le fruit de son travail aux parlementaires fédéraux. À cette occasion, la station fait appel à Jean Boisvert pour réaliser une émission. Quelques députés sont invités à Montréal le . M. Boisvert leur montre une émission de marionnettes, réalisées par Louise et Charles Daudelin, en français, puis une démonstration-causerie avec un peintre en anglais. Cet événement est historique puisqu’il s’agit de la première diffusion sur un écran de télévision au Canada en circuit ferméSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 20-21..

1952: une année de tests Les cinq premiers réalisateurs de Radio-Canada suivent une formation jusqu’en . La société engage ensuite des employés pour les décors, les costumes et le maquillage, les arts graphiques ainsi que des caméramans. Ces personnes proviennent essentiellement du milieu cinématographique et théâtralSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 27-31..

En , les réalisateurs radio-canadiens produisent des émissions de télévision expérimentales en circuit fermé à Montréal. Pendant 6 mois, ils travaillent sur pas moins de 75 essais d’émissionsSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 31..

Florent Forget est bien conscient de la portée du nouveau médium. Il écrit à l'été 1952 : « Depuis l’invention de l’imprimerie, nulle conquête n’a plus enthousiasmé l’être humain que celle de la télévision. L’univers entier, dans toutes ses manifestations, parvient maintenant jusqu’à lui dans l’intimité du foyer. Il ne peut demeurer indifférent aux drames qui se jouent sur le vaste théâtre du monde. L’écran domestique lui apporte chaque jour des milliers d’images qui peuvent le divertir, le renseigner ou l’instruireFlorent Forget, « L'avènement de la télévision au Canada », Revue trimestrielle canadienne, printemps 1952, vol. 38, no 149, p. 39.. » Le , le grand public montréalais, que ce soit sur leur téléviseur ou sur celui d’un magasin, voit enfin une première image diffusée. Il s’agit de la mire de réglage, communément appelée « l’Indien », qui indique que l’image était bien cadrée dans l’appareil de télévision. La mire montrant un chef autochtone de profil (« Indian Head test pattern ») a été créée par RCA corporation en 1939 aux États-Unis. En juin et , la mire apparaît par intermittence sur les écrans montréalaisSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 32..

Radio-Canada produit ensuite une première émission en direct. Le , un match de baseball opposant les Royaux de Montréal aux Cubs de Springfield au stade situé sur l’avenue De Lorimier est diffusé. La réalisation a été confiée à Gérald Renaud, pour qui c’est également une première. Il s’entoure de trois caméramans, de deux contrôleurs d’image, d’un preneur de son, d’une assistante et d’un directeur technique. Le match est filmé par trois caméras qui ont préalablement été placées sur le toit du stade et enregistré à partir du car de reportages. Cela devient un véritable événement. Dans les semaines qui précèdent le match, les journaux sont remplis de publicités annonçant des téléviseurs afin d’inciter les gens à se procurer un appareil pour l’occasion. Des émissions expérimentales sont ensuite diffusées du au . La station compte alors 135 employésSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 33..

L'inauguration officielle Le à 16 h, CBFT-TV (Radio-Canada) est officiellement inaugurée à Montréal. « La télévision apportera chaque jour de vives images dans tant de foyers. Elle deviendra une très grande force sociale », dira à ce moment le premier ministre canadien Louis St-LaurentSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 35.. Pour marquer l’événement, Henri Bergeron présente les coulisses de la nouvelle station de télévision. En soirée, le téléthéâtre Œdipe roi, spécialement monté pour l’occasion, est diffusé. Deux jours plus tard, le , CBLT-TV est inaugurée à TorontoSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 34.. vignette|Les téléviseurs sont présentés dans les vitrines des magasins ou lors d'expositions.

Les pionniers de la télévision doivent être inventifs sur plus d’un plan, notamment pour rendre la couleur à l’écran alors que la technologie permet seulement une diffusion en noir et blanc. Comme la diffusion se fait d’abord en direct, réalisateurs et assistants sont prisonniers des nombreux impondérables techniques qui peuvent survenir : une vitesse trop lente, une mauvaise qualité de l’image, l’absence de son. D’ailleurs, le soir du lancement de CBFT-TV, la caméra fait momentanément défautSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 38..

Un succès immédiat Dans les mois qui suivent l’inauguration, plusieurs personnes décident d’acheter ou de louer un téléviseur. Le prix de l’appareil se situe entre 300 et 500 $Gérard Laurence, « La télévision québécoise au temps de "l'Indien" », Cap-aux-Diamants : la revue d'histoire du Québec, 1990, .. Certaines attendent plutôt que les problèmes techniques soient moins fréquents avant de s’en procurer un. Il arrivait en effet que les lampes faiblissent, que l’image devienne moins nette, que le son soit intermittent ou que l’écran devienne entièrement noir. Il fallait alors apporter son lourd téléviseur, de marque RCA, Admiral ou autre, au réparateur.

En 1952, avant le lancement officiel de Radio-Canada, on compte environ 7000 appareils de télévision à Montréal. La plupart servent surtout à capter les ondes en provenance des États-Unis. Puis, entre le et 1957, près de 860 000 téléviseurs sont vendus à travers le Québec. Dès le début des années 1960, ce sont 91 % des ménages québécois qui possèdent un téléviseur à la maisonSophie Imbeault, Une histoire de la télévision au Québec, Montréal, Fides, 2020, p. 37.. L’appareil y trône le plus souvent au centre du salon et l’écoute des émissions a lieu en famille. vignette|La mire de réglage est la première image diffusée publiquement de l'histoire de la télévision québécoise, le 2 juin 1952. Elle indiquait que l’image était bien cadrée dans l’appareil de télévision.

Dès le lendemain de son inauguration, Radio-Canada (canal 2) offre une programmation régulière. Celle-ci est bilingue jusqu’en . Les téléspectateurs peuvent voir trois heures en moyenne de télévision quotidiennement. Les émissions pour enfants sont alors diffusées entre 17 et 18 h. La programmation est ensuite interrompue pendant deux heures et reprend vers 20 hGérard Laurence, « La télévision québécoise au temps de "l'Indien" », Cap-aux-Diamants : la revue d'histoire du Québec, 1990, .. En , elle s’étend sur près de 24 heures en moyenne par semaine. Dès la première année, les émissions d’après-midi sont créées, suivies en 1955-1956, par celles du matin. Lors de la saison 1955-1956, la diffusion est continue entre 17 et 23 h. En fin de soirée, les téléspectateurs peuvent enfin entendre l’hymne national et voir la mire de réglage avant d’apercevoir la « neige » sur leur écran (c'est-à-dire qu'il devient brouillé), et ce, jusqu’au lendemain.