Cet article traite du système des phonèmes et des phones du roumain standard du , ainsi que des modifications phonétiques importantes qui ont eu lieu dans l’évolution du latin au roumain.
Phonétique et phonologie du roumain du
Le système des phonèmes du roumain comprend sept voyelles, dont l’une, /ɨ/, ne se trouve pas dans les langues romanes occidentalesSection d’après Bărbuță 2000, . et Cojocaru 2003, , sauf les informations des sources indiquées à part..
Parmi les 20 phonèmes consonantiques du roumain, il y en a un absent des langues romanes occidentales, /h/, prononcé comme en anglais, par exemple.
Selon la conception la plus répandue, le roumain possède aussi quatre semi-voyelles ([e̯], [o̯] [j] et [w], qui forment de nombreuses diphtongues et triphtongues avec diverses voyelles. L’une des semi-voyelles, [j] a une variante en fin de mot, après une consonne, notée [ʲ] et appelée i à peine perceptible, chuchoté ou asyllabique.
Voyelles
Les points d’articulation des voyelles du roumain sont les suivants :
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En fait, le système vocalique du roumain se caractérise par les allophones , et des phonèmes /e/, /o/ et /a/, respectivement, mais, pour simplifier, nous utilisons seulement les transcriptions de ces derniers.
La graphie des voyelles est représentée dans le tableau ci-dessous :
+ Voyelle Graphie Exemple /a/ a ac [ak] « aiguille » /e/ e elev [eˈlev] « élève » /i/ i inimă [ˈi.ni.mə] « cœur » /o/ o om [om] « homme, être humain » /u/ u urs [urs] « ours » /ə/ ă ăsta [ˈəs.ta] « celui-ci »/ɨ/ â câmp [kɨmp] « champ » î înger [ˈɨnd͡ʒer] « ange »
Par rapport au latin, le roumain possède deux voyelles de plus, présentes dans des mots d’origine latine mais aussi dans des emprunts.
La voyelle /ə/ (transcrite ă) provient le plus souvent d’un /a/ latin atone : latin casa > roumain casă [ˈkasə] « maison ». La même évolution a eu lieu dans les mots non latins terminés en /a/ : italien barca > barcă [ˈbarkə] « barque », slave škola > școală [ˈʃko̯alə] « école »Dexonline, articles casă, barcă, școală.. La transcription API de cette voyelle peut être déroutante, étant donné qu’en roumain ce n’est pas une voyelle réduite, pouvant être non seulement atone, comme dans d’autres langues, mais aussi toniqueChițoran 2002, ., dans des mots monosyllabiques (păr [pər] « cheveux ») aussi bien que polysyllabiques : mătură [ˈməturə] « balai »Dexonline, articles păr, mătură..
La voyelle /ɨ/ (transcrite â et î)Pour les deux lettres transcrivant cette voyelle, voir l’article Écriture du roumain., qui se trouve aussi dans des langues slaves telles que le russe et le polonais, provient en fait d’une voyelle latine tonique : canto > cânt [kɨnt] « je chante », ventus > vânt [vɨnt] « vent », rivus > râu [rɨw] « rivière ». Dans les emprunts, cette voyelle se trouve notamment dans des mots d’origine slave : sventŭ > sfânt [sfɨnt] « saint »Dexonline, articles cânta, vânt, râu, în, sfânt..
Il y a quelques mots étrangers utilisés en roumain sans être assimilés phonétiquement (par exemple bleu, führer), dans lesquels on trouve deux voyelles étrangères au système vocalique roumain : et . Les normes orthoépiques prescrivent la prononciation de ces mots, ainsi que celle des noms propres étrangers, le plus près possible de leur prononciation originelleDexonline, articles loess, führer..
Semi-voyelles
La question des semi-voyelles est controversée. Traditionnellement, on en compte quatre :
+ Semi-voyelle Graphie Exemples [e̯] e stea [ste̯a] « étoile », seară [ˈse̯arə] « soir » [j] i iepure [ˈje.pu.re] « lièvre », polei [poˈlej] « verglas » [o̯] o moară [ˈmo̯a.rə] « moulin », floare [ˈflo̯are] « fleur » [w] u plouă [ˈplo.wə] « il pleut », cadou [kaˈdow] « cadeau »
Certains auteurs ne prennent pas en compte [o̯] mais la considèrent pareille à [w] et utilisent cette seule transcription, prenant donc en compte trois semi-voyellesAgard 1987, cité par Chițoran 2002, .. Chițoran 2002 ne considère comme semi-voyelles que [j] et [w]. Les deux autres, [e̯] et [o̯] ne sont jamais des phonèmes selon elle, mais seulement des éléments asyllabiques des diphtongues [e̯a] et [o̯a], respectivementChițoran 2002, .. À noter que, selon certains linguistes, [j] et [w] sont des consonnes du point de vue phonologique et ne sont des semi-voyelles ou des semi-consonnes que du point de vue de la phonétique articulatoire, les classant parmi les consonnes spirantesCf. Crystal 2008, .. D’après d’autres linguistes, ce ne sont ni des consonnes ni des voyelles, mais une catégorie de phones à part, dénommés par le terme anglais glidesCf. Dubois 2002, ..
Après une consonne, en fin de mot ou à la fin du premier élément d’un mot composé, on peut entendre un son controversé, transcrit phonétiquement [ʲ] et ayant la graphie i. Pour certains linguistes (par exemple ), ce n’est pas un phone à part, mais ils considèrent la consonne affectée par ce son comme une consonne palatalisée qui serait un phonème à part. D’autres linguistes voient dans [ʲ] une variante de [j] qui palatalise la consonne qui la précède sans en faire un phonème à part. Le plus souvent, c’est l’un des morphèmes du pluriel des noms et des adjectifs (ex. viespe [vjespe] « guêpe » – viespi [vjespʲ] « guêpes »), ainsi que de la personne du singulier des verbes aux modes indicatif et subjonctif : văd [vəd] « je vois » – vezi [vezʲ] « tu vois »Chițoran 2002, .. Le son [ʲ] est appelé « i chuchoté ou asyllabique »Cf. par exemple DOOM2, chapitre Literele (Les lettres)., ou bien « semi-voyelle brève ».
À noter que ces morphèmes ne sont pas toujours prononcés [ʲ]. Lorsqu’ils sont précédés d’une voyelle, ils se prononcent [j] (boi [boj] « bœufs », tu continui [konˈti.nuj] « tu continues »), et après un groupe de trois consonnes – [i] : albaștri [alˈbaʃ.tri] « bleus »Chițoran 2002, ..
Diphtongues
Si l’on accepte l’idée que le roumain possède quatre semi-voyelles, le roumain est très riche en diphtongues.
Diphtongues descendantes (dont la semi-voyelle est le second élément) :
Voyelle + [j] :
+ Diphtongue Graphie Exemple ai tai [taj] « je coupe » ăi răi [rəj] « mauvais, méchants » âi mâine [ˈmɨj.ne] « demain » ei ulei [uˈlej] « huile » ii copii [koˈpij] « enfants » oi oi [oj] « moutons » ui pui [puj] « petit(s) d’un animal »
Voyelle + [w] :
+ Diphtongue Graphie Exemple au dau [daw] « je donne » ău rău [rəw] « mauvais, méchant » âu râu [rɨw] « rivière » eu leu [lew] « lion » iu scriu [skriw] « j’écris » ou ou [ow] « œuf » uu eu continuu [jew konˈti.nuw] « je continue »
Diphtongues ascendantes (dont la semi-voyelle est le premier élément) :
[j] + voyelle :
+ Diphtongue Graphie Exemple ia iarnă [ˈjar.nə] « hiver » ie iepure [ˈje.pu.re] « lièvre » io iobag [joˈbag] « serf » iu iubire [juˈbi.re] « amour »
[w] + voyelle :
+ Diphtongue Graphie Exemple ua steaua [ˈste̯a.wa] « l’étoile » uă plouă [ˈplo.wə] « il pleut » ue înșeuez [ɨn.ʃeˈwez] « je selle » uâ plouând [ploˈwɨnd] « pleuvant »
Autres diphtongues ascendantes :
+ Diphtongue Graphie Exemple ea stea [ste̯a] « étoile » eo vreodată [vre̯oˈda.tə] « jamais » (en construction positive) eu pe-un [pe̯un] « sur un »Prononcée en une syllabe dans la parole rapide, mais en deux syllabes dans la parole lente, rendues à l’écrit pe un. oa floare [ˈflo̯a.re] « fleur »
Triphtongues
Les triphtongues se composent de deux semi-voyelles et d’une voyelle dans la même syllabe. Il y en a relativement beaucoup.
On peut avoir les combinaisons suivantes :
Semi-voyelle + voyelle + semi-voyelle :
+ Triphtongue Graphie Exemple eai spuneai [spuˈne̯aj] « tu disais » eau beau [be̯aw] « je bois » iai tăiai [təˈjaj] « tu coupais » iau iau [jaw] « je prends » iei miei [mjej] « agneaux » eu eu [jew] « je, moi » i-oi i-oi spune [joj ˈspune] « je lui dirai » iou maiou [ma'jow] « maillot » uai înșeuai [ɨn.ʃeˈwaj] « tu sellais » uau înșeuau [ɨn.ʃeˈwaw] « ils/elles sellaient » uăi rouăi [ˈro.wəj] « de/à la rosée » (génitif/datif) oai leoaică [leˈo̯aj.kə] « lionne »
Semi-voyelle + semi-voyelle + voyelle :
+ Triphtongue Graphie Exemple eoa pleoapă [ˈple̯o̯a.pə] « paupière » ioa creioane [kreˈjo̯a.ne] « crayons »
Traitement de l'hiatus
L'hiatus entre deux voyelles est d’ordinaire évité par l’introduction de l’une des semi-voyelles [j] et [w], non marquées dans la graphie, devant la deuxième voyelle : vie ['vi.je] « vignoble », laudă ['la.wu.də] « louange »Chițoran 2002, .. Dans certains mots, surtout empruntés, l'hiatus n’est pas évité : maestru [ma'es.tru] « maître, maestro », haos ['ha.os] « chaos », boa ['bo.a] « boa »Chițoran 2002, .. L'hiatus étant évité ou non, dans l’écriture, la seconde voyelle passe dans la syllabe suivante.
Consonnes
Les vingt consonnes du roumain sont les suivantes :
+ Bilabiales Labio-dentales Alvéolaires Post-alvéolaires Vélaires Glottale Nasales m n Occlusives p bDans les cellules où il y a deux consonnes, celle de gauche est sourde et celle de droite – voisée. t d k ɡ Affriquées t͡s t͡ʃ d͡ʒ Fricatives f v s z ʃ ʒ h Roulée r Spirante latérale l
Certains linguistes ajoutent deux autres consonnes à cet inventaire, la [k̟j] et la [ɡ̟j] palataliséesPar exemple Bărbuță 2000, ..
La graphie des consonnes est représentée dans le tableau ci-dessous :
+ Consonne Graphie Exemple /p/ p piele [ˈpje.le] « peau » /b/ b bine [ˈbi.ne] « bien » /t/ t teren [teˈren] « terrain » /d/ d deget [ˈded͡ʒet] « doigt » /k/ c cal [kal] « cheval » ch devant e chel [kel] « chauve » ch devant i chibrit [kiˈbrit] « allumette » k (dans des mots étrangers) kilogram [ki.loˈɡram] « kilogramme » /g/ g gară [ˈɡa.rə] « gare » gh devant e ghem [ɡem] « peloton (de laine) » gh devant i a ghici [a ɡiˈt͡ʃi] « deviner » /t͡s/ ț țel [t͡sel] « but » /t͡ʃ/ c devant e cer [t͡ʃer] « ciel » c devant i cine [ˈt͡ʃi.ne] « qui » /d͡ʒ/ g devant e ger [d͡ʒer] « gel » g devant i ginere [ˈd͡ʒi.ne.re] « gendre » /m/ m mare [ˈma.re] « mer » /n/ n nor [nor] « nuage » /r/ r rar [rar] « rare » /f/ f film [film] « film » /v/ v vin [vin] « vin » /s/ s sac [sak] « sac » /z/ z zonă [ˈzo.nə] « zone » /ʃ/ ș șină [ˈʃi.nə] « rail » /ʒ/ j jurnal [ʒurˈnal] « journal » /h/ h hotel [hoˈtel] « hôtel » /l/ l larg [larɡ] « large »
À la différence des langues romanes occidentales, le roumain possède la consonne /h/, mais non pas dans des mots hérités du latin, où il s’est perdu comme dans les autres langues romanes, sauf parfois dans la graphie : lat. habere > roumain a avea, français avoir, italien avere, espagnol haber, portugais haver. En roumain, /h/ existe dans des emprunts, par exemple à l’ukrainien (horn « cheminée ») ou au hongrois : heleșteu « étang ».
Les consonnes géminées ne sont pas caractéristiques du roumain, à l’exception de nn, qui se forme au contact du préfixe în- avec les mots commençant par n : în + nod « nœud » > a înnoda « nouer ».
Accentuation
En roumain, l’accent est tonique. Il peut frapper n’importe laquelle des cinq dernières syllabes d’un mot. Les mots terminés en consonne sont en général accentués sur la dernière syllabe et ceux en voyelle sur l’avant-dernière.
Tous les mots ne sont pas accentués, tels les articles, les prépositions, les conjonctions et les verbes auxiliaires, qui forment du point de vue phonétique un seul mot avec le mot à sens lexical qui les suit ou les précède. Dans certains cas, le mot phonétique ne se caractérise que par son accent unique, mais au contact de deux voyelles, une finale de mot et l’autre initiale de mot, ils peuvent se souder plus étroitement aussi.