L'Armée des ombres est un film franco-italien réalisé par Jean-Pierre Melville et sorti en 1969. Il s'agit d'une adaptation du roman du même nom de Joseph Kessel, publié en 1943.
Lino Ventura y incarne Philippe Gerbier, arrêté pour « pensées gaullistes » et dirigeant un réseau de résistants. Il s'échappe lors de son transfert vers la Gestapo parisienne. Mais les arrestations des membres de son réseau se suivent et les tentatives de libération ne sont pas toutes fructueuses.
Synopsis vignette|gauche|La séquence d'ouverture du film représente un défilé de la Wehrmacht devant l'Arc de triomphe à Paris..
En , en France occupée. Philippe Gerbier est un ingénieur distingué des Ponts et Chaussées. Soupçonné de « pensées gaullistes » d'après une lettre anonyme, il est arrêté par la police de Vichy. Il est conduit en camion dans un camp de prisonniers reconverti en camp de concentration.
Plusieurs hommes se trouvent dans son baraquement. Trois d'entre eux, les plus âgés, sont spontanément perçus comme des par l'ingénieur. Deux autres personnes se trouvent décalés des anciens. Il y a un quadragénaire affaibli et silencieux sur un lit de camp. Près de lui se trouve un tout jeune adulte communiste, Legrain, qui est en bonne santé et qui veille l'homme fragile. Puisqu'il est empathique, direct et droit, ce jeune homme apparaît particulièrement intéressant aux yeux de Gerbier.
Celui-ci tranche avec les autres prisonniers par une force de caractère peu commune, une masse musculaire qu'il entretient par de nombreux exercices physiques et par les appuis qui l'ont placé dans ce camp. Il a aussi une certaine aptitude au commandement. Il prend soin de se présenter au jeune communiste avec divers rapprochements subtils, le laissant faire ses propres conclusions (il l'appelle , lui montre qu'il fait le même métier que lui).
Philippe Gerbier agit ainsi pour un but bien précis : mettre au point une possibilité d'évasion. Pour cela, l'aide de quelqu'un autre lui est nécessaire, c'est ce qui explique son rapprochement initial avec Legrain. Diverses possibilités sont planifiées mais la fuite ne se concrétise pas : quelques jours plus tard, les autorités françaises remettent l'ingénieur à la Gestapo, la police secrète nazie. Le transfert en voiture l'emmène directement à Paris pour un interrogatoire à l'hôtel Majestic (qui est dans la capitale le haut-lieu de la police secrète).
Là-bas, dès son arrivée, Philippe Gerbier patiente avant son interrogatoire à venir. Il n'a pas d'entraves et il est toujours en vêtement civil. Il est avec un résistant anonyme, lui aussi sans entraves, qui attend assis sur un banc. Leur lieu d'attente est une sorte de corridor de petite taille. Une sentinelle allemande, debout, reste à l'entrée de la porte. Ce soldat est armé d'une arme à feu et d'un couteau et reste silencieux. L'ingénieur et l'anonyme parviennent à dialoguer très discrètement lorsque la sentinelle s'éloigne un peu. Gerbier propose à son co-détenu tout à la fois de s'approcher lui-même du soldat, de lui voler son couteau qui est présent sur sa jambe, de l'attaquer avec et de s'enfuir. Il est entendu si tout va bien que l'anonyme sera le premier à sortir de la pièce et du bâtiment.
Se redressant, l'ingénieur entame la conversation avec le soldat, lui prend son couteau d'un geste vif et l'attaque avec en lui enfonçant la lame dans le cou jusqu'à la garde. Cela se produit sans un bruit : le soldat agonisant qui ne peut ni parler ni bouger est retenu avec aisance par son assaillant pour que sa chute reste discrète. Le résistant anonyme s'enfuit le premier. Laissant passer quelques secondes, Gerbier part à son tour.
Le résistant anonyme est parvenu à s'enfuir du bâtiment en passant par la grande porte. Les gardes à l'extérieur qui faisaient le planton sur le trottoir poursuivent évidemment le premier évadé, lui tirent dessus et le pourchassent dans une autre rue. Les détonations se font entendre au loin. Tout un pan de trottoir longeant le Majestic est donc maintenant vide de sentinelles. Philippe Gerbier en profite pour s'enfuir par là, loin des tirs et des soldats. Comme personne d’hostile ne l'a encore remarqué dans sa fuite, il n'est pas encore poursuivi lui-même.
Philippe ne perd pas de temps et cavale à toute jambe sur une longue distance le long d'un trottoir sans aucune lumière, dans la nuit noire. Il s'engouffre, le souffle court, dans un local d'un artisan encore allumé. Il se rend compte avec une surprise manifeste qu'il s'agit d'un barbier. Le boutiquier, apparemment pétainiste (à en croire les affiches punaisées sur le mur) accepte de lui faire la barbe. Le coiffeur lui offre ensuite un long pardessus gris clair à la place de son manteau sombre pour lui permettre de se faire plus discret.
Philippe Gerbier retourne par la suite à Marseille où est basé le réseau qu'il dirige. Le bras droit de Philippe Gerbier, Félix Lepercq, a identifié l'un de leurs membres, un certain Paul, comme le traître qui a dénoncé son chef. Félix et Gerbier conduisent Paul dans une maison inhabitée de Marseille pour l'y exécuter pour trahison. Avec eux se trouve Guillaume Vermersch, dit , un colosse d'une loyauté absolue et ancien de la Légion, lui aussi membre du réseau. Ils y retrouvent Claude Ullmann, dit , un jeune résistant désireux de faire ses preuves dans une mission difficile. Cependant, l'exécution de Paul, prévue au pistolet, s'avère impossible en l'état : une famille a emménagé la veille dans la maison voisine et ne manquerait pas d'entendre les coups de feu, ce qui mettrait en péril la sécurité des Résistants s'ils se feraient attraper par la Milice ou la police ou la Gestapo.
Gerbier ordonne à ses hommes de l'aider à étrangler leur captif. Le Masque recule devant la manière et la méthode de l'exécution, ne supportant pas l'intensité émotionnelle que cette technique macabre fait ressentir, à l'opposée d'une mort instantanée et lointaine par arme à feu qui est nettement moins impactante. Son supérieur le rabroue durement, et lui confie avec une pointe d'émotion que c'est la première fois pour lui aussi d'avoir à assassiner de cette façon. Le Masque se reprend et les hommes mènent à bien leur sinistre besogne en étant profondément marqués par le dureté de la mise à mort.
Le même soir, Félix arrive dans un bar pour noyer ses souvenirs et tombe sur un ancien camarade d'escadrille. Il s'agit de Jean-François Jardie, homme séduisant et athlétique, amoureux du risque. Ses qualités sont d'être discret et fiable. Jean-François accepte l'offre de Félix de s'engager dans la Résistance, à la fois par ennui et par goût de l'aventure. Il mène ensuite avec succès plusieurs opérations d'importance croissante. Lors de sa première mission à Paris, le jeune homme fait la connaissance de Mathilde, une femme admirable qui est une pièce maîtresse du réseau de Philippe. Cette femme agit à l'insu de sa propre cellule familiale (elle a un mari et une fille adolescente). Elle a l'apparence d'une ménagère anonyme.
Sa mission accomplie dans la capitale, Jean-François rend une visite-surprise à son grand frère Luc, qu'il surnomme avec une affection enfantine manifeste qui fait rire son aîné. Luc mène une vie érudite et contemplative dans son hôtel particulier du arrondissement. Les deux hommes ne se sont pas croisés depuis longtemps. Ils partagent un repas frugal dans un local crée dans la pièce de musique, chacun est très heureux de ce repas et de leur proximité. Jean-François résiste à la tentation de faire connaître son engagement dans la Résistance, ne sachant comment le faire comprendre à son frère, estimant que ce choix l'éloigne irrémédiablement de lui.
Après son évasion, Gerbier s'installe à Lyon. Il prépare avec Félix son voyage au quartier général de la France libre à Londres. L'ingénieur doit embarquer de nuit dans un sous-marin britannique dans la calanque marseillaise d'En-Vau avec un groupe d'aviateurs britanniques qui retourneront au pays. Jean-François et Le Bison assureront la sécurité de l'opération. Au dernier moment, Philippe informe Félix que le sera lui aussi du voyage. Il s'agit du chef (véritable) de leur groupe, dont l'identité est un secret jalousement gardé et connu seulement de Philippe lui-même. Lorsque tous les autres ont embarqué, Jean-François conduit le Grand Patron jusqu'au sous-marin dans l'obscurité totale, puis retourne à terre sans jamais avoir vu son passager. Ce n'est que lorsque celui-ci est à bord que la lumière se fait sur le Grand Patron, qui n'est autre que son propre frère, Luc Jardie.
À Londres, Philippe Gerbier reçoit un appui logistique renforcé pour son réseau qui est considéré d'importance. Luc Jardie est fait Compagnon de la Libération en privé par Charles de Gaulle lui-même. La capitale britannique est une étrangeté aux yeux de l'ingénieur, dont les préoccupations semblent décalées avec celle de la pléthore de jeunes soldats qu'il croise. Oublieux du danger même de la guerre, ces derniers vadrouillent sur place, dansent, boivent et flirtent sous les yeux du résistant.
Gerbier écourte son séjour lorsqu'il apprend, quelques temps plus tard, l'arrestation de Félix par la Gestapo. Parachuté en France dans les Alpes, il est abrité près d'Annecy. Son protecteur est le baron de Ferté-Talloire, un aristocrate et royaliste convaincu ; ce noble déteste néanmoins l'occupant encore bien davantage qu'il peut haïr la République.
En l'absence de son supérieur, Mathilde a pris le commandement du réseau et se révèle une cheffe exceptionnelle. Elle a appris que Félix est détenu sous garde renforcée par la Gestapo à Lyon et met au point un audacieux plan d'évasion : elle qui parle Allemand, elle affirmera avoir été envoyée par le haut commandement à bord d'une ambulance allemande pour que Félix soit ramené à Paris pour interrogatoire. Idéalement, il faudrait auparavant prévenir le captif pour garantir le succès du plan afin qu'il ne puisse pas compromettre, par inadvertance, ses camarades de réseau s'il les reconnaît sous déguisements. Malgré toute son ingéniosité, Mathilde ne trouve pas le moyen de s'en assurer.
Jean-François a assisté en silence à toutes les discussions. Il rédige une lettre de démission à Gerbier pour camoufler son action à venir : de lui-même, il se dénonce à la Gestapo par une lettre anonyme qu'il leur envoie ; après interrogatoire, il est ensuite mis dans la même cellule que Félix. Jean-François, mal en point après la séance de torture, reste tout de même en meilleur état que son camarade d'infortune, qui est dans un état critique à la suite des tortures répétées.
Mathilde, ignorant tout du geste final de Jean-François (qui a agi à l'insu de tous les membres du réseau), convainc tout de même Gerbier que le plan soit mis à exécution à condition que celui-ci ne participe pas à l'opération. Déguisée en infirmière militaire allemande et accompagnée du Bison et du Masque eux aussi en uniforme allemand, Mathilde se présente en ambulance à la prison lyonnaise de Félix. Elle est porteuse d'un ordre contrefait pour le transfert de Félix à Paris. Déjouant le contrôle d'entrée du camp, Mathilde pénètre dans la cour centrale de la prison avec l'ambulance au vu de Jean-François qui la reconnaît depuis le soupirail de sa cellule. Le médecin militaire de la prison examine Félix et le déclare intransportable, confiant à Jean-François puis à Mathilde qu'il ne survivra pas à ses blessures. Mathilde n'a alors d'autre choix que de prendre la nouvelle avec flegme et de repartir bredouille. Voyant que l'opération échoue, Jean-François propose à Félix son unique pilule de cyanure pour lui donner la possibilité d'abréger ses souffrances en se suicidant ; il lui ment en lui faisant croire qu'il en a plusieurs.