Jean de La Fontaine, baptisé le en l'église Saint-Crépin-hors-les-murs à Château-Thierry et mort le à Paris, est un homme de lettres du Grand siècle et l'un des principaux représentants du classicisme français. Outre ses Fables et ses Contes libertins, qui ont établi sa célébrité dès les années 1660, on lui doit divers poèmes, pièces de théâtre et livrets d'opéra qui confirment son ambition de moraliste.

Proche de Nicolas Fouquet, Jean de La Fontaine reste à l'écart de la cour royale, mais fréquente les salons parisiens, notamment celui de Madame de La Sablière. Malgré des oppositions, il est reçu à l'Académie française en 1684. Dans la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes, il se range avec ses collègues Racine et Boileau dans le parti des Anciens.

C'est en effet en s'inspirant des fabulistes de l'Antiquité gréco-latine, et en particulier d'Ésope, qu'il écrit les Fables qui font sa renommée.

Biographie Jean de La Fontaine est le fils de Charles de La Fontaine (1594-1658), maître des Eaux et Forêts et capitaine des chasses du duché de Château-Thierry, et de Françoise Pidoux (1582-1644), fille de Jean Pidoux, seigneur de la Maduère (1550-1610). Il a un frère cadet, Claude, né en 1623, et une demi-sœur, Anne de Jouy, née en 1611 d'une première union de leur mère avec Louis de Jouy, un riche marchand de Coulommiers..

Issu d'une famille de marchands-drapiers en voie d'anoblissement., il passe ses premières années à Château-Thierry, dans l'hôtel particulier que ses parents ont acheté en 1617 au moment de leur mariage. Jean de La Fontaine exercera d'ailleurs la charge de maître particulier jusqu'en 1671.. Le poète gardera cette maison jusqu'en 1676, époque où il connaît des embarras pécuniaires après avoir dilapidé la fortune paternelle.. Classée monument historique en 1887, la demeure du fabuliste abrite aujourd’hui le musée Jean-de-La-Fontaine..

Années de formation (1641-1658) vignette|Sa maison à Château-Thierry. On sait peu de choses sur les études de La Fontaine. On sait qu’il a fréquenté jusqu'en troisième le collège de sa ville natale, qu'il s'y est lié d'amitié avec François de Maucroix et qu'il a appris le latin, mais pas le grec. Un mouvement de ferveur lui inspire d’être ecclésiastique, et il entre le au couvent de l’Oratoire. Comme il est le fils aîné, il est très douteux qu’il ait été encouragé par sa famille dans cette vocation (d’autant plus que son frère cadet le rejoint bientôt dans cette institution) ; cependant son père ne s’y oppose pas. Mais dès 1642 il renonce à l'état clérical, préférant lire L'Astrée, d’Honoré d'Urfé, et Rabelais, plutôt que saint Augustin..

Il reprend des études de droit à Paris et fréquente un cercle de jeunes poètes : les Chevaliers de la table ronde, où il rencontre Paul Pellisson, François Charpentier, Gédéon Tallemant des Réaux, et Antoine de Rambouillet de La Sablière, qui épousera la future protectrice du poète, Marguerite de La Sablière. Il obtient en 1649 un diplôme d’avocat au parlement de Paris.

Entretemps, en 1647, son père a organisé pour lui un mariage de complaisance avec la très jeune Marie Héricart (1633-1709), fille de Louis Héricart (1605-1641), lieutenant civil et criminel du bailliage de La Ferté-Milon, d’Agnès Petit de Heurtebise (1606-1670). Le contrat de mariage est signé chez le notaire Thierry François, le . Le marié a , la mariée 14 et demi.

S'il faut en croire ce que Tallemant des Réaux écrira dix ans plus tard dans l'historiette qu'il consacre à quelques « rêveurs » notoires du temps, La Fontaine ne tarde pas à se lasser de son épouse et à la délaisser pour des amours éphémères : .

Ses fréquentations parisiennes, pour ce que l’on en sait, sont celles des sociétés précieuses et libertines de l’époque.

Son attitude pendant les troubles de la Fronde, de 1648 à 1653, est inconnue. L'instabilité politique et les revirements continuels de cette période ont pu lui inspirer la morale désabusée de certaines fables comme Conseil tenu par les rats ou La Chauve-souris et les Deux Belettes : Hubert Carrier, Les muses guerrières, Klincksieck, 1996, p.308..

En 1652, La Fontaine acquiert la charge de maître particulier triennal des eaux et des forêts du duché de Château-Thierry, à laquelle se cumule celle de son père à la mort de celui-ci. Tâche dont on soupçonne La Fontaine de ne guère s’occuper avec passion ni assiduité et qu’il revend intégralement en 1672. En 1652, sa femme lui donne un fils, Charles (1652-1722), dont l'éducation est confiée à son parrain, le chanoine François Maucroix, le plus grand ami du poète tout au long de sa vie.

À cette époque, La Fontaine se consacre entièrement à la littérature. Sa première œuvre imprimée, l'adaptation en vers de L’Eunuque de Térence, paraît en 1654 chez le célèbre libraire Augustin Courbé, sans susciter d'intérêt dans les milieux littéraires de la capitale..

Depuis son séjour de Château-Thierry, il écrit des vers de circonstance pour des dames qui pourront appuyer sa renommée. À l'automne 1657, il s'excuse plaisamment à de Coucy, abbesse de Mouzon à la frontière des Pays-Bas espagnols, de ne pas lui rendre visite, car il redoute les incursions de la garnison de Rocroi, composée d'Espagnols et de partisans du Grand Condé : . En 1662, il dédie une épître flatteuse à la jeune Marie-Anne Mancini, devenue par mariage duchesse de Bouillon et dame de Château-Thierry : c'est qu'il a besoin du soutien de son époux, le duc de Bouillon, dans un procès où il risque une lourde amende pour usurpation de noblesse. Les Bouillon resteront ses protecteurs.

Au service de Nicolas Fouquet (1658-1663) gauche|vignette|234x234px|Nicolas Fouquet, par Charles Le Brun. En 1658, après que La Fontaine et sa femme ont demandé la séparation de biens par mesure de prudence, il entre au service de Nicolas Fouquet, procureur général au Parlement de Paris et surintendant des Finances, auquel, outre une série de poèmes de circonstances prévus par contrat , il dédie le poème épique Adonis, tiré d’Ovide, et élabore un texte composite à la gloire du domaine de son patron, Le Songe de Vaux, qui restera inachevé, car Fouquet est arrêté sur ordre de . Cette arrestation survient au lendemain des fêtes fastueuses que Fouquet avait organisées, au cours de l'été 1661, en son château de Vaux-le-Vicomte et dont La Fontaine donne un compte rendu détaillé à son ami Maucroix« Lettre à M. De Maucroix. Relation d'une fête donnée à Vaux. 22 août 1661 »..

Fidèle en amitié, La Fontaine écrit en faveur de son protecteur en 1662, l’Ode au Roi puis l’Élégie aux nymphes de Vaux. Certains biographes ont soutenu que cette défense de Fouquet, alors arrêté, avait valu à La Fontaine la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV lui-même, sans que l’on dispose de témoignages clairs à ce sujet.

On ne sait pas exactement si son voyage en Limousin en 1663 résulte d'un exil ordonné par l’administration de Louis XIV ou de la décision librement consentie de faire accompagner l'oncle de sa femme Jannart, exilé, qui l'avait présenté à Fouquet en 1658. Il tire de ce déplacement une Relation d’un voyage de Paris en Limousin : il s’agit d’un récit de voyage sous forme de lettres en vers et en prose adressées à son épouse, publié de façon posthume. Dans ce récit, il mentionne sa rencontre avec une servante d'auberge à Bellac, ce qui permettra à Jean Giraudoux, originaire de ce lieu, de s'imaginer une affiliation avec ce poète, pour qui l'écrivain noue une grande passion.

L’apogée de l’activité littéraire (1664-1679) Le 8 juillet 1664, La Fontaine reçoit son brevet de gentilhomme au service de la duchesse douairière d’Orléans . Il partage alors son temps entre Paris et Château-Thierry.

Les Contes et nouvelles En décembre de la même année, dix ans après la publication de sa traduction de l'Eunuque, il fait son retour sur la scène éditoriale, avec la mise en vente par le libraire Claude Barbin de deux Nouvelles en vers tirées de Boccace et de l'Arioste, dont la plus longue, intitulée « Joconde ou l'infidélité des femmes » et tirée du chant XXVIII du Roland furieux, raconte les plaisantes aventures du roi Astolphe et de son ami Joconde (Giocondo en italien), tous deux trompés par leurs épouses et partis courir le monde pour vérifier s'il existe des femmes fidèles.

L'histoire avait déjà fait l'objet de deux adaptations en françaisL'une par Nicolas Rapin, en 1572, l'autre par Estienne Durand, en 1611., quand La Fontaine a composé la sienne en vers irréguliers et en prenant de grandes libertés avec le récit de l'Arioste. Dans le même temps, un certain Jean de Bouillon, secrétaire de Gaston d'Orléans, en donnait, en octosyllabes, une version plus proche, dans la narration, de l'original italien, mais moins licencieuse que celle de La Fontaine"Histoire de Joconde, traduite et imitée de l'Arioste", dans Œuvres de feu Monsieur de Bouillon, Paris, 1663, p. 1-29.. La comparaison des deux versions et de leurs manières différentes d'« imiter » une même source suscite à Paris une querelle littéraire opposant les représentants de chacune des nouvelles et qui connaît son point d'orgue dans une étonnante gageure (un pari de cent pistoles). Sollicitée par l'un des parieurs de lui fournir des arguments en faveur de la nouvelle de La Fontaine, une plume experte, et anonyme, s'en acquitte dans un brillant essai de critique comparative, qui sera publié en 1668 sous le titre de Dissertation sur la Joconde. À l'aube du , Nicolas Boileau s'en attribuera la paternitéCette attribution est reprise par toutes les éditions des œuvres de Boileau depuis 1716 jusqu'à aujourd'hui. Voir, par exemple, les Œuvres complètes de Boileau accompagnées de notes historiques et littéraires, procurées par A. Ch. Gidel en 1873, tome III, p. 141 et suivantes., au préjudice peut-être de son frère Gilles, sans jamais la faire paraître dans le recueil de ses œuvres.

Deux recueils de Contes et nouvelles en vers se succèdent, en 1665 et 1666, dont les canevas sont tirés du Décaméron de Boccace, de l'Heptaméron de Marguerite de Navarre, et des Cent nouvelles nouvelles. En janvier 1666, La Fontaine fait parvenir un exemplaire du second recueil à Jean Chapelain, qui lui écrit aussitôt « avec une bonne grâce et une délicatesse de goût inattendues » :

… Je n'ai trouvé en aucun écrivain de nouvelles tant de naïveté, tant de pureté, tant de gaieté, tant de bons choix de matières, ni tant de jugement à ménager les expressions ou antiques ou populaires, qui sont les seules couleurs vives et naturelles de cette sorte de composition. […] Ce n'est pas, Monsieur, que je vous condamnasse à ne faire jamais que cela, mais si j'étais en votre place, je mêlerais le doux à l'utile et me délasserais quelquefois de mes études graves entre les bras de ces Muses gaillardes qui vous traitent si favorablement.

Les Fables Continuation de cette expérience narrative, mais sous une forme plus brève, cette fois de tradition morale, un premier recueil de Fables choisies mises en vers, dédié au Grand Dauphin, qui correspond aux livres I à VI des éditions modernes, est mis en vente à l'automne 1668 par les libraires Claude Barbin et Denys Thierry.

Le deuxième recueil (livres VII à XI) sera publié en 1678, et le dernier (livre XII actuel) en 1694. Le brillant maniement des vers et la visée morale des textes, beaucoup plus complexes qu'il ne paraît à la première lecture, ont déterminé le succès de cette œuvre à part, et les Fables de La Fontaine sont toujours considérées comme un des chefs-d’œuvre de la littérature française. Le fabuliste a éclipsé le conteur, d'autant que le souci moralisant a mis dans l’ombre les contes publiés entre 1665 et 1674.

Les Amours de Psyché