L'interlingua est une langue construite élaborée par l (IALA).

La construction de l'interlingua par l'IALA débuta en 1924 et fut achevée en 1951. L'un des principaux contributeurs a été Alexander Gode, auteur d'un précis grammatical, d'un dictionnaire interlingua-anglais et d'un ouvrage d'introduction à la langue intitulé Interlingua a Prime Vista, on peut également citer comme collaborateurs Otto Jespersen, Edward Sapir et André Martinet, ainsi que avec qui Alexander Gode publia la langue.

Le vocabulaire de l'interlingua est emprunté essentiellement aux langues romanes ainsi qu'à l'anglais, du fait qu'une grande partie du vocabulaire de ce dernier est d'origine romane. La grammaire est également inspirée de ces langues mais avec des simplifications.

Il existe aujourd'hui une Union mondiale pour l'interlingua (Union Mundial pro Interlingua), qui compte des adhérents dans le monde entier, et une Union interlinguiste de France. On trouve aussi une littérature en interlingua, ainsi que des sites Web et des revues.

Classement L'interlingua fait partie des langues construites dites naturalistes – c'est-à-dire que ces dernières reproduisent les irrégularités des langues naturelles. À ce titre, elle est souvent présentée, avec l'occidental d'Edgar von Wahl, comme l'un des exemples de naturalisme les plus poussés. Ainsi, par exemple, l'interlingua comporte-t-elle des verbes et des pluriels irréguliers.

Locuteurs L'interlingua est la deuxième langue construite à avoir survécu à l'épreuve du temps après l'espéranto, bien que son succès soit relatif, car elle ne compte que quelques milliers de locuteurs, soit très loin derrière l'espéranto, parlé lui dans 120 pays à travers le monde..

C'est également la langue naturaliste ayant eu le plus de succès..

Principe Le principe se base sur le fait qu'il existe un vocabulaire international, d'origine gréco-latine, compris dans le monde entier, il suffirait de l'employer pour se faire comprendre partout.

Ce principe se heurte à la réalité ; par exemple, l'utilisation du terme « emer », du latin emere pour « acheter », n'était clair que pour peu de gens ; aussi, on lui préfère désormais « comprar », qui est clair pour les hispanophones, les lusophones, les italophones, les occitanophones et les catalanophones.

Une solution serait de procéder comme autrefois pour les thèmes latins où l'on n'avait le droit d'employer que les mots utilisés par Cicéron et César : on usait de périphrases, dont les plus courantes étaient recensées dans les dictionnaires. On pourrait donc traduire acheter par « acquirer per moneta » mais au prix d'un alourdissement de la langue. De ce fait, l'expressivité de l'interlingua peut parfois se rapprocher des langues minimales.

Alexander Gode, le fondateur de l'interlingua, avait en tête le modèle du hochdeutsch (allemand standard), allemand commun artificiel créé par la chancellerie impériale à partir des formes les plus communes et que Luther a promu au rang de langue littéraire en l'employant pour la traduction de sa Bible. Mais, jusqu'ici, il n'existe pas en interlingua d'écrivain reconnu par la communauté linguistique comme un modèle à imiter. Alors que la Plena Analiza Gramatiko (Grammaire analytique complète) des espérantophones Kalocsay et Waringhien a pu être comparée au Grevisse par sa façon de proposer un bon usage en s'appuyant sur les grands maîtres qu'étaient Zamenhof ou Kabe, jamais une telle tentative n'a eu lieu en interlingua. Mais, dès les années 1960, Pierre Burney faisait remarquer que cette situation était voulue : dans l'esprit de son fondateur, l'interlingua est une réalité qui existe déjà dans le vocabulaire commun des grandes langues de culture ; elle n'a donc pas besoin d'être créée, il faut seulement que le monde en prenne conscience. Imposer un mot ou une forme, alors qu'ils peuvent être faux, serait empêcher l'évolution progressive vers le résultat finalOn aura une idée des discussions sur ce point en suivant le forum des partisans de la langue. Un certain Giovanni Napi dit ainsi : « IO NON TOLERA alcun autoritate de interlingua alteremente que objectivitate » (Je ne tolère pas d'autre autorité en interlingua que l'objectivité).. Au reste, Pierre Burney, en remarquant qu'on n'avait surtout pas voulu créer une AcadémieMême si la question ne cesse de resurgir dans les discussions, comme le montre l'intervention de G. N. citée plus haut, évoquait un risque de dislocation de la langue et d'émiettement en dialectes.

Buts et critiques On a opposé par exemple la régularité de l’espéranto dans la formation des familles sémantiques de mots au désordre de l'interlingua : pour la série bœuf, vache, taureau, veau, étable l’espéranto offre bovo, bovino, virbovo, bovido, bovejo quand l'interlingua propose bove, vacca, tauro, vitello, boveria. À cela, les partisans de l'interlingua répondent que celui qui connaît une langue latine, un francophone par exemple, comprend d’emblée ces dernières formes, ou a intérêt à les apprendre puisqu’il les retrouvera dans des composés (comme « stabulation »). Cette dernière remarque explique que certains professeurs, en particulier en Suède, ont eu l’idée de remplacer l’étude du latin (pratiquement exclu de l’enseignement au cours des années 1960) par celle du vocabulaire gréco-latin, en se servant pour cela de l’interlinguaStenström, Ingvar, « Experientias del inseniamento del vocabulario international in le nove gymnasio svedese » (Expériences sur l'enseignement du vocabulaire international dans le nouveau lycée suédois), Interlinguistica e Interlingua: Discursos public par Ingvar Stenström e Leland B. Yeager, Beekbergen, Netherlands: Servicio de Libros UMI, 1991.. Il semble cependant que cette initiative ait été abandonnée.

On a reproché aussi à la grammaire d’être trop compliquée alors qu’elle s’efforce de suivre l’usage général des langues latines. C’est ainsi que dans la phrase « Si io habeva sapite io non haberea venite. » (« Si j’avais su je ne serais pas venu ») l’hypothèse s’exprime dans la principale par le conditionnel passé et dans la subordonnée par le plus-que-parfait, alors qu’en espéranto on emploiera dans les deux cas le fictif (conditionnel) : « Se mi scius, mi ne venus. ». Les partisans du naturalisme en interlinguistique ont soutenu qu’il fallait élaborer une sorte de langue romane commune sans songer au but, qu’ils jugeaient irréalisable, de réaliser une langue pour le monde entier (de Wahl avait appelé au départ son projet « occidental »). On pourrait dire la même chose pour le réfléchi employé à la place du passif : « iste vino debe beber se multo fresc » (« ce vin doit se boire très frais »).

Les difficultés de l’interlingua viennent surtout d’un conflit idéologique à la base entre ses partisans. Dès le début de l’espéranto, deux conceptions se sont affrontées : les uns, enthousiasmés par la perspective d’une fraternisation universelle, voyaient dans la nouvelle langue le moyen d’y parvenir ; les autres la considéraient uniquement comme un instrument qui permettrait aux savants du monde entier de communiquer entre eux. La crise de l’ido a précipité le départ des seconds qui ont été par la suite les premiers adhérents de l’occidental puis de l’interlingua : pour eux, et Meillet leur fait écho, c’est une chimère que de vouloir construire un monde nouveau sur une langue nouvelle. Au fondement linguistique, Gode a ajouté une base historique en estimant que l’interlingua devait se développer peu à peu, à la manière du Hochdeutsch, qui n’était à l’origine qu’une langue commune élaborée par les chancelleries pour permettre aux différentes cours allemandes d’échanger des documents administratifs.

Peu à peu les premiers fondateurs ont été supplantés par d’anciens espérantistes que des raisons diverses avaient conduits à abandonner la langue de Zamenhof. Et l’on a vu s’introduire un néologisme comme coidealista (partisan du même idéal), calqué sur le samideano (partisan de la même idée) des espérantistes ; on a même essayé de créer un mouvement ouvrier a-national pour faire concurrence à la SAT-AmikaroBiographie de Jean Toublet en interlingua. On peut y lire : « Julien Toublet, appellate anque Jean Thersant, luctava pro le anationalismo e fundava le Federation del Anationalistas Interlinguista ». Dictionnaire international des militants anarchistes où on lit : « il abandonna à cette même époque l’espéranto pour la langue universelle interlingua et devint le représentant en France de l’Association des anationalistes interliguistes ». Un site anarchiste catalan donne la biographie la plus développée de ce militant et nous dit : « i també va crear la Federació dels Anacionalistes Interlingüistes ».. On peut voir dans le manifeste de Gode Cinque theses a clavar ad le portas de Babel. une mise en garde contre ces déviations, mais il semble ne pas avoir été compris et le site de l’UMI l’a fait disparaître.

À l'origine de l'interlingua, ses créateurs pouvaient espérer être soutenus financièrement pendant un temps suffisamment long, et c'était le cas vers la fin des années 1940, lorsque madame Morris était le mécène de l'IALA ; mais, convertie au catholicisme, elle s'est désintéressée du projet. Pris de court, Gode a publié la langue dans l'état où elle était. Selon d'autres sources, c'est la mort de madame Morris qui, en interrompant le financement, a accéléré la mise au point et la publication de la langue.

Nombre de mots L'interlingua dispose de beaucoup de synonymes — comme die et jorno pour « jour » ; ou gorga, gurgite et jugulo pour « gorge ».

Utilisabilité

La grande majorité de son vocabulaire est d’origine romane (et beaucoup de mots grammaticaux furent repris directement du latin), auxquels s’ajoutent des mots issus du russe ou de l’allemand. L’interlingua se destinerait plutôt pour l’intelligentsia européenne, ce qui semble être le cas vu que la langue est aujourd’hui utilisée essentiellement pour des articles scientifiques, notamment de médecine.

Cela est confirmé par Henri Masson pour qui l'interlingua n'est pas une langue suffisamment expressive : « L’erreur de Gode est d’avoir cru à l’intérêt d’une langue qu’il destinait en fait surtout à la communication scientifique pour un usage passif (compréhension orale et écrite, par exemple pour des résumés d’articles scientifiques) et non actif (expression orale et écrite). Or, l’usage essentiel d’une langue internationale digne de ce nom est l’équilibre entre l’usage passif et actif. ».

Histoire L’héritière américaine Alice Vanderbilt Morris (1874–1950) s’intéressa à la linguistique et au mouvement des langues auxiliaires internationales au début des années 1920. En 1924, Morris et son mari, Dave Hennen Morris, fondèrent l’association à but non lucratif International Auxiliary Language Association (IALA) à New York. Leur objectif était de placer l’étude des langues auxiliaires internationales (LAI) sur une base plus complexe et scientifique. Morris développa le programme de recherche de l’IALA en consultation avec Edward Sapir, William Edward Collinson et Otto Jespersen.

Des recherches sur le problème des langues auxiliaires étaient en cours au Conseil international de recherche, au American Council on Education, à l’American Council of Learned Societies, ainsi qu’auprès des associations britanniques, françaises, italiennes et américaines pour l’avancement de la science, et d’autres groupes de spécialistes. Morris créa l’IALA comme une continuation de ce travail.

International Auxiliary Language Association