Histoire et culture historique dans l'Occident médiéval est un livre de Bernard Guenée, édité pour la première fois en 1980. Plusieurs rééditions sont parues par la suite, notamment celle de 1991. Cet ouvrage a été édité par Aubier-Montaigne à Paris au sein de la collection historique. L'édition de 1991 comporte 475 pages.

Introduction

Cet ouvrage fruit de nombreuses recherches de la part de Bernard Guenée a notamment utilisé les ouvrages de la Sorbonne et ceux de la Bibliothèque de l'École des chartes. Par la suite, il a consulté les œuvres et les sources présentes dans divers instituts britanniques renommés, telles que les universités d'Oxford et de Cambridge. L'œuvre en soi se compose d’une introduction, de huit paragraphes distincts et d’une conclusion plus diverses annexes, dont une très riche bibliographie.

Bernard Guenée a commencé son ouvrage en 1970 et travaillera dessus pendant 10 années entières, jusqu'à sa publication en 1980. On est donc dans la période post 1968 et il s’inscrit bien dans ce mouvement de remise en cause de certaines idées qui faisaient alors autorité dans la pensée de beaucoup d'historiens de l'époque. C’est un ouvrage dont le propos est réellement scientifique ; il heurte le sens commun en s’opposant à deux tendances de la part des médiévistes : tout d’abord celle de penser que tous les chroniqueurs et les moines copieurs étaient des personnes banales qui composaient des ouvrages teints de légendes, de miracles, en fait des récits hagiographiques mais pas de réels récits historiques. De même, Guenée combat l'idée que ces derniers se contentaient de simplement recopier, parfois mot pour mot des œuvres historiques antiques ou plus récentes, sans s’efforcer de reformuler la moindre phrase. L’autre idée contradictoire est au contraire de considérer que les travaux des historiens du Moyen Âge sont fiables car ces derniers travaillent avec rigueur et sérieux et se basent sur des observations. C’est à ces deux conceptions que B. Guenée s’oppose car lui veut montrer à travers cet ouvrage qu’il faut désormais considérer les historiens médiévaux et leurs ouvrages comme des objets d’étude indépendants, à part entière et que par conséquent, il faut se méfier des récits qui semblent véridiques ou originaux. Il faut reconsidérer ces textes et distinguer le vrai du faux.

En cela, en écrivant ce livre, Bernard Guenée s'inscrit dans le mouvement de la « Nouvelle Histoire », courant historiographique qui apparut dans les années 1970 et qui anima la troisième génération de l'École des Annales. En France, ses principaux représentants sont Jacques Le Goff et Pierre Nora. La nouvelle histoire est avant tout l'« histoire des mentalités »: il s'agit d'établir des structures mentales des sociétés. Avec elle, le champ de l'histoire s'élargit encore plus et la discipline s'intéresse davantage aux phénomènes de longue durée. En fonction de la question posée, l'historien propose une interprétation des données que lui ont fourni les archives et ouvrages qu'il a consulté. En fait, les historiens de la « Nouvelle histoire » se sont lancés dans une analyse globale de vastes ensembles.

En cela, le propos de B. Guenée est bien défini dès le tout début de son ouvrage et se caractérise par quelques questions fondamentales, à savoir qu’elle a été la place de l’Histoire au Moyen Âge ? Qui a été historien ? Comment ces historiens ont-ils travaillé ? Par quels efforts ont-ils construit leur passé proche ou lointain ? Qui les a lus ? Qui les a entendus ? C’est à toutes ces questions que Bernard Guenée compte répondre au travers de son ouvrage mais il précise clairement qu’il ne pourra fournir que des hypothèses. Il ne faut donc pas prendre pour seul exemple tout ce qu’il avance dans son ouvrage car ce sont très souvent des idées qu’il propose mais qui existent parmi tant d’autres. Ce n’est en effet qu’une vision de l’Histoire qui ne peut représenter toutes les facettes de cette discipline. L’auteur pose des questions, y répond mais ces réponses sont les siennes et peuvent être perçues différemment selon le point de vue du lecteur. Par ailleurs, ce livre est un ouvrage grand public bien qu’il demande des bases en historiographie si on veut l’apprécier et mieux l’appréhender. De plus, c’est une monographie et non une synthèse générale car c’est très détaillé.

L'ouvrage de Bernard Guenée a pour objectif prioritaire de réhabiliter les historiens du Moyen Âge. L'auteur illustre ses convictions grâce à de nombreux exemples issus de ses longues années de recherches. En d'autres termes, il s’agit pour l'auteur de convaincre les lecteurs et leur prouver par des arguments persuasifs qu’il a bel et bien existé des historiens durant la période médiévale, des historiens tel qu’on l’entend aujourd’hui, c'est-à-dire s’en tenant aux événements passés, aux faits en les vérifiant à l’aide de documents variés qui montrent que de réels travaux historiques ont été réalisés au Moyen Âge. Cet ouvrage n’a pas une vocation critique, c’est un ouvrage explicatif destiné à apporter des connaissances aux lecteurs. Il explique comment était construite l’Histoire au Moyen Âge, qui en étaient les auteurs et comment procédaient-ils, comment travaillaient-ils, les méthodes qu’ils utilisaient ? Dans un second temps, l’auteur s’intéresse aux résultats de ce travail, à son emploi au sein de la société médiévale et ses conséquences à long terme.

Pour mener à bien ce travail particulièrement rigoureux, B. Guenée a fréquenté quotidiennement les bibliothèques des instituts les plus prestigieux de France et de Grande-Bretagne. Il a ainsi utilisé les travaux les plus récents de l’historiographie médiévale, ainsi que des sources écrites de l’époque tels que des codex, ces livres manuscrits disposant de pages reliées ensemble et d'une couverture.

Contenu général de l'ouvrage Le plan de l'ouvrage, dont l'auteur dit qu'il n'est qu'un essai, suit les réponses aux questions que se pose l'historien à propos de ses collègues du Moyen Âge.

L'introduction

L’introduction de l’ouvrage s’attarde sur la perception du Moyen Âge à travers les siècles suivants, du à nos jours. L'auteur explique la façon dont les historiens du concevaient l’Histoire et l’historiographie médiévale. Une œuvre d’historien doit se comprendre dans le contexte historique, à l’époque où celle-ci fut rédigée. En effet, les contextes politique, économique, social, religieux et même culturel influencent énormément la pensée et les convictions de l’historien. En retour, son œuvre s’en retrouve forcément inspirée. Guenée nous rappelle qu'il faut attendre réellement le et les travaux d’historiens comme Marc Bloch avec ses Annales ou encore Gilson et Marrou pour que le Moyen Âge ne soit plus mis de côté et négligé. Les historiens redonnèrent de la valeur et de l’importance à l’Histoire médiévale en la traitant au même niveau que les autres périodes historiques.

Chapitre 1 : Qu'est-ce que l'histoire : qui a été historien ? Les historiens du Moyen Âge définissent l’Histoire en s’inspirant ou même en reprenant les définitions des historiens antiques, et plus précisément les historiens romains tel Caton ou Fabius Pictor. Le récit historique doit être vrai, il doit s’efforcer de respecter au mieux la vérité (même si ce sera loin d’être respecté en réalité). En outre, le récit historique doit être simple afin qu’il soit compris et assimilé par le maximum de personnes. De fait, l’historien a pour simple ambition de donner le récit littéral de ce qui s’est passé. Par ailleurs, pour les auteurs du Moyen Âge, la connaissance historique repose sur trois données fondamentales : les personnes qui provoquent les événements, les lieux où ils se produisent et l’époque où ils arrivent. Cependant, en ce qui concerne les lieux, les historiens du Moyen Âge n’y accordaient pas autant d’importance que leurs prédécesseurs romains. De même pour le temps, il n’en existait qu’un seul pour l’historien chrétien du Moyen Âge. L’histoire s’intéresse aux événements passés car l’avenir relève du domaine de la prophétie, on ne peut pas prévoir ce qui arrivera. Le travail de l’historien consiste donc à conserver la mémoire des temps passés.

L’ambition de l’Histoire médiévale est événementielle. L’historien doit étudier les faits et événements du passé les plus marquants. C’est ce qui donnera naissance aux Annales qui racontent et décrivent les événements notables année par année. En outre, on peut noter que l’Histoire du Moyen Âge s’intéressa plus aux faits et actions des hommes remarquables (ecclésiastiques, rois, évêques, etc.) qu’aux événements remarquables en eux-mêmes. Mais vers la fin du Moyen Âge, l’histoire se fait plus ambitieuse, elle veut de moins en moins s’en tenir aux simples faits mémorables et cherche à élargir ses possibilités de recherche. L’Histoire a déjà la volonté d’être une discipline scientifique plus que littéraire car elle doit s’en tenir et respecter au mieux les réels faits et événements historiques. L’Histoire au Moyen Âge est toutefois indissociable de la théologie, elle est une science auxiliaire de la religion, et non une science autonome. Elle sert à expliquer, à soutenir les pratiques religieuses de l’époque de même que justifier le droit.

Chapitre 2 : les profils d'historiens

La façon dont on concevait et écrivait l’Histoire au Moyen Âge s’inspirait beaucoup des méthodes antiques, en particulier celles des Romains. Des auteurs latins comme Tite-Live, Lucain, Salluste, Suétone ou encore Valère-Maxime étaient abondamment lus, copiés et traduits, spécialement par les moines au sein des monastères.

L’Histoire et l’Histoire sainte sont considérées par les ecclésiastiques médiévaux comme une seule et même chose. L’Histoire explique les actions de Dieu et se doit d’expliquer pourquoi il a agi ainsi et pas autrement. Les faits et événements historiques sont perçus comme la volonté de Dieu qui s’applique sur Terre. Les historiens médiévaux étaient aussi des théologiens travaillant à la louange et à a gloire de Dieu. Ils situaient l’Histoire dans une perspective théologique.

Il faut attendre le pour voir apparaître de véritables historiens qui s’attachent aux faits historiques et qui ne sont plus, ou de moins en moins, influencés par la morale religieuse. En cela, le droit a joué un rôle important. La pratique du droit a progressivement mené à une Histoire particulièrement bien documentée, distincte de l’Histoire rhétorique ou théologique. Bien que l’Histoire n’eut qu’une place secondaire dans les universités médiévales, elle prit son indépendance au fil des années et se constitua en véritable science, discipline à part, avec ses propres règles et principes. Cela est dû à plusieurs facteurs. Premièrement, les progrès de l’État favorisèrent la réflexion pratique qui tendait à justifier dans la science historique les théories politiques. Deuxièmement, les humanistes du , admirant les auteurs latins comme Tite-Live et Salluste, contribuèrent à imposer l’idée que l’Histoire avait son importance et qu’elle devait être indépendante de toute autre matière ou discipline. Progressivement, l’Histoire devient objet d’enseignement, sans couper pour autant ses liens avec la religion et le droit.