Louis Vigée, né le à Paris, est un peintre pastelliste français. Il est le père de la portraitiste Élisabeth Vigée Le Brun et du dramaturge et écrivain Étienne Vigée. Sa compagnie est recherchée, non seulement pour ses qualités artistiques, mais aussi pour son caractère agréable, communicatif et son sens de l’humour. Il bénéficiait d’une certaine notoriété de son vivant, avant de tomber dans l’oubli jusqu’à la fin du , évincé par la célébrité de sa fille, dont il a su déceler le talent. Il meurt prématurément le , en son domicile parisien, des suites d’un sepsis. Ses enfants sont alors âgés de douze et neuf ans.

Aucun catalogue complet de ses œuvres n’a été publié. Elles ne sont pas toutes signées et nombre d’entre elles lui sont attribuées. Quelques-unes ont été gravées par plusieurs artistes contemporains, célèbres en leur temps. L’historien de l’art britannique Neil Jeffares, dans l’ouvrage Dictionary of pastellists before 1800, publié en 2006, consacre un chapitre à Louis Vigée ainsi qu’à son œuvre, complété par un classement chronologique des pastels datés de la période 1742-1764.

Biographie Enfance et famille Louis Vigée naît le Les sources consultées dans le cadre de cet article mentionnent deux dates différentes pour la naissance: le 20 et le 2 février (car le baptême a lieu le jour de février, de l'enfant « né d'hier »). Cette dernière est retenue ici, car plus étayée, l’autre date (le 20 février) semblant être une erreur de transcription. rue Transnonain à Paris (située dans l’actuel ), fils d’Alexandre Vigée, maître cordonnier et de Marguerite Trouvery. Il est baptisé le lendemain en l’église Saint-Nicolas-des-Champs. Son parrain est Louis-Pierre Poissant (petit-neveu de l’architecte Thibault Poissant ), sculpteur et sa marraine Veuve Geneviève Bertin. Aucune information n'est disponible en ce qui concerne ses études. Il avait quatre frères et sœurs: Nicolas Alexandre Vigée (1696-1786), Marie-Jeanne Vigée (1697-1744), Marie Anne Vigée (1700-1744), qui s'est marié Marc Antoine Mathieu de Courteille, et Pierre Vigée (1715-1720).

À l’âge de trente-cinq ans, il se marie avec Jeanne Maissin (1728-1800), vingt-deux ans, fille d’un marchand-laboureur luxembourgeois , le lundi Ceraines sources indiquent que le mariage a eu lieu le 20 juillet. en l’ Église Saint-Eustache. C’est une femme très belle, d’un caractère plutôt austère. Très pieuse, elle ne manque jamais la grand-messe ;

Deux enfants naissent de cette union, la portraitiste Élisabeth Vigée Le Brun en 1755, Étienne Vigée dramaturge et écrivain, en 1758.

Caractère Dans ses Souvenirs, sa fille relate quelques anecdotes concernant le caractère de son pèreLes Souvenirs, d’Élisabeth Vigée Le Brun sont la principale source d’information, à défaut de biographies publiées. .Elle le décrit comme étant un homme très communicatif, qui répand la gaieté autour de lui et dont la compagnie est très recherchée. Parfois il se montre distrait. Ainsi, un soir, il sort vêtu pour aller dîner en ville, l’épée au côté. Mais chemin faisant, il pense au tableau qu’il est en train de peindre. Un idée de retouche lui vient à l’esprit. Il fait demi-tour, rentre chez lui, retire sa perruque et se coiffe d’un bonnet de nuitAu , les hommes dont le crâne était rasé pour pouvoir porter une perruque, se coiffaient souvent, lorsqu’ils étaient chez eux, d’un bonnet de nuit d’intérieur durant la journée. pour travailler. Lorsqu’il ressort, un peu plus tard, il conserve cette apparence. Heureusement, un voisin lui en fait la remarque avant qu’il ne se soit éloigné.

Il a le sens de l’humour. Un jour qu’il fait le portrait d’une femme, il remarque que celle-ci contorsionne ses lèvres pour réduire la largeur de sa bouche. Il lui dit :

L’historien de l’art britannique Neil Jeffares suggère qu’à ces qualités on peut ajouter la modestie, car aucun autoportrait de lui n’est parvenu jusqu’à nous, ce qui laisse supposer qu’il n’en a pas réaliséNeil Jeffares mentionne que des documents font état de deux autoportraits, mais selon lui, les sources ne sont pas fiables.. Père clairvoyant En 1766, Élisabeth, l’aînée des deux enfants du couple Vigée, est âgée de onze ans. Elle est pensionnaire au couvent de la Trinité où elle reçoit une éducation raffinée, comme il convient à une jeune fille de sa condition. Élève douée pour le dessin, elle crayonne des figures, non seulement dans ses cahiers mais aussi sur les murs du dortoir. Si bien qu’un jour, son père, en voyant l’un d’elles représentant un homme barbu, décèle aussitôt en elle un réel talent artistique. Il dit alors: . Peu après, elle réintègre la maison familiale, rue de Cléry. Il lui donne ses premières leçons pendant un an, avant de disparaître tragiquement.

Il ne saura jamais qu’il avait vu juste. Quelques années plus tard, sa petite Élisabeth devient une portraitiste célèbre et très recherchée. Mais celle-ci tombe dans l’oubli après sa mort, survenue en 1842, son image étant par trop associée à la période monarchique et, surtout, à cause de sa proximité avec la reine Marie-Antoinette. Il faut attendre la fin du pour que son talent soit redécouvert. Elle est aujourd’hui mondialement reconnue, considérée comme étant une portraitiste majeure de l’Ancien régime.. Dans ses Souvenirs elle parle avec amour de son père adoré qui la .

Louis Vigée est beaucoup moins proche de son fils Étienne, enfant préféré de sa mère qui lui passe tous ses caprices, alors qu’elle se montre sévère avec sa fille. Fin de vie et mort II meurt le samedi en son domicile parisien, rue de Cléry, à cinquante-deux ans, emporté par un sepsis au terme de deux mois de souffrance, après avoir avalé une arête de poisson. Cette triste fin affecte profondément sa fille Élisabeth, alors âgée de douze ans. Elle se remémore ce moment douloureux dans ses Souvenirs, écrits en 1835: Les obsèques sont célébrées le lendemain, dimanche , en l’Église Saint-Eustache. Carrière Comme c'est déjà le cas au sujet de sa scolarité, aucune information n'est disponible en ce qui concerne sa formation artistique. Aucune biographie détaillée ni catalogue complet répertoriant les œuvres de Louis Vigée n’ont été publiés. Son nom est brièvement mentionné par Ferdinand Hœfer dans sa Biographie générale de 1866, et par Adolphe Siret dans son Dictionnaire historique des peintres en 1874. Au , quelques historiens ou critiques les citeront, ou se réfèreront au Souvenirs d'Élisabeth Vigée, sans approfondir leurs recherches.

Ce n’est qu’en 2006 que l’historien de l’art britannique Neil Jeffares comble en partie cette lacune dans son ouvrage Dictionary of pastellists before 1800. Premier auteur à consacrer plusieurs pages à l'artiste, il résume les principales étapes de la vie du peintre et propose une liste non exhaustive de ses œuvres, sujets originaux ou copies. La plupart sont signées, d’autres lui sont attribuées.. Toutefois, selon Jeffares, un certain nombre d’entre elles sont en fait des pastiches avec de fausses signaturesIl y a aussi quelques toiles dont les signatures sont de la main d’ Élisabeth lorsqu’elle était enfant. Mais dans ce cas, il ne s’agit pas de « faux » dans le vrai sens du terme, car son père la laissait sans doute faire pour lui faire plaisir.. L’historien a établi une liste chronologique de trente-trois pastels datés réalisés entre 1742 et 1764La liste provisoire (au ) répertorie trente-trois pastels. Consulté le ..

En 1742 son talent de pastelliste est déjà affirmé. Le il est reçu en tant que membre de l'Académie de Saint-Luc. Il expose dans les salons et devient un peintre très recherché: artistes, politiciens, financiers se pressent dans son atelier. Toutefois, il ne fait aucun doute que certaines de ses œuvres sont des imitations d’autres maîtres, comme François Boucher par exemple. thumb|210px|J-Joseph Bachelou,Le Riche de la Popelinière (detail), gravure, vers 1747, d’après Louis Vigée. Interprétation en gravure Des maîtres graveurs de renom, comme Jean-Joseph Balechou et Jean-Georges Wille, Jacques-Louis Touzé réalisent des estampes d’après ses portraits : du lieutenant général de police Antoine de Sartine, du chirurgien Antoine Petit, du fermier général Le Riche de La Popelinière, de l’ingénieur Bernard de Belidor , du médecin professeur royal Jean Astruc et aussi Pierre-François Basan qui reproduit deux scènes de genre. Postérité Quelques-unes de ses œuvres appartiennent à des musées, d’autres à des collectionneurs privés. Au , des pastels sont proposés dans les ventes aux enchères organisées par les maisons artnet, Artcurial, Christie's , Drouot , Sotheby's. Avis et critiques Bien qu’ayant été apprécié par ses contemporains , le nom de Louis Vigée n’est mentionné dans un ouvrage de référence qu’en 1866, dans la Biographie générale de Hœfer, soit un siècle après sa mort (si l'on excepte les Souvenirs de sa fille quelques années plus tôt). Suivront quelques brèves évocations, jusqu’à l’étude plus détaillée de Neil Jeffares en 2006. En voici la chronologie : 1835-1837 : Élisabeth Vigée Le Brun émet au sujet de l’œuvre de son père, un avis que partagera, le critique belge Louis Dumont-Wilden soixante-dix ans plus tard (cf. ci-dessous). Dans ses Souvenirs elle écrit:

1866 : Ferdinand Hœfer mentionne Louis Vigée dans la Nouvelle Biographie générale, . Le jugement est sans appel : On remarquera qu’il se montre à peine plus enthousiaste avec sa fille, dont « les rares dispositions » ne suffisent pas pour qu’elle ait sa propre entrée, renvoyant à celle de son mari. 1874 : Adolphe Siret, dans son Dictionnaire historique des peintres, résume ce qu'à écrit la fille du peintre dans ses Souvenirs (sans préciser ses années de naissance et de mort):

1909 : Louis Dumont-Wilden, critique belge écrit dans son ouvrage Le Portrait en France, se fait l’écho de l’avis émis par Élisabeth Vigée Le Brun:

1918 : André Rostand, historien, publie un article intitulé Documents inédits concernant le peintre Louis Vigée, dans lequel sont mentionnées, pour la première fois, ses dates de naissance, de mariage et de mort, mais sans autres précisions se rapportant à sa carrière de peintre.Cité par Neil Jeffares, l’article Documents inédits concernant le peintre Louis Vigée, signé André Rostand a été publié dans le Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art Français, p.108-109. Il s’est intéressé à l’artiste dans le cadre d’un dossier consacré à Eugénie Tripier Le Franc et à son mari Justin, lequel a agi de manière que son épouse puisse hériter d’Élisabeth Vigée Le Brun, dont elle était parente, voir détails: .. 2006 : Neil Jeffares , dans l’ouvrage cité, souligne la différence de tempérament entre Louis Vigée et La Tour :

Œuvres La majorité des œuvres de Louis Vigée appartiennent à des collectionneurs privés, seulement quelques-unes d'entre elles sont conservées dans des musées. De ce fait, en établir une liste exhaustive s'avèrerait difficile à réaliser.

L’artiste a peint un grand nombre de portraits intitulés: « Portrait d’homme/jeune homme », « Portrait de femme/jeune femme », « Portrait d’homme en buste » etc., sans datation et souvent non signés (donc attribués). Ceux-ci ne figurent pas dans la liste qui suit, qui aurait ainsi été inutilement conséquente. Ne sont mentionnés que les « Portrait de … » suivis soit du nom de la personne portraitisée, soit d’une précision ou d’un qualificatif qui les rend facilement reconnaissables. 240px|thumb|Marie-Justine-Benoîte Cabaret du Ronceray, Madame Favard , en pèlerine , portrait présumé, pastel sur papier, 1745, Nationalmuseum,Stockholm. 240px|thumb|Louise-Julie Feydeau de Brou, comtesse de Boullongne de Nogent, pastel, 1753, Musée d'Art et d'Archéologie du Périgord, Périgueux. thumb|240px| Portrait de Jean-Nicolas de Boullongne, pastel, 1753 , Musée d'Art et d'Archéologie du Périgord, Périgueux.