Banksia cuneata est une espèce d'arbrisseaux menacée de la famille des Proteaceae. Endémique du sud-ouest de l’Australie Occidentale, il appartient à Banksia subg. Isostylis, un sous-genre comprenant trois espèces de Banksia très proches les unes des autres, avec des inflorescences en forme de dôme plutôt que de cylindre, comme chez la plupart des autres espèces de Banksia. C’est un arbrisseau ou un petit arbre pouvant atteindre de haut. Son feuillage est piquant et ses fleurs sont roses et crème. L’espèce est pollinisée par des oiseaux de la famille des Meliphagidae.

Bien que B. cuneata a été collectée pour la première fois avant 1880, il a fallu attendre 1981 pour que le botaniste australien Alex George décrive officiellement l’espèce et lui donne son nom. On observe deux populations distinctes au sein de l’espèce, mais qui ne sont pas pour autant reconnues comme des sous-espèces. Ce Banksia est considéré comme en danger d’extinction, car il ne reste que des fragments de populations dispersés dans les broussailles de sa région d’origine, qui a été défrichée à 93 % pour permettre le développement de l’agriculture. Comme Banksia cuneata est détruit par les feux de broussailles et se régénère à partir des graines qu’il disperse, la fréquence des incendies l’impacte fortement, et s’ils sont espacés de moins de quatre ans ils peuvent faire totalement disparaître l’espèce car les plantes ne sont pas encore assez matures pour produire des graines. Banksia cuneata est rarement cultivé, et son feuillage piquant limite son intérêt pour l’industrie de la fleur séchée.

Description vignette|gauche|Grand buisson dans une zone de végétation basse de moins de de haut un jour ensoleillé. Banksia cuneata pousse sous la forme d'un buisson ou d'un petit arbre pouvant atteindre jusqu’à de haut. Il est dépourvu de lignotuber. Il a un ou plusieurs troncs principaux couverts d’une écorce grise et lisse. Les jeunes branches sont couvertes de poils, qui disparaissent au fil du temps. Les feuilles sont en forme de coin et ont une extrémité serretée, avec une à cinq dents le long de chaque côté. Elles mesurent 1 à de long, pour 0,5 à de large, avec un pétiole de 2 à . La surface supérieure est vert terne, et la tige et les deux surfaces des jeunes feuilles sont couvertes de poils, qu’elles perdent rapidement..

Les fleurs forment des inflorescences en forme de dômes de 3 à de diamètre, poussant à l’extrémité des branches. Ces inflorescences comprennent entre 55 et 65 fleurs, avec à leur base une couronne de courtes bractées. Comme chez d’autres Proteaceae, chaque fleur est composée d’un périanthe comprenant quatre tépales et un unique pistil, dont le style est initialement inséré dans le limbe du périanthe, mais s’en détache au moment de l’anthèse. Chez B. cuneata, le périanthe mesure de long, avec un limbe d’environ . Avant l’anthèse, le long et fin périanthe surmonté du limbe proéminent ressemble à une allumette. Au début, le périanthe est principalement couleur crème, devenant rose uniquement près de sa base, puis il devient entièrement rose. Le style initialement crème devient rouge, et le présentoir à pollen est vert.

Les fleurs fanent rapidement et tombent alors de l’inflorescence, laissant apparaître une base en bois dans laquelle sont insérés jusqu’à 5 follicules. Ils sont de couleur grise, lisses et couverts de petits poils fins, et mesurent 1 à de haut, 1.7 à le long de l’ouverture et 0.9 à perpendiculairement à l’ouverture. Chaque follicule contient une ou deux graines triangulaires équipées d’une longue ailette.

Banksia cuneata est facile à distinguer des deux autres espèces du sous-genre B. subg. Isostylis du fait de ses fleurs plus vivement colorées et de ses feuilles plus ternes. Il diffère par ailleurs de B. ilicifolia par sa plus petite taille, son écorce lisse, ses feuilles ses fleurs et ses fruits plus petites, et le changement de coloration de ses fleurs. Les feuilles, fleurs et fruits de B. oligantha sont encore plus petits, et son feuillage est moins piquant que celui de B. cuneata.

Taxinomie Découverte et étymologie vignette|droite|Les bourgeons floraux ressemblent à des allumettes, et ont donné le nom vernaculaire anglais de « » à cet arbre|alt=Gros-plan d’un bourgeon floral prêt à s’ouvrir, chaque fleur de l’inflorescence, rose avec une extrémité jaune, ressemble à une allumette Le premier spécimen collecté de B. cuneata connu l’a été par Julia Wells un peu avant 1880. Celui qui deviendra par la suite l’holotype pour cette espèce a été collecté par le botaniste australien expert en Banksia Alex George le , dans la Badjaling Nature Reserve, environ à l’est de Quairading.. L’espèce a finalement été publiée par George près de 10 ans plus tard, dans son ouvrage de 1981 The Genus Banksia L.f. (Proteaceae). Le nom spécifique de l’espèce vient du latin (« en forme de coin »), en référence à la forme de ses feuilles..

L’histoire de la classification de l’espèce n’est pas marquée par des évènements particuliers. Elle n’a pas de synonyme et aucune sous-espèce ou variété connue..

Classification George a placé B. cuneata dans le sous-genre Isostylis du fait de la forme de dôme de la tête de ses fleurs. L’analyse cladistique réalisée en 1996 par les botanistes Kevin Thiele et Pauline Ladiges n’apporte aucune information sur les limites du sous-genre B. subg. Isostylis, ni les relations en son sein, donc la classification de George sur cette espèce a été retenue par ces deux botanistes.. La nouvelle classification n’a pas été acceptée par George et il la discrédita dans sa classification de 1999. B. cuneata n’est toutefois pas affecté, et on peut résumer son emplacement de la manière suivante : Banksia B. subg. Banksia (3 sections, 11 séries, 73 espèces, 11 sous-espèces, 14 variétés) B.subg. Isostylis B. ilicifolia B. oligantha B. cuneata

Depuis 1998, le botaniste américain Austin Mast publie les résultats d’une analyse cladistique s’appuyant sur les données issues de l’ADN des différentes espèces de la sous-tribu des Banksiinae, qui comprend les genres Banksia et Dryandra. Ces analyses concluent à une phylogénie bien différente de celle de George. Banksia cuneata y est placé comme étant le plus proche parent d'un clade comprenant B. ilicifolia et B. oligantha, suggérant que le sous-genre B. subg. Isostylis dans lequel il est placé est monophylétique ; mais le clade apparait comme peu différencié, car ayant divergé relativement récemment, ce qui suggère que B.subg. Isostylis ne mérite peut-être pas le rang de sous-genre....

En 2007, Mast et Thiele proposent une nouvelle classification du genre Banksia en le fusionnant avec le genre Dryandra, et créent le sous-genre B. subg. Spathulatae pour regrouper les espèces ayant des cotylédons en forme de cuillère ; tandis que B. subg. Banksia regroupe les espèces n’ayant pas les cotylédons en forme de cuillère. Ils annoncent la publication prochaine d’une classification complète lorsque l’analyse d’ADN des espèces de Dryandra sera terminée ; dans le même temps, si les changements de nomenclature sont utilisés comme classification temporaire, B. cuneata est placé dans le sous-genre B. subg. Banksia..

Phylogénie Les parentés entre B. cuneata et les autres membres de B. subg. Isostylis restent mal connues. Bien que les études de Mast ont montré que B. cuneata est la plus basale des trois espèces, une étude de 2004 sur la divergence génétique au sein de ce sous-genre a conclu à deux possibilités : certaines analyses suggèrent que B. ilicifolia est basale, tandis que d’autres suggèrent que c’est B. oligantha. Pour compliquer encore la situation, la population la plus au sud de B. cuneata montre des ressemblances génétiques et phénotypiques avec B. oligantha que l’on trouve au sud-est de l’Australie. L’origine de cette population est inconnue. Elle pourrait être issue d’hybridation entre les deux espèces, ou pourrait constituer une forme transitoire ou même un ancêtre de ces espèces. Finalement, des éléments de biogéographie laissent à penser que B. ilicifolia est l’espèce la plus basale parmi les trois : on la rencontre dans la High Rainfall Zone où les espèces les plus anciennes sont communes, tandis que les autres espèces vivent dans la Transitional Rainfall Zone, où les espèces ayant évolué plus récemment sont plus communes..

Distribution et habitat vignette|droite|Répartition en Australie-Occidentale. Espèce menacée, B. cuneata vit seulement dans une aire de autour de Pingelly et Quairading, en Australie Occidentale. Cette espèce affectionne surtout les sols sableux profonds à une altitude comprise entre 230 et , dans un habitat boisé.. Elle pousse souvent en association avec Banksia prionotes et Xylomelum angustifolium.

Le chiffrage de la taille des populations varie fortement d’une étude à l’autre. Ainsi, une enquête de 1982 reporte 450 plantes au sein de cinq peuplements, le plus grand comprenant 300 plantes. Cependant, en 1988, on ne trouve que 4 populations avec un total de 300 plantes ; étonnamment, seulement 50 spécimens sont observés dans la population où l’on en avait recensé 300 précédemment, alors qu’on a observé aucun arbuste mort ni aucune perturbation dans l’habitat.. Depuis les diverses études ont recensé entre 6 et 11 populations avec un nombre total d’arbustes compris entre 340 et 580.

Écologie et cycle de vie thumb|left|Les inflorescences sont situées à l’extrémité des branches. C’est souvent le cas chez les plantes attirant les oiseaux, puisque les oiseaux les repèrent par la vue|alt=Gros plan sur une partie de la plante, montrant neuf bourgeons floraux à l’extrémité des branches. Principalement pollinisées par les oiseaux méliphages, les inflorescences sont visibles de septembre à décembre.. L’arbuste se caractérise par ses fleurs bien visibles en position terminale des branches, de couleur rouge ou rose, et présentant un style droit et un périanthe tubulaire. Toutes ces caractéristiques facilitent la pollinisation par les oiseaux..

La structure de la fleur de B. cuneata, avec l’extrémité du style fonctionnant comme un présentoir à pollen, suggère que la reproduction autogame est commune chez cette espèce. Par contre, cette possibilité est un peu réduite par sa protandrie : le pollen est relâché bien avant que le pistil ne soit réceptif ; ainsi généralement quand les pistils deviennent réceptifs une bonne partie du pollen a déjà quitté les étamines, ou a perdu de sa viabilité. Cette stratégie est efficace pour éviter qu’une même fleur ne se fertilise elle-même, mais n’empêche pas la géitonogamie, c’est-à-dire la fertilisation des fleurs par d’autres fleurs de la même plante. Du fait de la façon dont les fleurs sont positionnées les unes par rapport aux autres à l’extrémité des branches, ce cas doit être assez fréquent : même si la possibilité de donner par la suite un fruit viable est une autre question : des études portant sur les isoenzymes ont noté une « forte sélection contre les homozygotes » chez cette espèce, une méthode de reproduction commune chez les plantes ayant une stratégie de reproduction basée sur la production de nombreuses graines..