Les parcs nationaux de Suède sont des aires protégées qui représentent le niveau de protection le plus strict que le gouvernement suédois peut garantir à une aire naturelle. En 2025, il existe qui couvrent au total environ en excluant les zones marines, soit 1,5 % de la superficie du pays.
La création des parcs nationaux est suggérée dès 1880 par l'explorateur Adolf Erik Nordenskiöld. Mais il faut attendre 1909 pour le vote des premières lois de conservation de la nature et la création des neuf premiers parcs nationaux du pays et d'Europe. Cependant, il n'existe pas alors de définition d'un parc national et peu de moyens sont alloués pour leur préservation, aucune agence gouvernementale gestionnaire n'étant créée. L'association suédoise de protection de la nature s'emploie à pallier ces insuffisances dans les décennies qui suivent. L'association est responsable de la création de plusieurs parcs, tentant en particulier d'améliorer la diversité et la représentativité des milieux protégés. De plus elle parvient lentement à faire évoluer le concept et le cadre légal de la conservation de la nature. Ce travail porte finalement ses fruits au début des années 1960 avec le vote d'une loi de protection de la nature et la création d'une agence dédiée : . Le pays lance alors des grands inventaires de la nature, et à partir des années 1980, le nombre de parcs augmente rapidement, suivant une procédure plus systématique. En particulier, publie en 1989 puis en 2008 des plans () recensant les zones méritant le statut de parc national et servant de guide pour l'expansion du réseau.
De nos jours, le statut de parc national est défini par des critères clairs, dans le but de conserver des zones ayant des qualités écologiques, géologiques et esthétiques exceptionnelles et étant dans un état naturel ou quasi-naturel. De plus, les parcs sont choisis afin d'être représentatifs de la diversité des paysages suédois. Les parcs ont un double objectif : protéger les écosystèmes et promouvoir le tourisme. Le processus de création d'un parc est géré par et la décision finale est votée au Parlement. Le terrain est alors acheté par , aucun terrain privé n'étant autorisé dans le parc. Enfin, la gestion du site suit les directives décrites dans le plan de gestion (), rédigé par de concert avec les acteurs concernés. Les conseils d'administration des comtés sont en général les organismes chargés de cette gestion.
Outre leur statut de parc national, plusieurs sites sont aussi reconnus internationalement, comme site Ramsar, comme réserve de biosphère ou comme site du patrimoine mondial de l'UNESCO, avec en particulier quatre parcs inclus dans la « région de Laponie » et un parc situé dans la « Haute Côte ».
Histoire Les premiers parcs nationaux Premières suggestions vignette|left|alt=Un vieux bâtiment en bois entouré d'un muret en pierre.|Un des bâtiments traditionnels suédois protégé dans le musée Skansen, à Stockholm.
Dans la seconde moitié du , l'industrialisation engendre des changements rapides et significatifs dans la société. Le mode de vie traditionnel semble disparaître, et la pression sur les paysages naturels et culturels se fait de plus en plus forte. En partie en opposition à ce phénomène, le nationalisme romantique se répand dans la société suédoise, ce qui transparaît en particulier dans la création artistique. La vie traditionnelle et la nature sont idéalisées, et leur préservation devient une priorité. C'est à cette période, par exemple, que Artur Hazelius collecte des objets et bâtiments de toute la Suède, posant les bases du musée Skansen, l'un des premiers musées en plein air au monde, ouvert en 1891, et du musée nordique. C'est aussi l'époque où se développe le tourisme moderne, avec en particulier l'arrivée en Suède des premiers touristes dans les montagnes du grand Nord, permise par le développement des voies de communications et des infrastructures de Svenska Turistföreningen (STF), association touristique fondée en 1885.
Des conditions très similaires aboutissent à la création du premier parc national au monde : le parc national de Yellowstone, aux États-Unis en 1872. Rapidement, le concept se répand à travers le monde, avec le parc national Royal en Australie en 1879, le parc national de Banff au Canada en 1885, le parc national de Tongariro en 1887 en Nouvelle-Zélande, etc. Dès 1880, l'explorateur Adolf Erik Nordenskiöld est l'un des premiers à proposer la création de parcs nationaux (riksparker, littéralement ) dans les pays nordiques. Ses motivations sont totalement inscrites dans un cadre romantique national, avec pour but de préserver de la nature suédoise intacte. Dans un premier temps, cette proposition n'attire pas particulièrement l'attention du public. Mais le débat est relancé en 1904 par le botaniste allemand Hugo Conwentz qui, sur invitation de la Société suédoise d'anthropologie et de géographie à Stockholm, prononce un discours sur les dangers menaçant les paysages naturels... et propositions pour leur protection. Dans ce discours, il plaide pour la création de petites aires protégées, par initiative privée ou publique. Après Stockholm, Hugo Conwentz répète ses idées devant les scientifiques d'Uppsala, Göteborg et Lund. Si la motivation de Nordenskiöld était surtout esthétique et patriotique, celle de Hugo Conwentz est avant tout scientifique, avec pour but de constituer une sorte de musée.
vignette|alt=Une photo historique d'une grande cascade entourée de bâtiments industriels.|Les chutes de Trollhättan, citées par Hugo Conwentz pour illustrer la destruction progressive des paysages naturels suédois.
Ces réunions créent une vague d'enthousiasme dans le pays. Par exemple, dans le fameux roman Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède publié entre 1906 et 1907 et destiné à être utilisé pour enseigner la géographie dans les écoles suédoises, l'auteure Selma Lagerlöf, par l'intermédiaire de son personnage l'oie Akka, écrit une ode pour la protection de la nature :
Le travail parlementaire 1904-1909 Une des personnes assistant au discours de Stockholm est Karl Starbäck, botaniste et surtout membre du parlement suédois. Ainsi, un mois après la réunion à Stockholm, il évoque la question de la préservation de la nature suédoise au parlement. Le parlement est enthousiaste et décide de créer une commission parlementaire, sous la supervision de l'Académie royale des sciences de Suède, chargée de déterminer le fonctionnement et les sites à protéger. La commission, en consultation avec de nombreux scientifiques et responsables de domaines forestiers, propose de créer deux statuts de protection : parc national pour des grandes zones et monument naturel pour des plus petits objets. Elle établit aussi une liste de parcs nationaux potentiels, tentant d'inclure des zones représentatives des différents types de paysages suédois. Son rapport est transmis en 1905 à Domänstyrelsen, l'agence responsable des forêts publiques suédoises. Si celle-ci s'accorde avec le besoin de protection de la nature, elle est très critique quant à la sélection, qu'elle trouve incohérente et manquant de bases scientifiques. Ceci porte un coup d'arrêt à la commission et reporte la création des premières aires protégées.
vignette|alt=Un chêne au tronc très large au cœur d'un paysage agricole.|Les arbres sont le type le plus courant de monuments naturels en Suède, tel qu'ici le chêne de Rumskulla, classé en 1928.
Mais le sujet demeure à l'agenda politique. Une nouvelle commission est créée en 1907, dont Karl Starbäck est membre, afin de guider le ministère de l'agriculture qui a repris la question de la protection de la nature. Cette commission reprend en partie les travaux de la précédente : la proposition de loi pour les monuments naturels s'inspire de la discussion d'Hugo Conwentz et donc du modèle prussien tandis que les parcs nationaux, destinés à être de plus grande taille, s'inspirent du modèle américain. Cependant, seuls neuf parcs nationaux sont proposés, ce qui est nettement moins que la proposition de la commission précédente ; et l'essentiel de leur superficie est concentré dans le Nord du pays. En d'autres termes, la représentativité que recherchait la première commission est totalement abandonnée. En revanche, la minimisation des conflits économiques est considérée comme essentielle, et il est précisé que les parcs ne peuvent être établis que sur des terrains publics. Enfin, le tourisme a une influence déterminante sur le choix des premiers sites, du fait de l'influence de la STF.
Tout ce processus aboutit en 1909, qui est depuis célébrée comme l'année de la protection de la nature en Suède. Le , la Svenska Naturskyddsföreningen (SNF, Association de protection de la nature) est créée. Mais surtout, à peu près à la même période, la commission transmet deux propositions au parlement. La première concerne la création d'une loi définissant le statut de monument naturel () et d'une loi définissant celui de parc national (). La deuxième concerne la création de dix parcs nationaux (le plus grand parc parmi les neuf initialement suggérés est divisé en deux : parc national de Sarek et parc national de Stora Sjöfallet). La loi sur les monuments naturels suscite quelques débats, mais celle sur les parcs nationaux est acceptée en l'état. C'est donc le que la Suède crée ses premières lois de protection de la nature et les premiers parcs nationaux du pays et d'Europe.
Des débuts hésitants Gestion vignette|gauche|alt=Tapis d'orchidées alternant jaune et pourpre.|Prairie parsemée d'orchis sureau () dans le parc national d'Ängsö.
La gestion des premiers parcs est confiée à l'Académie royale des sciences de Suède, qui est considérée comme l'organisation la plus qualifiée, et aussi pour faire parallèle à la gestion des sites historiques par l'Académie Royale Suédoise des Belles-Lettres, de l'Histoire et des Antiquités. La avait aussi été envisagée mais était considérée comme moins appropriée car l'organisation est plutôt chargée de la gestion des forêts publiques à des fins économiques. Elle reçoit cependant en 1909 le droit de former ses aires protégées : les réserves domaniales (). L'Académie décide de déléguer la gestion des parcs nationaux et monuments naturels à un comité de protection de la nature en son sein () qui, dans un premier temps, ne compte que trois responsables. Entre 1910 et 1913, le comité prend ses premières décisions en établissant les limites précises des neuf premiers parcs nationaux du pays : Sarek, Stora Sjöfallet, Pieljekaise, Abisko, Sonfjället, Gotska Sandön, Garphyttan, Ängsö et Hamra. Les limites du dixième, qui devait être établi dans la forêt primaire du district de Tärendö, ne sont jamais arrêtées et la création de ce parc est finalement abandonnée vers 1927-1930.
Cependant, très vite les limites de la gestion par le comité apparaissent. Tout d'abord, l’État octroie des moyens financiers très limités à l'Académie pour la gestion des aires protégées. Par exemple, les responsables ne sont pas rémunérés, seule une secrétaire l'était. En outre, à cette époque, l'idéal de gestion est de laisser la nature évoluer sans influence humaine, ce qui signifie en pratique que la nature est abandonnée à elle-même. Ceci a des conséquences très négatives sur certains parcs, en particulier Garphyttan et Ängsö dont les prairies ne se maintiennent que grâce au fauchage ou au pâturage par le bétail. Du fait de leur protection comme parc national, ces activités y sont interdites, et les prairies fleuries disparaissent progressivement au profit d'arbres et arbustes.
thumb|alt=Photo en noir et blanc avec deux hommes assis devant une grosse chute d'eau, au milieu des montagnes.|La cascade de Stora Sjöfallet, aujourd'hui presque asséchée.