thumb|upright=1.5|Localisation des principales régions et cités de la Grèce antique (âges obscurs, périodes archaïque, classique et hellénistique).

L’histoire de la Grèce antique se décompose en plusieurs périodes, allant du développement des premières communautés agricoles durant le Néolithique, à partir du , jusqu'à l'Antiquité tardive, qui s'achève au . Il s'agit de la première civilisation à s'être développée sur le continent européen. Tirant parti de sa proximité avec les plus anciens foyers néolithiques et urbains du Proche-Orient et d'Égypte, elle connaît plusieurs phases de développement durant l'âge du bronze puis devient durant le une civilisation très dynamique et influente, marquant de son empreinte les cultures voisines, nombre de ses aspects étant érigés en modèle et servant de référence pour les civilisations postérieures, en premier lieu en Europe.

Après le développement des premiers villages agricoles durant les époques néolithiques, la Grèce voit l'essor de plusieurs ensembles culturels dans les Cyclades, la Crète minoenne et le sud de la Grèce continentale helladique, durant l'âge du bronze, qui va d'environ 3200 à 1200 av. J.-C. L'effondrement de la dernière grande culture grecque de l'âge du bronze, la civilisation mycénienne, ouvre une période de transition et de recompositions, les « siècles obscurs », première des quatre "époques" de la Grèce antique, qui va d'environ 1200 à 800 av. J.-C. et qui porte en germe un renouveau de la civilisation grecque. Débutent alors les phases généralement tenues pour caractéristiques de la « Grèce antique ».

L'époque archaïque, qui va d'environ 800 à 480 av. J.-C., voit la formation de la civilisation des cités grecques, forme d'organisation caractéristique de la Grèce antique, une période d'expansion par la fondation de nouvelles cités dans d'autres régions de la Méditerranée et de la mer Noire (la « colonisation grecque »), et l'apparition de formes littéraires et intellectuelles originales (épopées homériques, poésie lyrique, philosophie).

L'époque classique, de 480 à 323 av. J.-C., apparaît à la suite de la victoire d'une coalition de cités grecques face à la tentative de conquête des Perses (les guerres médiques), qui laisse face-à-face les deux cités les plus puissantes, Athènes et Sparte, qui entraînent le monde grec dans un conflit de grande ampleur, la guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.). Cette période voit une floraison culturelle se produire autour du foyer athénien (le « siècle de Périclès »), visible dans l'art, l'architecture, le théâtre, la philosophie, etc. Le voit se poursuivre les rivalités entre cités pour l'exercice de l'hégémonie, situation finalement réglée par l'émergence du royaume de Macédoine qui parvient à dominer les cités de Grèce en 338 av. J.-C. Le macédonien Alexandre le Grand conduit en quelques années la conquête de l'empire perse, mais à sa mort en 323 av. J.-C. ses généraux se déchirent et constituent plusieurs royaumes dominant la Grèce et la majorité des anciens territoires contrôlés par les Perses.

S'ouvre alors l'époque hellénistique (323-31 av. J.-C.), une nouvelle phase d'expansion des Grecs, cette fois-ci vers l'est et le sud, avec la fondation de nombreuses cités grecques en Asie occidentale et jusqu'en Afghanistan. La civilisation grecque devient alors dominante sur le plan culturel, aussi bien dans le monde méditerranéen qu'en Orient, appuyée sur les dynasties d'origine gréco-macédonienne (Lagides en Égypte, Séleucides en Asie occidentale, Antigonides en Macédoine, Attalides de Pergame). C'est aussi une période très dynamique dans le domaine intellectuel, notamment dans les sciences. Les royaumes hellénistiques font face à partir de la fin du à l'expansion de la République romaine, qui soumet progressivement le monde grec et annexe ses différentes régions, jusqu'à la conquête de l'Égypte en 31 av. J.-C., date qui marque couramment la fin des histoires de la Grèce antique.

Pour autant la civilisation grecque antique poursuit sa trajectoire sous domination romaine. L'influence culturelle exercée sur les conquérants est souvent résumée par le qualificatif de « gréco-romain » attribué à la civilisation de la période haute de l'Empire romain (entre 31 av. J.-C. et le ). Les cités grecques situées en Grèce et sur le pourtour de la Méditerranée orientale restent dynamiques culturellement et économiquement et occupent une place très importante dans le monde romain, préservant leur hellénité, les intellectuels de langue grecque occupant souvent les premiers rôles.

La crise du est moins violente dans l'Orient romain qu'en Occident, mais elle y est aussi suivie par des recompositions politiques, sociales et culturelles qui ouvrent vers un nouveau monde, marqué par la fondation d'un nouveau pôle du monde grec, Constantinople, autour de laquelle se forme progressivement un Empire romain d'Orient, ou Empire byzantin, dans lequel les cités perdent leur importance politique, et le christianisme devient la religion dominante, marquant la fin des cultes grecs polythéistes. La culture grecque connaît alors de profondes mutations qui accouchent sur l'émergence d'une culture byzantine, le monde grec médiéval.

thumb|La Vénus de Milo, un des chefs-d’œuvre de la Grèce antique

Chronologie

Néolithique (v. 7000-3200 av. J.-C.) : apparition des villages permanents, de l'agriculture, de la céramique. Âge du bronze ancien (v. 3300-2000 av. J.-C.) : premiers développement des cultures de l'âge du bronze grec (minoenne en Crète, cycladique dans les Cyclades, helladique en Grèce continentale méridionale), développement de l'urbanisme, de l'agriculture, de la métallurgie, des échanges. Civilisation minoenne (v. 2000-1450 av. J.-C.) : civilisation palatiale centrée sur la Crète, développement urbain, avec une expansion autour de l'Égée, apparition de l'écriture (linéaire A, hiéroglyphes crétois) Civilisation mycénienne (v. 1500-1200/1100 av. J.-C.) : civilisation palatiale centrée sur la moitié sud de la Grèce continentale, avec une expansion en Crète et autour de l'Égée, pratique de l'écriture (linéaire B) à des fins administratives, notant une langue grecque. Âges obscurs (v. 1200/1100-776/750 av. J.-C.) : effondrement de la civilisation mycénienne et de son organisation sociale et politique au profit de communautés plus petites, migrations vers l'Asie Mineure et Chypre, puis reprise à partir du début du , posant les bases de la culture grecque antique ; période essentiellement connue par l'archéologie funéraire, présentant une diversité de pratiques, poterie de style « géométrique », construction de bâtiments (dont des sanctuaires), diffusion de la métallurgie du fer. Époque archaïque (776/750-480 av. J.-C.) : période de formation des cités grecques, expansion coloniale dans la Méditerranée et la mer Noire, adoption de l'alphabet, art orientalisant, poèmes de Homère et Hésiode, philosophes présocratiques. Époque classique (480-323 av. J.-C.) : après avoir repoussé les assauts des Perses (lors des guerres médiques), Athènes et Sparte sont les deux plus puissantes cités grecques, se confrontant avec leurs alliés respectifs dans la guerre du Péloponnèse (431-404). La confrontation des cités se poursuit au siècle suivant (avec l'émergence de Thèbes), jusqu'à la mise en place de l'hégémonie macédonienne. Période de floraison culturelle, centrée sur Athènes : art et architecture « classiques », développement de la philosophie, la rhétorique, les sciences, etc. Cette période s'achève par la conquête de l'empire perse par Alexandre le Grand, roi de Macédoine (335-323 av. J.-C.). Époque hellénistique (323-31 av. J.-C.) : les héritiers d'Alexandre se partagent les pays conquis (Égypte pour les Lagides, Proche-Orient pour les Séleucides, Macédoine pour les Antigonides), coexistant avec de nombreuses dynasties grecques ou hellénisées. Processus d'hellénisation, avec la diffusion de la culture grecque dans les régions conquises. Poursuite des traditions artistiques et intellectuelles grecques. Grèce romaine (à partir de 146 à 31 av. J.-C., au plus tard jusqu'en 330 ap. J.-C.) : Rome intervient en Grèce dès la fin du , puis annexe la Grèce et les royaumes hellénistiques par étapes entre 146 av. J.-C., jusqu'en 31 av. J.-C. La Grèce fait ensuite partie de l'Empire romain, dont la partie orientale est de culture dominante grecque, posant les bases de l'Empire romain d'Orient, dont l'acte de naissance peut être situé lors de la fondation de Constantinople en 330. Antiquité tardive (période « paléo-byzantine », v. 284/330-750/800) : mise en place progressive de la civilisation byzantine, autour de l'Empire romain d'Orient dirigé depuis Constantinople, de langue grecque, christianisation des pays de culture grecque, fin des institutions civiques antiques.

Sources

Les sources servant à reconstituer l'histoire grecque antique sont variées, mêlant les champs de l'histoire, de l'archéologie et de l'histoire de l'art, que l'on a tendance à de plus en plus mêler sous le vocable de « sciences de l'Antiquité »..

Les sources littéraires sont traditionnellement le moyen d'accès privilégié à la civilisation grecque antique. Ce sont des sources secondaires, de nature variée (histoires, théâtre, poésie, philosophie, traités scientifiques). La majorité des écrits — politiques ou historiques — de cette période qui sont parvenus jusqu'à nous provient de la sphère athénienne. C'est notamment le cas pour des auteurs comme Thucydide, Xénophon, Démosthène, Platon (et à travers lui Socrate) ou encore Aristote. C'est pourquoi l’histoire d’Athènes occulte partiellement celle d'autres cités comme Corinthe, Sparte ou Thèbes, souvent mal connues dans le détail. En outre, l'approche des historiens antiques s'est souvent concentrée sur les aspects politiques, militaires et diplomatiques des évènements au détriment d'autres types d'approches (histoire économique ou sociale, histoire des mentalités...). Enfin, de nombreuses sources ont disparu ou ne nous sont parvenues que partiellement. Il convient donc de garder à l'esprit ces limites au moment d'aborder l'histoire de la Grèce antique.

La période allant de 1100 à environ 800 av. J.-C. est connue comme celle des siècles obscurs : aucun texte primaire ne nous en est parvenu et seules les recherches archéologiques en mettent en évidence les vestiges. Seuls des textes secondaires et/ou tertiaires tels que : les Histoires d'Hérodote, la Description de la Grèce de Pausanias, la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile ou les Chronicum ad annum Abrahæ de Saint Jérôme, contiennent de brefs aperçus chronologiques et des listes dynastiques des rois de cette période. L'histoire de l'époque classique est connue grâce notamment à Hérodote, à Thucydide (La Guerre du Péloponnèse) et aux biographies (Vies parallèles des hommes illustres) de Plutarque, dont celles de Thémistocle, Périclès et Alcibiade. Les conquêtes d'Alexandre le Grand sont connues grâce à des sources tardives : Diodore, Plutarque, Arrien (Anabase), Quinte-Curce (Histoire d'Alexandre le Grand) et Justin (Abrégé des Histoires Philippiques). Pour l'époque hellénistique, il existe une source majeure, contemporaine des événements : les Histoires de Polybe qui traitent de la période allant de 208 à 126 av. J.-C., dont les guerres avec Rome. Il existe aussi des sources plus tardives, comme Diodore, Plutarque, Strabon (Géographie) et le Romain Tite-Live« Historiographie grecque », dans .. De nombreuses autres sources littéraires (dont principalement Hiéronymos de Cardia, Phylarque et Douris de Samos) sont réduites à l'état de fragmentsVoir les Fragmente der griechischen Historiker de Felix Jacoby..