Les Parisii formaient un peuple gaulois installé dans l'actuelle région parisienne, qui a donné son nom à la ville de Paris. Selon César (53 av. J.-C.), leur ville principale (oppidum) aurait été Lutetia (Paris). Leur homonyme Parisii était un peuple occupant ce qui est aujourd'hui le Yorkshire de l'Est en Angleterre.

Généralités La nation gauloise des Parisii est déjà installée dans la région au cours du selon les données apportées par l'archéologie moderne. Elle devient puissante car elle contrôle le trafic fluvial sur la Seine., cependant il est possible qu'ils aient été unis aux Sénons ou dépendant de ces derniersFerdinand Lot, La Gaule, édition revue et corrigée par Paul-Marie Duval, éditions Marabout Université, 1967, ., les Sénons étant un peuple celtique plus puissant, situé immédiatement au sud des Parisii. D'ailleurs, l'évêché de Paris avait pour limites celles du pagus Parisiensis (Parisis), lui-même basé sur le cadre géographique du territoire des Parisii. Cet évêché de Paris était suffragant de celui de Sens jusqu'au . Sens était en effet la cité du pagus Senonicus (Senonge, aujourd'hui Sénonais), dont les limites étaient de la même manière celles du territoire des Sénons.

Un premier établissement prit le nom de Lucotecia (dans les sources grecques) ou Lutetia (dans les sources romaines) soit l'« argileuse »Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, éditions Larousse 1968., dont on a fait Lutèce en françaisBruno Dell, Histoire de Paris, collection des merveilles, éd. Hatier, Paris : 1992.

Le territoire des Parisii était limité par d'importants massifs forestiers : Montmorency, Saint-Germain-en-Laye, Marly, La Juvennerie, Trappes, Chevreuse, Verrières, Sénart, Armainvillier, Bondy (disparue)Ferdinand Lot, op. cit..

Pendant la conquête romaine de la Gaule, les Parisii ont participé au mouvement de résistance à César organisé par Vercingétorix, en 52 av. J.-C, ils fournirent un contingent de 8000 hommes..

Ils n'ont longtemps été connus que par le récit de César, dont le lieutenant Labiénus à la tête de quatre légions fit mettre le siège devant Lutèce.

Le nom de Lutetia « Lutèce » dans les locutions Lutetia Parisiorum ou Lutetia Parisiensis s'efface peu à peu au Bas-Empire devant l'adjectif latin substantivé Parisiis (datif locatif pluriel), dérivé du nom de la nation gauloise selon un processus couramment observé en Gaule (voir Angers, Tours, Bayeux, Lisieux, etc.). La première attestation épigraphique date de 305 ap. J.-C. environ, sous la forme Lutetia apud Parisios (Parisios étant à l'accusatif pluriel), ensuite on trouve Parisios [usque] en 400 - 410, puis Paris.

L'adjectif parisiensis explique Villeparisis, Cormeilles-en-Parisis, Fontenay-en-Parisis et toute la région du Parisis.

Le nom des Parisii

Mythe des origines et conjectures anciennes Le libraire et écrivain Gilles Corrozet (1510-1568) avance trois hypothèses sur l’origine de Paris et des Parisiens. Selon la première, la capitale tire son nom du prince troyen Pâris, fils de Romus XVII, roi des GauloisDans son Histoire de Charles Dupuy, surnommé le brave, seigneur de Montbrun réédité en 1812, Jean-Claude Martin fait vivre Romus XVII il y a 2517 ans. C'est, selon lui, un noble allobroge, fils d'Allobrox et non pas de Pâris : tout cela relève de la légende et du mythe.. La deuxième, rattache les Parisiens au peuple des Parrasiens, arrivés avec Hercule, en provenance d'une région de la Grèce, du côté de l’Asie. La troisième, qui associe les Parisii à la déesse égyptienne Isis est, selon lui, de loin la plus convaincante puisqu’elle est basée sur une preuve tangible, une statue de la déesse retrouvée à l’église Saint-Germain-des-PrésGilles Corrozet, La fleur des Antiquitez, Paris, 1532 ; aussi cité par J. Baltrusaitis, La quête d'Isis : essai sur la légende d'un mythe, Paris, 1985, , cité par Christina Contandriopulos, mythe des origines dans les histoires de Paris, conférence à l'université Mac Gill . Par la suite, le commissaire Nicolas de La Mare (1639-1723) concrétise la relation entre Paris et la déesse IsisNicolas de La Mare, Traité de la police, Paris, 1705, t.1, , cité par Christina Contandriopulos, ibidem et d'autres encore lui emboitent le pas.

En égyptien, les temples d'Isis étaient appelés per ou par, soit « l’enclos qui entoure la maison ». Selon cette hypothèse, Parisii résulterait de la juxtaposition de Per / Par-Isis, mot qui désigne effectivement des villes d’ÉgyptePierre Hubac, Carthage, éditions Bellenand.Outre le fait qu'il n'existe aucun *Perisis ou *Parisis ayant le sens de « temple d'Isis » attesté dans des textes grecs ou latins et à fortiori en gaulois, cette étymologie est invraisemblable pour un ethnonyme. En effet, il est avéré que c'est le lieu Paris qui tire son nom du peuple des Parisii et non l'inverse, un « temple d'Isis » est un lieu et non pas un ethnonyme. Pour qu'un ethnonyme puisse être tiré d'un nom de lieu, il aurait fallu un affixe ou un autre élément accolé à *Perisis ou *Parisis tel qu'« hommes » ou « ceux » pour que cela fasse sens : « les Hommes du temple d'Isis » ou « Ceux du temple d'Isis », car telle est la nature des noms de tribus ou de peuples. Enfin Parisii n'est pas *Parisis et encore moins *Perisis, le -s [s] final n'ayant aucune raison de s'être amuï aussi bien en grec qu'en latin et en gaulois., mais pas des peuples. Encore au , Jean-Nicolas Déal considère que le nom d'Isis se serait perpétué sous la forme altérée d'ÉsusJean-Nicolas Déal, Dissertation sur les Parisii ou Parisiens et sur le culte d'Isis chez les Gaulois ; ou Observations sur quelques passages du chapitre de l'Histoire physique, civile et morale de Paris, par M. Dulaure, Firmin Didot père et fils (Paris), 1826 (lire en ligne sur Gallica) Jean-Pierre Arthur Bernard, Les deux Paris: les représentations de Paris dans la seconde moitié du , Époques Champ Vallon, Paris, 2001, . que l'on trouve sur le pilier des nautes parisiaques, alors qu'Esus est un dieu authentiquement gaulois représenté sous la forme d'une divinité aux caractères virils sur cette colonne.

Un des premiers à sortir du mythe dominant sur les origines de Paris est Louis de Jaucourt qui s’insurge contre les écrivains modernes () qui continuent à maintenir le mythe d’Isis, alors qu’aucun texte de l’Antiquité ne mentionne ces liens : « Les auteurs qui dérivent le mot de Parisii de Para Isis, peuples sous la protection d'Isis, débitent une pure fiction. […] Nous ignorons le temps de sa fondation [de Paris] et de celui de ses premiers agrandissements »Louis de Jaucourt, « Paris », Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d'Alembert, Paris, 1772, t.11, , cité par Christina Contandriopulos, ibidem..

L'attitude qui consiste à relier un fait unique, comme la découverte d'une statue d'Isis, certes avérée, à l'étymologie du nom de la ville actuelle, témoigne à la fois d'une volonté de trouver une origine prestigieuse à la ville et à ses habitants, car il est difficile d'admettre que Paris doive sa fondation à une modeste tribu gauloiseChristina Contandriopulos, ibidem., et surtout d'une absence de méthodologie, le mythe, l'histoire ou l'archéologie ne pouvant en aucun cas se substituer à l'onomastique pour expliquer l'origine d'un nom propre. Or à l'époque on ignore tout de cette discipline. Linguistiquement, cette solution n'est pas envisageable : le nom du peuple n'est pas *Parisis, mais Parisii qui est un pluriel comme le sont tous les noms des tribus gauloises, par exemple les Mandubii, le singulier devait être du type *Pariso- / *Parisio-, latinisé en Parisius. En outre, si *Parisis avait été emprunté à une autre langue par le latin, il aurait été assimilé sur le modèle de la déclinaison, celle en -is de cīvis qui fait cīvēs au nominatif pluriel et non pas *cīvii. De même, Isis est restée Isis en latin, le -s [s] final n'étant susceptible de s'amuïr ni en latin, ni en grec, ni en gaulois. Quant au mot Parisis pour désigner le « pays de France » et que l'on rencontre comme élément de toponyme dans Cormeilles-en-Parisis, Fontenay-en-Parisis ou Villeparisis, il résulte de l'évolution phonétique en ancien français de l'adjectif latin Parisiensi(s), accolé au nom du pagus, c'est-à-dire pagus Parisiensis, -ensis représentant le suffixe latin qui permet de dériver des noms de pays à partir d'un toponyme ou ethnonyme local. Il a donné la terminaison -is dans ce cas. Enfin aucun élément dans la toponymie française ne reflète un quelconque usage de l'égyptien ancien en Gaule, même en tant qu'emprunt. Quant à l'histoire, elle vient renforcer les conclusions de la linguistique, puisque les spécialistes n'admettent l'existence d'un culte à Isis en Gaule et en Grande-Bretagne qu'après la conquête romaine (au premier siècle de notre ère en Narbonnaise)Antonio Gonzalès « Autour d'Isis : acquis et nouvelles perspectives » in Dialogues d'histoire ancienne, 1996, Volume 22, Numéro 22-2, (lire en ligne) et il témoigne simplement du syncrétisme religieux dans l'Empire romain, alors que la présence du peuple gaulois des Parisii (et leur nom même) est attestée à cet endroit plusieurs siècles avant cette conquête.

Étymologie L'un des premiers auteurs à proposer une étymologie plus pertinente est Jacques-Antoine Dulaure, archéologue et historien du s, il démontre que les premiers Parisiens, les Parisii, ne descendaient ni du Troyen Pâris, fils du roi Priam, ni de la déesse égyptienne Isis, mais plutôt d’une petite peuplade « qui se composait d’étrangers, peut-être originaires de la Belgique, échappée au fer de ses ennemis ». Selon Dulaure, Parisii signifie « peuple de frontière »J.-A. Dulaure, Histoire physique, civile et morale de Paris depuis les premiers temps historiques jusqu'à nos jours, Paris, 1829 (quatrième édition ), ..

Cependant, aujourd'hui encore l'origine et la signification de l'ethnonyme Parisii n’est pas établie avec certitude, car le celtique ancien est encore assez mal connu au début du . Les Parisi(i) étant un peuple celte, leur nom, comme celui de toutes les nations celtes de Gaule est fort probablement celtique. Alfred Holder rapproche le nom de Parisii du gallois paraf, peri « causer, provoquer ; ordonner de faire », d'où peryf « chef, commandant » ; ainsi signifierait le nom Parisii « provocateurs, ceux qui ordonnent »Alfred Holder, Alt-celtischer Sprachschatz, t. II: I-T, Leipzig, Teubner, 1904, p. 932..

Le spécialiste du celtique Xavier Delamarre suggère un nom basé sur la racine gauloise *pario-, chaudron, terme attesté dans les langues celtiques insulaires : vieux cornique et vieux breton per ; gallois pair ; etc. et dans des langues romanes contemporaines : occitan par / pairòl ; lyonnais per ; catalan perol ; etc. qui signifient tous « chaudron ». Le second élément -si(i) est un pluriel mal identifié, il peut s'agir éventuellement du thème démonstratif *so- ou *sio au pluriel, c'est-à-dire un pronom démonstratif au sens de « ceux ». La signification du nom serait « ceux du chaudron » ou « ceux (qui font) des chaudrons », le chaudron jouant un grand rôle dans la civilisation celtique. Il avait aussi un caractère magique dans les mythologies indo-européennes, et celtique en particulier.

Le pilier des Nautes parisiaques donne un dérivé du nom dans l'inscription : nautae Parisiaci « nautes de chez les Parisi », même si nautae est un emprunt au latin, Parisiaci est dérivé avec le suffixe gaulois -acon, celtique -*āko(n) devenu -acum en gallo-romain. C'est un suffixe localisant à l'origine..