Le soulèvement national slovaque (en slovaque : , abrégé SNP) est un soulèvement armé des insurgés slovaques au cours de la Seconde Guerre mondiale pour protester contre l'entrée de la Wehrmacht sur le territoire national. Il débuta le en tant que défense face aux unités d'occupation allemandes, et était indirectement une attaque contre le gouvernement autoritaire de Jozef Tiso. Il peut aussi être vu comme étant un effort pour être du côté des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. La ville de Banská Bystrica, en Slovaquie centrale, était le centre de cette insurrection. Les unités allemandes battirent les insurgés dans la nuit du 27 au , et une partie des combattants rejoignit la résistance. Les résistants continuèrent leur lutte contre les nazis jusqu'à la libération du pays au printemps 1945.

Le chemin vers la guerre En , Hitler proposa aux représentants de la Slovaquie de déclarer l'indépendance du pays en faisant scission de la République tchécoslovaque. Deux choix s'offrirent alors à eux pour l'avenir du pays : soit rester un État unique dans le cadre de la Tchécoslovaquie tout en étant sous la menace d'une guerre avec l'Allemagne de Hitler et la Hongrie de Horthy, soit déclarer l'indépendance du pays au prix d'une occupation de la Bohême et de la Moravie par les troupes d'Hitler. Les dirigeants du Parti populaire slovaque d'Andrej Hlinka choisirent la deuxième solution et c'est ainsi que la Slovaquie subit un sort différent de la Bohême-Moravie qui perdit sa souveraineté et devint un protectorat. Le Contrat de défense du lien entre le Reich allemand et l'État slovaque (Zmluva o ochrannom zväzku medzi Nemeckou ríšou a Slovenským štátom ) ainsi que les événements ultérieurs à l'exemple des négociations de Salzbourg indiquent clairement que cette souveraineté était plus ou moins un jouet dans les mains d'Hitler et que la nouvelle Slovaquie était dans l'obligation de collaborer étroitement dans les domaines militaire, économique et diplomatiquement.

L'Allemagne nazie décida d'utiliser les Slovaques à des fins militaires. Il s'agissait principalement de l'industrie de guerre qui se développa pendant la Seconde Guerre mondiale au profit de l'Allemagne. Par exemple, c'est en Slovaquie que furent produits les premiers affûts pour les canons allemands ainsi que des pièces pour d'autres armes. La manufacture d'armes de Dubnická prépara à la fin de la guerre la production des moteurs des missiles V2.

La seconde participation à l'effort de guerre allemand était de mettre en place une unité slovaque pour envahir dans un premier temps la Pologne où les forces terrestres avaient « réservé » des territoires naguère slovaques que la Pologne avait récemment annexés. Ceci offrait aux Allemands une porte d'entrée nécessaire pour une attaque venant de cette direction.

Quelques soldats démobilisés qui rentraient des combats du front de l'Est connaissaient déjà bien la situation et savaient que l'Allemagne nazie allait tôt ou tard perdre la guerre. La plupart d'entre eux dénonçaient la conduite des unités allemandes et surtout des SS contre les civils, les prisonniers et les résistants. Ils savaient que la guerre dans laquelle le gouvernement slovaque les menait ne se faisait en aucun cas au profit de la Slovaquie Sokolovský, L.: Spomienky na východný front 1941 – 1943. Vojenská história, 2/2007, p. 93-104.

Les préparatifs du soulèvement droite|vignette|Rassemblement des soldats de la d'artillerie antiaérienne. La situation économique et sociale dans l'État slovaque après l'invasion de la Tchécoslovaquie n'était pas aussi dramatique que dans le protectorat de Bohême-Moravie : grâce à la production d'armes pour l'Allemagne, le niveau de vie se stabilisa jusqu'en 1944. Il n'y avait pas de système de rationnement et la guerre ne toucha pas le pays de façon sérieuse. La mobilisation totale de l'Allemagne le à la suite de la défaite sur le front de l'Est pendant l'été était une preuve que l'Allemagne nazie n'était pas capable de battre l'Union soviétique même si elle arrivait à mobiliser en profondeur ses défenses. En plus du rapprochement du front, l'occupation de la Hongrie voisine par les troupes allemandes le s'ajouta à la complexité de la situation en Europe. La plupart des habitants réagirent avec inquiétude face à ces événements, réaction qui évolua progressivement vers un mécontentement envers le régime. Cette situation apporta une aide considérable aux groupes de résistance . L'importance des événements suivants a surtout ravivé les espoirs des antifascistes de l'armée mais aussi des démocrates et des communistes qui gardaient le contact avec le gouvernement en exil de Londres et avec leurs supérieurs à Moscou. Le gouvernement catholique slovaque refusa même quelques protestants, une partie de l'intelligentsia ainsi que la plupart de ceux qui étaient en contact avec les dirigeants allemands. Les antifascistes de l'armée espéraient que l'aide de l'Armée rouge, lors de son entrée en Slovaquie, protégerait le pays d'une longue guerre et des destructions qui en découleraient. Ces forces, qui étaient de prime abord assez faibles, commencèrent lentement à se préparer au combat contre l'Allemagne, motivées par les premiers succès de l'Armée rouge.

Activités des résistants avant le début du soulèvement En , la direction clandestine du Parti communiste slovaque chargea Jozef Lietavec de s'occuper des groupes de résistants appelés aussi « équipes de combat de Jánošík ». Au printemps 1942, les communistes créèrent le comité central national-révolutionnaire et incitèrent les citoyens à créer des comités nationaux pour en faire des « organes de combat pour la libération du pays », les répercussions dans le public fut à cette époque très faibles . Le , les communistes réussirent à fonder un groupe de résistance dans l'est du pays, dans les régions de Humenné et de Michalovce. Ce groupe fut créé par 25 à 40 personnes dont la moitié était persécutée et s'appelait groupe de Peter Boroš. Le , il fut attaqué par les gendarmes et la garde de Hlinka. Le groupe se retrouva divisé et la plupart de ses membres furent progressivement arrêtés. En 1944, la plupart des groupes de résistance étaient déjà démantelés et les résistants restants s'occupaient principalement à cacher des armes et des équipements dans les montagnes, ou encore à distribuer des tracts de propagande. L'opinion publique de l'époque ne souhaitait pas des actions de grande envergure, et ces unités ne pouvaient pas espérer tenir longtemps. La valeur militaire de ces sections de résistance était donc plus que négligeable.

C'est dans les régions montagneuses de Slovaquie que commença spontanément à naître un soutien aux antifascistes et à d'autres groupes de résistance, et le nombre de soldats s'évadant des camps de concentration et d'extermination augmenta. Leurs activités étaient à ce moment non armées et se concentraient plutôt sur la survie et les évasions en tant que combat réel contre le nazisme. À partir de la fin de l'année 1943, des unités de résistance commencèrent à se former et prendront plus tard de l'importance. Ces groupes étaient ceux de Miloš Uher pour l'ouest de la Slovaquie, celui de Viliam Žingor concernant la région de Turčiansky Svätý Martin et à partir de l'hiver 1943/1944, une unité sous le commandement de Ľudovíť Kukorelli vit le jour à l'est du pays.

Les groupes organisés par les communistes se concentraient sur le combat armé et l'aide de l'Armée rouge qui approchait. Ils obéissaient à leurs chefs de Moscou ainsi qu'au centre de résistance de Kiev. Le pouvoir sur les partisans était en réalité uniquement exercé par l'état-major des groupes de résistance à Kiev, et les communistes slovaques n'avaient sur eux qu'un pouvoir formel. Les unités de résistance conduites par les Soviétiques participaient pour la plupart à la création d'un mouvement de résistance dont elles dirigèrent les activités même après la défaite du soulèvement. Cela était surtout dû au fait qu'ils avaient réussi à préparer leur approvisionnement avant le début de l'insurrection. Même si les groupes de résistants n'étaient pas tous communistes, cette impression resta dans les années d'après-guerre jusqu'à la relecture de l'histoire faite par les communistes.

Le pacte d'amitié, d'aide mutuelle et de coopération d'après-guerre signé le entre le gouvernement tchécoslovaque en exil et l'URSS traitait aussi de questions liées à la préparation et à l'entraînement des groupes de résistance et leur transfert en Slovaquie. Leur entraînement eut lieu pendant l'été 1944 à Obarovo près de Rovno et à Sviatošin en URSS. Dans la nuit du 25 au , la première organisation de résistance fut implantée dans la commune de Liptovská Osada près de Ružomberok. Ce groupe était sous le commandement de Piotr Alexejevič Veličko et possédait 11 membres, dont deux Slovaques. Le , un deuxième groupe atterrit à Prašivá puis d'autres suivirent plus tard. Jusqu'alors, la résistance en Slovaquie s'était organisée uniquement de façon spontanée et les groupes n'étaient pas bien organisés. Après l'arrivée des spécialistes soviétiques, qui soutenaient un vaste arrière-pays, les groupes de partisans commencèrent à acquérir une autorité appropriée. À partir du et jusqu'à la fin de la guerre, l'état-major principal du mouvement de résistance à Kiev parachuta sur le sol slovaque 53 groupes de résistants, représentant environ personnes. Au début du mois d', l'activité de ces groupes s'intensifia dans les Basses Tatras et, au milieu de l'année 1944, les unités Tchapaïev et Pougatchev commencèrent leurs activités. Face à ces actions qui prenaient de l'ampleur, l'armée slovaque reçut l'ordre d'intervenir le , ce qui fut accompli le lendemain, quand une action de répression de grande envergure, dirigée par Jozef Turanec, débuta dans les Basses Tatras. Cette action de répression échoua, les résistants ayant été prévenus à temps. Les rencontres entre les soldats et les partisans furent amicales et certains soldats se joignirent aux partisans ou simulaient des perquisitions de leurs territoires. Un jour plus tard, le gouvernement slovaque déclara que la loi martiale entrerait en vigueur le , cela ayant pour but d'empêcher des actions futures de la part des partisans et des antifascistes. Pourtant, personne n'assura son entrée en vigueur, car les éléments aux échelons inférieurs de l'appareil d'État furent incapables de l'appliquer dans les communes qui étaient aux mains des résistants. Les menaces d'exécutions ne découragèrent pas les partisans dont certains étaient soldats, gendarmes ou encore de simples citoyens qui apportaient leur aide aux insurgés.

Le , le groupe nommé Piotr Alexejevič Veličko partit de Liptovská Lúžna pour la vallée de Kantorská dans la région de Turiec et créa une brigade de résistants, à laquelle participa aussi l'unité française de Georges Barazer de LannurienBohuš Chňoupek, Les Résistants de la dernière chance, des Français dans les maquis slovaques, éd. Jacques Grancher, Paris 1986. Le , la brigade occupa Sklabiňa et entreprit les jours suivants un raid ayant pour but de faire de la région de Turiec une zone de résistance. La région étant très montagneuse, la brigade barricada du 23 au des tunnels près de Strečno à Kraľovany, le ce fut au tour du tunnel sur la ligne de chemin de fer Horná Štubňa – Handlová et le jour suivant ce fut sur la ligne Horná Štubňa – Kremnica. Le , les résistants attaquèrent une scierie à Turany et le 25, ils distribuèrent des armes sur la place de la ville de Turčiansky Svätý Martin. Cette action est jusqu'à aujourd'hui contestable, car la situation était à bien des égards plus difficile pour les résistants que lors de l'insurrection contre les Allemands.