La poche de Lorient est l'une des , nom données aux poches de résistance allemande sur le littoral nord-européen entre et , durant la Seconde Guerre mondiale. Elle s’étend des rives de la Laïta à l’ouest à Plouharnel à l’est et englobait les îles de Groix et de Belle-Île-en-Mer, ainsi que la presqu’île de Quiberon. Elle abrite en son centre la base sous-marine de Lorient autour de laquelle un réseau de fortifications, la « (forteresse) Lorient » a été dressé par l'occupant. L'acte de reddition est signé le et, le , le général Fahrmbacher commandant de la poche remet son arme au , commandant de la d'infanterie américaine.
Dès , sur ordre d'Hitler, avaient été définies autour des grands ports du littoral atlantique, de la Manche et de la mer du Nord. Elles devaient mettre en échec le débarquement en empêchant les Alliés de s'emparer d'un grand port leur permettant de ravitailler leurs troupes.
La poche de Lorient se met en place début à la suite de la percée d'Avranches et le début de la libération de la Bretagne par les troupes américaines. Sa reddition n'intervient que le , deux jours après la capitulation du le . Après une période initiale qui s'étend jusqu'au et lors de laquelle la ligne de front est fixée, les limites de la poche de Lorient restent relativement stables durant toute la durée de son existence.
Les pertes humaines importantes enregistrées par les Alliés lors de la bataille de Brest, la rapide progression du front vers l'est et l'importance stratégique limitée de Lorient rendent un assaut non pertinent. Les Allemands de la poche n'ont plus de capacité offensive et les U-boot se sont réfugiés vers les bases sous-marines allemandes en Norvège. Les combats y sont limités, les Américains n'engageant pas beaucoup de ressources, et les troupes françaises restant sous-équipées jusqu'à la reddition de la poche..
Contexte stratégique Le débarquement en Normandie débute le et se poursuit par la bataille de Normandie. Après avoir piétiné de longues semaines dans le bocage normand, la percée d'Avranches marque une percée du front normand et une progression rapide des Alliés dans le nord-ouest de la France occupée.
thumb|left|Le front en Bretagne entre le 1 et le 12 août 1944 Le , les troupes américaines du général Patton entrent dans la péninsule bretonne . Hitler donne alors l’ordre à ses troupes stationnées en Bretagne de se replier dans les ports d’intérêt stratégique de Brest, Lorient et Saint-Nazaire.
Lorient est alors une place forte de première importance. Elle abrite la première base de sous-marins allemands, les fameux U-Boote, et a servi de quartier général à l’amiral Karl Dönitz. Deux mille soldats allemands se replient en direction de Lorient. Le général Wilhelm Fahrmbacher, commandant de la place forte, donne l’ordre de miner les ponts conduisant à la ville. 26 000 soldats allemands se trouvent dans la forteresse de Lorient.
Les contours de la poche sont stabilisés le : elle s'étend de Guidel à Quiberon, et comprend Belle-Île et Groix. Au moment de sa formation elle regroupe soldats allemands, et civils s’y retrouvent piégés. Les troupes américaines, qui étaient aux portes de la ville dès le , auraient pu donner l’assaut comme à Brest. Mais l'invasion de l'Allemagne et la chute du Reich étaient alors prioritaire et la prise de la ville aurait sans doute été très coûteuse en vies humaines comme cela a été le cas à Brest puisqu'il y eut victimes. Les résistants français et une division d'infanterie américaine seront chargés de faire le blocus pendant neuf longs mois (les accrochages furent nombreux et les civils souffrirent de faim et de froid ; en , 90 % des civils furent évacués par des convois de la Croix-RougeDidier Le Corre et Maïwen Raynaudon-Kerherzo, "La Bretagne sous l'Occupation", éditions Blanc et Noir, 2015, ), jusqu’à l'acte de reddition signé le au café breton à Étel. Le , le général Fahrmbacher remet son arme au général Kramer, commandant de la 66e division d'infanterie américaine dans un champ à Caudan.
Présentation de la forteresse et de la défense allemande Présentation de la forteresse En plus du secteur défensif protégeant la base sous-marine, la forteresse de Lorient englobait la presqu'île de Quiberon, les îles de Groix, Belle-Île, Houat et Hoëdic..
Communes concernées
La défense allemande thumb|left|Encuvement d'une pièce d'artillerie du camp de Bégo. Les deux piliers de la défense lointaine sont situés en avant du continent : le premier dans la presqu'île de Quiberon est constitué de trois pièces de marine, d'origine française, installées dans l'ancien camp de Bégo et d'une portée de , le second situé dans l'île de Groix et installé dans l'ancien fort de Grognon constitué de deux tourelles doubles d'un calibre de d'une portée de . Ces pièces interdisent toute navigation entre l'archipel des Glénan et Belle-Île..
En plus de ces deux positions, on trouve tout le long du littoral de la forteresse de nombreuses batteries côtières en général équipées de canons de . Le général Fahrmbacher estime. qu'il y avait dans la poche environ 250 canons d'un calibre égal ou supérieur à 75 mm et 120 grosses pièces de défense antiaérienne (Flak en allemand).
La ligne de défense terrestre est longue de , comporte de nombreux points d'appui et nids de résistance. On trouve également des fossés antichar et des champs de mines, notamment sur deux lignes, l'une part du fort du Talud, rejoint l'aérodrome de Lann-Bihoué, puis Quéven, passe le Scorff et rejoint la route entre Caudan et Lanester, l'autre, plus réduite, part de la côte au sud de Plouhinec et rejoint la rivière d'Étel..
Parmi les défenseurs se trouve le Gruppe Geheime Feldpolizei 7, un groupe de la police secrète militaire nazie.
Les forces alliées devant la poche et le début des opérations militaires Plusieurs dizaines de milliers de résistants français sont déjà présents aux environs de Lorient lors de l'arrivée début août des premiers Américains, en l'occurrence la blindée américaine..
Les forces américaines La blindée du général Wood arrive près de Rennes le .. À partir du , la DB est remplacée devant Rennes par la 8e DI.. Le général Wood reçoit l'ordre de foncer au sud-ouest vers Quiberon, mais il désobéit aux ordres et prend son temps. Le , le Combat command A (CCA) du colonel Clarke atteint Bain-de-Bretagne, tandis que le CCB du colonel DagerFiche biographique de Holmes E. Dager. bivouaque à Derval. Wood envisage de s'emparer de Châteaubriant, d'Angers et de Chartres.. Le temps perdu est utile aux Allemands pour rejoindre Lorient et Saint-Nazaire. Enfin le , un télégramme incendiaire du général Gaffey rappelle à Wood la mission initiale de prendre Vannes, Quiberon et Lorient.
Le à , le CCA du colonel Clarke quitte Bain-de-Bretagne et entre dans Vannes à . Une contre-offensive allemande part d'Hennebont avec la mission de reprendre Vannes, elle échoue dans sa tentative. Le , le CCA prend Auray, puis les américains font la jonction avec la 1ère Compagnie du 7ème Bataillon FFI sous les ordres du capitaine Georges Hillion mais bute sous Hennebont, face aux lignes allemandes déployées le long du Blavet.. Il se dirige alors vers Lochrist mais est à nouveau bloqué. Il se replie vers Caudan le . Il abandonne le front de Lorient pour Nantes.
Le CCB bloqué à Châteaubriant depuis le , libère Redon le et arrive sur Lorient vers entre Caudan et Pont-Scorff. Le CCB fait irruption à Pont-scorff sans trouver de résistance. « De même, on annonça à que des blindés s'approchaient de Quéven. Un feu violent de notre artillerie les obligea à s'arrêter, puis à faire demi-tour, ainsi que quelques chars qui avaient essayé de passer par Gestel pour attaquer l'aérodrome ».. Ainsi les tirs de la batterie allemande de Moustoir-Flamm causent 20 morts et plus de 80 blessés aux forces américaines. Les pièces lourdes de marine qui tirent depuis Lorient empêchent la progression des chars du colonel Dager. Au Perroquet vert, au nord de Lorient, les blindés subissent les tirs d'artillerie de la DCA allemande, perdent 3 chars et sont contraints de se replier à Kerruisseau.
Comme à Rennes, le général Wood ne souhaite pas engager les blindés dans la zone urbaine de Lorient et demande à être relevé par la DI, mais celle-ci est engagée dans la bataille de Brest. C'est finalement la du général Grow, venant de Brest, qui relève le la DB.
La situation s'enlise pendant un mois, et la est elle-même remplacée le par la d'infanterie du général Malony. La DI est présente sur les fronts des poches de Lorient et de Saint-Nazaire. Son quartier général est à Châteaubriant.. Les unités à Lorient sont commandées par le brigadier général Rollins.
Le , la DI est remplacée par la d'infanterie du général Kramer venue directement des États-Unis. Elle restera devant la poche de Lorient jusqu'à la capitulation.
Les forces françaises Le Gouvernement provisoire crée le les Forces françaises de l'Ouest dont le commandement est confié au général de Larminat. Les forces françaises du Morbihan sont commandées par le général Borgnis-Desbordes, elles sont constituées de hommes. Le général Borgnis-Desbordes prend son commandement le et installe son QG à Vannes le ..
Le secteur de Lorient est divisé en quatre sous-secteurs.. : Le sous-secteur du Finistère (ou sous-secteur Lorient-Ouest) : depuis l'embouchure de la Laïta jusqu'à la forêt de Carnoët, sous les ordres du commandant Le LoyerVoir plaque commémorative., avec le PC à Clohars-Carnoët ; Le sous-secteur de Lorient-Nord : de la Laïta à Hennebont (Forêt de Carnoët, Kervilin, Kerlouet, Penprat, Caudan, Hennebont, Le Nanic, Trémolo, Kerlois), sous les ordres du commandant MullerCitation., basé au château de Meslien. et du capitaine Georges Hillion près de Cléguer ; Le sous-secteur de Lorient-Centre : entre le Blavet et la rivière d'Étel (viaduc, Le Porze, Hennebont, Nostang) sous les ordres du commandant Le CoutallerVoir citation., avec un PC à Branderion ; Le sous-secteur de Lorient-Est : de la rivière d'Étel à Carnac, sous les ordres du commandant Le GarrecFiche biographique du commandant Le Garrec. et base à Ploemel.
Les opérations militaires Sur la ligne de front, si les accrochages sont fréquents et les tirs d'artillerie quotidiens., les combats restent de faible intensité. Selon l'universitaire Christian Bougeard . Les combats les plus importants ont lieu le long de la Laïta et surtout de part et d'autre de la rivière d'Étel. À la fin du mois d'octobre, un bataillon allemand lance une offensive en direction de Nostang, bouscule les forces françaises et s'empare du village de Sainte-Hélène. Ce fait d'armes sera monté en épingle par la radio allemande : Les forces d'occupation de la forteresse de Lorient [...] ont fait face à un assaut ennemi et, au moyen d'une vigoureuse contre-attaque repoussé la ligne de front jusqu'au delà de la ville de Sainte-Hélène, en direction du nord et de l'est.
thumb|alt=Texte alternatif pour l'image|Le bourg de Belz et la rivière d'Étel Quelques jours plus tard, le , l'aviation alliée détruit le pont Lorois, unique passage pour passer d'une rive à l'autre de la rivière d'Étel. Ainsi, les Allemands ne disposent plus de liaison terrestre avec la garnison de la presqu'île de Quiberon.
Le journal La France libre : organe de "Ceux de la Libération-Vengeance" décrit ainsi le front dans son édition du :
En novembre, la flak allemande parvient à couler deux bateaux de guerre américains qui patrouillent en bordure de la côte en prévision d'un débarquement sur les côtes bretonnes d'un important détachement allemand en provenance des îles Anglo-Normandes. Le débarquement n'eut jamais lieu.. En novembre également, une petite force française tente en vain de débarquer sur Houat et Hoëdic, petites îles à l'est de Belle-Île.