Le parc national de Sarek est un parc national du Nord de la Suède, dans la commune de Jokkmokk du comté de Norrbotten en Laponie. Il couvre dans les Alpes scandinaves et est bordé par les parcs nationaux de Padjelanta et de Stora Sjöfallet.

Le parc est la zone la plus montagneuse de Suède, avec dix-neuf sommets de plus de dont le Sarektjåhkkå, deuxième plus haut sommet du pays avec . Le parc est parcouru par la rivière Ráhpaädno et la vallée de Rapadalen qui forment l'« artère du parc ». Cette rivière, alimentée par une trentaine de glaciers, transporte des quantités de sédiments qui, en se déposant, ont créé plusieurs deltas tout au long du cours de la rivière. Un de ces deltas, le delta de Laitaure, est l'icône du parc.

Sarek, ainsi que le reste de la Laponie qui l'entoure, sont souvent qualifiés de d'Europe. En fait, le secteur du parc est habité depuis environ par les Samis, peuple nomade du Nord de l'Europe. Ils vivaient initialement de la cueillette et de la chasse, en particulier au renne, mais, peu à peu, ils ont développé une culture basée sur l'élevage de cet animal associé à des déplacements de transhumance. La principale zone de pâture des rennes en été est cependant le parc de Padjelanta, Sarek n'étant essentiellement qu'un lieu de passage. Les Suédois, eux, ne commencèrent à s'aventurer dans ces montagnes qu'à la fin du , principalement à des fins scientifiques. Le plus éminent, Axel Hamberg, plaida alors pour la protection de cette zone et fut soutenu par le célèbre explorateur polaire Adolf Erik Nordenskiöld, ce qui aboutit en 1909 à la création du parc national de Sarek et simultanément à celle de huit autres parcs nationaux, les premiers parcs nationaux de Suède et même d'Europe. Le parc et la région furent classés en 1996 patrimoine mondial de l'UNESCO, en partie pour sa nature préservée et pour une culture toujours présente.

La faune et la flore du parc ont conservé l'essentiel de leur diversité originale. En particulier, le parc constitue un refuge pour les grands mammifères carnivores suédois, pour la plupart menacés dans le pays. L'avifaune du parc présente aussi une grande richesse, en particulier autour des zones humides.

Le parc national de Sarek est considéré comme l'une des plus belles zones naturelles de Suède. Cependant, du fait de sa piètre accessibilité, ainsi que du peu d'infrastructures touristiques, il n'est visité que par environ deux mille personnes par an.

Toponymie Dans le parc national de Sarek, comme dans la plupart de la Laponie, un grand nombre de toponymes tiennent leur origine des langues sames, plus précisément le same de Lule.. Ils ont souvent deux graphies distinctes, une graphie same, et une graphie suédoise qui en dérive et qui dominait initialement, mais est petit à petit remplacée par la graphie same dans les cartes. Par exemple, la principale rivière du parc est appelée en same, mais souvent orthographiée en suédois. Les suffixes de toponymes les plus courants dans le parc sont signifiant « montagne », « vallée », « petite rivière », « plateau », « rivière », « lac ». Parfois, d'autres variantes sont également utilisées dans la région dont le finnois, par exemple pour lacListe des suffixes du Norbotten., Liermejávri est ainsi un petit lac touchant le parc voisin Stora Sjöfallet.

Le nom Sarek provient probablement soit d'un mot signifiant un mâle renne, soit un bois de renne pointu, soit du mot voulant dire myrtille.

Géographie thumb|alt=Carte des parcs nationaux de Sarek, Padjelanta et Stora Sjöfallet|Carte des parcs nationaux de Sarek, Padjelanta et Stora Sjöfallet.

Localisation et frontières Le parc national de Sarek est situé dans la commune de Jokkmokk, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière norvégienne, dans le comté de Norrbotten, à l'extrême nord de la Suède. Il est ainsi entièrement situé au nord du cercle Arctique.

Le parc couvre une superficie de (), ce qui en fait le deuxième plus vaste de Suède. Il est bordé par les parcs nationaux de Padjelanta (à l'ouest) et de Stora Sjöfallet (au nord), pour une superficie cumulée d'environ . Un grand nombre de réserves naturelles sont aussi situées à proximité immédiate.

Relief vignette|alt=Vallée d'Álggavágge, dans le parc de Sarek.|La vallée Álggavágge, dans le parc.

Le parc national de Sarek est la région la plus montagneuse de Suède et nulle part ailleurs dans le pays il n'est possible d'avoir une telle impression de paysage alpin. Dans le parc, 19 sommets de plus de sont présents, dont en particulier le deuxième plus haut sommet de Suède après le Kebnekaise : le Sarektjåhkkå culminant à une altitude de . L'altitude minimale dans le parc se trouve au sud-est, près du lac Rittak, avec .

Le parc est constitué de trois éléments de relief, parfois difficiles à distinguer les uns des autres : de larges vallées, des massifs montagneux et des hauts plateaux. La principale vallée du parc, qui est aussi la plus célèbre, est Rapadalen/Ráhpavágge. Cette vallée pénètre le parc sur plus de et compte plusieurs ramifications, les plus importantes étant Sarvesvágge, qui remonte jusqu'au parc de Padjelanta, Guohpervágge et Ruohtesvágge, entourée de nombreux glaciers, dont ceux du mont Sarektjåhkkå. Parmi les autres vallées notables n'appartenant pas au réseau de Rapadalen, Guhkesvágge forme la frontière nord-est du parc et Njoatsosvágge se situe près de la frontière sud. Le plus grand plateau est Ijvvárláhko, à l'est du massif de Pårte/Bårdde, avec une altitude allant de . À l'ouest du massif de Bårdde, le plateau Luohttoláhko, d'une superficie d'environ , a une altitude supérieure, située entre . Enfin, entrecoupés par ces vallées et ces plateaux, se trouvent des massifs montagneux, avec souvent plusieurs sommets : les principaux massifs sont le Sarektjåhkkå (point culminant : Stortoppen, ), le Bårdde (Bårddetjåhkkå, ), le Bielloriehppe (Gådokgaskatjåhkkå, ), l'Oalgásj (Áhkátjåhkkå, ), l'Ähpár (), le Skoarkki () et le Ruohtes ().

thumb|centre|upright=1.8|alt=Vue satellite en relief du parc|Vue en relief du parc depuis le sud-est, avec le Bårdde et ses glaciers au premier plan.

Climat thumb|alt=Sarek en hiver|La vallée de Sarvesvágge en hiver Le climat du parc est partagé entre l'influence océanique à l'ouest et l'influence continentale à l'est. La première est caractérisée par des températures douces et une importante humidité, alors que le climat continental est plus sec et présente des étés chauds et des hivers froids. Ceci se traduit dans le parc par de grandes variations de temps au cours de l'année, mais, aussi, selon l'endroit où l'on se trouve, le climat peut être inattendu et très instable. Le relief très découpé du parc amplifie ces caractéristiques. À titre indicatif, un relevé météorologique d'un point de Sarek est donné ci-dessous mais en raison du relief, les variations locales sont importantes. Par exemple, les précipitations au niveau de Sarek atteignent une moyenne annuelle supérieure à , contre seulement à Ritsem non loin de là dans le parc national de Stora Sjöfallet : station 17793 (Ritsem A). Cette quantité de précipitation figure ainsi parmi les plus fortes de tout le pays.

L'altitude influence aussi grandement la température, la température moyenne en août à au niveau du mont Boarektjåhkkå étant de , alors qu'elle est autour de dans les vallées. Le gradient de température est d'environ tous les d'altitude en pleine journée.

La neige commence en général à tomber dès le mois de septembre et la couverture neigeuse s'installe durablement à partir d'octobre-novembre. Elle persiste parfois jusqu'en juin, et, sur les sommets, des névés peuvent se maintenir durant tout l'été. En outre, du fait de sa position au nord du cercle Arctique, le parc connaît le soleil de minuit en été et la nuit polaire en hiver.

Hydrographie vignette|gauche|alt=De nombreux bras de rivières et petits lacs alternant avec des forêts et prairies humides.|Le delta de Laitaure, vu depuis Skierffe.

La principale rivière du parc est la Ráhpaädno. Elle prend sa source dans les glaciers du massif de Sarektjåhkkå et parcourt ensuite la vallée de Rapadalen jusqu'au lac Laitaure/Lájtávvre, quittant ainsi le parc. Elle rejoint la rivière Lilla Luleälven qui finalement forme le fleuve Luleälven à sa confluence avec la Stora Luleälven. Cette rivière est alimentée par une trentaine de glaciers, ce qui contribue à un important débit : elle a le débit spécifique, c'est-à-dire le ratio entre le débit moyen et le bassin versant, le plus important de Suède. Le débit dépend fortement de la saison, étant en moyenne de /s en juillet et autour de /s en hiver, pour un débit moyen annuel d'environ /s. La Ráhpaädno transporte aussi une très importante quantité de sédiments : en une journée d'été, elle peut charrier entre de sédiments, cette quantité n'étant que de quelques tonnes en hiver, de sorte qu'en une année, le cumul atteint . Ces sédiments expliquent la couleur gris-vert de la rivière, ainsi que la formation d'immenses deltas. Un important delta est ainsi formé à la confluence de la Ráhpaädno avec son principal affluent, la rivière Sarvesjåhkå.

thumb|alt=Photo du delta de Laitaure, bordé par une montagne, qui, en hiver, projeterait son ombre sur le delta.|Le delta de Lájtávvre.

Juste après la confluence, le fleuve s'anastomose pendant près de , formant une zone dénommée Rapaselet. Enfin, le plus célèbre des deltas est le delta du Lájtávvre (), que la rivière forme en se jetant dans le lac Lájtávvre. Les autres rivières importantes correspondent aux principales vallées citées précédemment, la plupart faisant partie du bassin versant de Lille Luleälven, mais les rivières du nord du parc se jettent dans le lac Akkajaure, dans le parc national de Stora Sjöfallet, et font ainsi partie du réseau hydrologique du Stora Luleälven.

Le parc comprend aussi plusieurs lacs, avec une eau souvent cristalline. Les principaux sont l'Álggajávrre (altitude ), à la frontière du parc de Padjelanta, le Bierikjávrre (altitude ), près du parc de Stora Sjöfallet. Certains lacs de plus petite envergure existaient auparavant dans les glaciers, la glace de certains glaciers faisant barrage aux ruisseaux formés par d'autres. Avec le recul des glaciers, la plupart de ces lacs ont disparu, mais leurs traces sont encore visibles.

Géologie Formation thumb|centre|upright=2.0|alt=Photo du lac de Bierikjávvre avec en arrière-plan, la montagne Bierikbákte.|Le lac Bierikjávvre et la montagne Bierikbákte.

Le parc national de Sarek fait partie des Alpes scandinaves, une réminiscence de la chaîne calédonienne, qui est aussi à l'origine des montagnes de l'Écosse, de l'Irlande, du Groenland et du Svalbard. L'orogenèse calédonienne est liée à la collision des plaques Laurentia et Baltica entre , avec la disparition par subduction de l'océan Iapetus. La chaîne fut ensuite continuellement érodée jusqu'à former une pénéplaine. Il y a environ , un rift apparut au niveau de l'ancienne chaîne qui finalement aboutit à la formation de l'océan Atlantique.

À partir d'environ (Cénozoïque), la partie scandinave aussi bien que la partie nord-américaine subirent un important soulèvement tectonique. Les causes de celui-ci ne sont pas claires et plusieurs hypothèses ont été proposées. Une de ces hypothèses est l'influence du panache islandais, qui aurait soulevé la croûte. Une autre hypothèse est l'isostasie liée aux glaciations. Dans tous les cas, ce soulèvement permit de rehausser l'ancienne chaîne de plusieurs milliers de mètres.

Érosion thumb|alt=Le glacier Mikka.|Le glacier Mikka, dans le massif de Sarektjåhkkå.