Le corps expéditionnaire français d'Italie (CEF ou CEFI), commandé par le général Juin, est un ensemble de quatre divisions militaires constituées en grande partie de soldats issus de l'Armée d'Afrique, qui de novembre 1943 à juillet 1944 combattent avec les Alliés lors de la campagne d'Italie, repoussant les forces allemandes d'une grande partie de la péninsule.

Le CEF s'est particulièrement illustré au cours de la bataille du Monte Cassino lors de la percée de la ligne Gustave en mai 1944 qui permit aux Alliés de reprendre leur progression vers Rome, interrompue depuis janvier 1944.

En 1944, il redonne à la France son prestige et son rang de quatrième grande puissanceColonel Léon Rodier, L’Armée d’Afrique, Actes du colloque organisé le 27 novembre 1996 au Centre Mondial de la Paix pour le de la bataille de Verdun. Sa réputation est néanmoins ternie par l'importance des exactions, ainsi que par les nombreux viols, commis par des soldats du CEF envers les populations civiles qui vont jusqu'à provoquer un scandale diplomatiqueEn 2019, dans un documentaire sur les viols de guerre, l'historienne italienne Gabriella Gribaudi déclare, à propos des viols commis par des soldats du corps expéditionnaire français en Italie en mai-juin 1944 en Ciociaria : , documentaire de Danièle Alet, « Viols de guerre, 70 ans d’histoire d’une arme taboue », 2019, 55 min (voir en 15:43)..

Composition et effectifs

En , le CEF comporte Sans la D.I.C arrivée tardivement en juin 1944, dont 60 % de Maghrébins commandés par des officiers françaisPaul Gaujac, Le Corps expéditionnaire français en Italie, Histoire et collections, 2003, Belkacem Recham, Les musulmans algériens dans l'armée française (1919-1945); L'Harmattan, 1996, , véhicules et chevaux et mulets.

Au total, quatre divisions, quinze régiments d'infanterie (neuf régiments de tirailleurs, les trois groupements de tabors marocains (GTM) du général Guillaume et les trois brigades d'infanterie de la DMI), le de fusiliers marins (régiment de reconnaissance de la 1re DMI) et cinq régiments de l'arme blindée cavalerie, cinq régiments d'artillerie et trois bataillons du génie participèrent aux opérations.

Une cinquième division, non rattachée au CEF, la DIC du général Magnan sera engagée en dans la conquête de l'île d'Elbe.

Infanterie Appartenant à la Division d'infanterie marocaine du général Dody. 4, 5 et 8 Régiments de tirailleurs marocains (RTM) Appartenant à la Division d'infanterie algérienne (DIA) du général de Monsabert 3 et 7 Régiments de tirailleurs algériens (RTA) Régiment de tirailleurs tunisiens Appartenant à la Division marocaine de montagne (DMM) du général Sevez 1, 2 et 6 Régiments de tirailleurs marocains (RTM) Régiment de tirailleurs algériens (RTA) qui remplace le Régiment de tirailleurs marocains dissous en Appartenant au Commandement des goums marocains du général Guillaume (et son adjoint le colonel Hogard) (colonel Georges Leblanc), (colonel Jacques Massiet du Biest) et (colonels Soulard puis Gautier) Groupements de tabors marocains (GTM) Appartenant à la division de marche d'infanterie (DMI) du général Brosset et de la demi-brigade de Légion étrangère (DBLE) Bataillon de marche nord-africain (BMNA) Bataillons de marche , 5, 11, 21 et 24 Bataillon d'infanterie de marine et du Pacifique

Un régiment de tirailleurs nord-africains comporte un peu plus de (dont près de 500 officiers et sous-officiers) et 200 véhicules. La proportion de Maghrébins atteint 69 % pour le régiment, 74 % pour le bataillon, 79 % pour la compagnie de fusiliers-voltigeurs, 52 % pour la compagnie antichar et 36 % pour la compagnie de canons d'infanteriePaul Gaujac, Le Corps expéditionnaire français en Italie, Histoire et Collections, 2003, .

Un régiment d'infanterie type montagne comporte près de (dont près de 600 officiers et sous-officiers) et 170 véhicules. La proportion de Maghrébins atteint 77 % pour le régiment, 79 % pour le bataillon, 82 % pour la compagnie de fusiliers-voltigeurs et 77 % pour la compagnie motorisée.

Un groupe de tabors marocains comporte près de (dont près de 250 officiers et sous-officiers) et 170 véhicules. La proportion de Maghrébins atteint 77 % à 78 %.

Artillerie Artillerie de division d'infanterie Appartenant à la Division d'infanterie marocaine régiment d'artillerie d'Afrique Appartenant à la Division d'infanterie algérienne d'artillerie d'Afrique Appartenant à la Division de marche d'infanterie d'artillerie des forces françaises libres (RAFFL) Appartenant à la Division marocaine de montagne d'artillerie d'Afrique d'artillerie de montagne

L'artillerie des divisions d'infanterie ( DMI, DIM et ) comprend une batterie hors rang, trois groupes d'obusiers de et un groupe d'obusiers de et compte plus de (dont 420 officiers et sous-officiers) et 380 véhicules. La proportion de Maghrébins atteint 38 %Paul Gaujac, Le Corps expéditionnaire français en Italie, Histoire et Collections, 2003, .

L'artillerie de la division de montagne ( DMM) comprend une batterie hors rang, et trois groupes équipés de canons de 75 et compte plus de (dont 360 officiers et sous-officiers) et 180 véhicules. La proportion de Maghrébins atteint 67 %Paul Gaujac, Le Corps expéditionnaire français en Italie, Histoire et Collections, 2003, .

Arme blindée Régiments de reconnaissance Appartenant à la Division d'infanterie marocaine Régiment de spahis marocains Appartenant à la Division d'infanterie algérienne Régiment de spahis algériens de reconnaissance (colonel Bonjour) Appartenant à la Division de marche d'infanterie de fusiliers marins (capitaine de frégate Amyot d'Inville jusqu'à sa mort le , puis (capitaine de corvette de Morsier) Appartenant à la Division marocaine de montagne Régiment de spahis marocains

Un régiment de reconnaissance compte près de 900 hommes (dont 150 officiers et sous-officiers) et 220 véhicules. La proportion de Maghrébins atteint 15 % pour la troupe et 13 % pour l'ensemble du régiment.

Régiments de chasseurs de chars Rattaché à la Division d'infanterie algérienne Régiment de chasseurs d'Afrique (colonel Van Hecke) Rattaché à la Division de marche d'infanterie Régiment de chasseurs d'Afrique (colonel Simon)

Un régiment de chasseurs de chars compte près de 900 hommes (dont 140 officiers et sous-officiers) et 220 véhicules. La proportion de Maghrébins atteint 27 % pour la troupe et 25 % pour l'ensemble du régiment.

La campagne d'Italie

La campagne d'Italie débute par les opérations de Sicile en et le débarquement au sud de Naples en . L’objectif des Alliés anglo-américains, placés sous le commandement allié du maréchal britannique Alexander, est Rome.

Sur leur route, la ligne Gustav, défendue par les et Armées allemandes du maréchal Kesselring, coupe l’Italie à travers le massif des Abruzzes et bloque toute avance alliée.

Le CEF débarque à partir de novembre 43 et est engagé en deux phases : hiver 44 : bataille du Monte Cassino (), marquée par la prise du Belvédère, clé de voûte de la ligne Gustav. La ligne Gustav est percée mais l'absence de réserves empêche d'exploiter ce succès. printemps 44 : bataille du Garigliano, au cours de laquelle l'affrontement le plus violent est à Pico. Le CEF rompt la ligne Gustav en et permet aux Alliés de reprendre leur progression vers Rome, atteinte le .

Chronologie des opérations du CEF Débarquement en Italie (novembre 1943) Les premières unités débarquent en Italie à partir du et prennent officiellement le nom de corps expéditionnaire français en . Le CEF du général Juin est intégré à la Armée américaine du général Clark au sein Groupe d'armées allié du général Alexander, au côté de la armée britannique (commandée par le général Leese à partir de fin en remplacement du général Montgomery).

Conquête du mont Pantano et de la Mainarde (décembre 1943) Le , la D.I.M. du général Dody reçoit l'ordre de prendre le Monte Pantano () et de relever la d'infanterie américaine qui a perdu en tentant de s'en emparer sans succès. Après deux jours de combats acharnés face à la d'infanterie allemande, le de tirailleurs marocains du colonel Joppé parvient à s'en emparer. Le de tirailleurs marocains s'empare lui de la Mainarde () le . Les pertes sont lourdes mais ce premier résultat suscite l'admiration des Américains.

Bataille du Belvédère (janvier 1944) En , a lieu la bataille du Belvédère, dans le massif des Abruzzes, lors de la bataille du mont Cassin. Le général de Gaulle considérait cette bataille du Belvédère, conduite par l'armée française seule sur ordre du général Clark, comme l'un des faits d'armes les plus glorieux de l'armée française durant la Seconde Guerre mondiale. Les combats se sont déroulés du au impliquant essentiellement le de tirailleurs tunisiens qui perdra les deux tiers de ses effectifs dans les combats (279 tués, 426 disparus et 800 blessés).

Bataille du Garigliano (mai 1944)

En , au cours de la bataille du Garigliano, les troupes du CEF débordent puis enfoncent la ligne Gustave permettant ainsi aux Alliés de reprendre leur progression vers Rome, interrompue depuis .

Prise de Sienne (juillet 1944) et retrait du front La ville de Sienne est prise en . Le CEF est retiré du front le même mois et ses unités intégrées au sein de l’armée B commandée par le général de Lattre de Tassigny pour débarquer en Provence en .

Libération de l'île d'Elbe

Libération de l'île d'Elbe par la DIC, non rattachée au CEF, lors de l'opération Brassard, du 17 au . Au cours de trois jours de combat, la DIC, soutenue par le GTM, le bataillon de choc et les commandos d'Afrique et avec l'appui aéronaval des Britanniques et des Américains, prend d'assaut l'île d'Elbe, très puissamment fortifiée par les Allemands. Les pertes françaises sont de , et soit 7 % de l'effectif engagé. Les Italiens et les Allemands ont quant à eux perdus et .

Exactions et viols

Le corps expéditionnaire français est accusé de meurtres, vols, pillages et du viol de plusieurs milliers de femmes et d'enfants commis par les troupes françaises aux deux-tiers marocaines lors de la campagne de 1944Tommaso Baris, Le corps expéditionnaire français en Italie : violences des « libérateurs » durant l’été 1944, Vingtième Siècle, Revue d’histoire, Presses de Sciences Po, 2007/1 () lire en igne.. Le rapport d’un inspecteur du ministère de la Santé, envoyé par le gouvernement italien dans le bas Latium en , fait état de d'environ trois mille cent victimes dans les provinces de Frosinone et de Latina, mais les chiffres n'incluent pas de nombreux centres urbains parmi les plus touchés et de nombreuses petites villes. Donner des statistiques fiables est d'autant plus difficile que les victimes éprouvaient de la honte à en parler, pour des raisons intimes et en raison culture locale .

La France après-guerre acceptera de dédommager et cas de pillage.