Le secteur de l'eau potable et de l'assainissement au Maroc est assuré par une combinaison d’opérateurs publics nationaux et régionaux. L’organisation des services a connu des réformes importantes au cours des dernières années, marquées par le remplacement des opérateurs privés et des régies municipales par des sociétés régionales multiservices.

Ces sociétés sont chargées de la distribution de l’eau, de l’électricité et des services d’assainissement à l’échelle territoriale. Parallèlement, l’Office national de l'électricité et de l'eau potable (ONEE) demeure un acteur central, notamment pour la production d’eau en gros, l’approvisionnement des opérateurs locaux, ainsi que la fourniture de services dans les petites villes et les zones rurales.

L’accès à l’eau potable s’est nettement amélioré depuis le début des années 2000, tandis que les progrès en matière d’assainissement ont été plus limités. Des défis subsistent, notamment le niveau encore faible du traitement des eaux usées, l’absence de raccordements domestiques dans certaines zones urbaines défavorisées, ainsi que la durabilité de certains systèmes en milieu rural.

En réponse, les pouvoirs publics ont mis en œuvre plusieurs programmes nationaux. Un Programme national d’assainissement, lancé en 2005, visait à accroître la capacité de traitement des eaux usées et à améliorer la couverture des réseaux d’assainissement en milieu urbain. Des actions visant à étendre l’accès aux services d’eau et d’assainissement aux populations défavorisées ont également été engagées, notamment dans le cadre de l’Initiative nationale pour le développement humain.

Ressources en eau

Les ressources en eau du Maroc sont principalement des ressources conventionnelles (eaux de surface et souterraine). Pourtant des ressources en eau non conventionnelles telles que la réutilisation des eaux usées traitées et le dessalement de l'eau de mer se développent de plus en plus.

Ressources conventionnelles thumb|right|upright=1.3|La neige dans les montagnes de l'Atlas, d'où provient la majorité des fleuves du Maroc, constitue un réservoir important d'eau.

Les ressources en eau du Maroc sont, en moyenne, d'environ de mètres cubes par an soit par habitant et par an. Avant les sécheresses des années 1990 et 2000, la ressource en eau était encore estimée à environ 29 milliards de mètres cubes. Les ressources en eau mobilisables sont de de mètres cubes dont 16 milliards sont des eaux de surface et 4 milliards des eaux souterraines. Le Maroc dispose de 128 grands barrages dont la capacité de stockage est de de mètres cubes, soit plus que le débit annuel de toutes les eaux de surface. En 2004, environ de mètres cubes d'eau étaient utilisées, soit environ 67 % de des ressources mobilisables. Les usages de l’eau se répartissent suivant la proportion suivante : 83 % pour l’agriculture et 17 % pour l’industrie et l’eau potable. Ce constat doit être relativisé car les ressources ne sont pas réparties également dans l’espace (le nord du pays étant moins aride), ni dans le temps (les pluies sont concentrées en hiver). La qualité de la ressource est dégradée dans plusieurs bassins, en particulier dans le bassin du Sebou.

Il y a sept grands fleuves au Maroc et de multiples petites rivières. Les sept bassins versants principaux sont le bassin du Loukkos, celui de la Moulouya, du Sebou, du Bouregreg, de l’Oum Er-Rbia, du Tensift et du Souss-Massa. À part le Loukkos, tous ces fleuves prennent leur source dans l’Atlas. Les plus importants transferts d’eau entre bassins sont celui du canal de la Rocade entre l’Oum Er-Rbia et le Tensift près de Marrakech, celui de l’embouchure de l’Oum er-Rbia à Casablanca et celui du Bouregreg entre Rabat -Salé également dont le renforcement fut en cours de préparation en 2010. Sur le long terme, des projets de grands transferts Nord Sud d’environ de mètres cubes par jour ( de mètres cubes par an) entre le Sebou et le bassin aride du Tensift sont envisagés Global Water Intelligence:Morocco to deliver boost to desalination sector, accedé le Octobre 28, 2009.

Les usages industriels et domestiques représentaient de mètres cubes en 2003, desquels de mètres cubes (31 %) sont produits à partir de ressources souterraines et de mètres cubes (69 %) à partir d’eau de surface. Les ressources en eau souterraine sont surexploitées, en particulier dans le Sous-Massa où l’irrigation à l'échelle industrielle domine.

En milieu rural, selon un recensement effectué en 2002, 53 % des systèmes d'alimentation en eau potable étaient alimentés par des puits, 16 % à partir d’ouvrages gérés par l’ONEP ou par les régies de distribution d’eau potable (piquages sur les grandes adductions), 17 % à partir de sources et 8 % à partir de forages. Pour les 6 % restants, l’information disponible ne permettait pas de définir la ressource en eau mobiliséeMostafa KHANFAR:Vision du service de l’eau potable en milieu rural : octroi des branchements individuels entre nécessité et enjeux, mastère spécialisé management des services publics, ESSEC/ISCAE, 2004/2005, p. 15.

Épuration et réutilisation d’eau usée traitée Il y a en 2009 plus de 100 stations d’épuration (STEP) principalement dans des petites et moyennes villes de l’intérieur du pays. Seulement 20 % des eaux usées collectées sont traitéesSelon Mohamed Rifki, Directeur de Planification de la Division Eau et Assainissement du Ministère de l'Intérieur, cité dans Global Water Intelligence:"Morocco catches up on wastewater treatment", décembre 2010, p. 19. La plus grande STEP du pays est celle de la ville de Tanger avec une capacité de par jour. Achevée en et gérée par le concessionnaire privé Amendis, la station traite les eaux usées à un niveau primaire avant de les rejeter dans l'océan Atlantique Global Water Intelligence:Debtors impact Veolia Maroc's cashflow, février 2010, p. 8. Les STEP gérés par les Régies sont les suivantes, en ordre de grandeur: Marrakech, par jour, boues activées avec traitement supplémentaire pour une partie de l'eau en vue de sa réutilisation sur un terrain de golf (achevée en 2011); Meknes, par jour, traitement primaire par lagunage ; Agadir, par jour, traitement secondaire par décantation anaérobie - infiltration percolation, traitement tertiaire d'une partie des rejets pour la réutilisation ; Settat, par jour, traitement tertiaire par lagunage ; Beni Mellal, par jour, traitement secondaire par boues activées ; Deroua, par jour, traitement primaire par lagunage.

Il existe une STEP à Nador qui est hors service à la suite d'une inondation par la mer. Elle était initialement à la charge d'une régie municipale avant d'être transférée à l'ONEP qui, à son tour, a construit une nouvelle STEP inaugurée en . Les performances sont variables : la STEP d’Agadir semble bien fonctionner alors que celle de Beni Mellal serait à l’arrêt. Les plus importantes STEP en cours de construction en 2010 sont : Une STEP à Fès. Le financement de cette dernière, initialement prévu dans le cadre de la coopération externe, sera assuré par des banques marocaines Global Water Intelligence:AFD departure raises eyebrows at Fes, 16 décembre 2009, accedé le 22 décembre 2009 ; Une STEP à Oujda utilisant le procédé du lagunage aéré et d'une capacité de par jour (entamé en 2008). Les eaux épurées seront réutilisées pour l'irrigation d'environ de terrains agricolesOujdacity.net:SM le Roi lance les travaux de construction de la de la station d'épuration des eaux usées d'Oujda, 8 juillet 2008.

Parmi les premières STEP au Maroc étaient des stations dans des petites et moyennes villes utilisant diverses technologies. Ces 28 premières STEP ont cessé de fonctionner peu de temps après leur mise en service faute de moyens techniques et financier des communes qui n’ont pas organisé leur exploitation. Cette expérience a conduit en 2000 à la décision de transférer la responsabilité de l’assainissement des communes intermédiaires et rurales à l’opérateur national d’eau potable : l’ONEPRoyaume du Maroc/Banque mondiale/KfW:Revue stratégique du Programme national d'assainissement, mai 2008, p. 4. Jusqu'en 2009, l’ONEP a réalisé la construction de 43 STEP, principalement des lagunages mais aussi des boues activées et quelques lits bactériens. Les performances de ces stations sont meilleures que celles des premières stations exploitées par les communes, en partie grâce aux compétences de l’ONEP mais également du fait que les lagunages nécessitent peu de maintenance et aucune source d’énergie.

La réutilisation planifiée des eaux usées traitées est peu usitée au Maroc. Compte tenu de la tension qui existe sur la ressource en eau au Maroc, la réutilisation d’eau usée traitée ne pourra satisfaire qu’une partie de la demande. De plus, il n’existe aujourd’hui aucun cadre institutionnel pour la réutilisation des eaux usées traitées et aucun mécanisme de recouvrement des coûts auprès des usagers. À Marakkech, une partie des eaux usées traitées de la nouvelle STEP sera réutilisé pour l’arrosage de golfs. Le traitement tertiaire et le réseau de distribution d’eau usée traitée seront financés par des investisseurs privés. La régie d’Agadir (RAMSA) réalise un traitement tertiaire de ses eaux usées dont par jour sont déjà vendus à un terrain de golf. Une seconde tranche à partir de la station de Mzar devrait permettre de porter cette réutilisation d’eau usées traitées par les golfs à par jour. Redal, l’opérateur d’eau potable et d’assainissement de Rabat Salé a réalisé en 2009 une étude en vue d’irriguer les espaces verts municipaux avec de l’eau usée traitée Global Water Intelligence:Moroccan capital eyes greater reuse capacity, January 2009, accedé le décembre 22, 2009. D’autres petits projets pilotes de réutilisation d’eau usée traitée ont été entamés depuis les années 1980. Certains d’entre eux ont même été abandonnés. Parmi les projets viables, on peut citer celui de l’irrigation d’un golf à Ben Slimane qui fonctionne depuis 1997 avec une capacité de par jourRoyaume du Maroc/Banque mondiale/KfW:Revue stratégique du Programme National d'Assainissement, 2008, p. 4, citant une étude de Xanthoulis, Soudi et Khalayoune de 2001. En 2009, deux projets de réutilisation d’eau usées traitées sont également en cours d'étude à Oujda et Beni Melal. Ils sont financés par le Fonds National pour l’Environnement et prévoient d’adjoindre un traitement tertiaire à des STEP existantes. Le secrétariat d’état à l’eau et l’environnement réalise en 2009/2010 une étude sur ce sujet.

Dessalement de l'eau de mer Dans le contexte de raréfaction des ressources en eau, le dessalement de l’eau de mer apparaît comme une alternative intéressante pour le Maroc. Le secrétariat d’État chargé de l’Eau et de l’Environnement a lancé une étude sur ce sujet qui devrait être terminée fin 2009. Cette étude envisagerait, entre autres, sur le long terme des grandes usines de dessalement dans la région de Casablanca avec une capacité de par jour. Des projets ponctuels de capacité par jour étaient en cours en 2009.

Actuellement le Maroc possède plusieurs stations de dessalement d'eau de mer, avec un objectif ambitieux d'augmenter leur nombre et leur capacité de production dans les années à venir. Actuellement, il y a 12 stations en activité, mais ce nombre devrait atteindre 20 d'ici 2030. La capacité de dessalement annuelle devrait ainsi passer de 216 millions de mètres cubes par an à 1,3 milliard de mètres cubes d’ici 2030, soit environ 50% de la consommation d'eau potable du pays.