La Terreur est une période de la Révolution française s'étendant entre 1793 et 1794. Elle est caractérisée par la mise en place d'un gouvernement révolutionnaire centré sur le Comité de salut public et le Comité de sûreté générale. Ce gouvernement issu de la Convention nationale et la suspension temporaire de la Constitution de l'an I et donc de la légalité républicaine se donne pour but de faire face aux multiples troubles que connaît alors la France : révolte fédéraliste, insurrection vendéenne, guerre extérieure menée par les puissances monarchistes d'Europe. La Terreur se caractérise ainsi par un état d'exception destiné à endiguer militairement, politiquement, et économiquement la crise multiple à laquelle le pays est alors confronté.

En effet, la France est depuis en guerre extérieure face aux monarchies européennes qui souhaitent rétablir dans ses droits. À la suite de la chute de la monarchie, le , et de la bataille de Valmy en septembre, la République est proclamée, un nouveau travail constitutionnel se met donc en place sous l'autorité de la Convention nationale. Ces travaux ne se font pas sans remous, mettant aux prises royalistes, modérés et radicaux. À la suite de l’arrestationArchives parlementaires de 1787 à 1860, Paris, P. Dupont, 1897-1913, , . des députés girondins lors des journées d’émeute des et , les députés montagnards prennent le pouvoir à la Convention. La Première République se retrouve donc engagée dans une guerre révolutionnaire extérieure, contre une coalition européenne et une guerre civile contre les royalistes et les fédéralistes, qualifiés de « contre-révolutionnaires ». La Convention nationale entre alors dans un processus de durcissement de son pouvoir, afin de contenir les contestations qui proviennent à la fois des royalistes, des girondins, des modérés, avant que les montagnards ne se déchirent entre eux et que soient à leur tour frappés les sans-culottes — aussi appelés les « hébertistes » — partisans d'une radicalisation de la Révolution et de la déchristianisation, puis les dantonistes et les Indulgents. À la suite de la victoire des armées républicaines, les députés de la Plaine, les anciens dantonistes et même les hébertistes ainsi qu'une partie des Jacobins s'unissent contre Robespierre et ses alliés, soupçonnés de vouloir instaurer une dictature. Ils finissent avec difficulté après de nombreux rebondissements par obtenir la chute de Robespierre qui, blessé dans des circonstances troubles au visage (par un tir de pistolet actionné par lui-même ou un tiers) dans la nuit à l'Hôtel de Ville, est finalement guillotiné avec ses partisans le , moment qui vient marquer la fin de la Grande Terreur.

Au cours de cette période, de nombreuses arrestations, exécutions sommaires, procès expéditifs et massacres ont lieu, sous des autorités diverses et pour des motifs variés. On estime qu'environ furent emprisonnées et plusieurs dizaines de milliers furent exécutées par guillotine, fusillades ou noyades.

Moment paroxystique et dense de la Révolution, l'épisode de la Terreur jouit d'une image et d'un héritage ambivalents : tyrannie aveugle condamnant la Révolution dans son ensemble pour les uns, parenthèse contrainte par la force des événements pour les autres, son histoire et son historiographie sont complexes et denses. La période voit néanmoins un certain nombre d'innovations politiques, avec la première abolition de l'esclavage et la mise en place du premier suffrage universel masculin dans le cadre de la Constitution de l'an I, qui prévoit des scrutins réguliers, mais n'a jamais été appliquée. Le mot même de Terreur pour désigner cette période est forgé et popularisé lors de la réaction thermidorienne et a pour but de condamner politiquement la période du fait de l'ensemble des violences qui se sont produites jusqu'au (le ), moment de la chute de Robespierre. On élabore alors progressivement l'idée d'une sombre époque, repoussoir, marquée par un arbitraire des masses sous l'égide d'un dirigeant exalté, dont on souhaitait alors se détacher à l'époque du Directoire. Le nom même de terreur est né des exagérations dans le dosage de la répression, voire des atrocités commises par des représentants de la Convention se réclamant de l'autorité de l’État, notamment en Vendée, à Lyon, dans le nord et dans le Midi.

Le bilan humain de la Terreur fait l'objet de nombreuses controverses, de même que la qualification des faits de violence commis a été l'objet d'âpres débats historiographiques. Les dates même de cet épisode sont débattues : les historiens la font traditionnellement commencer à la création du deuxième tribunal révolutionnaire en . D'autres situent son acte de naissance dans les massacres de Septembre de 1792. Certains enfin la font même commencer en , au moment des premières exécutions publiques menées par des révolutionnaires français à Paris. La définition de ces bornes n'est bien sûr pas exempte d'enjeux idéologiques.

Chronologie Les dates précises de ce qu'on appelle communément la terreur varient en fonction des auteurs et des critères retenusJean-Clément Martin, « La Révolution a coupé la France en deux », L’Histoire, , ; P. Gueniffey, La politique de la Terreur, 2000, .. Au nom de la guerre et du « salut public », une politique de répression est instaurée par le gouvernement révolutionnaire, sous la pression d’événements menaçant la sûreté de l’État. C’est l’application outrancière de ces sévérités nécessaires qui forme ce que l'on a appelé la terreur. On distingue deux périodes « visibles » de cette terreurSur ce découpage voir : A. Soboul, La Révolution française, 1981, page 253, F. Furet, D. Richet, La Révolution française, 1999, et J. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française, 1789-1799, 1987, . : la terreur et la grande terreur.

Genèse contextuelle Avec la chute de la royauté, le , s'ouvre une période de mise en place d'une nouvelle assemblée constituante, la Convention nationale, qui se réunit pour sa première session le . Cette période voit la création d'institutions judiciaires exceptionnelles, qui furent couramment utilisées au cours de la terreur, notamment un tribunal criminel extraordinaire, qui est institué le . Toute première ébauche du tribunal révolutionnaire, il est chargé de juger, sans possibilité de pourvoi en cassation, les auteurs des « crimes » du et de tous les participants au complot de la cour royaleFrédéric Bluche, Septembre 1792. Logiques d’un massacre, Robert Laffont, 1986, ..

Mise en place et diffusion du mot d'ordre La fin du printemps 1793 est marquée par l'arrestation des députés girondins avec les journées d'émeute des et Claude Mazauric propose de faire commencer la Terreur proprement dite le , date de la « loi des suspects », dans Albert Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française, 2005, .. Avec les révélations de complots dans la lettre anglaise, publiée en par la Convention, l'assassinat de Marat, le , le soulèvement de Lyon puis de la Vendée, la prise de Toulon, la Convention fait face à une pression inédite pour légaliser et institutionnaliser un régime d'exception, pour lui donner une substance et un cadre clairs.

Les différentes forces populaires et politiques exercent sur la représentation nationale une pression conjointe pour radicaliser la politique révolutionnaire, et la transformer en une politique de lutte à mort contre les dangers intérieurs et extérieurs menaçant la République. Progressivement, la revient de plus en plus fréquemment dans les discussions et se fait de plus en plus pressante de la part d'une partie des sections de la Commune de Paris et des mouvements insurrectionnels qui souhaitent l'élimination physique et radicale des contre-révolutionnaires. Entre-temps, la Convention proclame la levée en masse le .

Sous la pression populaire, en l'espèce la manifestation ouvrière du devant l'Hôtel de Ville, la Convention nationale donne une certaine légitimité, le , à la nécessité d'une mise à l'ordre du jour de la terreur, dans des conditions bien particulières. Sans la proclamer pour autant par décret ou par un quelconque acte normatif, elle lui reconnaît une forme de nécessité et de poids à la suite de la lecture de l'adresse rédigée conjointement par Hébert et Royer. La Convention prend alors acte du mot d'ordre, et lui donne une valeur performative. Cependant, la terreur n'est pas pour autant faite institution : selon Jean-Clément Martin , l'historien d'ajouter que . Le est mise en place la Loi des suspects.

Les enragés reprennent bientôt à leur compte le mot d'ordre et consomment leur isolement du reste du mouvement révolutionnaire, considérant que la terreur est bien à l'ordre du jour et qu'elle constitue un cadre d'action propice : ainsi le , Hébert, substitut du procureur de la Commune de Paris, s'adressant aux comités révolutionnaires, développe et approfondit le lien entre l'exécution des mesures de salut public, la loi des Suspects, et le principe même de la terreur : .

À l'initiative des Jacobins et des Cordeliers, mais aussi des Montagnards en mission, l'expression « terreur à l'ordre du jour » circule progressivement dans tout le pays à partir de la mi-, par le biais de lettres. Dans celles-ci, l'initiative de la terreur est généralement attribuée aux Conventionnels. Ainsi, selon Jacques Guilhaumou il y a transformation progressive du mot d'ordre et de sa valeur performative : Article « La terreur à l'ordre du jour (juillet 1793-mars 1794) », fascicule 2 (1987) du Dictionnaire des usages socio-politiques (1770-1815), Paris, diffusion Champion..

L'état d'exception atteint son paroxysme à Paris et en province entre l'automne 1793 et l'été 1794. Le comité de sûreté générale, sorte de police judiciaire, fonctionne alors en liaison étroite avec le tribunal révolutionnaire. Le comité de surveillance ainsi que les comités de surveillance des sections parisiennes ont alors pour rôle d'établir une liste des personnes suspectées de comploter contre la révolutionAlexandre Tuetey, Répertoire des sources manuscrites de l'Histoire de Paris pendant la Révolution (volumes IX, X et XI) : la Commune de Paris, qui possède, depuis le 10 août 1792, le pouvoir militaire, a participé dans une moindre mesure à la politique de répression ; le Comité de surveillance du département de Paris a, en revanche, délivré un certain nombre d'ordres d'arrestation et entraîné le renvoi de nombreux suspects devant le Tribunal révolutionnaire.. Au mois de , après le vote des lois de ventôse, les pouvoirs de l'État sont concentrés, hormis la partie financièreCambon fut le seul ministre en titre qui exerça ses fonctions avec une relative indépendance., entre les mains du seul Comité de salut publicJean-Clément Martin, « La Révolution a coupé la France en deux », L'Histoire, , ..

La Grande Terreur La loi du () qui simplifia à l’extrême les procédures de mise en accusation et supprima toute défense en supprimant toutes audition de témoins sauf en l'absence de preuves matérielles ou morales tout en ne laissant aux jurés que le choix de l'acquittement ou de la mort, instaura, à Paris seulement, une série d’exécutions massives qu’on baptisa la Grande Terreur.

On a longtemps considéré que la Terreur s’achevait le () avec la chute de Robespierre et de ses partisans et leur exécution le lendemain ; les historiens sont aujourd'hui plus nuancés : ils rappellent que seule la loi du est abolie dans les jours qui suivent le , et que le tribunal révolutionnaire et la loi des suspects ne sont pas supprimés avant de longs moisMichel Biard et Hervé Leuwers, « Visages de la Terreur », dans Michel Biard et Hervé Leuwers (dir.), Visages de la Terreur. L'exception politique de l'an II, Paris, Armand Colin, 2014, ., tandis que les exécutions continuent.

Contexte et mise en place Patrie en danger et « première » Terreur

gauche|vignette|Sans-culottes en armes, gouache de Jean-Baptiste Lesueur, 1793-1794, musée Carnavalet.