L' est l'une des 14 subdivisions traditionnelles de l'histoire du Japon. Cette période, qui commence en 1185 et s'achève en 1333, est placée sous l'autorité politique du shogunat de Kamakura. Elle constitue la première partie du « Moyen Âge » de l'histoire japonaise, qui va jusqu'à la fin du .
Le vit le pouvoir impérial et l'aristocratie civile laisser les premiers rôles aux familles de l'élite guerrière, d'abord les Taira, puis, à l'issue de la guerre de Genpei (1180-1185), aux Minamoto de la lignée Seiwa-Genji, dont le chef de clan, Yoritomo, devint alors le personnage le plus puissant du Japon. Installé à Kamakura, il reçut de l'empereur le titre de shōgun, qui donna son nom au régime qu'il fonda, le shogunat (ou Bakufu), qui voyait les guerriers exercer les premiers rôles. Après la mort de Yoritomo en 1199, sa veuve Hōjō Masako prit en main la direction du shogunat, qui passa sous la coupe de son clan, les Hōjō, dont les chefs devinrent les « régents » (shikken) du shogun, exerçant de fait le pouvoir suprême, leur triomphe étant confirmé après qu'une nouvelle réaction de la cour impériale eut échoué en 1221.
L'époque de Kamakura vit donc l'élite guerrière s'élever au rang de catégorie dominante, les hommes-liges du régime shogunal recevant en récompense de leurs services des charges importantes et le contrôle de domaines dans tout le pays. Les empereurs retirés et la noblesse de Kyoto continuèrent cependant à jouer un rôle politique, administratif et culturel notable, de même que les grands temples du Kinai. Cette période vit donc une forme de partage de pouvoir entre ces différents groupes pour l'administration du pays, même si les chefs des principaux clans guerriers installés à Kamakura et dans le Kantō, dirigés par les Hōjō, gardaient la direction du pays. Les provinces étaient organisées suivant un modèle domanial, les domaines publics et privés étant dirigés par les membres de la haute élite, et gérés par des administrateurs locaux, encadrant la vie des communautés de paysans, pêcheurs, forestiers, artisans et autres professions. Les élites locales, avant tout d'extraction guerrière, augmentèrent progressivement leur emprise sur les domaines, au détriment de l'aristocratie civile et des temples. Les échanges avec l'extérieur connurent un essor à cette période, ce qui se voit dans le fait que les monnaies en circulation à partir du avaient toutes été importées depuis la Chine.
La vie religieuse de la période de Kamakura fut très riche, couramment considérée comme marquée par un renouveau puisqu'elle vit le développement de plusieurs courants de première importance. Le bouddhisme avait étendu son emprise sur les cultes des divinités autochtones appelées kami, et les grands temples bouddhistes étaient partagés entre plusieurs courants (Tendai, Shingon, etc.). Leur magistère fut cependant secoué par des nouveaux courants, d'un côté ceux apparus à l'initiative de moines japonais développant les idées des écoles de la Terre pure, dans une veine plus dévotionnelle et populaire, du Lotus, et d'un autre côté, le Zen, qui eut plutôt un succès dans le milieu des élites, courant axé sur la méditation qui fut importé depuis la Chine et renouvela donc l'influence culturelle déjà considérable de ce pays sur le Japon.
Durant la seconde moitié du , le shogunat fut mis à l'épreuve des invasions mongoles, qui furent repoussées, et dont il sortit renforcé, du moins en apparence. En effet, la question de la récompense des soldats ayant contribué à l'effort de guerre mina la légitimité du pouvoir de Kamakura qui n'était pas en mesure de donner satisfaction à de nombreux guerriers, par ailleurs affaiblis par les pratiques successorales égalitaires qui réduisaient leur patrimoine à chaque génération. Le caractère de plus en plus autoritaire du pouvoir des Hōjō, puis des luttes internes parmi l'élite de Kamakura achevèrent de rendre le gouvernement shogunal impopulaire, y compris aux yeux de l'élite guerrière du Kantō. Cela profita en premier lieu à l'empereur Go-Daigo qui initia le soulèvement qui emporta les Hōjō et le régime de Kamakura en 1331-1333, puis à une famille de l'élite guerrière, les Ashikaga, qui reprirent à leur compte le régime shogunal durant l'époque de Muromachi.
Définitions et contours
L'époque de Kamakura est définie suivant les principes qui permettent de définir les phases de l'histoire du Japon dans la tradition de ce pays, en fonction du lieu de résidence du pouvoir dominant, en quelque sorte sa capitale. Elle doit son nom à la ville de Kamakura, qui était alors le lieu où était installé le siège du gouvernement du shogunat (ou bakufu, son quartier général), qui dirigeait le groupe des guerriers, qui accéda à la prééminence politique au moins à partir de 1185, date de début de la domination effective de Minamoto no Yoritomo (ou en 1192, date de la nomination de ce personnage comme shogun).
Cette période est en effet caractérisée comme la première phase de l'histoire japonaise durant laquelle le pouvoir passa de la cour impériale, établie à l'actuelle Kyoto (jusqu'alors surtout nommée Heian-kyō, qui donnait son nom à l'époque précédente), au shogunat. Ce transfert de pouvoir marque le début de l'époque « médiévale » japonaise (chūsei), d'après un découpage chronologique repris de la tradition européenne. Son adoption découle notamment des travaux de l'historien Katsurō Hara (1871-1924) qui voyait dans le Japon médiéval un équivalent de l'« âge de la chevalerie » des Européens, dont le début est selon lui un moment capital. Cela expliquerait pourquoi la trajectoire historique ce pays était différente de celle des autres pays asiatiques et ressemblait plutôt à celle de l'Occident. Ce qui renvoie au contexte dans lequel il écrivit, celui de l'ère Meiji, qui vit le Japon prendre l'Occident pour modèle Andrew Edmund Goble, « Defining Medieval », dans ..
Il reste admis qu'il s'agit d'un tournant incontestable dans l'histoire japonaise, du reste déjà ressenti par certains auteurs de la période (le moine Jien). Le début exact de la domination guerrière est débattu, mais il est situé dans la seconde moitié du (vers 1150, ou vers 1180). Il instaure une longue période de domination de l'élite guerrière, qui dure jusqu'en 1868. Il s'accompagne de changements sociaux, notamment la mise en place d'un système souvent défini comme « féodal » (même si l'emploi de ce terme pour le Japon est contesté) et une plus grande place prise par la guerre et les guerriers Andrew Edmund Goble, « Defining Medieval », dans ..
L'époque de Kamakura prend fin en 1333 quand le régime de Kamakura est éradiqué avec son système politique, et que le pouvoir retourne à Kyoto, à la cour impériale pour quelques années, puis après 1336 dans un nouveau shogunat, celui des Ashikaga, gouvernant depuis Kyoto en s'appuyant sur de nouvelles structures et pratiques politiques. S'ouvre alors un second âge médiéval japonais (époque de Muromachi), marqué notamment par une généralisation des conflits militaires et des violences, aussi plus de mobilités sociales.
Histoire politique du Japon à l'époque de Kamakura
Le triomphe des guerriers et la guerre de Genpei
thumb|Peintures de guerriers. Détail des Rouleaux illustrés du Dit de Heiji, . thumb|Emplacement des batailles de la guerre de Genpei.
Les dernières décennies de l'époque de Heian furent marquées par l'ascension de la classe guerrière japonaise au détriment de la famille impériale et de la noblesse de cour, en premier lieu le clan Fujiwara qui dominait jusqu'alors les affaires politiques. Les querelles successorales impériales des années 1150 virent ce phénomène se confirmer, qu'il s'agisse de la rébellion de Hōgen en 1156 ou de la rébellion de Heiji en 1159-60, en particulier la seconde qui vit une explosion de la violence à la cour impériale. Au sortir de cette décennie houleuse, la cour était dominée par le chef du clan Taira, Kiyomori, qui avait mis au pas la famille impériale dominée par l'empereur retiré Go-Shirakawa, ainsi que ses rivaux les Fujiwara et les Minamoto de la lignée Seiwa Genji, et présidait une clientèle de guerriers tout en se voulant bien intégré dans les cercles de la cour ; il parvint notamment à marier une de ses filles à l'empereur Andrew Edmund Goble, « The Kamakura Shogunate and the Beginnings of Warrior Power », dans ; ..
L'hégémonie de Kiyomori suscita de nombreuses résistances à la fin des années 1170, auxquelles il réagit vigoureusement en exécutant ses opposants, y compris un prince impérial, en faisant emprisonner l'empereur retiré Go-Shirakawa. En 1180, sa décision d'imposer le retrait de l'empereur régnant Takakura, afin que celui-ci soit remplacé par son fils Antoku, le petit-fils de Kiyomori, suscita la révolte du prince impérial Mochihito, qui lança un appel à l'aide aux guerriers des provinces, ouvrant la guerre de Genpei. Cet appel fut reçu favorablement par plusieurs grandes familles guerrières. Minamoto no Yoritomo., l'un des quelques Minamoto à avoir survécu aux purges commanditées par Kiyomori, devait devenir le principal rival des Taira. Vivant depuis en exil dans le Kantō, il y avait forgé des alliances avec les clans guerriers des régions orientales, en particulier les Hōjō (des descendants des Taira), dont il avait épousé une des filles, Masako Andrew Edmund Goble, « The Kamakura Shogunate and the Beginnings of Warrior Power », dans ..
Les Taira se débarrassèrent rapidement de leurs rivaux dans la région de la capitale, mais leur campagne contre le Kantō échoua en 1180. Ils parvinrent à imposer leur autorité sur les provinces occidentales, où plusieurs familles s'opposaient à leur autorité, mais ne constituaient pas une menace sérieuse en raison de leur division. Pendant ce temps, dégagé de la menace, Yoritomo consolidait ses positions dans le Kantō, à partir de sa base installée à Kamakura où il constitua une véritable capitale concurrente à Kyoto où il forma une administration. Il parvint à dominer progressivement les guerriers du Kantō, qui intégrèrent son armée de vassaux (bushidan), au prix de l'élimination de plusieurs clans qui lui étaient opposés, jouant des rivalités des uns contre les autres afin de s'attacher ceux dont il avait favorisé les ambitions. Kiyomori mourut en 1181, ce qui affaiblit les Taira, d'autant plus qu'un nouvel adversaire de valeur s'était levé contre eux, Kiso no Yoshinaka, un membre du clan Minamoto et cousin de Yoritomo, mais brouillé avec lui. L'action de ce chef de guerre fut décisive puisqu'il chassa les Taira de Kyoto en 1183, mais il échoua dans ses campagnes contre leurs positions occidentales. Yoritomo, de concert avec Go-Shirakawa, dépêcha alors contre lui ses frères Yoshitsune et Noriyori, qui le défirent et l'acculèrent au suicide en . Dans les mois qui suivent, les troupes Minamoto conduites là encore par Yoshitsune et Noriyori anéantirent les forces Taira (batailles d'Ichinotani en , de Yashima en et de Dan-no-ura en ). Dans le courant 1185, l'influence du clan Taira était anéantie, le jeune empereur éliminé, et les Minamoto étaient parvenus à une position hégémonique ; Andrew Edmund Goble, « The Kamakura Shogunate and the Beginnings of Warrior Power », dans ; ..
Minamoto no Yoritomo et la création du shogunat