Carthagène des Indes () est une ville de Colombie et la capitale du département de Bolívar. Ville portuaire, elle est située sur la côte nord du pays, au bord de la mer des Caraïbes (ou mer des Antilles), à environ de Barranquilla. Sa population s'élève à .
La ville a été fondée le par le conquistador Pedro de Heredia.
Pendant près de trois siècles, elle fut un bastion du royaume d'Espagne en Amérique du Sud et eut un rôle clé dans l'administration et l'expansion de l'Empire espagnol, la présence de hautes personnalités espagnoles fortunées, proches de la royauté et de la vice-royauté de Nouvelle-Grenade, en faisant un lieu d'activités politiques et économiques. Carthagène des Indes fut aussi un important centre de traite des esclaves et de transit vers l'Espagne de l'or issu des pillages des empires aztèque et inca.
Les activités économiques de Carthagène des Indes comprennent l'industrie maritime, l'industrie pétrochimique et le tourisme.
Carthagène des Indes possède d'importantes fortifications et l'un des systèmes les plus complets de fortifications militaires d'Amérique du Sud. Le port de Carthagène fut un lien essentiel sur la route des Indes occidentales. Il tient une place prépondérante dans l'histoire de l'exploration du monde ainsi que parmi les grands itinéraires maritimes commerciaux.
La ville de Carthagène des Indes et sa forteresse sont classées au patrimoine de l'humanité de l'UNESCO..
Toponymie Carthagène des Indes fut construite sur le site d'un village amérindien déserté : Calamarí, situé sur une petite île du même nom.
Son nom ― Cartagena de Indias pour la différencier de son homonyme ― lui a été donné par les conquistadors en référence à la ville espagnole de Carthagène. Celle-ci a été fondée par les Carthaginois sous le nom phénicien de Qart Hadasht (« Nouvelle Ville »), qui était aussi celui de Carthage. Les romains la renommèrent Cartago Nova (« Nouvelle Carthage »), et Cartagena est dérivé de l'accusatif Cartaginem, peut-êtrevia l'arabe (Qarṭaǧānatu).
Le nom romain de a été directement utilisé par les Espagnols pour nommer plusieurs villes ou régions américaines.
Histoire
Époque coloniale
thumb|left|upright|Carte de Carthagène des Indes (1735). thumb|left|upright|Plan de la baie de Carthagène des Indes (1735).
Une première reconnaissance de la baie de Carthagène des Indes est effectuée par Rodrigo de Bastidas, un ancien compagnon de Colomb. Parti d'Espagne en 1501 en association avec Juan de la Cosa, il emmène avec lui Vasco Núñez de Balboa, futur « découvreur » de l'océan Pacifique Soledad Acosta de Samper, Biografías de hombres ilustres ó notables, relativas á la época del descubrimiento, conquista y colonización de la parte de América denominada actualmente ee. uu. de Colombia — Rodrigo de Bastidas.
En 1533, Pedro de Heredia, un des anciens gouverneurs de Santa Marta Soledad Acosta de Samper, Biografías de hombres ilustres ó notables, relativas á la época del descubrimiento, conquista y colonización de la parte de América denominada actualmente ee. uu. de Colombia — Pedro de Heredia, fonde Carthagène des Indes à l'ouest de l'embouchure du río Magdalena Carl Henrik Langebaek Rueda et Jorge Orlando Melo, Historia de Colombia: el establecimiento de la dominación española — Cartagena, Bibliothèque Luis Ángel Arango. En peu de temps, dans la région du río Sinú, de nombreuses tombes de caciques sont découvertes. Signalées par des tumuli, elles se révèlent être riches en or, ce qui attire nombre de conquérants.
La ville devient, à partir de 1550, un grand port de l'Empire colonial espagnol. Par sa situation géographique, elle est une étape privilégiée entre la métropole, Saint-Domingue, le Mexique et le Pérou et un port d'entrée conduisant aux Andes. Elle devient un important port négrier Luz Adriana Maya Restrepo, Demografia historica de la trata por Cartagena 1533-1810, Bibliothèque Luis Ángel Arango, le seul d'Amérique avec Veracruz au Mexique jusqu'en 1615.
Du fait de la richesse qui découle de sa position, la ville attire donc toutes les convoitises, tant celles des pouvoirs coloniaux que celles des pirates. Elle fut plusieurs fois attaquée par les pirates et corsaires français et anglais : les Français Robert Boal (1543), Jean-Martin Cotes et Jean Bontemps (1559), et l'Anglais Francis Drake, en 1586. Entre 1653 et 1659 un seul convoi parvient à Carthagène des Indes.
En 1697 a lieu l'expédition de Carthagène, une attaque par la marine française, commandée par le chef d'escadre Jean-Bernard de Pointis, du port caribéen qui est pris et pillé pour un butin estimé entre 10 et 20 millions de livresVoltaire, Le siècle de Louis XIV, T II page 47 : "Pointis, chef d’escadre, à la tête de quelques vaisseaux du roi et de quelques corsaires de l’Amérique, alla surprendre (mai 1697) auprès de la ligne la ville de Carthagène, magasin et entrepôt des trésors que l’Espagne tire du Mexique. Le dommage qu’il y causa fut estimé vingt millions de nos livres, et le gain, dix millions."Moreau de Saint-Méry, Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'isle Saint-Domingue, Philadelphie, Paris, Hambourg, 1797-1798, (réédition, 3 volumes, Paris, Société française d'histoire d'outre-mer, 1984), .. Cette expédition est ordonnée par le roi de France Louis XIV. Ce souverain recherche un succès sur les mers afin de pouvoir signer le traité de Ryswick (qui mettra un terme à la guerre de la Ligue d'Augsbourg) en position de force. Il obtient ainsi de l'Espagne la partie ouest de l'île de Saint-Domingue qui devient colonie française.
Le , dans le cadre de la guerre de l'oreille de Jenkins qui oppose l'Espagne à l'Angleterre, le vice-amiral Edward Vernon détruit le port de Portobelo, dans l'actuel Panama. Ce succès lui permet de réunir une puissante flotte qui, entre mars et mai 1741, fait le siège de Carthagène des Indes. Ce dernier se solde par une défaite majeure et de lourdes pertes pour les Britanniques : 50 navires perdus, gravement endommagés ou abandonnés et des pertes humaines considérables, avec la mort de et marins en partie due à la maladie, notamment la fièvre jaune.
Époque de l'indépendance
À la suite de l'invasion française de l'Espagne, Carthagène des Indes vit naître les premiers mouvements d'insurrection néo-grenadins qui menèrent à l'indépendance de la Colombie.
Après les exemples donnés par Caracas, où le capitaine général est déposé le , et Buenos Aires le Primera Junta (Production du ministère argentin de l'Éducation de la Nation), la première junte néo-grenadine est établie à Carthagène des Indes le Independencia de Cartagena, Bibliothèque Luis Ángel Arango. Toutefois, il n'est en réalité nullement question d'indépendance à ce stade et la loyauté des différentes juntes à l'égard de Ferdinand est exemplaire, même si l'aspiration à l’auto-gouvernement est ancienne . Mais la question de la représentation reste une question délicate entre l'Amérique et la péninsule tout au long des années 1810 et 1811. Les Américains demandent toujours le même traitement que les péninsulaires dans la représentation à la Junte Centrale de Séville. Ces demandes, finalement discutées en , sont rejetées par les Espagnols Histoire de la Colombie, 1833, 84, qui ne comprennent pas l'insistance des Américains à vouloir être traités en égaux et estiment avoir affaire à des rebelles. Cette incompréhension, que les Américains prennent pour du mépris, les pousse peu à peu à se radicaliser et, pour la première fois, à rejeter complètement l'autorité espagnole et à revendiquer l'indépendance.
thumb|left|upright|Acte d'indépendance de la province de Carthagène, .
À Carthagène des Indes l'indépendance de la province est déclarée le . D'autres proclamations se produisent dans tout le pays et aboutissent à l'indépendance de la plupart des provinces de Nouvelle-Grenade. Un Congrès des Provinces-Unies se réunit le à Tunja et adopte l'Acta de la Federación de las Provincias Unidas de Nueva Granada , constituant les Provinces-Unies de Nouvelle-Grenade, un nouvel État d'idéologie fédérale dont la province de Carthagène fait partie .
Entre le et le , le jeune Vénézuélien Simón Bolívar, qui s'est mis au service de l'armée de patriotes de Carthagène des Indes après la chute des Provinces-Unies du Venezuela, libère les villes situées sur le cours du río Magdalena lors de la campagne du Magdalena Adelaida Sourdis Nájera, La independencia del caribe colombiano 1810 – 1821: Cartagena, Santa Marta, Valledupar y Riohacha, Revista Credencial Historia (février 2010), Bibliothèque Luis Ángel Arango. Cette campagne militaire victorieuse permet la jonction entre les patriotes de Carthagène et ceux du centre du pays et pousse Bolívar à entreprendre une campagne pour libérer le Venezuela La campaña Admirable, www.venezuelatuya.com.
Pendant ce temps, une guerre civile éclate en Nouvelle-Grenade entre les Provinces-Unies de Nouvelle-Grenade et l'État libre de Cundinamarca, dirigé par Antonio Nariño, qui prône le centralisme et refuse d'intégrer la fédération. La guerre entre fédéralistes et centralistes se termine le , après un dialogue entre Cundinamarca et les Provinces-Unies, chacune représentée par deux délégués. Ceux-ci s'accordent sur la volonté d'indépendance et l'union de leurs forces contre l'ennemi commun, l'Espagne. Une expédition, commandée par Nariño, est envoyée vers les provinces royalistes du sud, mais se solde par un désastre : l'armée patriote est anéantie lors de la bataille de la Cuchilla del Tambo tandis que Nariño est capturé et rapidement envoyé en prison en Espagne .
Le , Simón Bolívar, revenu en Nouvelle-Grenade après l'échec de la Deuxième République du Venezuela, entre dans Santafé de Bogota et force Cundinamarca à intégrer les Provinces-Unies. Le compromis trouvé est que le Cundinamarca s'engage à rejoindre la fédération en échange du déplacement du siège du Congrès des Provinces-Unies de Tunja vers Bogota, qui redevient ainsi la capitale du pays Histoire de la Colombie, 1833, 126.
Après la prise de Santa Fe, Bolívar se dirige vers la côte Atlantique où il doit recevoir des armes et des fournitures de Carthagène des Indes pour prendre Santa Marta puis libérer le Venezuela. Toutefois, le gouvernement carthaginois refuse de le soutenir et Bolívar assiège la ville pendant un mois et demi. Informé de l'arrivée de Pablo Morillo au Venezuela et attaqué par les royalistes à Santa Marta, Bolívar renonce et s'embarque le pour la Jamaïque, tandis que le reste de son armée se défend du siège de Morillo, qui commence le et initie la Reconquista.
Après plus de trois mois de siège, la ville retombe finalement aux mains des royalistes le . Commence alors une campagne de répression El Régimen del Terror, www.bogota.gov.co, 31 mai 2010 orchestrée par Juan de Sámano (futur vice-roi de Nouvelle-Grenade) durant laquelle de nombreux patriotes sont exécutés pour trahison.
En 1819, à la suite de la victoire décisive de la bataille de Boyacá qui ouvre la route de Bogota aux patriotes venus du Venezuela et assure la libération du pays Stefan K. Beck H., La Batalla de Boyacá, Simón Bolívar charge le général vénézuélien Mariano Montilla d'attaquer les royalistes qui occupent encore les ports de la mer des Caraïbes. À partir du se déroule une campagne fluviale et navale qui libère un à un les ports caribéens et se termine par l'entrée des troupes indépendantistes à Carthagène le .
Époque moderne
Patrimoine Carthagène des Indes possède des défenses imposantes telles que :