La guerre civile laotienne est un conflit armé inscrit dans le contexte de la guerre froide, qui opposa le Pathet Lao au royaume du Laos. Commencée durant la guerre d'Indochine, la guerre civile se poursuivit durant la guerre du Viêt Nam, dont elle constitua un théâtre parallèle de la même manière que la guerre civile cambodgienne.
Ce conflit a impliqué les troupes américaines, les troupes thaïlandaises, les troupes sud-vietnamiennes, les troupes philippines ainsi que l'armée nord-vietnamienne, avec le soutien officieux de l'armée soviétique et l'armée chinoise. En 1973, le gouvernement royal et le Pathet Lao conclurent un cessez-le-feu. Le partage du pouvoir tourna à l'avantage du Pathet Lao, qui prit le contrôle du pays en 1975.
Situation du Laos après la Seconde Guerre mondiale
En 1945, après la prise de contrôle de l'Indochine française par l'empire du Japon, l'indépendance du protectorat du Laos est proclamée. Après la capitulation japonaise, le Premier ministre indépendantiste Phetsarath Rattanavongsa, qui souhaite éviter le rétablissement du Protectorat, se trouve en conflit avec le roi de Luang Prabang Sisavang Vong, favorable aux Français. En octobre, le gouvernement révolutionnaire Lao Issara () détrône le roi. Phetsarath devient chef de l' (Pathet Lao) : le gouvernement est une coalition hétéroclite où doivent coexister le groupe de Souphanouvong qui est arrivé à Vientiane avec des conseillers Việt Minh et celui d'Oune Sananikone, organisateur du mouvement Lao-Pen-Lao bien implanté dans le Sud et en contact avec le mouvement antijaponais siamois Thaï Seri et l'OSS américain. Les heurts entre les Lao-Pen-Lao et les conseillers vietminh sont fréquentsNina S. Adams, Patrons, Clients and Revolutionaries: The Lao Search for Independance, 1945-1954, dans Laos: War and Revolution, éd. par Nina S.Adams et Alfred W.McCoy, Harper Colophon Books, 1971, .. Le gouvernement compte deux frères cadets de Phetsarath, Souvanna Phouma et Souphanouvong. Mais le retour progressif des Français sur le territoire laotien contraint le gouvernement Lao Issara à la fuite en : la plupart des ministres indépendantistes se réfugient en Thaïlande. Quelques mois plus tard, la France réorganise politiquement le Laos, dont la constitution du fait une monarchie parlementaire, le royaume du Laos. Le prince héritier de Champassak, Boun Oum renonçant à ses droits sur le Sud-Laos au bénéfice du roi de Luang Prabang Sisavang Vong qui devient donc le premier souverain du Laos unifiéPaul Lévy, Histoire du Laos, PUF, 1974, ..
Durant la guerre d'Indochine
Ouvertement déclenchée à la fin 1946, la guerre d'Indochine oppose le Việt Minh à la France. Côté laotien, Souphanouvong réanime en la guérilla, mais le mouvement Lao Issara/Pathet Lao manque cruellement de moyens. En , le changement de gouvernement en Thaïlande lui fait perdre ses appuis politiques locaux. En 1949, la France accorde une autonomie accrue au Laos : une partie des indépendantistes Lao Issara se déclarent satisfaits et, Souvanna Phouma en tête, acceptent la proposition d'amnistie du roi et rentrent au pays. Le , le Lao Issara est officiellement dissous. Souphanouvong refuse cependant d'abandonner la lutte mais, malgré l'aide de Hô Chi Minh, ses partisans se réduisent alors à quelques bandes dans les régions montagneuses contrôlées par le Việt Minh. Le , Souphanouvong crée le Front du Laos libre (Neo Lao Issara), dont il prend la présidence du comité central, ainsi que le gouvernement provisoire de l'État du Laos. Avec le soutien du Việt Minh, le Pathet Lao reconstitue ses forces, opère des ralliements dans les minorités ethniques des régions montagnardes et établit progressivement des bases sur le territoire laotien, diffusant sa propagande dans les villages. Dans le courant de l'année 1951, les forces militaires du Pathet Lao sont suffisamment importantes pour participer aux opérations militaires du Việt Minh contre les FrançaisLaos The Pathet Lao, Library of Congress Country Studies..
Conquête d'une partie du pays par le Pathet Lao vignette|Guérillas du Pathet Lao dans la ville de Sam Neua en 1953 . Dès , le Pathet Lao établit le siège de son gouvernement à Sam Neua. En , environ de l'Armée populaire vietnamienne du Việt Minh, commandés par Võ Nguyên Giáp, accompagnés par du Pathet Lao commandés par Souphanouvong, envahissent le Nord-Ouest du royaume, dans le but de s'emparer de Luang Prabang, siège du palais royal, et de la plaine des Jarres. Le roi refuse d'évacuer la ville, tandis que l'ennemi avance et que plusieurs milliers de villageois prennent la fuite. Finalement, les troupes việt minh se replient à de Luang Prabang, mais le Pathet Lao contrôle désormais un territoire étendu, étend son gouvernement à un réseau de villages, et réorganise ses forces armées pour protéger le terrain conquis et mener des actions de guérilla accrues. Le comprend la plus grande partie du plateau des Bolovens au sud du pays, et une partie des provinces de Sam Neuang, Xieng Khouang, Phongsaly et Luang Prabang au nord. Les maquis lao-vietnamiens se montrent de plus en plus agressifs au cours des mois qui suivent, et les autorités apparaissent peu réactives dans les campagnes. Au printemps 1953, la France considère comme une priorité d'éviter l'extension du conflit sur le Laos, menacé par le Việt Minh. C'est pour défendre le royaume et éviter qu'en faisant appel à l'ONU, il n'amène à une internationalisation du conflit, qu'est décidée l'occupation de Ðiện Biên PhủJacques Valette, La Guerre d'Indochine, Armand Colin, 1994, page 318.. En , le Việt Minh lance deux offensives sur le Laos, qui sont repoussées en un mois mais ne représentent que des diversions avant la bataille de Điện Biên PhủKenneth J. Conboy, War in Laos, 1954-1975, Squadron/Signal Publications, 1994, page 5..
En 1954, les accords de Genève mettent fin à la guerre d'Indochine et entérinent le retrait français. Malgré les efforts de son représentant, le gouvernement royal du Laos ne parvient pas à empêcher le Pathet Lao, représenté aux côtés du Việt Minh, d'être mentionné parmi les participants. En outre, les accords, qui refusent toute idée de partition du pays, prévoient l'ouverture de pourparlers entre le royaume du Laos et le Pathet Lao.
Trêve dans la guerre civile
Les pourparlers entre le gouvernement royal et le Pathet Lao débutent le : pour les partisans de Souphanouvong, les négociations visent surtout à obtenir l'égalité des droits entre les deux parties, tandis que le gouvernement royal refuse de les considérer autrement que comme des insoumis ayant servi une armée étrangère. Un accord est finalement trouvé et le Pathet Lao accepte l'intégration de ses unités militaires à l'Armée royale lao, et fonde en un parti politique destiné à participer aux élections, le Front patriotique lao (Neo Lao Hak Sat, NLHS). Le , un gouvernement de coalition, présidé par le neutraliste Souvanna Phouma, est formé. Le pays fait néanmoins l'objet d'une présence de plus en plus importante des États-Unis, attachés à endiguer le communisme en Asie, et dont l'aide financière est vitale pour la police et l'armée du Laos. En 1958, des élections partielles organisées pour assurer la représentation parlementaire du NLHS lui permettent de remporter des provinces ce qui, sans lui assurer de majorité au parlement, représente un camouflet pour les États-Unis. La droite nationaliste laotienne, favorable à l'alliance avec les États-Unis, condamne la coalition avec le Pathet Lao et n'admet pas l'entrée du gouvernement des , alors que la tension au Viêt Nam s'accentue.
Reprise des hostilités
vignette|300px|Guérilleros anticommunistes de l'ethnie Hmong. Les États-Unis suspendent leur aide financière au Laos, et Souvanna Phouma est obligé de démissionner dès , laissant la place au pro-américain Phoui Sananikone. En , en violation des accords, les troupes nord-vietnamiennes réalisent des incursions en territoire laotienLaos North Vietnamese Invasion - US Library of Congress.. En , les deux derniers bataillons de l'Armée de libération et de défense lao refusent d'intégrer l'armée régulière car les autorités gouvernementales interdisaient la présence des responsables civils Pathet Lao à la cérémonie : le gouvernement prend prétexte de l'incident pour faire arrêter, le , Souphanouvong et les autres chefs de son mouvement présents à Vientiane : ils parviendront néanmoins à s'évader le . Entre-temps, le Pathet Lao a repris le maquis, ses troupes se séparant de l'Armée royale lao. La situation politique au Laos est de plus en plus tendue : à la fin , l'armée du Nord Viêt Nam pénètre à nouveau en territoire laotien. En , le roi Sisavang Vong, laissant le trône à son fils Savang Vatthana, lui aussi favorable à l'alliance avec les États-Unis. Le général Phoumi Nosavan, l'un des chefs de la droite nationaliste, est de plus en plus influent sur la scène politique ; s'il échoue la fin 1959 à devenir Premier ministre, il se voit accorder le portefeuille de la défense et étend ses réseaux, fait changer la loi électorale et contrôle de fait le gouvernement issu des élections d'Laos : the Army enters politics - US Library of Congress..
Le , un coup d'État organisé par l'officier Kong Lê remet au pouvoir Souvanna Phouma sans effusion de sang. Phoumi Nosavan, cependant, ne désarme pas et, soutenu par les États-Unis et la Thaïlande, promet dès le mois d'août de reprendre la capitale : ses troupes avancent sur Vientiane et le , le général réunit des membres de l'Assemblée qui votent le renversement du gouvernement de Souvanna Phouma, acte signé par le roiLaos - a deepening split - US Library of Congress.. Boun Oum forme un nouveau gouvernement, dont Phoumi Nosavan apparaît comme l'homme fort. Les troupes de Kong Lê cherchent un appui du côté du Nord-Viêt Nam et de l'Union soviétique : ils reçoivent bientôt des livraisons d'armes par un pont aérien mis en place par les Soviétiques, et une offensive menée par les neutralistes, le Pathet Lao et les Nord-Vietnamiens leur permet de repousser les troupes royales dans la plaine des Jarres. Les États-Unis envoient de leur côté des armes à la guérilla hmong dirigée par le général Vang PaoLaos The Battle of Vientiane - US Library of Congress.Laos The Widening war - US Library of Congress.. L'affrontement politique entre la droite soutenue par la Thaïlande et les États-Unis, et la gauche soutenue par le Nord Viêt Nam prend également un tour ethnique : Phoumi est lao de la plaine, tandis que le Pathet Lao recrute essentiellement parmi les minorités montagnardes qui jouxtent le Viêt Nam. Le Laos est alors menacé de partition. Un accord soviéto-américain est finalement trouvé à Vienne en , et préconise une reconstitution du gouvernement de coalition de Souvanna Phouma, avec Boun Oum et Souphanouvong. Après de longues négociations, Souvanna Phouma forme son nouveau gouvernement, comptant des ministres neutralistes, de droite et Pathet Lao. Mais l'accord dure moins d'un an : en , les ministres Pathet Lao quittent la capitale, où ils se jugent peu en sécurité.
Un théâtre parallèle de la guerre du Viêt Nam
vignette|North American T-28 Trojan de l'US Air Force sur l'aérodrome de Long Tien, base de la CIA au Laos (1972). vignette|gauche|Obusier 122 mm M1938 soviétique utilisé par le Pathet Lao en 1968-1969 et 1971. vignette|Centre d'entrainement des militaires laotiens, mis sur pied avec l'aide de l'armée américaine (1960).