Augustin Iba-Zizen (en kabyle : Augustin-Belqasem Ibaεzizen), né le à Aït Laarbâ, dans la commune d'Aït Yenni (Algérie), mort à Paris le , est un avocat, homme politique, conseiller d'État et écrivain français.
Biographie Famille Augustin, Léon Iba-Zizen« Par jugement du Tribunal de grande instance de la Seine en date du 25 mars 1966 - dit que Belkacem Iba-zizen sera prénommé désormais Augustin, Léon au lieu de Belkacem », mention marginale sur acte de naissance du 13 février 1903 de son épouse Madeleine Louise Octavie Boué, 3 E 123/20 img 3/435, Mézières-en-Brenne, 1903-1912. Voir en ligne naît le au village d'Aït-Laarbâ dans une famille d’instituteurs de la tribu kabyle des Aït-Yenni.
Il s'est marié à El-Biar le à Madeleine Louise Octavie Boué (1903-2013), universitaire originaire de Mézières-en-BrenneMadeleine Boué est successivement Directrice de l'École normale d'institutrices d'Alger, puis Inspectrice de l'Enseignement artisanal pour toute l'Algérie (elle est à l'origine de la réhabilitation de l'artisanat traditionnel), enfin fondatrice de la Section féminine d'adaptation des institutrices métropolitaines venant enseigner en AlgérieActe de naissance du 13 février 1903 de Madeleine Louise Octavie Boué à Mézières-en-Brenne, Archives de Mézières-en-Brenne, lire en ligne avec qui il a eu deux filles, Marie-Thérèse, neuroradiologue des hôpitaux, chevalier de la Légion d'HonneurNominations au Journal officiel de la République française du 14 juillet 2010 lire en ligne. Épouse de Emmanuel-Alain Cabanis, président de l’Académie nationale de médecine en 2019., et Anne-Elisabeth, directrice Asie du Crédit agricoleAnne-Élisabeth Ibazizen, Le système financier chinois, Revue d'économie financière Année 1997 44 en ligne.
Jeunesse
Première Guerre mondiale thumb|left|100px|Justin Meynadier (1884-1918), capitaine de la compagnie du RMT en 1918. Lors de la Première Guerre mondiale, il s'engage en 1917, il est volontaire pour le front et sert comme aspirant au régiment de marche de tirailleurs ( RMT)Le RMT devient le régiment de tirailleurs tunisiens en 1921Registre matricule d'Augustin Iba-Zizen, cote : FR ANOM 1 RM 169, site ANOM.
Il part au front le et est affecté à la compagnie commandée par le capitaine Justin Meynadier (1884-1918)Fils de Marie Jérôme Casimir Florent Meynadier et Philomène Saint-Jean. Sa correspondance de guerre a été publiée en 2018 par Jacqueline Chabrol : Lettres et carnets de guerre : de la Lozère à l'Algérie, du Maroc à l'Oise, 1912-1918, L'Harmattan., affectation qui allait lui apporter « la révélation d’un des plus beaux caractères d’homme » qu’il lui ait été donné de connaîtreAugustin Ibazizen, Le pont de Bereq'Mouch, La Table ronde, 1979, p. 183. Il combat dans l'Oise et dans l'Aisne. Dans ses mémoires, Augustin raconte comment, fin , lorsqu'un agent de liaison lui apprend la mort de Meynadier tué au combat à Morlincourt (Oise), il part à sa recherche dans les bois avec l'agent de liaison et son ordonnance. Au cours de la recherche, ses deux compagnons sont tués et décapités par une attaque d'obus allemands. Il continue seul et retrouve le corps du capitaine Meynadier, la moitié supérieure du visage arrachée par un éclat d'obus. Il se met alors au garde à vous et salue sa dépouille de « combattant exemplaire »Augustin Ibazizen, Le Testament d'un Berbère, Albatros, 1984, pp.67-68.
Il est cité et décoré de la croix de guerre. Il est promu sous-lieutenant le .
Études à Paris thumb|left|100px|Le lieutenant Ibazizen au début des années 1920.
En 1922 il adhère à l'Union nationale des combattants puis acquiert la citoyenneté française à titre militaire en .
left|thumb|Le lieutenant Ibazizen prononce un discours devant la tombe du Soldat inconnu à Paris (7 janvier 1923). Le , les anciens combattants algériens et les Algériens de Paris se rendent en cortège à l'Arc de Triomphe pour déposer en hommage une palme de bronze sur la tombe du Soldat inconnu. Ibazizen prononce un discours en présence de nombreuses personnalités, dont le général Henri Gouraud, gouverneur militaire de Paris, les députés Blaise Diagne et Georges André-FribourgEdmond Gojon, « Les anciens combattants algériens devant la tombe du Soldat inconnu. Le lieutenant Iba-Zizen prononce un discours. » in L'Afrique du Nord illustrée, 13 janvier 1923, lire en ligne.
De 1924 à 1928, il est avocat stagiaire au barreau de Paris. Durant cette période, il se lie d'amitié à Louis Massignon puis à Jacques Maritain, dont il fait la connaissance le à Bourg-la-Reine lors de l'inauguration d'un monument à Léon Bloy, avec lesquels il entretiendra une correspondanceJacques Maritain, Louis Massignon, François Angelier, Michel Fourcade, René Mougel , Correspondance Maritain-Massignon (1913-1962), Desclée De Brouwer, 2020, p.226 en ligne .
Il retourne ensuite en Algérie et de 1929 à 1939, il exerce à la cour de Tizi Ouzou dont il devient en 1937, le premier bâtonnier kabyle.
Carrière politique Militant Croix de Feu et PSF (1932-1940)
thumb|left|Réunion des Croix de Feu à Maison-carrée (Algérie) le 28 février 1936. A. IbaZizen (debout à droite), chef de la section de Kabylie, prononce son allocution. En 1932, il adhère aux Croix-de-feu, association dirigée par colonel de la Rocque, y trouvant un écho favorable à des aspirations d'égalité pour ses compatriotes. À partir de 1934, il préside la section Croix-de-feu de Grande KabylieAlbert Kéchichian, Les Croix-de-feu à l'âge des fascismes Travail, famille, patrie, Champ Vallon, 2014, p. 286 lire en ligne qui compte en 1935, 700 militants dont 250 Algériens musulmansJacques Cantier, L' Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, p. 231 lire en ligne.
Après la dissolution des Croix-de-feu en , il adhère au Parti social français (PSF), le nouveau parti qui leur succède créé par La Rocque. Il y prend des responsabilités importantes et devient président de la commission des affaires indigènesZeev Sternhell, Didier Leschi, Laurent Kestel , L'histoire refoulée - La Rocque, les Croix de feu et le fascisme français, Editions du Cerf, 2019, p.271 en ligne. Il est chargé notamment par La Rocque de préparer, en réponse au projet Blum-Viollette, un contre-projet dont l'objectif est de naturaliser d’office les anciens combattants, les décorés et lettrés et d'obtenir, par un système d'émulation des élites autochtones, leur insertion progressive dans la cité française ainsi qu'un élargissement du champ de leur représentation au Parlement. La contre-proposition, appuyée par les recommandations d'Ibazizen, est présentée par son ami Stanislas Devaud le à la chambre des députés. La guerre mettra malheureusement un terme à tout celaPhilippe Machefer, Autour du problème algérien en 1936-1938 : la doctrine algérienne du P.S.F. Le P.S.F. et le projet Blum-Viollette, Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine Année 1963 10-2 pp. 147-156 en ligne.
Seconde Guerre mondiale En 1939, il est à nouveau mobilisé comme capitaine au régiment de tirailleurs algériens, il est ensuite affecté aux affaires militaires musulmanes. Après l’armistice de 1940, il reprend sa profession d’avocat quelques mois à Blida puis à Alger (avocat pénaliste).
Pendant l’été de 1942, il se rend à Vichy en tant qu'avocat afin d'obtenir du maréchal Pétain« MM. Pages , préfet d'Alger, et Iba Zizen ont été reçus par le Maréchal », La Dépêche algérienne, 19 août 1942 lire en ligne la réhabilitation de plusieurs de ses clients, révoqués car francs-maçons (il est, à cette période, le seul avocat à Blida à défendre aussi les juifs). Il est également porteur d'un message des anciens combattants de la Kabylie..
Conseiller général d’Alger (1949-1953) À la fin de la guerre qui lui semblait avoir confirmé la fidélité de la masse indigène à la France, il est très affligé par la répression de mai 1945. Commençant à douter de l’avenir de l’Algérie française, il tente de rapprocher les deux communautés en créant en 1948 avec Pierre Viré, pilote de ligne, les Solidarités algériennes, sous le double patronage symbolique de Séhel, petit-fils d'Abdelkader, et du baron d’Orthez, arrière petit-fils du général Bugeaud. L'association a pour but « le rapprochement des élites des deux communautés et la substitution du dialogue au silence ». Toutefois, Viré et Ibazizen ne sont pas suivis et après la mort par accident de Pierre Viré, le Il trouve la mort à bord du DC 4 F-BELO d’Air France. Lors de liaison Paris-Tunis, l’appareil s’écrase au sol à Saint-Just-Chaleysin (Isère). 32 passagers et trois membres d’équipage se trouvent à bord de l’appareil. Trois personnes sont tuées dont Pierre Viré. Il est inhumé le 4 décembre 1949, au cimetière de Saint-Eugène à Alger en présence de ses amis dont l’émir Séhel et le baron d’Orthez, présidents d’honneur des Solidarités algériennes. Augustin Ibazizen lui rend hommage et retraçe sa carrière dans une allocution., les Solidarités algériennes cessent leurs activités.
En 1949, il est élu au conseil général d’Alger Maison Carrée.
Conseiller de l’Union française (1953-1958) En 1953, il est élu à l’Assemblée de l’Union française, dont il est, dès son arrivée, élu membre du Bureau. À partir de 1954, il siège dans le groupe MRP, dont il est à la fois membre du Bureau et constamment élu au Comité National.
Déchiré par l’insurrection et la guerre d’Algérie, mais resté fidèle à son idéal, il prend nettement position pour que l'avenir de l'Algérie soit rattaché à celui de la France, ce qui le met immédiatement pour le FLN, sur la liste des hommes à abattre (il est l'objet de plusieurs tentatives d'attentats et perd de nombreux membres de sa famille).
En 1956, lors d'une de ses missions autour du monde, il rencontre de façon fortuite le général de Gaulle qui lui accorde de longs entretiens au sujet de l'Algérie, notamment lors de leur traversée commune du Pacifique sur le paquebot "Le Calédonien".
Conseiller d’État (1959-1967) Nommé en 1959 par le général de Gaulle, sur recommandation de Robert Schuman, au Conseil d'État en service ordinaire, il y termine sa carrière et est admis à l'honorariat. Durant cette période, il est président de la Commission des marchés de l'État pour plusieurs ministères dont le Premier Ministre, le Ministère de la Justice et celui des Affaires Etrangères.
Il publie tardivement ses mémoires en deux volumes Le Pont de Bereq'Mouch et Le Testament d'un Berbère.
Il meurt à Paris le .
Sa fille, Anne-Elisabeth, perpétue sa mémoire en donnant des conférences dans des cercles algérianistesJean de La Guérivière, Amère Méditerranée. Le Maghreb et nous, Seuil, 2021, (en ligne).
Portrait Dans ses Mémoires, selon Guy Pervillé, Augustin Iba-Zizen se montrait ainsi qu'une qu'il justifiait Biographie de Augustin Ibazizen par Guy PervilléComme il le dit lui-même dans Le Testament d'un Berbère "J'ai deux patries: une patrie charnelle qui est ma Kabylie, une patrie spirituelle et d'élection qui est la France."
Sa perception du colonel de la Rocque