La guerre civile du Mozambique est une guerre civile qui s'est déroulée au Mozambique du au , soit deux ans après la fin de la guerre d'indépendance du Mozambique qui s'est achevée le . Comme de nombreux conflits africains régionaux de la fin du siècle, ce conflit prend place dans le cadre de la guerre froide, et oppose principalement le Front de libération du Mozambique (en portugais : , FRELIMO), organisation communiste, à la Résistance nationale du Mozambique (en portugais : , RENAMO), d'orientation antimarxiste. Ces deux organisations principales sont rejointes par une multitude de petites factions, dont le PRM, l'UNAMO, le COREMO, l'UNIPOMO et le FUMO.
La RENAMO s'attaque à la volonté du FRELIMO d'établir un pays socialiste à parti unique, et est à ce titre largement soutenu par les gouvernements anti-communistes de Rhodésie et d'Afrique du Sud, qui l'encouragent à détruire le FRELIMO qui soutient de son côté les mouvances socialistes et communistes de la région. Plus d'un million de Mozambicains perdent la vie des conséquences des combats ou de la famine liée aux ruptures des chaînes d'approvisionnement en nourriture du pays ; cinq millions supplémentaires se réfugient dans les pays voisins.. La guerre détruit pratiquement l'intégralité des infrastructures des zones rurales, notamment les hôpitaux, les voies ferrées, les routes et les écoles. Les forces de sécurité du FRELIMO et les insurgés de la RENAMO sont accusés d'avoir violé de très nombreux droits humains, notamment par le recours aux enfants soldats et la pose d'une impressionnante quantité de mines antipersonnelles dans tout le pays. Trois pays voisins, le Zimbabwe, la Tanzanie et le Malawi, déploient des troupes au Mozambique afin de défendre leurs propres intérêts économiques contre les attaques de la RENAMO.
Les combats cessent au Mozambique le , peu après la dislocation de l'URSS et l'arrêt du soutien sud-africain, avec un traité de paix signé à Rome. Les négociations de paix avaient commencé en 1990 avec la médiation de l'Église mozambicaine et du gouvernement italien. En conséquence, la RENAMO est démantelé et ses paramilitaires en partie incorporés à l'armée régulière du pays, et l'opération des Nations unies au Mozambique (ONUMOZ) est mise en place afin d'aider à la reconstruction du pays. Les tensions entre les anciens membres de la RENAMO et du FRELIMO sont réactivées entre 2013 et 2018, période pendant laquelle la RENAMO mène une insurrection., conflit achevé en 2019 par la signature d'un traité de paix..
Un rapport destiné au gouvernement américain en 1988 décrit la RENAMO comme le « mouvement le plus brutal depuis les Khmers rouges ». Elle serait à l'origine de la plupart des destructions causées durant la guerre.
Contexte
Le Mozambique est colonisé par les Portugais depuis le Traité de Tordesillas en 1494. Le Portugal mène de longues et coûteuses guerres de contre-insurrection dans ses trois principales colonies africaines — l'Angola, le Mozambique et la Guinée-Bissau — des années 1960 au milieu des années 1970, jusqu'à l'obtention de leur indépendance peu après la révolution des Œillets. Au Mozambique, le conflit armé contre l'occupant portugais était mené par le Front de libération du Mozambique (FRELIMO), initialement formé en exil mais qui parvient au fil du temps à prendre le contrôle d'une vaste partie du territoire des mains des Portugais. Le FRELIMO s'appuie principalement sur le soutien des travailleurs et des intellectuels mozambicains en exil qui avaient écrit et théorisé sur l'émergence d'un mouvement anticolonial, y compris chez les Makondés et d'autres groupes ethniques du nord du pays, où l'influence portugaise était la moins forte. La majorité de ses adhérents étaient des travailleurs Makondés qui avaient assisté à des rassemblements en faveur de l'indépendance dans le Tanganyika, alors sous contrôle britannique. En , le FRELIMO lance une insurrection armée contre les Portugais. Sa décision de prendre les armes est influencée par un certain nombre de facteurs internes et externes, à savoir les récents succès des mouvements de guérilla anticoloniaux en Indochine française et en Algérie française, ainsi que l'exemple des hommes d'État africains indépendants tels qu'Ahmed Ben Bella en Algérie, Gamal Abdel Nasser en Égypte et Julius Nyerere en Tanzanie. Les guérilleros du FRELIMO sont formés principalement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient dans des pays comme l'Algérie, l'Union soviétique et la Chine qui leur fournissent également du matériel militaire. vignette|Samora Machel passant en revue des paramilitaires du FRELIMO pendant la guerre d'indépendance. En réponse, le Portugal envoie un renfort massif de soldats et de forces de sécurité au Mozambique. Il passe également des accords de défense mutuelle avec la Rhodésie et l'Afrique du Sud voisines. En 1970, les Portugais lancent l'opération Nœud Gordien, qui parvient en un premier temps à éliminer plusieurs guérilléros du FRELIMO et à détruire ses bases au nord du pays ; cependant, le déploiement massif de troupes portugaises au nord du pays permet au FRELIMO d'intensifier ses attaques ailleurs dans le pays. L'année suivante, le Portugal établit une alliance militaire informelle avec la Rhodésie et l'Afrique du Sud appelée . Des représentants de la défense des trois pays s'engagent à se rencontrer régulièrement afin d'échanger des informations de renseignement et de mener des opérations coordonnées contre les mouvements nationalistes dans leurs pays respectifs. En même temps, le FRELIMO entretien d'étroites relations avec les nationalistes rhodésiens ; par exemple, vers 1971, une alliance est signée avec la Zimbabwe African National Liberation Army (ZANLA). Les insurgés de la ZANLA sont autorisés à entrer en Rhodésie par les territoires contrôlés par le FRELIMO. Vers la fin des années 1960, l'Armée de libération du peuple azanien (APLA) profite également de la dispersion des militaires portugais pour infiltrer l'Afrique du Sud de la même manière.
En , le régime corporatiste de l'Estado Novo au Portugal est démantelé à la suite de la révolution des Œillets. La révolution porte au pouvoir une junte militaire, le Mouvement des forces armées, qui s'était engagée à se désengager des colonies et à mettre fin aux guerres africaines qui étaient de plus en plus coûteuses. L'instabilité de la métropole se reflète au Mozambique, où le Portugal paraît plus affaibli que jamais. La guerre d'indépendance, déclenchée le , a duré treize ans, jusqu'au https://www.ac-clermont.fr/ActionsPedagogiques/fileadmin/user_upload/DeveloppementDurable/documents/moz_final.pdf. Plusieurs partis politiques sont alors créés au Mozambique au cours des mois suivants, dont plusieurs par d'anciens membres du FRELIMO, en prévision d'élections libres. Cependant, le FRELIMO tente de s'imposer comme le seul représentant légitime de la nouvelle nation mozambicaine. Il rejette les propositions d'élections multipartites et profite de l'instabilité pour intensifier sa campagne de guérilla. Début , le Portugal annonce qu'il accède à la demande du FRELIMO. Aucune élection n'a donc lieu au Mozambique ; à la place, après une période de transition de neuf mois, les postes du gouvernement sont simplement confiés aux responsables du FRELIMO.
Cette décision unilatérale, prise par des Portugais délégitimés, sans référendum ni consultations, est accueillie avec une vive inquiétude par les alliés traditionnels du Portugal (l'Afrique du Sud, la Rhodésie et les États-Unis). Le gouvernement américain craignait qu'un Mozambique indépendant gouverné par le FRELIMO soit fortement influencé par le bloc soviétique. Les mouvements d'opposition à l'apartheid en Afrique du Sud font venir des responsables du FRELIMO afin qu'ils prennent la parole lors de rassemblements organisés à Durban, Johannesburg et à l'Université du Transvaal du Nord. À la fin de l'année, soixante personnes avaient été arrêtées pour avoir organisé des rassemblements de ce type, interdits par le gouvernement.
Au Mozambique, l'annonce déclenche un soulèvement de la population blanche, rejointe par des vétérans abandonnés par l'armée portugaise et par quelques Mozambicains noirs indignés par la prise de pouvoir unilatérale imminente du FRELIMO. Ils font alors appel à l'Afrique du Sud et à la Rhodésie pour obtenir un soutien militaire et empêcher ce gouvernement d'arriver au pouvoir. Le Premier ministre sud-africain John Vorster refuse une telle intervention, craignant la condamnation de la communauté internationale pour toute interférence dans le processus de décolonisation d'un pays voisin. Le Premier ministre rhodésien Ian Smith était favorable à la cause des rebelles mais estimait qu'il serait incapable d'agir sans le soutien sud-africain. Le soulèvement est finalement écrasé après quatre jours par une coalition de militaires portugais et du FRELIMO.
Le , le Mozambique obtient officiellement son indépendance du Portugal. Le chef du FRELIMO, Samora Machel, est nommé président de la République populaire du Mozambique. Il met en place un régime communiste dictatorial, nationalise l'industrie et l'agriculture. Il tente en vain de regrouper les hameaux en villages communautaires, comme c'est le cas en Tanzanie, afin de favoriser l'accès aux services et à l'éducation de la population mais aussi pour subroger les anciennes plantations coloniales par des fermes d'État.
Dans les mois qui précèdent l'indépendance, le Mozambique est abandonné par la grande majorité des d'entreprises agricoles et le réseau de milliers de magasins de proximité est presque totalement démantelé. L'économie, et en particulier l'agriculture, est alors complètement désorganisée.
Déroulement du conflit
Prélude De 1975 à 1979, l'armée rhodésienne entre à plusieurs reprises au Mozambique afin de mener des opérations contre les bases supposées de la ZANLA — dont la présence est tolérée par le gouvernement du FRELIMO — et de déstabiliser directement le gouvernement du FRELIMO. L'armée rhodésienne bombarde le port de Beira en 1979 et occupe la ville de Mapai en 1977.
Au cours d'une de ces incursions, l'armée rhodésienne libère , retenu prisonnier dans un camp de rééducation pour vol. Il reçoit une formation militaire et organisationnelle en Rhodésie, puis est nommé chef de RENAMO, un mouvement fondé par les services secrets rhodésiens avant l'indépendance du Mozambique en 1975 en tant que groupe de collecte de renseignements sur le FRELIMO et la ZANLA.
RENAMO réalise ses premières opérations de déstabilisation dans la région de Gorongosa au centre du pays.. La RENAMO était composée de plusieurs groupes anticommunistes qui sont apparus juste avant ou peu après l'indépendance du Mozambique. Parmi les membres de la RENAMO se trouvent un certain nombre d'exilés politiques mozambicains opposés par principe au FRELIMO, ainsi que des soutiens originels du gouvernement qui n'ont pas adhéré au tournant marxiste-léniniste que prenait le pays.
En 1979, André Matsangaissa est tué lors de la première attaque majeure de la RENAMO à Gorongosa. Le FRELIMO pense alors avoir écrasé la résistance. Afonso Dhlakama devient le nouveau chef de la RENAMO et, avec un soutien de l'Afrique du Sud, fait du mouvement une armée de guérilla efficace..
D'autres groupes rebelles ont également combattu le gouvernement du FRELIMO. Le Parti révolutionnaire du Mozambique (PRM) mène par exemple une insurrection de faible intensité dans les provinces de Zambézie, de Tete et de Niassa à partir de 1977. Son dirigeant Amos Sumane est capturé en 1980 et condamné à mort par le gouvernement mozambicain en 1981. Le PRM fusionne avec la RENAMO en 1982. En 1987, Gimo Phiri, qui avait succédé à Sumane en 1980 et était devenu plus tard un haut responsable de la RENAMO, créé un groupe dissident, l'Union nationale mozambicaine (UNAMO), qui combat brièvement à la fois la RENAMO et le FRELIMO, avant de rejoindre définitivement le camp gouvernemental en 1988.