Mumia Abu-Jamal, né Wesley Cook le à Philadelphie (Pennsylvanie, États-Unis), est un journaliste, écrivain et militant afro-américain. Il a été condamné en 1982 à la peine de mort pour le meurtre de Daniel Faulkner, un policier de Philadelphie. Une mobilisation internationale a eu lieu en faveur de sa libération et/ou pour l'organisation d'un nouveau procès. Il est devenu un symbole pour beaucoup d'opposants à la peine de mort ainsi que comme prisonnier politique.
Biographie Né Wesley Cook., Mumia choisit ce prénom swahili à l'école secondaire (high school) à la suite de cours sur la culture africaine d'un professeur kenyan et y ajoute « Abu-Jamal » (père de Jamal en arabe) à la naissance de son premier fils, Jamal.
Abu-Jamal raconte que sa vocation de militant est née en 1968, à Philadelphie, alors qu'il est arrêté et battu pour avoir protesté contre le candidat pro-ségrégationniste à l'élection présidentielle George Wallace, ancien gouverneur de l'Alabama.
Dès 1969, le jeune homme est chargé de l’information à la section de Philadelphie du Black Panther Party..
Devenu journaliste de radio, Abu-Jamal attire l'attention par sa capacité à créer des atmosphères dans ses billets qui mélangent le journalisme traditionnel et les préoccupations sociales. Les problèmes de Abu-Jamal commencent lorsqu'il devient un admirateur du groupe radical MOVE.. En , neuf des membres de MOVE avaient été condamnés à la suite de la mort d'un officier de police au cours d'une intervention dans un local de MOVE. Cette condamnation avait outragé Abu-Jamal, qui couvrait MOVE pour la station de radio WHYY, et ses billets devinrent de plus en plus militants, posant un problème à la station qui finit par le licencierVoir notamment cet article de Buzz Bissinger. Les partisans d'Abu-Jamal voient dans son renvoi la main des autorités.. Lorsqu'en , un magazine de Philadelphie le liste dans les personnalités à suivre, Abu-Jamal a perdu depuis quelques mois son poste à la radio qui l'employait, et est devenu chauffeur de taxi.
Depuis sa condamnation à mort pour le meurtre de Daniel Faulkner, Abu-Jamal est emprisonné dans l'aile de sécurité maximale de la prison de Greene, près de Waynesburg, en Pennsylvanie.
Meurtre de Daniel Faulkner et procès
Aux premières heures du , Mumia Abu-Jamal, qui conduisait son taxi, intervient alors qu'un policier, Daniel Faulkner, contrôle son frère, William Cook. Une fusillade s'ensuit au cours de laquelle le policier est atteint par cinq balles, quatre dans le dos, et une tirée quasiment à bout portant alors qu'il est à terre, au visage. Lorsque les policiers arrivent sur place quelques instants après la fin de la fusillade, ils découvrent leur collègue mort et Abu-Jamal assis sur le trottoir, une balle dans le ventre. Près de lui, par terre, un revolver de qu'il avait acheté deux ans et demi plus tôt, cinq douilles vides dans les logements du barillet. Arrêté, il est accusé du meurtre du policier et condamné à la peine de mort en . .
Calibre de l'arme du crime
Concernant l'arme et les expertises balistiques, certains défenseurs d'Abu-Jamal relèvent que la thèse selon laquelle la balle extraite du crâne du policier proviendrait du révolver de Mumia est contradictoire avec le rapport du médecin légiste qui parle d'une balle de 44.
Les experts balistiques (dont celui désigné par les avocats de Abu-JamalVoir procès de 1995. George Fassnacht, l'expert des avocats, confirma () que le fragment de balle recouvré du crâne du policier, et qui avait un diamètre de 10 mm, pouvait correspondre à un .38 ou un .40, mais certainement pas à un .44) ont cependant confirmé que la balle était compatible avec un , tandis que le médecin légiste a témoigné du fait que cette mention, qui n'était pas sur son rapport définitif, était une simple annotation sur un document de travail et était sans importance vu son incompétence en matière balistiqueVoir actes du procès de 1995, .
Utilisation de l'arme de Abu-Jamal
Un autre élément souvent relevé (y compris par ) est le fait qu'aucun test n'ait été fait sur l'arme d'Abu-Jamal pour déterminer si le révolver avait tiré récemment. Cependant, ce type de test n'existe pasVoir ce site, et l'homme à l'origine de cet argument est George Fassnacht, l'expert des avocats de Jamal, qui suggérait que l'on aurait dû « renifler » le révolver pour pouvoir déterminer la présence d'une odeur de poudreVoir le témoignage de Fassnacht durant le procès de 1995, : :« M. Fassnacht, quel test la police aurait-elle pu faire cette nuit-là sur le révolver suspect pour déterminer si celui-ci avait récemment tiré ? » :« Simplement le renifler »..
Témoignages
Les défenseurs d'Abu-Jamal estiment que les éléments apportés par les témoins furent contradictoires, que certains d'entre eux ont été modifiés à la suite de pressions policières, sans que les originaux aient été présentés au jury, ou que des témoins importants pour la défense d'Abu-Jamal n'ont pas pu témoigner lors du procès de 1982.
Parmi ceux-ci, celui de William Singletary, qui affirma ne pas avoir témoigné en 1982 à la suite de pressions policières, et qui témoigna que Mumia n'avait pas tiré sur l'agent de police et qu'il avait vu une autre personne s'enfuir vers une allée.Le témoignage de Singletary souleva néanmoins quelques doutes : d'une part il évoque un hélicoptère qui cercle au-dessus de la scène du crime en l'illuminant, alors que la police de Philadelphie n'en était pas équipée; d'autre part, William Singletary décrit l'agent Faulkner tirant sur Abu-Jamal après que le tireur s'est enfui, c'est-à-dire à un moment où Faulkner a déjà reçu une balle dans la tête et est moribondVoir le témoignage de William Singletary lors du procès de 1995, à partir de la p. 234). Dan Williams, un avocat de Abu-Jamal, estima lors du procès que les souvenirs de Singletary ne correspondaient pas à la réalité (procès, p. 10), ce qu'il confirma dans son livre, Executing Justice: An Inside Account of the Case of Mumia Abu-Jamal (voir ce site). Le témoignage n'est pas très précis: "I didn't look, it was just a helicopter, all I know I saw the light", Singletary dit sur l'hélicoptère.
En , un ancien tueur à gages, Arnold Beverly, affirme avoir tué l’officier Faulkner dans le cadre d’un contrat mêlant police et mafiaLire son affidavit ainsi que sa traduction. Initialement, les avocats de Jamal décident de ne pas utiliser ce témoignage qu'ils considèrent comme peu crédible. Cette décision provoque une rupture dans l'équipe des avocats. Pourtant, en 2001, les avocats restants, Dan Williams et Leonard WeinglassWeinglass est, historiquement, l'avocat qui a fait connaitre l'affaire au grand public, sont renvoyés par Abu-Jamal et remplacés par de nouveaux avocats qui commencent à utiliser le témoignage de Beverly. Les aveux de Beverly sont cependant rejetés par les tribunaux parce qu'en contradiction avec les faits et les témoignagesUn examen rapide de ce témoignage souligne deux problèmes: Tout d'abord, Beverly parle de deux assassins (Beverly, qui achève Faulkner d'une balle dans la tête juste après que celui-ci a été blessé par un autre assassin qui lui a tiré dans le dos) alors que tous les autres témoins ont toujours parlé d'un seul tireur. Ensuite, Beverly déclare que Abu-Jamal est arrivé sur les lieux juste après la fusillade et s'est fait tirer dessus par un autre policier qui arrivait au même moment, ce qui pose un problème, puisque la balle qui a blessé Abu-Jamal vient du revolver de Faulkner (voir ce site favorable à Mumia sur le sujet) et que personne n'a pu produire une quelconque preuve ou témoignage de sa présence sur les lieux.
Par ailleurs, sous la direction plus « agressive » de cette nouvelle équipe d'avocats, Abu-Jamal déclare pour la première fois, dans un affidavit de Lire cet Affidavit ainsi que sa traduction ne pas avoir tiré sur Daniel FaulknerAuparavant, tout ce que Abu-Jamal disait au sujet des événements était qu'il était « innocent des charges dont il avait été inculpé. » Nombreux étaient ceux qui relevaient que Jamal se référait ainsi exclusivement à l'inculpation d'assassinat sans dire qu'il n'avait pas tué Faulkner. Abu-Jamal n'a donc pas toujours clamé son innocence, comme Amnesty International l'affirme dans son rapport sur le cas publié en 2000, un an avant que Abu-Jamal produise son affidavit.
Enfin, le , le frère de Abu-Jamal, William Cook dépose un affidavitVoir cet Affidavit en anglais où il affirme qu'il n'a pas vu tirer son frèreSon témoignage est cependant contradictoire avec celui de Beverly..
Thèses des défenseurs d'Abu-Jamal Facteurs ayant pu influencer le jugement ou l'inculpation de Jamal Partialité du juge Sabo
L'impartialité du juge Sabo est mise en cause par les défenseurs de Mumia Abu-Jamal. Ils basent leur argumentation sur le déroulement du procès, considéré comme déséquilibré en faveur de l'accusation Voir par exemple ce site, et le témoignage d'une des greffières du procès qui aurait entendu le juge dire « je vais les aider à faire griller ce nègre« Yeah, and I m going to help them fry the nigger. » Voir l'affidavit de Terri Maurer-Carter.. »
Hostilité policière vis-à-vis de Jamal et de MOVE
Selon ses défenseurs, Abu-Jamal aurait été surveillé par le FBI, en raison de ses reportages socialement critiques et de son ancienne appartenance aux Black Panthersweb.amnisty.org. De même, la sympathie de Jamal pour l'organisation MOVE, en conflit avec la police de Philadelphie, put jouer en sa défaveur.
Collusion des pouvoirs de la ville
Le maire de Philadelphie, Frank RizzoLe maire Rizzo, qui avait été auparavant commissaire de police de la ville, et qui n'avait pas hésité à tenir des propos racistes lors d'une de ses campagnes"Vote white" , « Votez blanc » Rizzo Again - TIME magazine, 30/101978 fut, avec d'autres fonctionnaires de la ville, inculpé par le ministère de la Justice Américain pour approbation d'abus policierrapport d'Amnesty International.
Par ailleurs, l'intégrité de la police de Philadelphie est contestable puisqu'en 1995 par exemple, six de ses membres furent jugés coupables de fabrication de fausses preuves et de détournement de fondswww.amnesty.org.
Évolution de la sentence En , un juge fédéral, William Yohn, annule la condamnation à mort d'Abu-Jamal sur la base de certaines erreurs procédurales relevées dans le prononcé de la sentence au cours du premier procèsArticle du Village Voice. Pour mémoire, de manière assez semblable à ce qui se passe en France en cour d'assises, verdict de culpabilité et peine font l'objet de deux décisions distinctes dans un procès criminel américain. La décision du juge Yohn impliquerait de devoir réunir un nouveau jury pour faire un nouveau prononcé de peine sur base du verdict de culpabilité qui a été confirmé. Il confirme toutefois la culpabilité d'Abu-Jamal dans le meurtre de l'agent de police Daniel Faulkner.
Les avocats d'Abu-Jamal font alors appel de cette décision car elle met fin aux espoirs d'Abu-Jamal d'obtenir un nouveau procès sur la base de ce qu'ils estiment être de nouvelles preuves, tandis que le procureur fait appel de la même décision car elle annule la condamnation à mort.
Le , une cour d'appel fédérale américaine annule sa condamnation à mort pour un vice de procédure mais confirme le verdict d'origine, écartant ainsi toute possibilité de révision du procès. . . La cour a en effet estimé que, lors du procès initial qui a eu lieu en 1982, les jurés avaient pu croire à tort qu’ils devaient s’accorder unanimement sur les circonstances atténuantes pouvant épargner la peine de mort au condamné. Si l'accusation ne requiert pas à nouveau dans les délais la condamnation à mort devant un nouveau jury, la peine sera alors automatiquement commuée en réclusion criminelle à perpétuité. À la suite de la décision de la cour d'appel, les avocats de Mumia Abu-Jamal ont affirmé qu’ils feraient cependant à nouveau appel pour obtenir un nouveau procès..